Le Chant d’Achille

de Madeline Miller

femme en robe noire et blanche avec un parapluie arc-en-ciel lisant Le Chant d'Achille devant un mur de pierre

Même si j’adore la mythologie grecque, je n’avais pas envie de lire ce roman. On me l’avait conseillé, et reconseillé, mais sans lire le résumé, je me doutais que ça parlait d’Achille, vu le titre. Or, Achille est un des héros grecs que j’aimais le moins. Tout ce que je savais de lui, après tout, c’est qu’il avait fait un caprice pour récupérer une prisonnière et que son amant est mort à cause de ça. Donc vraiment, je n’avais aucune envie de lire une tragédie gay avec un personnage principal arrogant. La version modernisée de Percy Jackson m’avait suffi.

Mais bon, après avoir commencé plusieurs romans sur ma liseuse et les avoir tous abandonnés, c’était celui qui me faisait le plus envie.

Les premiers chapitres m’ont contrariée : ils me paraissent assez psychophobes au sujet de la mère de Patrocle, et on enchaine sur la description du viol de Thétis. Mais le style d’écriture m’a embarquée et je n’ai pas pu m’arrêter.

Je me suis attachée immédiatement à Patrocle, le narrateur. C’est le genre de personnage qu’on ne conseille pas d’écrire : il n’est pas doué pour le combat, et sa seule préoccupation étant Achille, il se laisse porter par les évènements. Je me suis sentie d’autant plus proche de lui. Et lorsqu’il faut défendre ce qui compte pour lui, il ne reste pas en retrait. Cela donne des scènes très intéressantes, notamment sur la fin où il soutient Achille contre sa volonté. Faut-il encourager une personne qu’on aime lorsqu’elle fait des erreurs ? Ou faut-il aller contre elle, quitte à ce qu’elle se sente trahie ? Un dilemme intéressant et magistralement mené…

J’étais donc avec Patrocle dès le début – pour mon malheur. Parce que bien sûr, il rencontre Achille, il tombe amoureux, et je voulais tellement, tellement les voir ensemble. Ça faisait longtemps que je n’avais pas souhaité à ce point voir un couple se former, d’habitude je suis plutôt en mode « meh, vous savez, l’amitié c’est chouette aussi ». Et en même temps, je me trouvais illogique, parce que je savais comment cette histoire allait se terminer. Je n’aurais pas dû m’attacher à eux, je n’aurais pas dû m’investir dans leur relation.

Dès que j’oubliais la fin, portée par l’histoire, la narration s’empressait de me la rappeler par petites piques. Les mécanismes qui mènent au dénouement étaient dévoilés au fur et à mesure, le destin d’Achille devenant de plus en plus inéluctable.

Alors que la fin approchait, je m’en voulais de plus en plus. Qu’avais-je fait ? Ça allait mal se terminer, et j’étais tellement investie ! Et en effet… la fin est dévastatrice, magnifique aussi. Et surtout, surtout : je ne la considère pas comme une fin triste. Sinon, je ne conseillerais pas ce roman à des personnes m’ayant explicitement dit qu’elles n’aiment pas les romans qui se finissent mal.

D’ailleurs, je sais grâce à ces personnes qu’on peut apprécier cette histoire en la découvrant pour la première fois. Un de mes amis l’a lue sans rien connaître des légendes grecques, et l’a tout autant adoré.

Ayant lu avec passion les pages Wikipédia concernant la mythologie grecque, j’ai pu comparer les légendes et cette œuvre. J’ai été très admirative de la façon dont l’autrice a géré l’épisode Briséis – une captive qu’Achille dispute à Agamemnon, et l’origine de la colère d’Achille lorsque le roi la récupère – personnage que j’ai beaucoup aimé. En revanche, Madeline Miller a fait l’impasse sur le talon d’Achille, ce qui est plutôt original !

Il y a quelques scènes qui m’ont moins plu, notamment celle entre la princesse et Patrocle, que j’ai trouvée gênante et inutile. Mais au moment d’écrire ma chronique, je l’avais presque oubliée tant le reste du roman est magnifique. La plume nous emporte dans des scènes intenses, entre destin inéluctable et dilemmes qui creusent ces personnages auxquels on ne peut que s’attacher. C’est ce que j’attends d’une tragédie : non pas pleurer, mais ressentir. Trop souvent, les aventures oublient les émotions pour se concentrer sur l’action, alors qu’ici elles sont tissées dans chaque scène, même dans les discussions stratégiques et les combats. Moi qui ne pleure jamais en lisant, il se peut que j’aie eu les yeux un peu humides…

TW : viol, psychophobie

 

4 réflexions sur « Le Chant d’Achille »

  1. « C’est ce que j’attends d’une tragédie : non pas pleurer, mais ressentir. » Wouah, cette phrase résonne vraiment en moi, c’est exactement comme ça que je conçois les oeuvres tragiques (j’ai pensé direct à Antigone). Je n’aurais pas mieux dit. Bref, sinon, j’adore TSOA et l’écriture de Madeline Miller est sublime. Il faut absolument que je lise Circe cette année

    1. J’avoue que je lis très peu de romans tragiques, surtout que je n’arrive pas toujours à rentrer dans les personnages et avoir de l’empathie pour eux… Mais avec celui-là, ça a marché !
      Pareil, je n’ai pas encore lu Circe mais j’en ai très envie !

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