Week-End à 1000 – Bilan Novembre

Ma deuxième participation au Week-end à 1000 – challenge créé par Lili Bouquine qui consiste à lire 1000 pages en un week-end – était plus organisée que ma première, et pourtant, elle est vite partie en vrille.

J’avais choisi trois romans à lire, qui me faisaient les 1000 pages de justesse – 1026 en comptant les remerciements des autrices ! – et vendredi soir, j’ai commencé Un si Petit Oiseau de Marie Pavlenko (395 pages).

 

J’avais lu Tu es Mon Soleil il y a deux ans, et j’avais adoré l’écriture, raison pour laquelle j’ai emprunté Un Si Petit Oiseau. Vu le titre et la couverture, très semblables, je pensais que l’histoire serait similaire et se servirait du succès du roman précédent, sans chercher à innover. Je me suis bien trompée : la seule ressemblance est que le style d’écriture est magnifique, doux et poétique.

Lorsque je prends un livre au hasard, le personnage principal est toujours blanc, cis, hétéro et valide. C’était donc une surprise agréable que de découvrir que l’héroïne, Abi, est handicapée. Elle a perdu son bras droit dans un accident de voiture, et se révolte de sa perte d’autonomie, du regard des gens. Jusqu’à ce qu’elle reçoive La Main Coupée de Blaise Cendrars, écrivain amputé de sa main droite durant la première guerre mondiale.

C’est cet évènement qui m’a plongée dans le roman, car je sais ce que c’est que d’avoir l’impression de sortir du lot, et, soudain, de lire un livre écrit par une personne comme soi. Abi va peu à peu renouer avec sa vie, ses rêves, sa famille et des ami·es. C’est doux, calme sans être ennuyeux, et on se sent totalement dans la peau du personnage.

Je suis valide et je ne sais donc pas si c’est une bonne représentation – il y a un point qui m’a laissée dubitative – mais c’est une belle histoire qui ne tombe pas dans le pathos.

 

J’étais tellement passionnée que j’ai terminé Un Si Petit Oiseau le soir même, et j’étais convaincue d’être bien partie dans le challenge. Que nenni !

Samedi matin, j’ai commencé L’estrange Malaventure de Mirella de Flore Vesco, une réécriture du conte Le Joueur de Flûte de Hamelin. J’adore les réécritures de conte, et les jeux de mots des premiers chapitres étaient prometteurs. Le maire de Hamelin a mis en place l’eau courante dans son village moyenâgeux, et il s’agit donc… d’orphelin·es portant l’eau en courant ! Mirella en fait partie. Peu à peu, on remarque des évènements étranges : les rats sont plus nombreux, Mirella invente des chansons, discute avec des lépreuxses… Mais c’était lent à se mettre en place, et le style exagérément désuet, quoique très rigolo – à grand coups de moult et iceux – m’empêchait de rentrer dans l’histoire. J’ai abandonné à la page 94.

 

Déçue et ne sachant pas ce que j’allais lire à la place, j’ai enchaîné avec La Fille qui n’Existait pas de Natalie C. Anderson (415 pages). La jeune Tina mène avec son meilleur ami et son gang le cambriolage de la propriété la plus protégée de la ville. Son but est de se venger de l’homme qui a tué sa mère…

J’ai lu en pointillés tout l’après-midi – je le passais avec des ami·es, mais je voulais vraiment savoir la suite – et le soir, je ne l’ai plus lâché. Tina est attachante et j’étais de tout cœur avec elle, les autres personnages sont cool aussi, le scénario est tendu et rempli de suspense. Le contexte politique autour est intéressant, j’ai beaucoup appris sans m’en rendre compte, prise par l’histoire. Tellement prise que je n’ai même pas essayé de deviner la suite, et que j’ai été étonnée par les révélations et retournements de situation !

Je me suis couchée bien plus tard que prévu pour terminer, je ne pouvais tout simplement pas m’arrêter avant de connaître la fin.

 

Dimanche, pour combler le manque laissé par L’Estrange Malaventure de Mirella, j’ai choisi Paranoïa tome 1 de Melissa Bellevigne (313 pages), un roman que j’empruntais pour la troisième fois – je n’avais pas eu le temps de le lire les fois précédentes. J’étais intéressée par l’aspect psychiatrique de l’histoire : on a le point de vue d’une psy et de sa patiente, supposée paranoïaque et schizophrène. Mais… et si ses hallucinations n’en étaient pas ?

J’ai eu des doutes dès les premiers chapitres : on commence par le point de vue de Lisa, la psy, qui m’a paru incompétente. Je ne connais rien à la psychiatrie, mais quand une patiente enceinte veut mourir pour ne pas accoucher, il me parait peu judicieux de la saluer d’un « ne vous êtes-vous pas attachée à votre enfant ? ». Et lorsqu’on découvre que l’enfant est issu d’un viol, on se rend compte que Lisa ne s’était même pas demandé pourquoi Judy n'en voulait pas. Pour elle, c’est inconcevable, et elle ne se remettra pas en question.

A cause de ce début suspect, je n'ai pas vraiment donné sa chance au roman et je me suis mise à traquer les incohérences. Judy est diagnostiquée paranoïaque mais fait confiance à Lisa au bout de leur troisième conversation. Elle déteste son ami imaginaire, Alwyn, et l’aime le lendemain.

Moi, j’ai continué de le détester. Il est toujours énervé et cherche à contrôler Judy, ce qui ralentissait pas mal l’intrigue, et j’ai fini par sauter tous les paragraphes de débats de type « non, ne fait pas ça » « si, je vais le faire », débats qui constituent plus de la moitié de leurs conversations.

Les révélations étant prévisibles, je n’en pouvais plus d’attendre que les personnages comprennent ce que j’avais deviné et je survolais de plus en plus. Disons que sauter des passages ne m’a pas aidée à rentrer dans l’histoire, et je ne faisais presque plus que lister ce qui n’allait pas.

Le slogan inscrit sur la couverture « L’une est la seule à le voir, l’autre est la seule à la croire » est faux, mais c’est la partie que j’ai aimé du roman. Lisa ne croit pas du tout Judy, et, jusqu’au bout, on ne saura pas laquelle des deux a raison. Cette ambiguïté était très intéressante, et c’est dommage que le reste n’ait pas soutenu cette bonne idée…

 

Ce fut donc un week-end à 1000 en grand huit, avec des romans géniaux, un qui ne m’a pas assez intéressée, et un dernier qui m’a énervée… au moins, j’ai lu plus de mille pages, combien exactement, difficile à dire vu que j’en ai sautées dans ma dernière lecture !

 

TW L’Estrange Malaventure de Mirella : tentatives de viol

TW La Fille qui n’Existait pas : viols, tentative de viol

TW Paranoïa : viol, psychophobie, grossesse et accouchement

Semaine Asexualité

Durant toute la semaine de la visibilité asexuelle, j’ai publié de petits articles sur les thèmes proposés par les organisateurices de la Asexual Awareness Week. Les voici !

 

Identités LGBTI+

 

Chaque personne est différente, chaque personne ace que je rencontre a un vécu qui lui est particulier. Parfois, cette différence vient juste de la personnalité, et parfois, c’est lié à l’intersection de plusieurs identités.

Les mots que j’utilise pour définir mon identité sont aro-ace-lesbienne. Trois mots distincts, alors que pour moi, ils forment un tout. Mon aromantisme n’est pas dissociable de mon identité lesbienne. Et pourtant, j’ai l’impression de devoir choisir…

 

Alors que j’étais encore dans le placard, j’ai entendu un récit de coming out lesbien, témoignant de cette réaction : « Mais t’as couché avec une fille ? »

 

Je me suis rendue compte que je n’aurais jamais cette légitimité. Qu’en annonçant que j’étais lesbienne, je ne pourrais pas répondre oui à cette question.

Je n’avais jamais envisagé rencontrer ce problème. Le sexe me passe tellement au-dessus de la tête que je ne pensais pas que ça puisse empêcher les gens de me considérer comme lesbienne. Mais quand j’ai compris, j’ai été écartelée entre les deux identités. Devais-je en privilégier une ? Faire un coming out lesbien mais pas ace, pour que cette identité-là soit légitime ? Ou alors, un coming out ace mais pas lesbien ?

Au-delà de la légitimité, je m’interrogeais aussi sur les conséquences d’un double coming out. D’une part, les lesbiennes sont très sexualisées. Mais d’autre part, il y a ce mythe comme quoi les rapports sexuels lesbiens n’existent pas, ou qu’ils sont inférieurs aux rapports hétéros, et j’ai l’impression que mon existence même confirme ce préjugé. Et je n’ai pas envie d’être utilisée contre la communauté lesbienne, surtout pas !

 

Mon identité centrale est mon identité ace, tout simplement parce que c’est en découvrant mon asexualité que j’ai compris que j’étais lesbienne et aro. Sans ça, je serais toujours une hétéro perdue. Mais ça ne diminue en rien l’importance des autres identités à mes yeux. Elles vont ensemble, et, dans les faits, mon aromantisme a beaucoup plus d’impact sur mon quotidien.

 

Je ne devrais pas avoir l’impression de devoir choisir : je ne peux pas parler d’asexualité sans prendre mes autres identités en compte. Mais j’ai l’impression de me reconnaître nulle part : ni dans les groupes ace qui se concentrent sur « comment trouver un·e partenaire romantique quand on ne veut pas de rapports sexuels », ni dans les romans lesbiens débordants de passion brûlante et d’activités torrides.

 

Il y a cependant de plus en plus d’efforts d’intersectionnalité au sein des communautés, des groupes militants et de la représentation dans les médias.

 

Coming Out

 

La grande étape associée aux identités LGBTI+, c’est le Coming Out. Ma vision du Coming Out ne correspond pas du tout à ce que je vois comme représentation dans les médias, je ne sais pas si c’est lié à l’asexualité en général, ou juste à moi.

C’est « facile » de rester dans le placard. Vu que le sexe est tabou – même si, d’un autre côté, on nous en parle tout le temps – on n’attend pas de moi que je parle de mon activité sexuelle. Certes, notre société est hypersexualisée et tout le monde va partir du principe que je suis zedsexuelle. Mais une de mes premières pensées en envisageant un coming out auprès de ma famille était : en quoi ça les concerne? Si j’étais zedsexuelle, je ne leur décrirais pas mes fantasmes sexuels… pourquoi devrais-je annoncer leur absence ?

 

Et en même temps, j’en avais terriblement envie. Me rendre compte que j’étais ace a été un bouleversement dans ma vie. Je me suis enfin comprise moi-même. Les morceaux du puzzle se sont emboîtés, je me suis sentie tellement bien !

Et, en remarquant l’acephobie et l’hypersexualisation de la société, j’ai eu envie d’agir, j’ai rejoint des groupes, j’en ai discuté avec des ami·es aces...

Or, je suis très proche de ma famille. Leur cacher cette révélation, cette part si importante de ma vie… j’avais l’impression de vivre un mensonge permanent. Je voulais partager cette part de moi, tout en ayant le sentiment que ça ne les regardait pas...

 

Je pense qu’il faut agir de sorte à se sentir bien. Peu importe si c’est « nécessaire » ou pas. Alors une fois que j’ai été au clair avec moi-même, j’ai fait des coming out en série. Et ça m’a fait du bien. De pouvoir de nouveau être moi-même.

 

Relations

 

Je n’ai pas l’impression qu’être ace affecte mes relations, mais c’est aussi parce que j’entends le mot « relations » dans le sens large du terme : relations familiales, amicales, romantiques, autres… et là, c’est plutôt mon aromantisme qui joue un rôle.

 

Mais par rapport aux relations sexuelles et/ou romantiques… Pour moi, le mot « ace » est comme un bouclier. Je comprends celleux qui ne veulent pas un label de plus… mais j’en ai besoin, de ce mot.

Parce qu’avant de me rendre compte que j’étais ace, j’étais convaincue que je devais avoir des relations sexuelles, que j’en aie envie ou pas.

Je savais, bien sûr, que le consentement c’était important, qu’en théorie, je n’étais obligée à rien. Mais je n’en avais jamais envie. Et je pensais que tout le monde était comme moi. Que personne n’avait envie de relations sexuelles, mais en avait par habitude. Un peu comme quand on demande « ça va ? » alors qu’on s’en fiche. Alors je me disais que j’allais faire pareil que toustes les autres…

Je suis vraiment soulagée d’avoir découvert le mot ace, qui m’a permis de me sentir légitime dans mon désintérêt. De comprendre que les autres n’avaient pas des relations sexuelles en se forçant, mais parce qu’iels en avaient envie. Et que je n’étais donc pas obligée.

 

Communauté Ace

 

Une des premières choses que j’ai faites en découvrant que j’étais ace a été de m’inscrire sur le forum acitizen. J’avais besoin de parler avec d’autres personnes asexuelles, d’échanger nos ressentis et nos expériences. Malheureusement, je n’ai pas accroché à ce forum, ça m’a surtout déprimée de voir à quel point nous étions peu nombreuxses. Le forum d’AVEN.fr ne m’a pas plus séduite.

Puis j’ai découvert des personnes ace dans ma vie, parmi mes ami·es, et le besoin d’une communauté a diminué.

Cependant, quand j’ai rejoint le discord d’AVA en février dernier, je m’y suis tout de suite sentie bien. Je me suis rendue compte à quel point c'était utile d'avoir un espace où on peut parler librement… C’est une communauté qui a des valeurs, qui s’oppose fermement à toute forme d’oppression, et les modérateurices font un boulot incroyable. Les conversations vont du militantisme au partage de memes, on peut y aller pour s’amuser, pour être réconforté·e, pour s’énerver et être soutenu·e.

Je m’y sens entourée, j’y suis chez moi. Et dans cette société où j’ai toujours l’impression d’être autre, ça fait du bien. Nous sommes toustes très différent·es, avec des vécus variés, mais uni·es par ce point commun qui nous oppose à la société.

   

Week-End à 1000 – Bilan

Pour la première fois, j’ai participé au week-end à mille ! Pour celleux qui ne connaissent pas, c’est un challenge créé par Lili Bouquine, dont le principe est de lire 1000 pages en un week end, du vendredi soir au dimanche soir.

Je n’avais aucune idée de ce que ça représentait, mille pages… dans le doute, j’ai choisi dans mon étagère les romans avec la police d’écriture la plus grosse. Je ne voulais pas que ma première participation se solde par un échec !

 

Vendredi soir, j’ai commencé par Le Carnet Rouge d’Annelise Heurtier (192 pages). On suit l’histoire de Marie, une ado à la recherche de ses origines népalaises, qui va découvrir le journal intime de sa grand-mère. Le récit alterne entre le passé et le présent, et parfois, j’avais juste envie de rester dans le passé, d’avoir la suite de l’histoire de la grand-mère !

J’étais agréablement surprise que ce roman jeunesse aborde le sujet du travail du sexe, je ne suis cependant pas assez renseignée pour savoir s’il était bien traité.

Comme j’étais très fatiguée par ma semaine, je n’ai fini Le Carnet Rouge que samedi matin, et, pour garder le rythme, j’ai enchainé avec Talitha Running Horse d’Antje Babendererde (397 pages).

 

L’histoire est racontée par Tally, une jeune métisse amérindienne passionnée d’équitation. Je ne suis pas une spécialiste de littérature amérindienne, donc je ne peux pas affirmer que la représentation était bien faite. Cependant, je n’ai pas retrouvé les éléments critiqués dans d’autres représentations… Les horreurs de la colonisation sont dénoncées, tout comme la stigmatisation et la discrimination qui perdurent de nos jours.

J’ai beaucoup accroché à la relation entre Tally et Stormy, la jument qu’elle voit grandir.

Cependant, la romance a tout gâché. Les clichés du coup de foudre et du triangle amoureux ne m’ont pas dérangée plus que ça, le problème vient de Neil, l’intérêt amoureux. Alors qu’il sort avec une autre fille, il se montre jaloux d’un des amis de Tally. Puis, lorsqu’elle se blesse, il l’accuse et l’accable de reproches – cette attitude est dénoncée dans un premier temps… puis excusée, parce qu’il « l’aime » !

Et à la fin, alors qu’il veut coucher avec elle, Tally se montre réticente car elle ne veut pas tomber enceinte – je précise que Tally a seize ans, et lui a plus de deux ans de plus qu’elle. Neil précise qu’il ne veut pas d’enfants, puis insiste avec une petite dose de chantage émotionnel. Et donc ils couchent ensemble sans se protéger, c’est le bonheur absolu, et fin de l’histoire.

 

Alors que je lisais Talitha Running Horse, je suis entrée dans une librairie, et je n’ai pas résisté : j’ai acheté la nouvelle BD de Jen Wang, La tête dans les Étoiles (216 pages). Je l’ai lue dans un petit parc, parfait pour cette histoire douce, avec peu de dialogues et de très jolis dessins, qui raconte l’amitié entre Moon et Christine, deux filles de la communauté chinoise aux États-Unis.

    Je le relirai pour savourer tous les dessins, particulièrement ceux de musique et de danse que j’ai trouvés magnifiques.


Après cette petite incartade à ma pile-à-lire, j’ai saisi un roman jeunesse relatant « l’histoire vraie derrière La Belle et la Bête » : Ma Vie de Monstre d’Anne Pouget (199 pages).

Durant le règne de Catherine de Médicis, plusieurs personnes à la pilosité très forte – une maladie nommée hypertrichose – étaient exhibées à la cour comme des objets de curiosités. C’est le récit de l’une d’entre eux, Tognina.

L’autrice a trouvé un bon équilibre entre l’horreur de la situation de Tognina et une narration plus douce. Un petit glossaire à la fin permet d’en savoir plus sur la réalité historique de chaque personnage, et l’histoire s’arrête juste à temps pour qu’on puisse croire qu’elle finit bien...

 

J’ai lu Ma vie de Monstre bien plus rapidement que prévu et j’ai donc commencé le livre suivant dès samedi soir : Signé Sixtine (321 pages) de Roxane Dambre. Ma bibliothécaire me l’avait recommandé, et j’avais des doutes : ça parle de sciences, et je m’en farcis assez tous les jours pour ne pas vouloir en retrouver dans mes lectures.

Mais Sixtine m’a charmée dès la première page : elle déborde d’énergie et de bonne humeur, elle est gentille et ouverte, et elle adore les couleurs ! Elle ne pouvait que me plaire. De plus, loin d’être une passionnée de mathématiques, elle n’imagine pas plus barbant, et, lorsque durant son premier jour comme journaliste chez ActuParis, elle est chargée de couvrir une conférence de cosmologie, elle est tout simplement horrifiée. Mais elle ne se laisse pas abattre et cherche un angle pour passionner son lectorat…

Le roman vire à l’enquête policière avec des soupçons de surnaturel, et le peps de Sixtine m’a propulsée à travers les pages sans la moindre difficulté. J’ai terminé le challenge à 10h30 le dimanche matin sur une note réjouissante, et j’ai hâte de me lancer dans le suivant !


TW Le Carnet rouge : mention de viol

TW Talitha Running Horse : tentative de viol


Témoignage Aromantisme et Asexualité

Je suis une écrivaine jusqu’au bout des ongles : c’est en me renseignant pour un roman que j’ai découvert mon asexualité. Je connaissais déjà la définition, mais je l’associais aux clichés, au dégoût envers les rapports sexuels.

Alors que j’avais presque 22 ans, j’ai eu envie d’écrire un personnage ace – la fille de la déesse de l’amour, pour prouver métaphoriquement qu’amour et sexe n’avaient rien à voir – je me suis donc renseignée en lisant des témoignages.

Et j’ai eu l’impression de lire mes pensées. Je ne m’étais jamais interrogée sur mon asexualité : tout le monde était dégoûté par le sexe à voix haute – les blagues sont qualifiées de “sales”, et, pour les femmes, coucher est honteux – et à voix basse tout le monde en voulait. Ça n’avait aucun sens, alors j’ai pensé que tout le monde, comme moi, était indifférent et faisait semblant. De plus, je suis aegosexuelle : tant que les rapports sexuels restent fictifs, je peux apprécier – par exemple dans les romans. Tout comme j’apprécie un combat épique, sans avoir envie d’y prendre part pour de vrai.

Je n’ai pas été surprise par mon asexualité : la découvrir, c’était surtout découvrir que les autres étaient zedsexuel·les.

 

Ce qui m’a le plus troublée : quelle était donc mon orientation romantique ? Lorsque mon amitié avec une fille sortait de la définition classique de l’amitié, pour « tester » si j’étais lesbienne ou bi, je me demandais si j’avais envie de coucher avec elle. La réponse était non – et bien sûr, j’évitais de me poser la question au sujet des garçons…

Mon test volait en éclat avec cette découverte, et je me suis rendue compte que je n’avais aucune idée de qui m’attirait. Tout le monde ? Personne ? Ma relation à la romance avait toujours été complexe. J’ai écrit des romans où, lorsque l’héroïne doit choisir entre l’amour de sa vie et sa meilleure amie, elle choisit cette dernière, car je voulais prouver, par ce ressort scénaristique, que l’amitié était bien plus importante que la romance. Beaucoup de livres m’agaçaient, justement, lorsque les personnages faisaient l’autre choix. Je ne comprenais pas comment on pouvait faire passer un amoureux avant ses ami·es.

Et puis, la romance, je l’avais désirée : à 17 ans, je n’avais aucune confiance en moi, je pensais que seul un copain pouvait me donner de la valeur. J’ai éprouvé des sentiments qui s’approchaient des romances que je lisais. J’étais obsédée par un garçon de ma classe, je recherchais sa présence, je modifiais ma personnalité quand il était là afin de lui plaire. Lorsqu’il m’a dit que mes sentiments n’étaient pas réciproques, j’étais triste : une occasion manquée d’atteindre ce bonheur promis par les médias. Mais j’étais aussi très soulagée. J’allais pouvoir être moi-même à nouveau !

Peu à peu, j’ai changé, j’ai reconnu mon propre mérite, mais je désirais quand même cette romance, seule source de bonheur d’après tous les romans que je lisais. Car je voulais être heureuse !

A 20 ans, je m’étais rendue compte que j’étais déjà heureuse, et j’ai défini la romance comme « un bonus sympa mais pas nécessaire ». Parfois, quand toustes mes ami·es rêvaient romance, je me surprenais à les imiter, mais je voyais bien que mes sentiments venaient uniquement de la pression sociale et disparaissaient si personne n’était au courant. Un désir mimétique, qui nous pousse à vouloir ce que les autres veulent, sur lequel s’appuient les pubs et les effets de mode. Et il y a de la pub pour la romance à chaque seconde de notre vie !

Dans tout ce fatras, à la lumière de mon asexualité et de l’existence de l’aromantisme, j’étais totalement perdue… Mais je discutais de plus en plus avec des personnes aromantiques, et leurs paroles remportaient toujours mon adhésion totale… sans que je ne me sente autorisée à me dire aro puisque j’avais été amoureuse.

J’ai réfléchi à la fluidité, au greyromantisme, au quoiromantisme, parce que franchement, comment savoir ce qu’est la romance ? Je ne suis pas dans la tête des zedromantiques, je ne peux pas comparer !

Puis on m’a prêté Les Sentiments du Prince Charles, une BD qui  ne parle pas d’aromantisme, mais présente la romance hétéro comme une construction sociale. Ce que j’appelais le désir mimétique était décortiqué. Je me reconnaissais dans les descriptions. Oui, j’ai éprouvé des sentiments romantiques, mais ce n’était pas agréable, c’était pour m’intégrer, pour atteindre le bonheur promis. Ils n’avaient pas à me définir.

Je me suis sentie autorisée à me dire aro, ou arospec (sur le spectre aro). Quand je doute, je lis les témoignages de mauvais genre-s et je m’y reconnais.

 

Et je suis tellement heureuse d’être aro ! Je me sens libérée d’un poids que je ne remarquais plus, à force, celui de devoir me mettre en couple romantique si je voulais être heureuse. Alors que je le suis déjà. Ce n’est pas parce que je rejette la romance que je n’aime pas.

Outre l’amitié, j’éprouve aussi ce que j’appelle de l’attirance affectueuse – je ne suis pas très confortable avec les termes officiels « quasi-platonique » ou « queer-platonique ». Certaines personnes me donnent envie d’avoir une relation spéciale avec elles, mais qui n’implique aucun droit de propriété : elles peuvent avoir autant de personnes spéciales qu’elles veulent, elles n’ont pas l’obligation de me voir régulièrement… rien de ce que la romance implique. Si c’est confortable, on peut se faire des câlins, s’embrasser, se tenir la main, mais ce n’est pas nécessaire. Il n’y a pas d’échelle de progression, si nous emménageons ensemble mais, finalement, préférons vivre séparé·es, ce n’est pas un échec. C’est une évolution.

 

J’adore cette manière de relationner. Ni le sexe ni la romance ne me manquent, au contraire, si je devais choisir, je serais aroace. J’ai des ami·es, j’ai ma famille, j’ai des personnes qui me sont précieuses, et c’est juste parfait.

 

Bienvenue !

  Bienvenue à toustes !

Je m'appelle Elaine et j'ai 22 ans. J'ai toujours adoré lire et écrire, et j'aime partager mes découvertes: j'ai l'habitude de conseiller mes coups de cœur à ma famille pour en discuter.

Alors je me suis dit que je pouvais aussi les partager avec d'autres personnes, et j'ai créé ce blog pour parler de mes romans préférés. Avec ‎toujours un peu - beaucoup - de retard, à la fois sur l'actualité littéraire et sur la date à laquelle j'ai réellement lu le roman.

Mes genres préférés sont le fantastique et la fantasy jeunesse‎, je lis aussi beaucoup de contemporain. Je recherche la présence de personnages de groupes minorisés, en particulier LGBTI+ puisque je suis concernée. La représentation, et sa qualité, sont très importantes à mes yeux : nous avons besoin de lire nos expériences dans des romans pour nous projeter, nous sentir légitimes et moins isolé·es.

J'aimerais créer ici un espace littéraire safe et non-oppressif, alors si j'oublie des TW ou si je fais des erreurs, n'hésitez pas à me le signaler.

J'espère que ce contenu vous plaira autant qu'a moi, portez-vous bien, et bonne lecture !