Poppy et les Métamorphoses

De Laurie Frankel

femme lisant Poppy et les métamorphoses devant une cheminée

J’ai pris un risque avec ce roman : sans l’avoir lu, je l’ai conseillé à une relation pour qu’elle le fasse lire à sa mère : c’est une histoire écrite du point de vue de parents élevant cinq enfants, dont une petite fille trans. On suit le chaos quotidien de leur vie, de sa naissance à ses 10 ans. Ça me paraissait un bon moyen d’aborder le sujet avec la fiction, et on m’en avait dit du bien, mais quand même, conseiller un livre inconnu ? Je n’étais pas tout à fait prête à assumer la responsabilité, alors je me le suis procuré pour le lire aussi.

Pendant les vacances d’été, lorsque je suis allée en camping avec ma famille – sans internet, le drame ! – j’ai eu l’occasion de me lancer, tranquillement posée sur un banc au soleil.

La narration originale m’a tout de suite captivée. Les pensées des personnages sont décrites en toute sincérité, avec une brutalité comique « Penn s’était fixé une règle à l’époque : ne jamais se détourner de quoi que ce soit d’un peu nouveau et potentiellement original, au cas où cela puisse lui servir pour ses écrits futurs. Le fait de sortir avec un docteur qui avait un faible pour les poètes, sous prétexte qu’une parfaite inconnue s’était mis dans la tête qu’entre elle et lui, ça pourrait coller, tout ça cadrait plutôt pas mal avec sa règle. » – soit dit en passant, en tant qu’écrivaine, j’ai une règle semblable, ce qui m’a fait sourire. Et je souriais à toutes les autres phrases aussi, c’était rythmé – je pense par exemple à la scène de l’accouchement tout au début, qui nous propulse dans la vie de cette famille.

La famille nombreuse donne beaucoup d’énergie au récit, les enfants grandissent, ont des soucis tour à tour, et parfois en même temps, même si c’est un récit de quotidien le rythme est toujours présent. Chaque personnage est développé, on a l’impression de vraiment les connaître.

La bienveillance des parents était agréable à lire, tout comme le portrait complexe de la transidentité. A l’époque, je n’avais pas lu tant de romans avec des personnages trans – et je n’en ai toujours pas lu énormément – mais c’est Poppy que j’avais trouvée la plus riche, on se concentre vraiment sur sa personne, ses émotions, et ce sont plutôt ses parents qui réfléchissent au sujet de la transidentité et de sa place dans la société. Il est d’ailleurs clairement montré que c’est la société et non la transidentité qui pose problème. Les parents considèrent les soucis de Poppy de la même manière qu’ils considèrent les difficultés de leurs autres enfants.

Ce récit paisible quoique mouvementé a été interrompu par le commentaire violent d’un passant. Plus tard – ça m’a d’ailleurs moins choquée mais je suis généralement insensible aux décès – la mort d’une femme trans inconnue est décrite.

A part ces deux passages, le roman est très optimiste. J’ai particulièrement aimé le voyage en Thaïlande, qui permet aux personnages de rencontrer d’autres personnes trans, ainsi qu’une culture différente. Sa bonne ambiance générale ne l’empêche pas, en passant, de débattre et de dénoncer – notamment « l’aide » des personnes mal informées, ou l’injonction au passing.

Le mot de l’autrice à la fin explique ses choix, ce que j’ai trouvé utile – et très intéressant de mon point de vue d’écrivaine !

C’est un roman drôle et doux, présentant une famille chouette, dynamique et sincère. J’ai passé un excellent moment, et maintenant je peux le conseiller en toute connaissance de cause !

TW : Transphobie

 

Child Trip

de Jeanne Sélène

fille en robe bustier multicolore lisant Child Trip devant une haie, illuminée par le soleil

En septembre, j’avais commencé Le Sablier des Cendres, de la même autrice, que j’ai abandonné… parce que c’était trop bien écrit ! En effet, c’est un roman à l’ambiance glauque, et la plume m’a tellement transportée qu’il me plombait. Malgré cet abandon, j’avais donc très envie de lire d’autres romans de Jeanne Selene.

Child Trip a attiré mon attention car c’est un roman feel good, donc aux antipodes du Sablier des Cendres. J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge Winter is Reading : comme il y a « Trip » dans le titre, je me suis dit que ce serait un excellent roman pour la catégorie voyage. Finalement, le voyage n’est pas au centre de l’intrigue, même si la narratrice, Solange, est nomade : elle vit dans un camion et va de marché en marché pour vendre les bijoux qu’elle crée.

L’histoire commence dès les premières lignes : Solange découvre qu’elle est enceinte, et décide de garder son enfant sans changer son mode de vie. J’ai directement accroché, la narration de Solange est dynamique et prenante. Elle doute mais ne baisse pas les bras, cherche des astuces durant sa grossesse. Je pensais d’ailleurs que ce serait l’histoire de cette grossesse, et une fois l’enfant née, je ne savais plus où allait l’histoire. Aurait-on leur vie commune jusqu’à ce qu’Ilona, le bébé, ait un an ? Jusqu’à ses dix ans ?

Mais après une petite période de flottement, Solange reprend ses tournées, essaie de supporter sa mère… je ne me demandais plus où allait l’histoire, je la vivais. Tout est amené avec beaucoup de naturel : sa pansexualité, son amour de la solitude et son besoin de se préparer avant de rencontrer quelqu’un…

Une fois n’est pas coutume, j’ai adoré la romance. Souvent, elles se divisent en deux catégories : les coups de foudre, et les romances où le personnage ne sait pas de qui il va tomber amoureux. Mais même dans ces deuxièmes cas, je devine toujours – toujours ! – qui est l’intérêt amoureux, et qu’il y aura une romance entre les deux. Pas ici ! La relation n’est pas sortie de nulle part, mais j’ai vraiment été dans la peau de Solange : comme elle, je ne me doutais pas qu’il y aurait une romance et je voyais juste une personne sympathique qui pouvait devenir une amie.

Solange fait partie de ces personnages de romans qui ne sont pas intéressés par la romance et sont même assez réfractaires à cette idée, mais changent d’avis en rencontrant l’âme sœur. C’est un schéma narratif que je déteste d’habitude : je n’en vois pas l’intérêt, et en plus, il invite à penser que les femmes qui clament fort « je ne veux pas être en couple » sont en fait juste dans l’attente de trouver l’amour. Ici, c’est bien fait, Solange évoque l’aromantisme et le fait qu’elle était sincèrement peu intéressée par la romance. Simplement, les personnes ont le droit de changer, c’est la vie.

J’ai beaucoup aimé ce roman rempli de bonne humeur, avec une narratrice attachante et une histoire certes courte mais prenante.

 

Thirrin, Princesse des Glaces

de Stuart Hill

personne en manteau tricoté multicolore lisant Thirrin, Princesse des glaces devant un feu de cheminée

Pendant les fêtes de fin d’années, je cherchais un roman de guerre pour le challenge Winter is Reading. On m’avait conseillé Le Réseau Corneille de Ken Follett, mais en voyant qu’il faisait 600 pages, je me suis dégonflée et tournée vers un roman que j’avais adoré, plus jeune, et que j’ai acheté récemment : Thirrin, Princesse des Glaces – qui fait 550 pages…

C’est un roman que j’avais lu en cinquième, alors que je n’aimais pas du tout les batailles, durant lesquelles je m’ennuyais. Il y en a beaucoup dans cette histoire, et je les ai adorées. Elles ne se ressemblent pas, la stratégie et la diplomatie jouent un rôle important, et Thirrin est un personnage enflammé. C’était épique et intelligent, je l’avais relu trois fois.

Mon appréciation pour la guerre dans la fiction n’a pas évolué : je suis toujours assez dubitative, surtout quand la violence est glorifiée, mais j’adore les stratégies militaires. J’éprouvais donc un peu d’appréhension à l’idée de relire ce roman : est-ce que je l’apprécierais autant ?

En reprenant Thirrin, Princesse des Glaces, j’ai de nouveau accroché à l’histoire. Dès le premier chapitre, Thirrin est attaquée par un loup-garou, et ses préjugés sur leur monstruosité est remise en question. Son père, le roi de Haute-Froidurie, les a combattus, elle décide de s’allier à eux. Et elle fait bien ! Scipio Bellorum, général de l’empire du Polypont, lance l’invasion de la Haute-Froidurie. Le roi se précipite pour défendre ses terres, laissant le royaume entre les mains de Thirrin, et la première bataille du roman commence. Pleine d’émotion, car on sait que c’est perdu d’avance, irréaliste et épique, le roi étant le dernier à mourir. J’en avais des frissons ! Et je me suis rappelée que la duchesse Theowin, qui combat aux côtés du roi, m’avait marquée, puisque j’ai repris certaines de ses caractéristiques dans un roman que j’ai écrit quatre ans plus tard.

L’hiver arrive et la neige bloque les armées polypontaines – j’ai failli dire romaines, l’empire du Polypont étant très inspiré de l’empire romain – laissant à Thirrin le temps de se préparer en vue de l’invasion. Elle organise l’évacuation, aidée par un jeune sorcier qu’elle vient de rencontrer et qu’elle a nommé son conseiller – un peu précipité, mais bon – et affronte quelques troupes qui sont passées malgré la neige. Tout est là pour qu’on soit à fond dans les batailles : rapport de force déséquilibré, glorification de l’honneur – Thirrin se bat avec ses soldat·es alors que les généraux adverses se contentent de regarder le combat – stratégies inventives pour renverser la situation. Souvent, j’ai l’impression que les romans jeunesse préfèrent ellipser l’aspect horrible de la guerre pour ne pas choquer les enfants. Ici cependant, Thirrin souligne à quel point elle est choquée de devoir tuer d’autres personnes, même si c’est pour se défendre.

Malgré les nombreux combats, le roman garde un côté merveilleux : Thirrin part en voyage dans le nord chercher des allié·es, et c’est une partie assez féérique du roman, où elle rencontre des créatures magiques qui font rêver – et d’autres un peu moins.

Je regrette que la cruauté de Bellorum soit présentée comme un résultat de sa « folie », mais à part ça, le personnage est très réussi, on le redoute et il donne de la tension à l’histoire. De façon assez surprenante, les personnages principaux remportent beaucoup de victoires sans que ça enlève de la tension à l’histoire, au contraire. C’est très satisfaisant.

Une lecture épique et enthousiasmante, une héroïne attachante, avec ses qualités et ses défauts, des batailles avec de bonnes stratégies, un monde hivernal peuplé de créatures magiques… de bons ingrédients pour un roman que j’ai dévoré !

TW : psychophobie

 

Diversité en Litté Partie 2

Le challenge diversité en litté se poursuit – la partie 1 est ici. Je m’intéressais aussi aux lectures des autres, et je me suis vite rendue compte que beaucoup lisaient en anglais. J’aime bien lire en anglais moi aussi, mais souvent, ce sont des livres que je peux moins facilement recommander… et comme j’adore partager mes lectures, je préfère attendre la traduction française.

personne en costume, devant le soleil couchant, brandissant sa liseuse avec la couverture de Passing Strange
Passing Strange et Caligo Lane d’Ellen Klages

Une de ces recommandations, conseillée à répétition par Planète Diversité, qui organise ce challenge, a été Passing Strange, qui vient d’être publié en français.

L’histoire m’a déroutée dès le début, car on ne comprend pas bien où elle va. La vieille Helen Young va vendre le tableau représenté sur la couverture… puis, bond dans le temps, on revient dans les années 1940 et l’héroïne semble être Franny… ou pas, puisque de nombreux personnages font leur entrée : la peintre Haskell, la jeune Emily, Babs, l’amante de Franny, Helen Young…

Un premier élément surnaturel s’immisce alors que le roman est bien entamé : Franny peut créer des raccourcis en pliant les cartes. J’ai adoré le caractère flou et subtil de cette magie, qui est à l’image du roman.

L’histoire se concentre peu à peu sur Haskell et son couple avec Emily, qui chante dans un bar lesbien. La scène du spectacle est d’ailleurs ma préférée : elle m’a fait penser à mes sorties au Cabaret de Poussière. Tout est là, le spectacle queer et révolutionnaire, les salutations « Mesdames, Messieurs, mes non-binaires », la présence des cishétéros qui nous prennent pour une attraction, et bien sûr qu’on se sent insulté·es et qu’on aimerait les chasser, mais en attendant, ils financent la troupe…

Le livre n’a cependant pas de direction précise, ce qui m’a manqué. On enchaine les belles scènes, dans une atmosphère de doux trouble avec de brèves et dures incursions de la réalité. Tout s’agence à la fin, parfaite, qui renoue avec le début de manière inattendue et poétique. Elle était très satisfaisante et m’a permis de terminer sur une belle note, mais la tension aura manqué tout au long du roman.

A ce moment-là, j’étais embarquée dans un long trajet en car, et la lumière encore faible permettait mal de lire les romans papiers que j’avais emportés. J’ai donc enchainé directement avec Caligo Lane, une brève nouvelle qui s’intéresse à Franny et sa magie des cartes : elle cherche à aider sa sœur, menacée par la seconde guerre mondiale.

J’ai beaucoup aimé les descriptions de la magie, et comme je connaissais déjà le personnage, c’était moins gênant que le récit soit court. Cependant, je ne trouve pas qu’il ait beaucoup apporté à l’univers de Passing Strange. J’étais plus intéressée par Helen Young que par Franny…

Cases cochées : Perso racisé, couple f/f, SFFF et intersectionnalité

TW : mention de violences sexuelles policières, violences conjugales

femme en robe bustier noire et rouge, type renaissance, brandissant sa liseuse avec le couverture de Carmilla, devant un drap rouge
Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu

Je n’ai jamais été fan de vampires, ni de romans que je qualifie de « vieux ». Mais, alors que je souhaitais écrire un roman avec des vampires, j’ai découvert en me renseignant que cette créature avait une connotation queer, depuis l’écriture de Carmilla, en 1871, soit bien avant Dracula qui s’en est inspiré.

J’entends beaucoup que les identités LGBTI+ sont une mode. Ou une invention récente. Je pense que la case « date de plus de 2 ans » était surtout là parce qu’il y a de plus en plus de représentation, et que c’est un peu plus compliqué de trouver des romans plus anciens. Mais j’ai décidé de carrément remonter l’histoire, car quoi que certain·es en dise, nous avons toujours été là !

En commençant ma lecture, je ne m’attendais pourtant pas à grand-chose : c’est vieux, donc probablement sexiste et homophobe, non ?

Malgré un style d’écriture on ne peut plus plat, j’ai été agréablement surprise. Dès le début, c’est très très lesbien, avec Carmilla qui appelle la narratrice, Laura, « Chérie » et ce genre de passages est très fréquent :

« Elle me donna un baiser sans mot dire.

– Carmilla, je suis sûre que tu as été amoureuse ; je suis sûre que tu as une affaire de cœur en ce moment même.

– Je n’ai jamais aimé, je n’aimerai jamais personne, si ce n’est toi, murmura t-elle.

Ah ! comme elle était belle sous la clarté lunaire ! »

Laura, elle, ressent de l’attraction et de la répulsion mêlée, et j’ai trouvé ça génial : les esprits homophobes de l’époque pouvaient attribuer ce dégoût à la nature homosexuelle de l’attirance, et approuver l’œuvre, tandis qu’en réalité, ce dégoût vient sûrement du fait que Carmilla est une vampire – les animaux le perçoivent, donc l’instinct de Laura peut-être aussi…

Bien sûr, je savais comment ça se terminait, avec le meurtre de la sulfureuse Carmilla. N’empêche, c’était une lecture intéressante.

Avant de finir ma lecture, j’ai discuté avec quelqu’un qui m’a conseillé la web-série Carmilla. Qu’ai-je donc fait en fermant le livre ? Mon exposé pour le lendemain ? Que nenni ! Après tout, les épisodes sont courts…

J’adore les modernisations, et avoir lu Carmilla me permettait de capter les nombreux clins d’œil. La web-série est vraiment enthousiasmante et me permet de considérer ce roman avec un œil encore plus favorable !

Cases cochées : couple f/f, roman publié il y a plus de 2 ans – c’est le moins qu’on puisse dire !

TW : mort violente d’un personage lesbien, racism, sexisme

Autres romans avec des couples f/f :

  • A l’abordage de Kadyan (chroniqué en partie 1 ici)
  • Mes vrais enfants de Jo Walton (chroniqué ici)
  • The infinite Loop d’Elsa Charretier
  • Lumberjanes de Noëlle Stevenson (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Rouge Tagada de Charlotte Bousquet
  • La sirène et la licorne d’Erin Mosta (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge partie 2)
  • Révolution avec une vampire de Lizzie Crowdagger (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Pas tout à fait des hommes de Lizzie Crowdagger (chronique à venir, c’était génial !)
  • La belle Eprise de Karin Kallmaker (chroniqué en partie 1 ici)
  • Citrus de Saburo Uta (chroniqué ici pour le Winter is Reading)
  • Frangine de Marion Brunet (chroniqué ici pour le Winter is Reading)
  • Ecumes de Ingrid Chabbert
  • Child Trip de Jeanne Sélène (chronique à venir)
  • Manderley Forever de Tatiana de Rosnay (chroniqué ici pour la Semaine à Lire)

femme en gilet patchwork lisant How to be Remy Cameron devant un tag avec écrit Caged et les oiseaux du film Rio
How to Be Remy Cameron de Julian Winters

Si j’ai lu 22 livres avec des personnages racisés, j’ai en revanche vraiment galéré à trouver des romans avec des personnages racisés sur la couverture. Planète Diversité a publié plusieurs exemples de versions françaises qui, en traduisant de l’anglais, remplacent les personnages racisés sur la couverture par des dessins abstraits ou carrément par des visages blancs – oui, je pense à Les Sept maris d’Evelyne Hugo. Durant ce challenge, j’ai pu constater que même quand le personnage est sur la couverture – ce qui est le cas, techniquement, de 16 de ces œuvres – c’est souvent en ombre, ou alors en tout petit, ou alors le visage est coupé… par exemple, la couverture de Et ils meurent tous les deux à la Fin représente les personnages principaux, qui sont racisés :

Je me suis finalement rabattue sur la lecture commune du challenge, How to be Remy Cameron de Julian Winters – j’avais déjà lu Nous les Filles de Nulle Part, chroniqué ici. Je l’avais acheté mais gardé sur mon étagère en attendant de prendre le train pour rentrer chez mes parents, et c’est là que j’ai commencé.

C’est un roman pour ados, alors je m’attendais à une lecture facile, même si c’était en anglais. Pas du tout ! C’est l’histoire de Remy Cameron, noir, gay, adopté, qui pour un essai de littérature, essaie de comprendre qui il est, et de se détacher de ses étiquettes. Le style est oral, jeune, moderne, alors je ne comprenais pas la plupart des expressions et références culturelles. J’avais beaucoup de mal à suivre.

Par exemple, lorsqu’il rencontre sa conseillère d’orientation, elle lui propose des plans d’avenir qui l’agacent, car ce sont des universités qui accueillent à bras ouverts les noirs et les gays. Contrairement à Remy, je ne cherche pas à me détacher de mes étiquettes, je veux qu’on les prenne en compte. Qu’on ne me conseille pas des films homophobes, par exemple. Alors que lui souhaite qu’on les « oublie ». Je pensais que mon incompréhension de sa réaction sur les universités était liée à cette divergence, mais j’ai fini par deviner que non : c’est parce que ces universités n’ont rien à voir avec ses souhaits d’étude – la littérature – et que la conseillère a donc considéré son orientation sexuelle plutôt que ses demandes explicites. Et là je suis d’accord avec Remy.

La divergence entre Remy et moi s’est aussi ressentie lorsqu’il a parlé de la réaction idéale à un coming out : son amie qui lui a répondu « ton t-shirt est à l’envers ». Alors que moi, c’est une réaction que je déteste, car c’est un moment stressant, une part importante de mon identité, et la personne en face semble l’ignorer. Oui, c’est normal d’être gay, mais ce n’est pas dans la norme, et ça implique tout un tas de difficultés que cette amie semble négliger… Et puis, à la place de Remy, je me serais demandé si elle avait bien entendu, ou si elle choisissait, délibérément, de l’ignorer, ce que des personnes de mon entourage ont vécu – la personne ne réagit pas, parce qu’au fond elle pense que ce n’est qu’une phase…

C’est justement ce qui rend Remy intéressant à mes yeux : il est différent de moi. Et, bien qu’il soit plus jeune, l’auteur est plus âgé, et Remy a fait son premier coming out il y a longtemps. Le roman tourne autour de la découverte de soi, mais pas en vue d’un coming out comme c’est le cas dans beaucoup de ces histoires : c’est la découverte de soi au-delà. Ce n’est pas non plus l’histoire d’un premier amour : Remy a déjà eu un copain, ils ont rompu, il essaie de s’en remettre et tombe amoureux de Ian.

Ce genre d’histoire vise plutôt les ados en pleine construction de soi, mais quand j’avais dix-sept ans, je n’aimais pas ces récits que je ne comprenais pas, où je ne me reconnaissais pas. Il n’est certes jamais trop tard pour se construire, mais comme la barrière de la langue est forte, c’est un peu difficile avec ce roman-là.

C’est dommage car il y a un ressort scénaristique que j’adore : plein de personnages. Car si ça arrive de n’avoir qu’un·e seul·e meilleur·e ami·e, c’est quand même beaucoup moins fréquent dans la vraie vie que dans les romans. Là, Remy est bien entouré : ses amies d’enfance Rio et Lucy, le copain de Lucy, Brooke, et son meilleur ami Ian, Sara, une fille qui crush sur Lucy, Chloé et Jayden, Zac et Alex, et j’en ai peut-être même oublié. Et puis il y a sa famille : les parents, la sœur, la tante, l’oncle, le chien… Ç’aurait été génial si je n’avais pas été tellement concentrée sur la compréhension que j’en oubliais sans cesse les personnages et leurs caractéristiques.

J’ai mis presque deux semaines à le lire alors qu’il n’est pas épais. A défaut d’être emportée par le récit, j’ai trouvé Remy très intéressant, et les thèmes abordés aussi.

Cases cochées : lecture commune, personnage racisé sur la couverture !

TW : ils sont indiqués sur la dernière page du roman

femme en débardeur illusion d'optique brandissant sa liseuse avec la couverture de Tortues à l'Infini devant un mur beige
Tortues à l’Infini de John Green

J’ai commencé ce roman suite à une recommandation de Parmi les Récits. Je le lisais dans le bus en me rendant à un goûter de Noël, et j’ai découvert Aza, une adolescente avec des pensées obsessionnelles. Et… je n’ai pas accroché, si bien que j’ai arrêté ma lecture.

Deux semaines plus tard, le challenge était sur le point de se terminer, j’avais un long trajet en train, et j’ai remarqué qu’en fait, j’avais déjà lu 14% du livre. Je me suis dit que je pouvais essayer de finir…

Au début, j’ai eu du mal à me souvenir de certains éléments, mais j’ai vite été plongée dans l’histoire. Daisy, la meilleure amie d’Aza, décide de mener l’enquête sur un milliardaire en fuite, pour empocher la récompense. Aza connait le fils et elles vont l’interroger…

J’étais prise par l’intrigue, mais aussi par la beauté de l’écriture. C’est très poétique, les mots ont de la valeur dans cette histoire. Les personnages en discutent d’ailleurs : la psy d’Aza explique l’importance de nommer une chose pour qu’elle soit réelle – en prenant l’exemple de peuples qui distinguent ou non des couleurs selon le vocabulaire existant. Ici, c’est appliqué à la neurodivergence et au besoin d’avoir un vocabulaire précis, mais ça concerne plein d’identités.

Je lisais dans les transports, et mes correspondances ont été annulées coup sur coup. Un contexte stressant, pas le meilleur pour ce roman : lorsqu’Aza part dans la spirale de ses pensées, l’anxiété du roman est communicative et j’avais l’impression d’étouffer.

L’amitié, la romance et la famille ont cependant la part belle dans ce récit, ce qui aide à composer avec cette anxiété. La romance m’a particulièrement plu, car c’est rare que je la trouve aussi bien faite. Les personnages s’aiment mais c’est simple et respectueux. Une citation l’illustrera au mieux, et elle montrera aussi la belle plume de ce roman.

« Allongée sous cet arbre, je me suis dit que je l’aimerais peut-être toute ma vie. On s’aimait, aucun doute là-dessus – on ne se l’était jamais dit et l’amour n’était pas forcément notre truc, mais c’est quelque chose que je ressentais. Je l’aimais et j’ai pensé que je ne le reverrais sans doute jamais, qu’il me manquerait toujours – n’était-ce pas là une terrible perspective ? »

J’ai adoré ce roman à mon deuxième essai, je suis très contente de lui avoir donné sa chance.

Cases cochées : Au cours de ce challenge, j’ai découvert que mettre ou non un personnage dans la catégorie « handi » était compliqué. Parfois le roman ne donne pas le nom du handicap… J’ai considéré la définition sociale du handicap, c’est-à-dire : le personnage rencontre-t-il des difficultés à cause du validisme ? Dans La Sirène et la Licorne, Cris n’a pas de difficultés motrices suite à son accident, mais son entourage restreint ses activités physiques.

A la fin, j’ai eu la surprise de constater que j’avais lu 20 romans avec des personnes en situation de handicap. J’ai l’impression d’en avoir lu beaucoup moins ! Sans doute parce que les handicaps sont très variés. Je n’ai lu aucun roman avec une personne autiste, par exemple…

TW : self-harm, accident de la route

D’autres romans avec des personnages importants en situation de handicap :

  • On est tous faits de molécules de Susin Nielsen (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge partie 2)
  • Mes vrais enfants de Jo Walton (chroniqué ici)
  • La sirène et la licorne d’Erin Mosta (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Wonder de R.J. Palacio (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Ma vie de monstre d’Anne Pouget (chroniqué ici pour le Week-end à 1000)
  • La tête dans les étoiles de Jen Wang (chroniqué ici pour le Week-end à 1000)
  • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge partie 2)
  • Fleur du désert de Waris Dirie (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Un si petit oiseau de Marie Pavlenko (chroniqué ici pour le Week-end à 1000 de Novembre)
  • Paranoïa de Mélissa Bellevigne (chroniqué ici pour le Week-end à 1000 de Novembre)
  • Eliza et ses monstres de Francesca Zappia (chronique à venir !)
  • Nimona de Noëlle Stevenson (chroniqué ici)
  • Boo de Neil Smith
  • Child Trip de Jeanne Sélène (chronique à venir)
  • Un Noël au Poil de Cha Raev (chroniqué ici pour le Winter is Reading)
  • L’École de la Peur de Gitty Daneshvari

 

Et voici, enfin, la statistique pour un total de 90 livres :

f/f:25; racisé:22; handi:20; m/m:18; rien:18; trans/inter:9; gros:6; aro/ace:4

Et oui, comme vous pouvez le constater, j’ai lu pas mal de romans sans la moindre représentation (18). Je ne sais pas si je suis surprise : d’un côté, je ne cherche pas du tout à lire des romans sans représentation, et quelque part, c’est triste de constater à quel point c’est difficile d’y échapper – pas qu’ils aient été mauvais, mais ça montre à quel point ils sont partout, et que s’il est facile de ne lire aucun roman avec de la représentation, l’inverse n’est pas vrai.

D’un autre côté, j’ai l’impression d’en avoir lu beaucoup plus que ça… Pourquoi ? C’est simple : si j’ai lu 43 livres gays au sens large, cela signifie que j’ai lu une majorité de romances hétéros… si j’ai lu 20 romans avec des personnages handi, cela veut dire que j’ai lu 70 romans avec des personnages valides… j’ai donc toujours l’impression de lire beaucoup de romans hétéros, blancs, valides… alors qu’en fait, je lis peu d’œuvres sans diversité !

Je suis en revanche agréablement surprise d’avoir vu plus de relations f/f que m/m. Sexisme oblige, il est beaucoup plus difficile de se procurer des romans f/f… durant tout le challenge, en fait, j’ai évité les romances m/m… et j’en ai quand même lu beaucoup.

C’est le moment de prendre des résolutions pour la nouvelle année, non ? Alors je vais continuer de ne pas privilégier les romans m/m même si c’est facile de se les procurer, et je vais fouiller partout pour trouver des romans avec des personnes trans, grosses, inter, aro et/ou ace. N’hésitez pas à me conseiller des livres !

Merci à Planète Diversité pour l’organisation du Challenge, et à toutes les autres personnes qui ont participé et m’ont permis de découvrir des livres.

 


1 C’est difficile de faire rentrer des œuvres dans des cases, mais j’ai fait au mieux, en considérant le ou les personnages point de vue, et les personnages secondaires au rôle important – généralement les love interest, mais parfois les meilleur·es ami·es.
J’ai également considéré le contexte, notamment pour les situations de handicap ou les situations de domination de race. Je n’ai pas fait de statistiques sur les #ownvoice car je n’ai pas eu le temps ou la possibilité de me renseigner sur toustes les auteurices.

 

Diversité En Litté

2019 – Partie 1

C’est avec plaisir que j’ai découvert ce challenge organisé par Planète Diversité, qui consiste à lire des ouvrages dont les personnages principaux correspondent aux cases de la grille bingo suivante :

grille bingo avec les cases : Lecture Graphique, personnage principal avec un handicap, romance M/M, intersectionnalité, personnage principal trans, asexualité/aromantisme, lecture commune, personnage principal gros, livre avec un personnage racisé sur la couverture, romance F/F, roman #ownvoice, roman SFFF, livre publié il y a plus de deux ans, Au Choix, personnage principal racisé, livre avec moins de 10k notes sur Goodreads

En me lançant dans le challenge, je l’ai pris à la légère, considérant que je lisais déjà des romans avec des personnes LGBTI+, handi, grosses, racisées… J’ai décidé de ne pas changer mes habitudes de lecture – à part pour la lecture commune – et de voir ce que ça donnerait.

Du début à la fin de ce challenge – c’est-à-dire du 1er octobre au 31 décembre – j’ai lu 90 romans 1, et je me suis amusée à faire une petite statistique dessus. J’ai eu des surprises…

personne lisant Qualia
Qualia under the Snow de Kii Kanna

J’ai commencé le challenge avec Qualia Under the Snow. Je l’ai entamé alors que j’imprimais mon CV, puis quand je photocopiais ma carte d’étudiante. Je n’étais donc pas tout à fait dans l’histoire, et en même temps, être interrompue me donnait envie de lire la suite.

On suit le quotidien d’Aki et de son voisin Umi – oui, il n’y a que peu d’histoire et ce n’est pas trop mon genre de lecture, mais c’est un manga en un seul tome. J’ai eu un peu de mal avec la froideur d’Aki, et n’ai commencé à l’apprécier que lorsqu’il s’attache à Umi. Pareil, son attitude par rapport aux coups d’un soir d’Umi m’a agacée au début. Certes, je savais qu’il était ace, et que lui-même l’ignorait, et c’est cohérent qu’il rejette les personnes ayant de multiples relations sexuelles.

Au Japon, on ne distingue pas attirance romantique et sexuelle, et je trouve ça très intéressant de voir cette manière d’aborder l’asexualité. Bien qu’étant moi-même aroace, je ne m’y reconnais cependant pas beaucoup…

J’étais assez mitigée en première lecture. Il y a des flashbacks et j’avais du mal à suivre les transitions entre passé et présent, et même les ellipses. De plus, la relation des personnages est très ambiguë, et elle ne sera jamais explicitée. Alors que j’aime ce qui est net, clair et précis !

Mais je lis vite, et c’est après avoir refermé le manga que j’ai laissé mes pensées vagabonder, que je me suis imprégnée de l’atmosphère très douce de cette œuvre. J’ai repensé à certains passages qui m’ont vraiment plu. Et en fait, je suis très contente du flou qui entoure leur relation. Parce que certaines de mes relations sont comme ça aussi, c’est juste la vie. Difficile de savoir ce qu’est la romance, quand on n’est pas dans la tête des autres. Et la seule autre option claire que la société nous offre est l’amitié. Alors tout ce qui n’est ni l’un ni l’autre est forcément trouble, et ce trouble est très bien retransmis par le manga.

Cases cochées : Aro/ace, couple m/m, lecture graphique

TW : tentative de viol, victim-blaming

Autres romans aro/ace lus – 4/90 seulement ! :

  • Comment se Comporter comme une Personne Normale de T.J. Klune (chronique ici)
  • Nous qui n’Existons pas de Mélanie Fazi (chronique à venir car j’ai adoré)
  • Boo de Neil Smith, dont la représentation tombe dans le stéréotype « Sherlock » du personnage qui ne comprend pas les relations humaines

Autres romans m/m lus :

  • Le Chant d’Achille de Madeline Miller (Chronique à venir, un des plus beaux romans lus cette année)
  • Comment se Comporter comme une Personne Normale de T.J. Klune (ma chronique ici)
  • Swift et le chien Noir de Ginn Hale (Chronique à venir !)
  • Will et Will de John Green et David Levithan (ma chronique ici)
  • Rock d’Anyta Sunday
  • Dear de Jae Akahone
  • Nimona de Noëlle Stevenson (ma chronique ici)
  • Et ils meurent tous les deux à la Fin d’Adam Silvera (ma chronique ici)
  • Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson
  • Breizh of the Dead de Julien Morgan
  • Cinder de Marie Sexton (ma chronique ici)
  • femme en débardeur rouge lisant A l'abordage devant des rochers
    A l’abordage ! de Kadyan

    J’ai rapporté Qualia Under the Snow à la bibli, et j’ai parcouru les rayonnages… Ça fait sept ans que je travaille le manuscrit d’une histoire de pirates, on pourrait croire que j’ai lu beaucoup de romans sur le sujet ! Mais pas du tout, alors en voyant celui-ci dans les étagères de ma bibliothèque LGBTI+, je n’ai pas hésité avant de l’emprunter, et me suis élancée à l’abordage de ses pages.

    J’ai tout de suite adoré le capitaine Théo, personnage principal du roman. Son meilleur ami, Maluk, est génial aussi, sa présence avait le don de m’apaiser et me faire sourire. L’histoire commence vite : Théo découvre des papiers confidentiels et décide de les vendre aux Français, même si les Anglais feront tout pour les récupérer… et tuer celleux qui les ont interceptés.

    Dans les premiers chapitres, on nous présente un personnage qui a attiré mon attention : l’otage Elisabeth, dame de compagnie courageuse et observatrice. Sa présence trouble beaucoup Théo, et j’ai été perplexe lorsqu’elle a été débarquée. Ne reverrait-on plus le personnage, alors qu’un début de romance se dessinait ?

    Je sais, c’est mal : j’ai lu la fin. Du coup, non, on ne reverra jamais Elisabeth, et je me suis spoilé l’identité de l’intérêt amoureux de Théo. J’étais d’autant plus impatiente d’assister à leur rencontre !

    Et au début, elle était parfaite : les deux personnages discutent, on voit que leurs personnalités s’assemblent bien. Et puis pouf ! C’est la passion dévorante, irrépressible, et les personnages échangent plus de sourires que de paroles durant le reste du roman.

    A part ça, l’histoire est géniale, remplie d’action, d’aventure, exactement ce qu’on attend d’un roman de pirates. Abordages, courses-poursuites, trahisons… Le suspense est toujours présent.

    J’ai dit que j’aimais ce qui était clair, net et précis. Eh bien, le genre de Théo est pour le moins trouble, et je suis mal placée pour le décortiquer. La transphobie intériorisée se mêle à la lesbophobie, Théo enchaine une affirmation et son contraire. Lorsque ses matelots couchent ensemble, aucun problème, lorsqu’une de ses amies lui dit avoir couché avec une femme, pas de soucis… sauf quand elle-même est concernée. Théo pense qu’aimer une femme la rend homme, l’instant d’après, elle se sent homme, se veut homme… La lesbophobie intériorisée est très bien faite, j’espère qu’il en est de même pour le reste. Le seul point que j’ai trouvé dérangeant est que les personnages sont souvent ramenés à leurs parties génitales.

    Cases cochées : Théo pirate les cases ! Alors je le compte pour la case « Au choix », pratique, hein ?

    TW : mentions de viol, description de mammectomie artisanale, transphobie et lesbophobie intériorisées

    Autres romans avec des personnes trans : En tout, j’en ai lu neuf ! Mais il y a ceux où c’est pas très clair (A l’abordage ! ), ceux où c’est très court (Le Fleuve, Culottées, Love is Love, Révolution avec une Vampire, 3 œuvres de Sophie Labelle), et finalement, les chiffres sont peu représentatifs de la quantité réelle de personnages trans que j’ai croisés.

    femme en gilet bleu lisant sauveur et fils devant un fleuve
    Sauveur & Fils tome 5 de Marie-Aude Murail

    J’étais en plein suspense de la lecture participe queer d’Halloween de Meredith Katz, mais quand ma bibliothécaire m’a annoncé qu’elle avait Sauveur & Fils tome 5… je devais le lire, maintenant, tout de suite ! Comment dire ? Cette série est la première que j’ai lue à aborder des thèmes LGBTI+ de front. Alors que je ne m’intéressais qu’à la fantasy, j’ai tout de suite accroché aux personnages, le psychologue Sauveur et son fils Lazare, mais surtout toustes les patient·es qui gravitent autour d’eux. L’ambiance est douce, on passe d’un personnage à l’autre, suivant leurs vies semaine par semaine.

    Du coup, deux ans plus tard, c’est dur d’être objective sur ce tome 5… j’étais tellement heureuse de retrouver l’ambiance douce et les personnages que j’aimais. Mon préféré, Eliott l’écrivain en herbe, a transitionné, ce qui m’a fait très plaisir. Mais justement : pourquoi la narration l’appelle-t-elle Ella-Elliott ? A la limite, il s’agit du point de vue biaisé de Sauveur…

    Au fil de ma lecture, je notais plein de petits détails contrariants. Samuel est entrainé dans un groupe masculiniste, et la problématique est réglée en deux lignes : le père intervient et le sépare de l’influence néfaste. Ça m’a paru artificiel, et caricatural dans l’ensemble…

    Mais le vrai problème, c’est l’histoire de Louise. Elle écrit une œuvre à destination des jeunes ados, pour leur donner les outils dont elle a manqué : informations sur les poils, les règles, les amourettes avec les garçons… Sur les réseaux sociaux, les critiques se déchainent : c’est une œuvre stéréotypée, et surtout, qui présente uniquement la perspective des filles blanches cishétéros.

    C’était intéressant de montrer le point de vue de Louise, qui n’avait pas voulu mal faire, et s’était simplement inspirée de sa vie et de ses deux meilleures amies, espérant aider d’autres jeunes filles.

    En revanche, les critiques n’ont pas bénéficié d’un portrait aussi nuancé. Celles qui critiquent le sexisme de l’œuvre de Louise la traitent de « salope », montrant bien là qu’elles sont elles-mêmes sexistes. L’éditrice fait remarquer que si Louise avait mis des personnages racisés, on lui aurait reproché de prendre une voix qui n’est pas la sienne, et la conclusion, c’est qu’elle ne doit rien changer, et écrire un tome 2.

    Les critiques adressées à Louise sont fondées. La représentation n’est pas une exigence, une lesbienne peut s’identifier à une hétéro, mais on a besoin de personnages qui nous ressemblent, parce qu’à force de se voir nulle part, on finit par se dire qu’on est anormal·e. Si Louise avait écrit un témoignage, il n’y aurait rien eu à reprocher, mais elle adresse son œuvre « à toutes les filles », alors comment doivent se sentir celles qui n’y sont pas représentées ? Inexistantes ?

    Comme Marie-Aude Murail inclut des personnes noires, gay, trans, j’étais convaincue que Louise se remettrait en question dans le tome 6… Espoir brisé lorsque j’ai lu sa tribune : Murail semble convaincue de n’avoir aucun biais et de proposer une représentation parfaite, quoi que les personnes concernées lui disent. Symphonie l’explique mieux que moi dans cet article qui présente l’utilité des Sensivity Readers : une autrice hétéro a le droit de représenter une lesbienne, mais c’est normal de demander à ce qu’elle le fasse bien.

    Plus le temps passe, plus je suis déçue. Est-ce que toute la série était comme ça, et je ne l’ai pas vu ? Ou est-ce juste le tome 5 qui est à côté de la plaque ?

    Cases : personnage racisé, moins de 10k vues sur Goodreads

    Autres lectures avec des personnages racisés :

    • Notre-Dame du nil de Scholastique Mukasonga
    • Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier
    • La Tête dans les Étoiles de Jen Wang (ma chronique ici)
    • Le carnet rouge d’Annelise Heurtier (ma chronique ici)
    • Talitha Running Horse d’Antje Babendererde (ma chronique ici)
    • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (ma chronique ici)
    • Fleur du Désert de Waris Dirie (ma chronique ici)
    • La Fille qui n’Existait pas de Natalie C. Anderson (ma chronique ici)
    • Pas tout à fait des hommes de Lizzie Crowdagger : techniquement, il n’y a pas de personnages asiatiques ou noirs, c’est un roman avec des elfes, des nain-es, des démon-es… et c’est une métaphore du racisme en France, qui questionne notamment les pratiques de la police. Bref, je le compte dans cette catégorie.
    • Et ils meurent tous les deux à la fin d’Adam Silvera (ma chronique ici)
    • Citrus de Saburo Uta (ma chronique ici)
    • La Terre Fracturée de N.K. Jemisin
    • Sauvages de Nathalie Bernard
    • Le Secret de l’Amitié de Kawahara Kazune (ma chronique ici)
    • Les Belles de Dhonielle Clayton(ma chronique ici)
      • personne en chemise rose lisant La Belle Eprise devant une haie d'automne
        La Belle Éprise de Karin Kallmaker

        Alors que la salle allait bientôt fermer, j’ai pris ce roman à la va-vite en voyant qu’il contenait un couple lesbien. Mais la couverture et le résumé ne m’inspiraient pas plus que ça, et il a traîné dans ma chambre jusqu’à ce qu’arrive l’heure de le rendre. Je me suis donc empressée de le commencer.

        On était fin novembre, et alors que je m’étais promis d’attendre pour calculer mes stats – histoire de ne pas les influencer – et j’ai été choquée de constater que la catégorie la moins remplie était « perso principal gros », avec 3 livres sur 45. On nous parle si peu de grossophobie que je n’avais pas envisagé que cette catégorie finisse dernière… c’est justement ça, l’invisibilisation.

        J’étais donc très agréablement surprise de découvrir que Marissa, la narratrice, était grosse.

        Cependant, je n’ai pas accroché au style d’écriture. On sent que le roman essaie d’être drôle et léger, et certains passages ont réussi à me faire sourire – les lettres mentales écrites par Marissa – mais le reste est répétitif et plat. Et comme c’est une pure romance, sans le style pour la soutenir, c’est assez dur pour moi…

        J’hésitais à abandonner – ç’aurait été la 3e fois en deux semaines, et ça m’aurait déçue – et là, le roman a changé de point de vue. Jusqu’alors on avait eu celui de Marissa, informaticienne mal dans sa peau, qui survit à un naufrage en compagnie de la belle et drôle Linda.

        En deuxième partie, on alterne entre le point de vue de Linda et Marissa, et comme Linda a un secret, mon envie de lire la suite s’est réveillée. Linda est beaucoup plus intéressante que Marissa, mais tout aussi répétitive…

        J’ai jeté un coup d’œil à la fin pour me remotiver, et si une partie m’a donné envie d’arrêter le roman immédiatement – il semblait que Marissa ait maigri et que ça lui ait permis de trouver l’amour – une autre a réveillé ma curiosité : la relation entre Marissa et sa mère semblait changer drastiquement.

        J’ai donc repris ma lecture… le régime de Marissa occupe la quasi-totalité de ses narrations, mais comme celle de Linda est une critique de l’injonction sociale à la minceur et la beauté, j’avais de l’espoir.

        Espoir déçu. L’histoire de Linda accuse finalement la « folie » de sa mère, Marissa apprend à s’aimer… mais l’épilogue nous la montre quand même enfin mince. C’est parce qu’elle veut s’améliorer en sport, et c’est tout à fait légitime, mais il n’y a aucun contre-exemple – tous les personnages de ce livre sont soit minces sans effort, soit font attention à leur ligne – on a l’impression que le roman est un guide du parfait régime !

        Cases cochées : perso gros, couple f/f

        TW : mutilation non-consentie, grossophobie, psychophobie

        Autres lectures avec des personnages gros :

        • La tête dans les étoiles de Jen Wang (ma chronique ici)
        • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres : seulement dans l’enfance de la narratrice (ma chronique ici)
        • Will et Will de John Green et David Levithan (ma chronique ici)
        • Nimona de Noëlle Stevenson (ma chronique ici)

         

        Ce challenge s’étale sur trois mois et c’est à la fois bien pour avoir le temps de beaucoup lire, mais aussi long, car au bout d’un moment, j’ai oublié de partagé mes lectures, de chercher des conseils auprès des autres participant·es… je me suis ressaisie au dernier moment, comme vous le verrez dans la deuxième partie du bilan !

        En avant-première, voici le graphique de la représentation. Je n’ai pas mis toutes les catégories pour qu’il reste lisible, et je vous donnerai plus de détails demain.

        f/f:25; racisé:22; handi:20; m/m:18; rien:18; trans/inter:9; gros:6; aro/ace:4
         


        1 En comptant BD, mangas, albums, romans, même ceux que je n’ai pas terminés, et sans compter les fanfictions

         

    Challenge Winter is Reading

    2019 – Partie 2

    La suite de mes aventures pour le Winter is Reading, challenge sur le thème de Game of Thrones où il faut lire le plus possible pour sa famille – pour ma part, les points que je gagne vont aux Tyrell. Après deux semaines mouvementées – vous pouvez lire la première partie de mon bilan ici – j’ai eu un étrange cauchemar : mon identité sur le groupe Facebook du Challenge Winter is Reading était usurpée, et on m’ostracisait ! Le lendemain, j’ai découvert que le vent avait détruit le barnum de mon campus. L’hiver vient…

    Je ne suis pas la corneille à trois yeux, mais ces évènements étaient-ils des présages ? Annonçait-il mes échecs culinaires de cuisson d’œuf au micro-ondes, ou la venue des partiels qui ralentiraient mon rythme de lecture ?

    femme en chemise rose ouverte lisant Le Secret de l'Amitié devant un drap avec des coquelicots
    Le Secret de l’Amitié de Kawahara Kazune

    Malgré mes révisions, j’ai pu lire entre autres Le Secret de l’Amitié, un manga en un tome sur deux amies, l’une belle et populaire (Moe), l’autre exclue (Eiko). Moe dit à tous ceux qui veulent sortir avec elle qu’ils doivent faire passer sa meilleure amie avant elle, car c’est la personne qui compte le plus à ses yeux.

    J’aimais beaucoup l’idée derrière ce scénario, c’est-à-dire que l’amitié est plus importante que la romance, car c’est un sentiment que je partage et qui est trop rarement défendu. Cependant, au fil de l’histoire, cette amitié est si forte que j’avais envie que les deux filles finissent en couple. Je suis aro et j’adore lire de belles amitiés, mais j’aime aussi les couples de filles… lorsque Eiko disait « si j’avais été un garçon, j’aurais été amoureux de Moe », j’étais d’autant plus embêtée, car elle n’a pas besoin d’être un garçon pour ça…

    C’est une histoire d’amitié, une amitié très forte, et mis à part ces quelques passages homo-ignorants, elle est très bien décrite. La romance n’est pour ces filles qu’un à-côté, c’est leur relation amicale qui est centrale à leur vie, et j’ai trouvé ça chouette. Et d’autant plus important que plusieurs personnes m’ont dit, lorsque j’ai parlé de cette histoire : « Une romance où l’amie est plus importante que l’intérêt amoureux ? Ça n’a pas l’air enthousiasmant. »

    photo surexposée d'une personne en débardeur et chemise lisant un livre méconnaissable (la passe-miroir tome 2) devant une haie automnale
    Les Disparus du Clairdelune (La Passe-Miroir T2) de Christelle Dabos

    J’avais dévoré le tome 1 au début du challenge. J’ai emprunté le tome 2 juste après, mais j’avais tant à lire que je l’ai négligé… et mon départ pour les fêtes de Noël approchait, approchait… mon train partait le lendemain, je n’avais pas la place de l’emporter, mais je me suis dit « commençons-le maintenant. J’ai lu le tome 1 en une après-midi, je peux faire pareil. »

    L’histoire reprend là où elle s’était arrêtée dans Les Fiancés de l’Hiver : Ophélie, jeune passe-miroir et lectrice d’objets forcée de quitter son île pour épouser l’odieux Thorn, fait son entrée à la cour, où elle est présentée à Farouk, l’esprit de famille. J’avais trouvé l’héroïne trop isolée dans le tome 1 : même s’il y a des personnages sympathiques, il n’y a personne à qui elle se confie. J’avais espéré que le tome 2 développerait ces personnages auxquels je m’étais attachée – Renard, Gaëlle, la tante Roseline, et même Berenilde ! – mais au contraire, ce sont Thorn, l’ambassadeur Archibald et Farouk, certes intéressants mais moins attachants, qui sont creusés.

    Cependant, Ophélie a trouvé ses repères, et c’est très plaisant de la voir évoluer dans un environnement qu’elle maîtrise mieux. On en apprend aussi beaucoup sur l’univers ! J’avais totalement oublié le prologue du tome 1, où il est expliqué que Dieu a tout cassé, et où on peut deviner que ces îles rocheuses qui flottent – dans quoi ? – sont les débris. Ici, le même prologue est rappelé, et l’identité de ce Dieu ainsi que les origines et conséquences de sa colère sont un peu approfondies.

    J’ai dû m’interrompre pour regarder une série avec un ami – et à cause de ma lecture, j’ai oublié de faire le ménage avant qu’il n’arrive… un faux pas diplomatique peu digne des Tyrell – mais j’ai repris le soir. Des invités disparaissent, et Ophélie découvre que sa terre d’origine n’est pas aussi exempte de complots qu’elle n’y parait…

    J’ai tendance à trouver les tomes de moins en moins bien, mais ça n’a pas été le cas ici : Les Disparus du Clairdelune m’a tout autant plu que Les Fiancés de l’Hiver. Et j’ai emporté le tome 3 dans ma valise !

    femme en bonnet rouge et haut de Noël brandissant sa liseuse avec la couverture de Un Noël au Poil, devant un sapin et un calendrier de l'Avent Licorne
    Un Noël au Poil de Cha Raev

    J’avais cette nouvelle sur mon ordinateur, mais je ne savais plus pourquoi ni comment je me l’étais procurée. N’ayant aucun contexte, je n’étais donc pas particulièrement motivée pour la lire, mais il y avait Noël dans le titre, alors j’ai songé que ça me mettrait dans l’ambiance avant de rentrer pour les fêtes.

    Une semaine auparavant, j’avais discuté avec un ami des déductions qu’on fait en lisant un roman, en particulier les déductions romantiques. Qu’est-ce qui fait qu’on devine qui va être l’intérêt amoureux, alors qu’on ne se doute de rien ? Comment pressent-on lequel des deux membres du triangle amoureux va être choisi ?
    Je suis d’ordinaire très douée à ce jeu-là…

    J’ai lu le premier chapitre d’Un Noël au Poil, où les personnages sont mis en place. Puis j’ai voulu ajouter l’œuvre à ma liste Goodreads, et j’ai vu le résumé. J’étais totalement à côté de la plaque ! Et c’est vraiment dommage que le résumé me l’ait spoilé, j’aurais préféré avoir la surprise en lisant le chapitre deux, car elle est vraiment intéressante. Je vous laisse la découvrir ! Et je me suis souvenue pourquoi j’avais voulu lire cette histoire.

    C’est une petite romance mignonne, assez clichée – l’un des personnages est aveugle et trébuche sur les cartons de déménagement de l’autre, s’ensuit une dispute, qui dégénère en « haine » tenace, jusqu’à ce qu’ils finissent par communiquer et découvrir qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Très mignon et vaguement ridicule, avec une narration originale qui m’a beaucoup plu – même si, par moments, ça franchissait la frontière entre original et bizarre. Une bonne histoire de Noël !

    Femme en chemise rose lisant les Belles dans des catacombes
    Les Belles de Dhonielle Clayton

    J’avais entendu parler de ce roman avec la parution de Tiny Pretty Things, de la même autrice, mais j’avais toujours d’autres priorités… J’ai commencé Les Belles sur ma liseuse dans le bus, pour me changer d’une autre lecture, puis j’ai découvert qu’il était à ma bibliothèque, je l’ai réservé et j’ai arrêté le temps de l’avoir en papier. Je préfère le papier, car j’arrive mieux à situer où j’en suis dans l’histoire.

    Les 6% que j’avais lus m’avaient permis de cerner l’histoire : c’est une sorte de dystopie de fantasy, dans un univers où tout le monde est laid, sauf les Belles, qui ont le pouvoir de modifier l’apparence des autres. Elles sont élevées dans un pensionnat à part avant de faire leur entrée à la cour, où la narratrice, Camille, convoite le poste de favorite.
    J’étais assez prudente avec mes émotions en lisant ce roman : j’avais lu des critiques qui dénonçaient la représentation gay dans ce roman. Je ne me souvenais plus si c’était parce que tous les personnages gays étaient méchants, ou si c’était qu’ils mourraient…

    Les relations entre femmes sont évoquées de manière très naturelle : les journaux traitent leurs liaisons de la même manière que les autres, de nombreux personnages secondaires – entre autre la reine – ont des amantes sans que ce soit considéré comme un problème. L’homosexualité masculine n’est pas du tout abordée, peut-être parce qu’il y a peu de personnages masculins.

    La société présentée est assez paradoxale : les femmes semblent avoir beaucoup de pouvoir politique, en revanche, le patriarcat est toujours présent sous la forme de double standards de beauté. D’ailleurs, ces standards m’ont laissée perplexe, puisqu’au début Camille déclare que les Belles peuvent avoir toutes les corpulences, qu’on peut être gros-se et magnifique… et tous les personnages souhaitent être minces.

    A part ces quelques points qui m’ont déroutée, l’histoire était sympathique. Elle m’a fait penser à La Sélection – peut-être aussi à cause de la couverture – mais avec une narratrice plus déterminée. Dommage, cependant, qu’elle ne tire pas des conclusions plus vite : elle voit des indices très tôt et semble les oublier.

    C’est finalement la trope Bury Your Gays qui est à l’œuvre ici, mais ça ne m’a pas du tout dérangée. C’est un de ces cas où analyse rationnelle et sentiments sont en désaccord : les deux seuls personnages lesbiens meurent, et aucun-e hétéro, pourtant je n’ai pas eu l’impression d’être visée et j’ai beaucoup aimé ce roman.

     

    J’ai un peu paniqué sur la fin du challenge, en constatant que je n’avais toujours pas lu de romans de guerre et de Nature Writing. J’ai expédié Into The Wild qui ne m’a pas passionnée, puis j’ai relu Thirrin, Princesse des Glaces – le roman ultime pour ce challenge : de la fantasy centrée sur une guerre, qui se passe en hiver, avec des morts-vivants donc des zombies, et un grand voyage dans le nord. J’ai adoré et j’en parlerai plus en détail dans un futur article !

    Tout au long du challenge, j’ai posté mes lectures sur le groupe Facebook – c’était l’occasion d’épier les familles concurrentes, de discuter avec elles, diplomatie Tyrell oblige, et de soutenir les membres de ma propre famille. Plus sérieusement, l’esprit du groupe est très détendu, les familles sont plus là pour donner une direction et on échange sur nos lectures, c’est très plaisant. J’avais lancé ce blog justement parce que je voulais discuter de ce que je lisais !

    J’ai terminé le challenge avec 30 livres, en validant tous les menus et tous les paliers, pour un total de – attention, roulement de tambour – 1060 points ! Si avec ça, les Tyrell ne gagnent pas… je prendrai ma revanche l’année prochaine, car c’est mon challenge préféré.

    TW Les Belles : mort violente des personnages lesbiens

     

    Semaine à Lire – bilan décembre 2019

    J’ai déjà participé à plusieurs Week-ends à 1000 – voici mes chroniques d’octobre et de novembre – et c’est un challenge que j’aime beaucoup. Durant la semaine de Noël avait lieu la semaine à lire, variante plus libre de ce challenge, où il s’agit simplement de lire.

    J’étais très confiante au début, le vendredi, refusant de considérer qu’avec les fêtes de Noël et la présence de ma grand-mère, j’aurais sans doute peu de temps pour lire. J’ai mis sept romans sur ma pile à lire, des romans que j’avais achetés puis laissés chez mes parents. Il y avait pas mal de biographies dans cette pile : j’avais commencé à lire des (auto)biographies en février 2019, avec En nous Beaucoup d’Hommes Respirent de Manie-Aude Murail. Comme je m’y attendais, c’était « intéressant » : j’avais appris beaucoup, j’avais passé un moment agréable, mais je n’étais pas passionnée et j’avais mis du temps à la finir. Toutefois, je me suis dit que je pouvais étendre mes lectures à ce genre, et sur une brocante, j’ai acheté six ou sept (auto)biographies.

    femme en costume beige lisant Manderley Forever devant une rivière et une forêt sauvages
    Manderley Forever de Tatiana de Rosnay

    J’ai commencé avec Une Soupe aux Herbes Sauvages, dont j’ai finalement décroché à cause du style qui ne m’attrayait pas du tout. Sans me décourager, j’ai enchaîné avec Manderley Forever de Tatiana de Rosney. La biographie d’une autrice, comme pour Marie-Aude Murail !

    J’avais aimé le film Rebecca d’Alfred Hitchcock : le début était certes lent, il fallait s’accrocher, mais la tension montait, montait, et la fin était bien trouvée. C’est Daphné du Maurier qui a écrit le roman à l’origine de ce film – ainsi que celui qui a inspiré le culte Les Oiseaux – et j’étais curieuse de découvrir la vie de l’autrice.

    Le style d’écriture n’a rien pour me plaire. C’est descriptif, on ne ressent jamais le point de vue de Daphné, ses émotions sont énoncées comme des faits. Je dis souvent que pour me plaire, une biographie ne doit pas perdre de son attrait quand on lui retire l’aspect « c’est réel ». Ici, ce n’est pas le cas : Si Daphné du Maurier n’avait pas existé, j’aurais trouvé cet ouvrage sans intérêt. Je n’étais pas prise par le récit, et pourtant… je m’asseyais régulièrement pour avancer, jour après jour, après le repas de fête, après la promenade en famille… Daphné est une personne fascinante, envoûtante, même.

    Bien sûr, son processus d’écriture me parle : son inspiration, sa frénésie, son absence dans les conversations lorsqu’elle songe à un nouveau roman, ses recherches… son besoin d’écrire, aussi, mal compris par son entourage. Virginia Woolf explique que pour créer, une femme a besoin d’une chambre à soi et de 500 livres de rente, et que c’est la raison pour laquelle il y a si peu d’autrices : les femmes sont censées s’occuper de leur mari et de leurs enfants, elles n’ont ni le temps ni l’indépendance financière. Daphné a de l’argent, mais le temps ? Personne ne sourcille lorsque son mari part travailler à l’étranger pendant six ans, mais lorsqu’elle veut se prendre deux mois pour écrire – elle a déjà écrit plusieurs romans à succès, Rebecca s’est vendu à un million d’exemplaires – on la traite d’égoïste, on l’accuse d’abandonner ses enfants.

    Daphné parait solitaire, elle néglige ses enfants, redoute le retour de son mari, qu’elle aime pourtant, se déclare amoureuse de sa maison, « Mena », qu’elle préfère aux personnes. D’un autre côté, elle entretien de longues amitiés, téléphone tous les jours à sa sœur… On entre peu dans ses pensées, elle reste distante, mystérieuse, garçonne peu sociable, joyeuse en surface mais qui rédige des nouvelles morbides, terrifiantes. Elle parait presque froide, mais lorsqu’elle s’éprend de Fernande ou d’Ellen, elle déborde de passion, elle en est malade lorsqu’elles sont séparées.

    Les deux sœurs de Daphné sont également attirées par les femmes, cependant, contrairement à elle, elles l’assument : Jeanne vit avec la poétesse Noël Welsch, Angela met en scène des couples de femmes dans ses romans – je suis d’ailleurs curieuse de les lire.

    Les écrits de Daphné sont personnels, mais elle s’identifie aux hommes dans ses récits. Elle a toujours voulu être un garçon, et elle a une part masculine qu’elle nomme Eric Avon. Elle ne s’identifie jamais comme lesbienne ou bi, a cette idée en horreur : pour elle, son attirance pour les femmes s’explique par sa masculinité. Au début, elle est déçue par ses filles, qui ne sont que des filles, et adule son fils. Cet entrecroisement entre identité de genre et identité sexuelle, nourri par les biais homophobes et sexistes de la société, est rendu avec justesse.

    Tout au long du récit écrit dans un style succinct, Daphné reste insaisissable et pourtant saisissante, fascinante et entourée de mystère. Sa personnalité fascine, les brefs résumés de ses œuvres font envie. Et même si elle a toujours voulu se détacher de Rebecca qui lui a accolé l’étiquette romantique et populaire dont elle ne voulait pas – elle qui écrivait des histoires si terrifiantes – c’est sans doute ce roman-là que je lirai en premier.

    femme en costume rouge tenant un parapluie à papillons multicolores, un totebag arc-en-ciel, lisant Contes et Histoires Arc-en-ciel devant une haie
    Contes et Histoires Arc-en-Ciel

    J’avais découvert ce recueil lorsque je m’étais renseignée sur toutes les maisons d’édition de Rennes et que j’avais trouvé Goater, résolument féministe. Il a été réalisé en partenariat avec le CLGBT de Rennes – et je me suis d’ailleurs rendue compte que j’avais déjà rencontré une des personnes qui y écrit. Bref, je l’ai acheté en soutien.

    Ce sont des nouvelles, et, de façon générale, je n’aime pas les nouvelles. J’ai commencé vendredi soir et j’en ai lu une ou deux par jour, avançant lentement… comme d’habitude, ça m’a manqué de ne pas avoir le temps de m’attacher aux personnages. Certaines idées sont sympa, d’autres m’ont laissée perplexe, voir m’ont rebutée. Le recueil se lit bien, mais quand les personnages ne sont pas là pour m’enthousiasmer, j’attends une idée philosophique marquante, une chute originale, et dans la plupart des nouvelles, ça n’a pas été le cas.

    L’univers de Soleil et Lune m’a plu, j’aurais aimé une histoire plus longue… Pareil pour Rétrolution, qui parle de voyages dans le temps. Embobinée propose une chute que j’ai eu du mal à apprécier car j’ai été perdue par la narration. Aydan, la plus courte, a la longueur parfaite et c’est celle qui porte le message le plus clair.

    L’ambiance est généralement douce, sauf dans Si Perrault était entré dans un Sex-Club, qui m’a choquée dans le mauvais sens du terme, et de même pour Conte de Fées sous Prozac 50mg, qui m’a laissée très perturbée…

    Comme la fin de Diversité en Litté arrive, je prête aussi plus attention à la répartition des représentations, aussi parmi les auteurices. J’ai trouvé les nouvelles bien partagées entre lesbiennes et gays, en revanche, peu de place pour les autres identités. J’étais heureuse de voir de la représentation poly dans la première nouvelle – et bi ! – mais sa mise en scène me laisse mitigée, puisque la relation commence sur un mensonge.

    Comme souvent avec les recueils, c’était une lecture mitigée. Elle m’a accompagnée tout au long de cette semaine.

    Finalement, en une semaine, j’aurais lu moins que dans un week-end à 1000. Mais les biographies me prennent toujours plus de temps, et Daphné du Maurier était fascinante. Et j’ai passé d’excellentes fêtes de Noël !

    TW Manderley Forever : lesbophobie intériorisée, suicide

    TW Contes et Histoires Arc-en-Ciel : viol, psychophobie, homophobie

     

    Star-Crossed

    De Barbara Dee (anglais)

    femme en t-shirt star Wars lisant Star-Crossed devant un rideau vert

    J’ai découvert ce livre grâce à une suggestion Amazon, et j’ai été enthousiasmée par l’idée d’une romance f/f pour enfants. A ma grande joie, il a été livré deux semaines plus tôt que prévu et je l’ai lu d’une traite, le jour même – alors que je devais écrire mon rapport de stage…

    C’est en anglais, mais c’est simple à lire, par rapport à d’autres textes anglophones. J’ai eu un peu de mal à aimer la narratrice au début, je ne comprenais pas très bien ce qu’elle voulait. Mais j’ai adoré les premiers chapitres, qui sont une référence au début de Roméo et Juliette. Dans cette pièce, Roméo, amoureux de Rosalinde, se rend masqué à une soirée de la famille ennemie, pour observer la femme qu’il aime. C’est là qu’il rencontre Juliette…

    Dans Star-Crossed, les amies de Mattie la persuadent de se rendre à la soirée déguisée d’une fille qui ne l’aime pas et ne l’a pas invitée, pour observer comment Elijah, son crush, se comporte lorsqu’il ne sait pas qu’elle est présente. Déguisée en Dark Vador, Mattie fait la connaissance de Gemma, une nouvelle élève très jolie…

    J’adore les modernisations de contes, de légendes, ou de pièces de théâtre ! Et celle-là est bien faite : on n’a pas besoin de connaître Roméo et Juliette pour apprécier, mais c’est satisfaisant de comprendre la référence.

    A partir de la rencontre avec Gemma, j’ai accroché à la narratrice. Alors que je trouve souvent que les personnages d’enfants font plus âgés qu’ils ne le sont, je l’ai trouvée assez mature pour son âge, mais pas trop non plus. Le fait qu’elle pense n’être amoureuse d’Elijah uniquement parce que c’est ce qu’on attend d’elle m’a beaucoup parlé.

    La suite colle moins à Shakespeare : au collège, le prof de Français de Mattie monte la pièce Roméo et Juliette, et Gemma est choisie pour jouer la héroïne. Et Mattie aide l’acteur de Roméo…

    C’est super mignon – non, non, je n’ai pas lâché plusieurs fois des petits gloussements réjouis, quoi qu’en dise ma coloc, c’est un mensonge – et la relation entre Gemma et Mattie est bien décrite. J’ai cependant trouvé dommage que ce soit quelqu’un d’autre qui se rende compte des sentiments de Mattie avant qu’elle-même ne l’ait remarqué : ça me parait peu réaliste. Je suis out, mais on ne me fait aucune remarque quand j’invite une fille chez moi, alors que mon frère se fait taquiner dans la même situation… l’hétéronormativité est forte, et, particulièrement entre deux filles, une affection forte attire rarement l’attention. De plus, je m’identifiais à Mattie et j’ai trouvé ça très violent que son amie vienne lui dire « tu es amoureuse de Gemma » alors qu’elle-même ne s’en était pas aperçue.

    Ceci dit, l’ « aide » proposée par cette amie hétéro est très bien traitée : lorsque l’alliée essaie de pousser Mattie au coming-out, affirmant que c’est mieux pour elle, la narration met en valeur le fait qu’elle ne peut pas comprendre Mattie sur ce point et que ses conseils sont déplacés.

    La fin était réjouissante et bien amenée. J’ai vraiment passé un bon moment avec ce livre, très joyeux et mignon. C’est une histoire lesbienne classique, le tout début d’un premier amour, et je ne recherche pas particulièrement ce genre de scénario. Mais je pense que c’est un excellent roman pour enfants.

     

    Nimona

    de Noëlle Stevenson

    femme en manteau et t-shirt à flammes lisant la BD Nimona devant un mur de ronces

    J’avais passé l’après-midi à chercher des romans avec des personnages gros pour le challenge Diversité en Litté, et j’étais déprimée d’en trouver si peu… Alors quand j’ai vu cette BD sur un piédestal de ma bibli, et les formes rondes de Nimona sur la couverture, je l’ai pris sans hésiter.

    Comme j’avais déjà atteint la limite des livres que je pouvais emprunter, j’ai commencé à le lire sur place. Dans un univers de fantasy de type « contes du moyen-âge », la métamorphe Nimona devient l’acolyte du méchant Lord Blackheart, et l’aide à combattre l’Institut pour le Maintien de l’Ordre Héroïque et son champion, Sire Goldenloin.

    C’était rigolo, mais j’avais du mal avec les dessins et avec le caractère incontrôlable de Nimona, qui détruit tout sur son passage. J’ai continué parce que j’aime les histoires dont les « méchant·es » sont les personnages principaux, pour montrer que les « gentil·les » ne sont pas si bienveillant·es…

    Je me suis vite investie dans la « rivalité » entre Blackheart et Goldenloin – oui, il y aura beaucoup de guillemets dans cette chronique. Dès la page 9, mon instinct gay s’est réveillé, et j’ai eu peur d’être queerbaitée – le queerbaiting, c’est lorsqu’une œuvre cherche à attirer un public LGBTI+ en faisant croire qu’elle a du contenu queer, alors qu’en fait ce n’est pas le cas. J’ai jeté un coup d’œil à la fin : pas de queerbaiting en vue, mes instincts étaient bons, et j’ai repris ma lecture avec une motivation redoublée – si j’avais vu que l’autrice était celle de Lumberjanes, je n’aurais pas eu de doutes, mais j’avais pris cette BD sans y faire attention…

    Cette lecture était finalement excellente, une aventure fun qui parle d’altérité et de monstruosité, avec une romance complexe, et surtout, en arrière-plan ! Le cœur de la BD est la relation père-fille entre Blackheart et Nimona, qui m’a beaucoup touchée. Lord Blackheart est adorable, Nimona à la fois énervante et attachante, et ensemble, iels nous offrent un bon cocktail d’émotions. Du début à la fin, c’est à ces deux personnages qu’on s’intéresse en priorité. Bien que l’épilogue ait aussi pour but d’éclaircir la situation entre Blackheart et Goldenloin, Nimona reste au cœur de l’histoire, et on souhaite surtout savoir ce qu’elle est devenue.

    J’ai relu la BD dès le lendemain matin. Puis le lendemain après-midi. Puis j’ai cherché des dessins bonus sur internet. Elle a un gros défaut, en fait : malgré ses 272 pages, elle est trop courte !

    J’avais désespérément envie de partager cette lecture, de voir si d’autres avaient, comme moi, perçu la romance dès la page 9, et si on pouvait m’expliquer ce qui m’avait donné cette sensation. J’avais beau relire, je ne voyais vraiment pas sur quels indices se basait ma certitude que Blackheart et Goldenloin n’étaient pas exactement amis…

    Finalement, une personne de mon entourage l’a lue lors d’un week-end chez moi – j’avais gardé la BD exprès – et a partagé mon opinion et mon instinct. Notre analyse : il y a contact physique entre les deux hommes sur trois cases de suite. Ce que je trouve assez triste : ça veut dire qu’hors couple, on ne voit jamais des hommes se toucher…

    Il va bien falloir que je rende cette BD un jour, mais en attendant, je ne peux résister à la tentation de la relire encore une fois…

    TW : mort, expérimentations sur personne non-consentante

     

    Challenge Winter Is Reading

    2019 – Partie 1

    personne en manteau lisant sur liseuse dans la neige

    Un nouveau type de challenge pour moi… cette fois-ci, ça fonctionne par équipes ! L’hiver vient, et, comme Littlefinger le disait : « La connaissance, c’est le pouvoir », alors les six grandes familles de Westeros lisent le plus possible pour s’emparer de la bibliothèque de fer. Chaque lecture rapporte des points, et il y a des bonus en accord avec l’ambiance à Westeros : mort violente, inceste… Ma famille, les Tyrell, l’emportera-t-elle ? Quelqu’un se rendra-t-il compte que je n’ai jamais réussi à terminer le Trône de Fer ? Passerai-je la soirée de Noël le nez dans un bouquin ?

    femme lisant Vernis à ongle entourée de sa couverture et d'un plaid
    Vernis A Ongles, Super Spécial Méga Poulet en caoutchouc & Mon Père me prend pour un garçon de Sophie Labelle

    Ma stratégie de départ était redoutable : j’avais invité des ami·es à passer le week-end chez moi, pour qu’on croie que je n’aurais pas le temps de lire. Mais ces personnes étant fan de lecture aussi, nous avons beaucoup lu côte à côte :

    Durant une après-midi jeu de société, je me suis isolée et j’ai lu trois courtes œuvres de Sophie Labelle − et quand je dis courtes, je veux dire 20 pages chacune. J’ai commencé par Vernis à Ongles, et j’ai eu la surprise de découvrir qu’il s’agit d’une des premières histoires avec Ciel ! (j’ai chroniqué deux romans avec ce personnage ici). C’était super mignon, j’adore l’amitié entre Ciel et Stephie, et ces scènes douces d’un après-midi ensemble m’ont réchauffé le cœur. Super Spécial Méga Poulet en Caoutchouc, lu juste après, n’a pas du tout la même ambiance, puisque c’est une longue blague bizarroïde qui m’a bien fait sourire. J’ai terminé cette séance de lecture avec Mon Père me prend pour un Garçon, un album sympathique quoiqu’un peu redondant si on a lu la quasi-intégralité de l’œuvre de Sophie Labelle – je plaide coupable…

    femme en manteau lisant Ask Me about polyamory devant un tag multicolore
    Ask Me About Polyamory de Tikva Wolf

    Le soir même, j’ai lu côte à côte avec mes invité·es une BD que j’avais emprunté pour elleux – quand je disais que leur présence était bonne pour mes lectures !
    Hélas, ce ne fut pas suffisant pour endormir la méfiance de mes adversaires : Un·e membre d’une autre famille a dû glisser un poison dans mon verre, car je me suis retrouvée avec de la fièvre et le nez bouché. Dur de dormir et de se concentrer ! La BD en question, Ask me about Polyamory, était intense : après chaque page, j’avais envie de faire une pause pour intégrer le message. Il s’agit de petites scènes autour du polyamour, c’est passionnant et utile, mais j’étais trop fatiguée pour l’apprécier à sa juste valeur et j’ai reporté sa lecture à plus tard.

    Il y a des conseils pour une relation saine, qu’elle soit mono, poly, romantique ou non, et des conseils spécifiques au polyamour… ça m’a vraiment parlé – je suis tout à fait d’accord pour déconstruire l’image de la romance, et veiller en priorité à ce que les personnes qu’on aime et nous-mêmes soient heureuses !

    J’ai mis deux semaines à la terminer, et, pour la première fois de ma vie, j’ai songé « je compte rendre ce livre ce soir et il me reste 8 pages à lire, vais-je réussir à le finir ? ». J’ai réussi, et maintenant, tout le Tumblr de Tikva Wolf me tend les bras !

    femme lisant Frangine devant une étagère, les épaules recouvertes d'un plaid multicolore
    Frangine de Marion Brunet

    Durant la première semaine, j’ai dû partir sur la côte ouest visiter un château fort en vue de l’hiver. Le trajet en calèche fut long, mais propice à la lecture. Le matin, il faisait trop sombre et j’ai lu sur ma liseuse, mais sur le retour, c’est à Frangine que je me suis attaquée. Le style m’a rebutée sur le premier chapitre – les phrases sont très courtes – mais je suis peu à peu rentrée dans l’histoire de cette famille de quatre, narrée par l’aîné, dont la sœur se fait harceler à son entrée en seconde parce qu’elle a deux mères.

    Avoir les vies entremêlées de cette famille est très agréable à lire, leurs liens sont bien représentés – et à Westeros, nous savons combien la famille est importante ! L’écriture était de plus en plus belle, vraiment poétique par moments.

    Si on me demandait quoi faire en cas de harcèlement, je ne saurais pas quoi répondre… c’est bien montré ici : le narrateur est totalement impuissant. Mais sa sœur ne lui demande pas de régler ses problèmes, au contraire. Elle veut juste qu’il la soutienne. Et c’est bien, de lui laisser ce contrôle…

    femme en haut dissymétrique lisant sur sa liseuse devant un mur couvert de mousse en forme de lierre

    Citrus Tome 1 de Saburo Uta

    En parallèle, je devais me confronter à un problème ardu : les romans avec inceste rapportent 20 points de bonus, mais, si je n’ai rien contre si les personnages le vivent bien, je n’ai encore rien lu de tel et les situations où l’aspect torturé et malsain est romancé me déplaisent. Toutefois, la victoire des Tyrell passe avant mon confort personnel, je le sais bien. J’ai donc cherché un compromis : récits historiques et témoignages, histoire que l’inceste ne soit pas idéalisé ou érotisé… sans grand succès. Je suis finalement tombée sur un manga avec une famille recomposée : les deux filles ont un lien familial de fait, mais aucun lien de parenté. Yuzu est une fille débordante de vie qui arrive dans le lycée de Mei, la présidente du conseil des élèves, froide et sévère, dont les règles strictes interdisent toute forme d’amusement.

    J’avais paré côté inceste, mais je ne m’attendais pas à tomber sur une autre trope qui ne me plait guère pour l’aspect abus de mineur·e : les relations prof-élève ! Mais cette relation est dénoncée par la suite, et elle prend fin. L’aspect qui m’a le plus gêné sont les agressions sexuelles constantes de Mei envers Yuzu – même si elles « ne vont pas loin ». Ça commence lorsque Yuzu interroge Mei à propos de sa relation avec le professeur, et pour « une démonstration », Mei l’embrasse de force. Chacune de leurs interactions se fait sur ce mode…

    Je n’étais pas enthousiasmée en terminant le tome 1, mais j’ai lu un article d’explications sur le comportement de Mei vis-à-vis du consentement, car elle-même est victime de viol. Je suis donc assez intriguée de lire la suite, et de voir comment ça sera traité…

    personne en chemise violette lisant Les Fiancés de l'Hiver devant un mur de roche rouge

    Les Fiancés de l’Hiver de Christelle Dabos

    Moment flash-back : ce livre est entré dans ma vie en août. Je discutais lectures avec une femme dans le bus, et elle m’a conseillé Les Fiancés de l’Hiver. Puis, début septembre, je parlais livres avec une voisine et elle m’a recommandé La Passe-Miroir. Je croyais qu’il s’agissait de deux romans différents ! Puis j’ai vu la couverture et je me suis rendue compte que je l’avais souvent vu en librairie et bibliothèque… Une bibliothécaire me l’a d’ailleurs conseillé dès ma première visite en septembre.

    Je me suis intégrée dans la sphère lecture sur internet, et là, la passion de La Passe-Miroir s’est déchainée : tout le monde ne semblait parler que de ça ! Devais-je le lire aussi ?

    Il ne sera pas dit que les Tyrell sont des moutons ! Si j’ai fini par céder, c’est uniquement car il est important d’en savoir autant que ses adversaires…

    En le commençant, j’avais peur d’être déçue, et j’ai passé les premiers chapitres à le sur-analyser, à me demander sans cesse si c’était bien ou pas… puis je me suis laissée emporter. Ophélie, jeune passe-miroir ayant la capacité de lire le passé des objets et de traverser les miroirs, est extrêmement attachante, avec son écharpe vivante, sa maladresse et ses lunettes. Elle doit épouser Thorn, membre d’une famille nordique que j’ai détesté dès son arrivée dans l’histoire. Arrachée à sa famille, elle se retrouve au cœur d’intrigues de cour…

    Sans être une stratège machiavélique, Ophélie est intelligente et raisonnable, ce qui la rend agréable à suivre. Le roman ne tombe pas non plus dans les clichés de la cour vénéneuse où l’héroïne se préoccupe surtout de ses robes et du prince : Ophélie s’y présente en tant que serviteur. Je redoutais qu’une romance se développe entre elle et l’odieux Thorn – vu qu’il est le seul personnage masculin développé et qu’il y a généralement une romance dans ce genre d’histoire – mais victoire, Ophélie ne s’éprend de personne et me laisse savourer son aventure.

    Mon seul regret est qu’elle manque un peu d’allié·es dans cet univers plein de traître·sses. Il y a des personnes gentilles, certes, mais Ophélie reste isolée… J’espère qu’elle se fera plus d’ami·es dans la suite !

    femme lisant Cinder dans son lit
    Cinder de Marie Sexton

    Au cours de ce challenge, j’ai demandé de nombreux conseils de romans à un ami, et nous en avons lu plusieurs ensemble, notamment Arrête avec tes Mensonges de Philippe Besson – un bon conseil pour les Lannister – Breizh of the Dead de Julian Morgan – publié par une édition juste à côté de chez moi – et finalement Cinder de Marie Sexton, qu’il m’a conseillé pour la catégorie contes.

    Il reprend – on s’en doute – Cendrillon, avec Eldon Cinder dans le rôle du serviteur exploité par sa famille. Il rencontre le prince durant une balade en forêt… J’ai eu un peu peur au début, car je suis arrivée au quart très rapidement, et j’avais l’impression de ne pas connaître les personnages. Mais c’est un conte, après tout, c’est normal que ça ne soit pas interminable !

    A partir du bal, ça devient vraiment mignon. C’est une histoire qui est là pour faire du bien et faire plaisir : même si le royaume et ses lois sont homophobes, les personnages ne s’en préoccupent pas et n’ont pas d’ennuis à ce sujet. On profite juste d’une romance douce !

    Au total, j’ai lu 17 livres, et avec les bonus je comptabilise 540 points !

    Pour les menus, je n’en ai validé aucun, mais j’ai bien progressé ! Voici toutes mes autres lectures (j’ai mis les liens pour mes avis sur Goodreads et je chroniquerai les autres bientôt) :

    Ce Challenge m’amuse énormément, ça me plait d’imaginer mes lectures comme des aventures épiques pour remporter la bibliothèque de fer !

    TW Frangine : Harcèlement, homophobie

    TW Citrus : non-consentement