Poppy et les Métamorphoses

De Laurie Frankel

femme lisant Poppy et les métamorphoses devant une cheminée

J’ai pris un risque avec ce roman : sans l’avoir lu, je l’ai conseillé à une relation pour qu’elle le fasse lire à sa mère : c’est une histoire écrite du point de vue de parents élevant cinq enfants, dont une petite fille trans. On suit le chaos quotidien de leur vie, de sa naissance à ses 10 ans. Ça me paraissait un bon moyen d’aborder le sujet avec la fiction, et on m’en avait dit du bien, mais quand même, conseiller un livre inconnu ? Je n’étais pas tout à fait prête à assumer la responsabilité, alors je me le suis procuré pour le lire aussi.

Pendant les vacances d’été, lorsque je suis allée en camping avec ma famille – sans internet, le drame ! – j’ai eu l’occasion de me lancer, tranquillement posée sur un banc au soleil.

La narration originale m’a tout de suite captivée. Les pensées des personnages sont décrites en toute sincérité, avec une brutalité comique « Penn s’était fixé une règle à l’époque : ne jamais se détourner de quoi que ce soit d’un peu nouveau et potentiellement original, au cas où cela puisse lui servir pour ses écrits futurs. Le fait de sortir avec un docteur qui avait un faible pour les poètes, sous prétexte qu’une parfaite inconnue s’était mis dans la tête qu’entre elle et lui, ça pourrait coller, tout ça cadrait plutôt pas mal avec sa règle. » – soit dit en passant, en tant qu’écrivaine, j’ai une règle semblable, ce qui m’a fait sourire. Et je souriais à toutes les autres phrases aussi, c’était rythmé – je pense par exemple à la scène de l’accouchement tout au début, qui nous propulse dans la vie de cette famille.

Le fait que la mère ait souhaité avoir une fille ne m’a pas interpelée, je l’ai juste vu comme un élément sans conséquence. Mais j’ai découvert plus tard que c’était un argument transphobe, utilisé pour justifier la transidentité… Rétrospectivement, je trouve donc regrettable que cet élément soit présent ici.

La famille nombreuse donne beaucoup d’énergie au récit, les enfants grandissent, ont des soucis tour à tour, et parfois en même temps : même si c’est un récit de quotidien, le rythme est toujours présent. Chaque personnage est développé, on a l’impression de vraiment les connaître.

La bienveillance des parents était agréable à lire, tout comme le portrait complexe de la transidentité. A l’époque, je n’avais pas lu tant de romans avec des personnages trans – et je n’en ai toujours pas lu énormément – mais c’est Poppy que j’avais trouvée la plus riche, on se concentre sur sa personne, ses émotions, et ce sont plutôt ses parents qui réfléchissent au sujet de la transidentité et de sa place dans la société. Il est d’ailleurs clairement montré que c’est la société et non la transidentité qui pose problème. Les parents considèrent les soucis de Poppy de la même manière qu’ils considèrent les difficultés de leurs autres enfants.

Ce récit paisible quoique mouvementé a été interrompu par le commentaire violent d’un passant. Plus tard – ça m’a d’ailleurs moins choquée mais je suis généralement insensible aux décès – la mort d’une femme trans inconnue est décrite.

A part ces deux passages, le roman est très optimiste. J’ai particulièrement aimé le voyage en Thaïlande, qui permet aux personnages de rencontrer d’autres personnes trans, ainsi qu’une culture différente. Sa bonne ambiance générale ne l’empêche pas, en passant, de débattre et de dénoncer – notamment « l’aide » des personnes mal informées, ou l’injonction au passing.

Le mot de l’autrice à la fin explique ses choix, ce que j’ai trouvé utile – et très intéressant de mon point de vue d’écrivaine !

C’est un roman drôle et doux, présentant une famille chouette, dynamique et sincère. J’ai passé un excellent moment, et maintenant je peux le conseiller en toute connaissance de cause !

TW : Transphobie

 

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