Ciel tomes 1&2

de Sophie Labelle

Etant une grande fan des comics de Sophie Labelle, lorsque j’ai vu que Ciel tome 2 : Dans toutes les Directions sortait bientôt, j’ai cherché à me procurer le tome 1, Ciel : Comment Survivre aux Deux Prochaines Minutes. Mais il semblait être en rupture de stock partout… alors j’ai acheté le tome 2.

J’ai eu un choc en voyant ce roman. Justement pour ça : c’est un roman. Ayant lu toutes les pages de BD publiées sur le tumblr de Sophie Labelle, ainsi que 4 de ses BDs que j’avais commandées, je pensais que Ciel tomes 1&2 seraient des bandes dessinées aussi… et je me suis retrouvée avec un roman entre les mains.

J’ai commencé à le lire et j’ai été d’abord perturbée par l’utilisation du pronom elle et par les accords au féminin pour le personnage principal, Ciel. Ciel explique que le pronom iel – un pronom ni féminin, ni masculin – n’est pas assez répandu, et que ce serait trop de travail de le faire accepter par l’école. Ce qui est, hélas, très crédible. Mais dans la BD, iel utilise l’écriture inclusive pour parler d’ellui… J’imagine que le roman avait une visée plus réaliste.

De plus, alors que la BD utilise l’écriture inclusive pour les pluriels de groupe, ce n’est pas le cas ici. On a cependant un personnage non-binaire, Maël-le, utilisant le pronom iel et l’écriture inclusive pour ses accords.

En commençant avec le tome 2, j’avais peur d’être un peu perdue, mais comme je lis aussi l’histoire en BDs, je n’ai pas eu le moindre problème de compréhension. Stéphie et Ciel sont incroyablement chouettes, les quelques personnages que je ne connaissais pas étaient super cool aussi. C’est une histoire toute choupi, Ciel réalise un projet pour l’école tout en se rapprochant de son crush et en participant à une campagne pour présider l’association LGBT de son école. Même si c’est un roman pour enfants, les idées sont nuancées – par exemple, le président actuel de l’association est problématique et hélas très réaliste.

Et la fin… pas de spoil, mais ça m’a parlé côté romance. Je me suis reconnue dans les paroles de Liam, et ça, c’est rare…

 

Sitôt le livre refermé, je suis partie à la recherche du tome 1 !

La situation n’avait cependant pas changé : il était introuvable dans les commerces. Mais, six mois plus tard, j’ai déménagé, et dans la bibliothèque du centre LGBTI, je l’ai aperçu dans les rayonnages…

Les premières phrases sont accrocheuses, et je me suis plongée dans l'histoire. Bien sûr, je connaissais déjà certains développements, mais c’était intéressant de voir les évènements qui avaient amené la situation telle qu’elle était au début du tome 2. J’adore quand Ciel parle de ses relations sociales : je m’y reconnais beaucoup. Et son amitié avec Stéphie est géniale.

J’ai cependant eu l’impression qu’il ne se passait pas grand-chose, peut-être parce que je connaissais déjà l’histoire. Le roman est très court et il n’y a pas de place pour beaucoup d’action. Je trouve donc que les deux tomes se complètent bien, car sans le deuxième, il manque quelque chose au premier.

 

L’histoire est facile à lire et très sympathique, nuancée, et avec des personnages attachants. Un moment de bonne humeur !  

Week-End à 1000 – Bilan Novembre

Ma deuxième participation au Week-end à 1000 – challenge créé par Lili Bouquine qui consiste à lire 1000 pages en un week-end – était plus organisée que ma première, et pourtant, elle est vite partie en vrille.

J’avais choisi trois romans à lire, qui me faisaient les 1000 pages de justesse – 1026 en comptant les remerciements des autrices ! – et vendredi soir, j’ai commencé Un si Petit Oiseau de Marie Pavlenko (395 pages).

 

J’avais lu Tu es Mon Soleil il y a deux ans, et j’avais adoré l’écriture, raison pour laquelle j’ai emprunté Un Si Petit Oiseau. Vu le titre et la couverture, très semblables, je pensais que l’histoire serait similaire et se servirait du succès du roman précédent, sans chercher à innover. Je me suis bien trompée : la seule ressemblance est que le style d’écriture est magnifique, doux et poétique.

Lorsque je prends un livre au hasard, le personnage principal est toujours blanc, cis, hétéro et valide. C’était donc une surprise agréable que de découvrir que l’héroïne, Abi, est handicapée. Elle a perdu son bras droit dans un accident de voiture, et se révolte de sa perte d’autonomie, du regard des gens. Jusqu’à ce qu’elle reçoive La Main Coupée de Blaise Cendrars, écrivain amputé de sa main droite durant la première guerre mondiale.

C’est cet évènement qui m’a plongée dans le roman, car je sais ce que c’est que d’avoir l’impression de sortir du lot, et, soudain, de lire un livre écrit par une personne comme soi. Abi va peu à peu renouer avec sa vie, ses rêves, sa famille et des ami·es. C’est doux, calme sans être ennuyeux, et on se sent totalement dans la peau du personnage.

Je suis valide et je ne sais donc pas si c’est une bonne représentation – il y a un point qui m’a laissée dubitative – mais c’est une belle histoire qui ne tombe pas dans le pathos.

 

J’étais tellement passionnée que j’ai terminé Un Si Petit Oiseau le soir même, et j’étais convaincue d’être bien partie dans le challenge. Que nenni !

Samedi matin, j’ai commencé L’estrange Malaventure de Mirella de Flore Vesco, une réécriture du conte Le Joueur de Flûte de Hamelin. J’adore les réécritures de conte, et les jeux de mots des premiers chapitres étaient prometteurs. Le maire de Hamelin a mis en place l’eau courante dans son village moyenâgeux, et il s’agit donc… d’orphelin·es portant l’eau en courant ! Mirella en fait partie. Peu à peu, on remarque des évènements étranges : les rats sont plus nombreux, Mirella invente des chansons, discute avec des lépreuxses… Mais c’était lent à se mettre en place, et le style exagérément désuet, quoique très rigolo – à grand coups de moult et iceux – m’empêchait de rentrer dans l’histoire. J’ai abandonné à la page 94.

 

Déçue et ne sachant pas ce que j’allais lire à la place, j’ai enchaîné avec La Fille qui n’Existait pas de Natalie C. Anderson (415 pages). La jeune Tina mène avec son meilleur ami et son gang le cambriolage de la propriété la plus protégée de la ville. Son but est de se venger de l’homme qui a tué sa mère…

J’ai lu en pointillés tout l’après-midi – je le passais avec des ami·es, mais je voulais vraiment savoir la suite – et le soir, je ne l’ai plus lâché. Tina est attachante et j’étais de tout cœur avec elle, les autres personnages sont cool aussi, le scénario est tendu et rempli de suspense. Le contexte politique autour est intéressant, j’ai beaucoup appris sans m’en rendre compte, prise par l’histoire. Tellement prise que je n’ai même pas essayé de deviner la suite, et que j’ai été étonnée par les révélations et retournements de situation !

Je me suis couchée bien plus tard que prévu pour terminer, je ne pouvais tout simplement pas m’arrêter avant de connaître la fin.

 

Dimanche, pour combler le manque laissé par L’Estrange Malaventure de Mirella, j’ai choisi Paranoïa tome 1 de Melissa Bellevigne (313 pages), un roman que j’empruntais pour la troisième fois – je n’avais pas eu le temps de le lire les fois précédentes. J’étais intéressée par l’aspect psychiatrique de l’histoire : on a le point de vue d’une psy et de sa patiente, supposée paranoïaque et schizophrène. Mais… et si ses hallucinations n’en étaient pas ?

J’ai eu des doutes dès les premiers chapitres : on commence par le point de vue de Lisa, la psy, qui m’a paru incompétente. Je ne connais rien à la psychiatrie, mais quand une patiente enceinte veut mourir pour ne pas accoucher, il me parait peu judicieux de la saluer d’un « ne vous êtes-vous pas attachée à votre enfant ? ». Et lorsqu’on découvre que l’enfant est issu d’un viol, on se rend compte que Lisa ne s’était même pas demandé pourquoi Judy n'en voulait pas. Pour elle, c’est inconcevable, et elle ne se remettra pas en question.

A cause de ce début suspect, je n'ai pas vraiment donné sa chance au roman et je me suis mise à traquer les incohérences. Judy est diagnostiquée paranoïaque mais fait confiance à Lisa au bout de leur troisième conversation. Elle déteste son ami imaginaire, Alwyn, et l’aime le lendemain.

Moi, j’ai continué de le détester. Il est toujours énervé et cherche à contrôler Judy, ce qui ralentissait pas mal l’intrigue, et j’ai fini par sauter tous les paragraphes de débats de type « non, ne fait pas ça » « si, je vais le faire », débats qui constituent plus de la moitié de leurs conversations.

Les révélations étant prévisibles, je n’en pouvais plus d’attendre que les personnages comprennent ce que j’avais deviné et je survolais de plus en plus. Disons que sauter des passages ne m’a pas aidée à rentrer dans l’histoire, et je ne faisais presque plus que lister ce qui n’allait pas.

Le slogan inscrit sur la couverture « L’une est la seule à le voir, l’autre est la seule à la croire » est faux, mais c’est la partie que j’ai aimé du roman. Lisa ne croit pas du tout Judy, et, jusqu’au bout, on ne saura pas laquelle des deux a raison. Cette ambiguïté était très intéressante, et c’est dommage que le reste n’ait pas soutenu cette bonne idée…

 

Ce fut donc un week-end à 1000 en grand huit, avec des romans géniaux, un qui ne m’a pas assez intéressée, et un dernier qui m’a énervée… au moins, j’ai lu plus de mille pages, combien exactement, difficile à dire vu que j’en ai sautées dans ma dernière lecture !

 

TW L’Estrange Malaventure de Mirella : tentatives de viol

TW La Fille qui n’Existait pas : viols, tentative de viol

TW Paranoïa : viol, psychophobie, grossesse et accouchement

Aux Petites Heures de la Nuit et Marathon Men

de Flo Renard

La première fois que je me suis inscrite sur Twitter, j’ai découvert Flo Renard, qui illuminait mon fil avec ses salutations matinales. Je n’avais jamais lu de roman auto-édité avant, et j’ai commencé par Aux Petites Heures de la Nuit : le titre m’avait séduite. Je n’avais pas encore de liseuse à l’époque, alors c’était sur ordi, dans les transports. Malgré ce support peu optimal, j’ai vite accroché à l’histoire, aux personnages surtout.

On suit Benjamin, un jeune paraplégique qui fait d’étranges rêves dans son centre de réadaptation fonctionnelle. Il y rencontre Léo et Elise – elle donne beaucoup de dynamisme aux dialogues, je l’adore ! C’est une enquête policière avec des éléments paranormaux, un soupçon de romance et pas mal de scènes de vie. Quand ça concerne la fantasy, j’ai toujours du mal avec les romans qui se contentent d’un tout petit peu de magie : on m’a mis l’eau à la bouche, je veux plus ! Du coup, même si j’ai aimé Aux Petites Heures de la Nuit, j’ai préféré Marathon Men que j’ai lu juste après. Une fois n’est pas coutume, j’ai adoré les titres de chapitre, à la fois leur format régulier, mais aussi leur légère ironie, comme dans « de l’art de faire un coming out », car le coming out du chapitre en question, n’est… pas vraiment réussi.

Le scénario de Marathon Men ne comporte pas d’éléments paranormaux : on suit la vie de Vic et Gwen à Marseille, tandis qu’ils s’entrainent pour le Marathon, et affrontent leur terrible malchance. Cette malchance était un excellent ressort comique : des situations qui m’auraient frustrée me paraissaient drôles du fait de leur répétition. Et ça n’empêche pas de voir les aspects problématiques des obstacles auxquels font face les personnes handicapées ! Je me suis vraiment attachée aux personnages, on les comprend, on a l’impression de les connaître. La fin m’a paru sortie de nulle part, mais j’étais tellement contente pour eux que ça m’était un peu égal.

 

Un an plus tard, j’ai acheté les livres en version papier pour les relire – à cette occasion, j’ai découvert que la marque d’auto-édition inventée par Flo, MM&I, ne signifie pas M/M et Imaginaire comme je l’avais imaginé, mais Me, Myself and I, ce que je trouve absolument génial. J’ai aussi remarqué que toutes les références culturelles étaient expliquées dans les notes de bas de page. Eh oui, il n’y a pas de honte à ne pas connaître tel ou telle artiste, n’est-ce pas merveilleux ?

J’ai commencé par Marathon Men. Comme la dernière fois, je n’ai pas accroché à l’aspect sexuel de leur relation – sans surprise : toutes les rhétoriques de type « aller jusqu’au bout » ou de « passion sexuelle débordante » me laissent perplexe. Je me suis également imaginé une échelle de temps plus étendue pour que leur relation progresse moins vite : les « je t’aime » arrivent tôt, tout comme les plans d’emménagement.

Même si j’aime les coming out qui se déroulent dans la joie et la bonne humeur, j’ai apprécié la demi-teinte, très réaliste, présente dans ce roman, notamment à travers les personnages « homophobes mais pas trop », qui sont en mode « moi ça ne dérange pas du tout que tu sois gay, t’es mon ami, mais si ç’avait été mon frère, là j’aurais été furieux ». Je n’ai pas trouvé ça frustrant, juste réaliste…

 

J’ai ensuite relu Aux Petites Heures de la Nuit, et, surprise, surprise… cette fois-ci, je l’ai préféré à Marathon Men. Je pense que c’est parce que je me souvenais de l’histoire de Marathon Men, alors que les détails de l’enquête policière dans Aux Petites Heures de la Nuit sont plus compliqués à retenir. Et pour être honnête, je ne me souvenais même plus que Ben jouait du violon ! J’ai donc vraiment redécouvert l’histoire, Ben qui arrive aux Épicéas, sa rencontre avec Elise et Léo, les cauchemars qui commencent, le mystère qui s’épaissit au compte-goutte. On est sur tous les fronts : on veut comprendre l’origine des cauchemars, on veut que Ben retrouve son autonomie, on veut assister à la progression de sa relation avec Léo…

J’ai seulement trouvé dérangeant le vocabulaire utilisé à plusieurs reprises par les personnages : « quel connard, faut qu’il se fasse soigner » ou encore « non mais il est cinglé » alors que Ben s’interroge justement sur sa santé mentale… c’est logique : les personnages ne sont pas handicapés de naissance et découvrent tout juste le validisme de la société. Mais ça me faisait grincer des dents…

 

Les deux romans sont agréables à lire, et tout autant à relire, avec des personnages attachants, des scénarios différents et prenants ! Des situations difficiles sont présentées mais l’humour est aussi au rendez-vous.

 

TW : phrases psychophobes, violences homophobes

 

Mes Vrais Enfants

de Jo Walton

 

En arrivant dans ma nouvelle ville de résidence, une de mes premières visites a été pour la bibliothèque. J'ai emprunté plein de livres, si bien que j'ai fini par me rendre compte que je n'avais que quatre jours avant de devoir les rendre… Et qu'il me restait quatre romans à lire…

J'ai donc commencé Mes Vrais Enfants avec l'objectif de le terminer dans la journée. L'histoire est facile à lire, et, comme je connaissais le concept, je n'ai pas été perdue au début. Patricia est une vieille femme avec des troubles de la mémoire... mais surtout, elle a le souvenir de deux vies parallèles. Lorsque Mark lui a proposé de l'épouser, dans une version, elle a accepté, prenant le surnom de Tricia. Dans une autre réalité, elle a refusé et est restée Patty.

Les chapitres alternent entre chaque réalité, le jeu sur les surnoms permet de les distinguer facilement. Je me suis identifiée aux deux vies de Patricia, et surtout, au parallèle entre les deux, à l'illusion de ses sentiments pour Mark, à sa passion pour Bee...

 

Les deux réalités sont complexes, l’une d’entre elles paraît plus malheureuse au début, mais d’autres éléments viennent altérer ce ressenti. Les personnages sont géniaux, qu’on les aime ou pas, très réalistes et complets. Mes émotions étaient toujours en phase avec celles de Patty ou Tricia, accompagnant ses hauts, ses bas…

Même si c’était passionnant, ce n’est pas un roman qui se dévore, on a envie de prendre son temps, de le savourer : il s’étale sur toute une vie, ce serait bizarre de le lire en une journée ! Je ne l’ai donc pas terminé le jour-même…

On suit la vie de Patricia de son enfance à sa vieillesse, et, surtout pour la réalité de Patty, ça fait du bien de voir un couple de femmes aller au-delà du premier baiser, et d’observer leur vie jusqu’à leur soixante-dix ans. Ça me rappelle qu'on a un avenir, et pas juste des débuts.

 

J'ai été prise au dépourvu par les différences historiques entre les deux réalités : par exemple, il y a plusieurs bombardements nucléaires dans celle de Patty. Un autre aspect qui m’a déconcertée est la progression du temps. C’est logique, mais ma perception de l’époque est restée bloquée à la seconde guerre mondiale, alors j’étais choquée à chaque fois qu’un ordinateur était évoqué.

Et la fin… elle est triste, frustrante, et géniale. Ça n’aurait pas pu être une meilleure fin, elle conclut ce livre à l’ambiance de vie. Les personnages restent complexes jusqu’au bout. A part Patty et Bee, aucun n’est totalement gentil, totalement méchant, ils ont des qualités et les défauts, et ce sont les défauts qui ressortent plus lorsque Patricia vieillit et qu’elle est traitée avec de moins en moins de respect. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ma grand-mère…

 

C’est un roman prenant avec tellement de petits moments qui brisent le cœur, d'autres qui remplissent de joie. C'est la vie, quoi !

 

TW : mention de viol, relation toxique

 

Le renard et la couronne

 
de Yann Fastier

 

TW : discussion de viol

 

Je ne sais pas pourquoi, j’étais convaincue que ce roman était un roman fantasy. Enfin si, je sais pourquoi : vous avez vu la couverture ? J’ai commencé à le lire sur ma liseuse, et le début ne m’a pas détrompée : dans un village au nom aux consonances fantastiques, la petite Ana perd sa grand-mère et, orpheline, doit survivre dans la rue. Sur son lit de mort, la vieille femme avait murmuré une phrase étrange impliquant un renard et une couronne… Ça fait fantasy, non ?

Du coup, quand j’ai voulu acheter la version papier – le début m’avait suffi pour savoir que j’adorerais – j’ai eu beau le chercher dans le rayon fantasy, je ne l’ai pas trouvé. Une vendeuse m’a aidée, je suis repartie avec le roman sans me douter de quoi que ce soit.

L’histoire est variée : Ana lutte pour survivre aux côtés d’un gang de voleurses, puis, alors que sa vie se stabilise, elle est poursuivie par un assassin… Et moi, j’ai donc attendu jusqu’à la fin l’apparition de la magie. Mais c’est la première guerre mondiale qui a pointé son nez – ou plutôt ses prémices.

 

Malgré cette légère déception, qui, soyons honnête, est de ma responsabilité – et beaucoup liée à ma nullité en géographie, ma mère a tout de suite identifié l’endroit où ça se passait – j’ai adoré ce roman. La romance entre la princesse et la voleuse, quoi qu’amusante, ne m’a pas emportée, mais l’intrigue est riche en rebondissements – il y a trois parties, et le scénario de chacune est on ne peut plus différent. Et surtout, il y a beaucoup de clichés retournés contre eux-mêmes. J’adore ça !

Surtout le dernier, que je vais développer au cas où certain·es roulent des yeux en reconnaissant l’éternel cliché de la princesse disparue. Il y a, en effet, une princesse disparue – étrange d’ailleurs que les monarques soient si souvent idéalisés en littérature jeunesse, alors qu’on prône la démocratie… peut-être parce qu’on aime mettre en valeur le pouvoir détenu par une personne unique ? Je m’égare.

Généralement, une fille qui découvre qu’elle est la princesse disparue commence par refuser le pouvoir, affirmer que ça ne l’intéresse pas. Puis elle change d’avis et la morale de l’histoire c’est « les meilleur·es monarques sont celleux qui ne veulent pas du pouvoir ». Eh bien ici ce n’est pas exactement ça la conclusion… En soi, ça n’aurait pas dû être révolutionnaire, mais c’était la première fois que je lisais un tel scénario.

 

(TW) Il y a un viol, mais il n’est pas graphique, et c’est un type de viol souvent minimisé ou romancé – viol conjugal, par une personne dont la narratrice est amoureuse – alors qu’ici il est dénoncé comme étant un viol. J’ai trouvé le traitement réussi, quoique peu approfondi.

En particulier dans la relation entre Ana et son amoureuse. J’ai trouvé la « réalisation » d’Ana un peu étrange, en mode « oh mais je suis amoureuse d’elle et soudain je ne peux plus me contrôler » et ça m’a dérangée qu’elle embrasse l’autre alors qu’elle la croit inconsciente. Le fait que son amoureuse lui donne des surnoms affectueux infantilisants ne m’a pas aidée à apprécier le couple. Pourtant, j’aime les deux personnages, j’aime leurs interactions ! Elles sont fortes, elles sont cool, et elles ne sont pas seules au monde. Elles ont des ami·es, et… à la fin, une scène en particulier m’a fait monter les larmes aux yeux. Je ne pleure quasiment jamais en lisant, et jamais pour des évènements que d’autres trouvent tristes. Quelqu’un meurt ? Rien à faire. La grand-mère de la narratrice lui écrit une lettre pour lui dire qu’elle l’aime ? Me voilà en larmes…

Et voici le paragraphe déclencheur, alors qu’un des adversaires d’Ana rentre chez lui :

« Il me désigna un bel officier d’une trentaine d’années.

— Et puis, vous savez, je crois que nous avons plus en commun que vous le pensez…

Je levai les sourcils, interrogative.

— Je souhaite que vous n’enduriez jamais ce que j’endure, souffla-t-il. Je souhaite que vous soyez heureuse avec votre amie. Et pour ce que j’ai pu savoir de cette étonnante jeune personne, je crois que vous le serez.

Rien qu’en rédigeant cet article, je suis de nouveau en train de larmoyer. J’aime quand les personnages LGBTQI+ ne sont pas isolés…

Ce roman nous embarque dans une aventure passionnante, variée et qui tord le cou aux clichés pour aborder des thèmes importants. Sur ce, j’arrête d’écrire, j’ai besoin d’un mouchoir…

 

TW : viol

   

Semaine Asexualité

Durant toute la semaine de la visibilité asexuelle, j’ai publié de petits articles sur les thèmes proposés par les organisateurices de la Asexual Awareness Week. Les voici !

 

Identités LGBTI+

 

Chaque personne est différente, chaque personne ace que je rencontre a un vécu qui lui est particulier. Parfois, cette différence vient juste de la personnalité, et parfois, c’est lié à l’intersection de plusieurs identités.

Les mots que j’utilise pour définir mon identité sont aro-ace-lesbienne. Trois mots distincts, alors que pour moi, ils forment un tout. Mon aromantisme n’est pas dissociable de mon identité lesbienne. Et pourtant, j’ai l’impression de devoir choisir…

 

Alors que j’étais encore dans le placard, j’ai entendu un récit de coming out lesbien, témoignant de cette réaction : « Mais t’as couché avec une fille ? »

 

Je me suis rendue compte que je n’aurais jamais cette légitimité. Qu’en annonçant que j’étais lesbienne, je ne pourrais pas répondre oui à cette question.

Je n’avais jamais envisagé rencontrer ce problème. Le sexe me passe tellement au-dessus de la tête que je ne pensais pas que ça puisse empêcher les gens de me considérer comme lesbienne. Mais quand j’ai compris, j’ai été écartelée entre les deux identités. Devais-je en privilégier une ? Faire un coming out lesbien mais pas ace, pour que cette identité-là soit légitime ? Ou alors, un coming out ace mais pas lesbien ?

Au-delà de la légitimité, je m’interrogeais aussi sur les conséquences d’un double coming out. D’une part, les lesbiennes sont très sexualisées. Mais d’autre part, il y a ce mythe comme quoi les rapports sexuels lesbiens n’existent pas, ou qu’ils sont inférieurs aux rapports hétéros, et j’ai l’impression que mon existence même confirme ce préjugé. Et je n’ai pas envie d’être utilisée contre la communauté lesbienne, surtout pas !

 

Mon identité centrale est mon identité ace, tout simplement parce que c’est en découvrant mon asexualité que j’ai compris que j’étais lesbienne et aro. Sans ça, je serais toujours une hétéro perdue. Mais ça ne diminue en rien l’importance des autres identités à mes yeux. Elles vont ensemble, et, dans les faits, mon aromantisme a beaucoup plus d’impact sur mon quotidien.

 

Je ne devrais pas avoir l’impression de devoir choisir : je ne peux pas parler d’asexualité sans prendre mes autres identités en compte. Mais j’ai l’impression de me reconnaître nulle part : ni dans les groupes ace qui se concentrent sur « comment trouver un·e partenaire romantique quand on ne veut pas de rapports sexuels », ni dans les romans lesbiens débordants de passion brûlante et d’activités torrides.

 

Il y a cependant de plus en plus d’efforts d’intersectionnalité au sein des communautés, des groupes militants et de la représentation dans les médias.

 

Coming Out

 

La grande étape associée aux identités LGBTI+, c’est le Coming Out. Ma vision du Coming Out ne correspond pas du tout à ce que je vois comme représentation dans les médias, je ne sais pas si c’est lié à l’asexualité en général, ou juste à moi.

C’est « facile » de rester dans le placard. Vu que le sexe est tabou – même si, d’un autre côté, on nous en parle tout le temps – on n’attend pas de moi que je parle de mon activité sexuelle. Certes, notre société est hypersexualisée et tout le monde va partir du principe que je suis zedsexuelle. Mais une de mes premières pensées en envisageant un coming out auprès de ma famille était : en quoi ça les concerne? Si j’étais zedsexuelle, je ne leur décrirais pas mes fantasmes sexuels… pourquoi devrais-je annoncer leur absence ?

 

Et en même temps, j’en avais terriblement envie. Me rendre compte que j’étais ace a été un bouleversement dans ma vie. Je me suis enfin comprise moi-même. Les morceaux du puzzle se sont emboîtés, je me suis sentie tellement bien !

Et, en remarquant l’acephobie et l’hypersexualisation de la société, j’ai eu envie d’agir, j’ai rejoint des groupes, j’en ai discuté avec des ami·es aces...

Or, je suis très proche de ma famille. Leur cacher cette révélation, cette part si importante de ma vie… j’avais l’impression de vivre un mensonge permanent. Je voulais partager cette part de moi, tout en ayant le sentiment que ça ne les regardait pas...

 

Je pense qu’il faut agir de sorte à se sentir bien. Peu importe si c’est « nécessaire » ou pas. Alors une fois que j’ai été au clair avec moi-même, j’ai fait des coming out en série. Et ça m’a fait du bien. De pouvoir de nouveau être moi-même.

 

Relations

 

Je n’ai pas l’impression qu’être ace affecte mes relations, mais c’est aussi parce que j’entends le mot « relations » dans le sens large du terme : relations familiales, amicales, romantiques, autres… et là, c’est plutôt mon aromantisme qui joue un rôle.

 

Mais par rapport aux relations sexuelles et/ou romantiques… Pour moi, le mot « ace » est comme un bouclier. Je comprends celleux qui ne veulent pas un label de plus… mais j’en ai besoin, de ce mot.

Parce qu’avant de me rendre compte que j’étais ace, j’étais convaincue que je devais avoir des relations sexuelles, que j’en aie envie ou pas.

Je savais, bien sûr, que le consentement c’était important, qu’en théorie, je n’étais obligée à rien. Mais je n’en avais jamais envie. Et je pensais que tout le monde était comme moi. Que personne n’avait envie de relations sexuelles, mais en avait par habitude. Un peu comme quand on demande « ça va ? » alors qu’on s’en fiche. Alors je me disais que j’allais faire pareil que toustes les autres…

Je suis vraiment soulagée d’avoir découvert le mot ace, qui m’a permis de me sentir légitime dans mon désintérêt. De comprendre que les autres n’avaient pas des relations sexuelles en se forçant, mais parce qu’iels en avaient envie. Et que je n’étais donc pas obligée.

 

Communauté Ace

 

Une des premières choses que j’ai faites en découvrant que j’étais ace a été de m’inscrire sur le forum acitizen. J’avais besoin de parler avec d’autres personnes asexuelles, d’échanger nos ressentis et nos expériences. Malheureusement, je n’ai pas accroché à ce forum, ça m’a surtout déprimée de voir à quel point nous étions peu nombreuxses. Le forum d’AVEN.fr ne m’a pas plus séduite.

Puis j’ai découvert des personnes ace dans ma vie, parmi mes ami·es, et le besoin d’une communauté a diminué.

Cependant, quand j’ai rejoint le discord d’AVA en février dernier, je m’y suis tout de suite sentie bien. Je me suis rendue compte à quel point c'était utile d'avoir un espace où on peut parler librement… C’est une communauté qui a des valeurs, qui s’oppose fermement à toute forme d’oppression, et les modérateurices font un boulot incroyable. Les conversations vont du militantisme au partage de memes, on peut y aller pour s’amuser, pour être réconforté·e, pour s’énerver et être soutenu·e.

Je m’y sens entourée, j’y suis chez moi. Et dans cette société où j’ai toujours l’impression d’être autre, ça fait du bien. Nous sommes toustes très différent·es, avec des vécus variés, mais uni·es par ce point commun qui nous oppose à la société.

   

Week-End à 1000 – Bilan

Pour la première fois, j’ai participé au week-end à mille ! Pour celleux qui ne connaissent pas, c’est un challenge créé par Lili Bouquine, dont le principe est de lire 1000 pages en un week end, du vendredi soir au dimanche soir.

Je n’avais aucune idée de ce que ça représentait, mille pages… dans le doute, j’ai choisi dans mon étagère les romans avec la police d’écriture la plus grosse. Je ne voulais pas que ma première participation se solde par un échec !

 

Vendredi soir, j’ai commencé par Le Carnet Rouge d’Annelise Heurtier (192 pages). On suit l’histoire de Marie, une ado à la recherche de ses origines népalaises, qui va découvrir le journal intime de sa grand-mère. Le récit alterne entre le passé et le présent, et parfois, j’avais juste envie de rester dans le passé, d’avoir la suite de l’histoire de la grand-mère !

J’étais agréablement surprise que ce roman jeunesse aborde le sujet du travail du sexe, je ne suis cependant pas assez renseignée pour savoir s’il était bien traité.

Comme j’étais très fatiguée par ma semaine, je n’ai fini Le Carnet Rouge que samedi matin, et, pour garder le rythme, j’ai enchainé avec Talitha Running Horse d’Antje Babendererde (397 pages).

 

L’histoire est racontée par Tally, une jeune métisse amérindienne passionnée d’équitation. Je ne suis pas une spécialiste de littérature amérindienne, donc je ne peux pas affirmer que la représentation était bien faite. Cependant, je n’ai pas retrouvé les éléments critiqués dans d’autres représentations… Les horreurs de la colonisation sont dénoncées, tout comme la stigmatisation et la discrimination qui perdurent de nos jours.

J’ai beaucoup accroché à la relation entre Tally et Stormy, la jument qu’elle voit grandir.

Cependant, la romance a tout gâché. Les clichés du coup de foudre et du triangle amoureux ne m’ont pas dérangée plus que ça, le problème vient de Neil, l’intérêt amoureux. Alors qu’il sort avec une autre fille, il se montre jaloux d’un des amis de Tally. Puis, lorsqu’elle se blesse, il l’accuse et l’accable de reproches – cette attitude est dénoncée dans un premier temps… puis excusée, parce qu’il « l’aime » !

Et à la fin, alors qu’il veut coucher avec elle, Tally se montre réticente car elle ne veut pas tomber enceinte – je précise que Tally a seize ans, et lui a plus de deux ans de plus qu’elle. Neil précise qu’il ne veut pas d’enfants, puis insiste avec une petite dose de chantage émotionnel. Et donc ils couchent ensemble sans se protéger, c’est le bonheur absolu, et fin de l’histoire.

 

Alors que je lisais Talitha Running Horse, je suis entrée dans une librairie, et je n’ai pas résisté : j’ai acheté la nouvelle BD de Jen Wang, La tête dans les Étoiles (216 pages). Je l’ai lue dans un petit parc, parfait pour cette histoire douce, avec peu de dialogues et de très jolis dessins, qui raconte l’amitié entre Moon et Christine, deux filles de la communauté chinoise aux États-Unis.

    Je le relirai pour savourer tous les dessins, particulièrement ceux de musique et de danse que j’ai trouvés magnifiques.


Après cette petite incartade à ma pile-à-lire, j’ai saisi un roman jeunesse relatant « l’histoire vraie derrière La Belle et la Bête » : Ma Vie de Monstre d’Anne Pouget (199 pages).

Durant le règne de Catherine de Médicis, plusieurs personnes à la pilosité très forte – une maladie nommée hypertrichose – étaient exhibées à la cour comme des objets de curiosités. C’est le récit de l’une d’entre eux, Tognina.

L’autrice a trouvé un bon équilibre entre l’horreur de la situation de Tognina et une narration plus douce. Un petit glossaire à la fin permet d’en savoir plus sur la réalité historique de chaque personnage, et l’histoire s’arrête juste à temps pour qu’on puisse croire qu’elle finit bien...

 

J’ai lu Ma vie de Monstre bien plus rapidement que prévu et j’ai donc commencé le livre suivant dès samedi soir : Signé Sixtine (321 pages) de Roxane Dambre. Ma bibliothécaire me l’avait recommandé, et j’avais des doutes : ça parle de sciences, et je m’en farcis assez tous les jours pour ne pas vouloir en retrouver dans mes lectures.

Mais Sixtine m’a charmée dès la première page : elle déborde d’énergie et de bonne humeur, elle est gentille et ouverte, et elle adore les couleurs ! Elle ne pouvait que me plaire. De plus, loin d’être une passionnée de mathématiques, elle n’imagine pas plus barbant, et, lorsque durant son premier jour comme journaliste chez ActuParis, elle est chargée de couvrir une conférence de cosmologie, elle est tout simplement horrifiée. Mais elle ne se laisse pas abattre et cherche un angle pour passionner son lectorat…

Le roman vire à l’enquête policière avec des soupçons de surnaturel, et le peps de Sixtine m’a propulsée à travers les pages sans la moindre difficulté. J’ai terminé le challenge à 10h30 le dimanche matin sur une note réjouissante, et j’ai hâte de me lancer dans le suivant !


TW Le Carnet rouge : mention de viol

TW Talitha Running Horse : tentative de viol


Comment se Comporter comme une Personne Normale

De T.J. Klune    
 

Je suis tombée sur T.J. Klune en recherchant des romans m/m n’ayant pas été écrits par des femmes hétéros, et parmi tous ses livres, Comment se Comporter comme une Personne Normale a attiré mon attention parce que j’adore les titres longs. Je l’ai entamé alors qu’un ami insistait pour démarrer une lecture commune. Chance pour lui : ce roman m’a tellement plu que je l’ai terminé dans la journée !

 

Quand je lis des conseils d’écriture, tout le monde semble se concentrer sur la première page. Il faut qu’elle soit passionnante, qu’elle happe les lecteurices comme si la couverture était enduite de colle. On ne connait pas le nom du personnage que déjà il saute par la fenêtre pour échapper à des assassins, apprend la mort de ses parents ou découvre un passage secret vers un monde merveilleux.

Lorsque j’ai commencé Comment se Comporter comme une Personne Normale, j’ai été surprise de constater que le personnage principal, Gus, vivait une journée banale. Puis une autre. Il tient son vidéoclub, il rencontre des amies.

Moi qui suis prompte à m’ennuyer sans action, pourquoi ne me suis-je pas endormie sur ce roman ? Déjà, il était sur ma liseuse, elle n’est pas confortable comme oreiller. Ensuite, le style m’a tout de suite charmée. C’était différent, bizarre, loufoque, mais dans le bon sens du terme. Chaque phrase me faisait sourire tout en me connectant un peu plus au personnage.

Lorsque l’élément perturbateur est arrivé sous la forme de Casey, écrivain hipster, je connaissais bien Gus, et je l’aimais. Alors que les coups de foudre m’agacent parce que je ne les comprends pas, je me suis surprise à fondre pour celui-ci. Sans doute parce qu’il a lieu durant une conversation, et que les paroles échangées permettent de cerner instantanément Casey.

La romance est fun et adorable, alors quelle importance s’il n’y a pas d’adversaire, si les non-conflits s’enchainent ? D’ailleurs, ces non-conflits sont en partie ce qui m’a charmée. L’auteur amène l’histoire dans une situation où il « devrait » y avoir un conflit, avant de nous montrer que non, parfois, les gens peuvent aussi être gentils – concept incroyable, je sais. Par exemple, lorsque l’ex de Casey ressurgit, je suis partie du principe que ça poserait problème… Et certes, il y a quelques moments de tension, mais dans l’ensemble tout se passe bien. Pareil pour l’asexualité de Casey, qui n’est jamais présentée comme un problème.

 

Un an plus tard, je l’ai relu, et entretemps j’avais découvert ma propre asexualité. Je me demandais si je l’apprécierais de la même manière…

Dès le préambule, j’étais de nouveau émue par ce roman. C’était un plaisir de retrouver tous ces personnages excentriques, de voir tous ces stéréotypes assumés librement.

La traduction aurait cependant gagnée à être contextualisée : lorsque Gus se renseigne sur l’asexualité, il tombe sur des informations botaniques. En effet, « asexual » signifie aussi « asexué», c’est-à-dire sans parties génitales. La traductrice a mis « asexuel » à la place de « asexué » pour justifier ces résultats, mais ça n’a pas beaucoup de sens.

De même, certaines expressions idiomatiques ont été traduites littéralement pour conserver les jeux de mots, mais ces expressions n’ont aucun sens en français… ça s’intègre cependant bien dans l’atmosphère excentrique du roman.

J’ai encore passé un excellent moment avec ce roman tranquille et drôle, dont les personnages s’amusent des stéréotypes. Je n’ai pas encore lu le tome 2, qui suit un autre personnage, mais ça ne saurait tarder !

 

  TW : marijuana

Témoignage Aromantisme et Asexualité

Je suis une écrivaine jusqu’au bout des ongles : c’est en me renseignant pour un roman que j’ai découvert mon asexualité. Je connaissais déjà la définition, mais je l’associais aux clichés, au dégoût envers les rapports sexuels.

Alors que j’avais presque 22 ans, j’ai eu envie d’écrire un personnage ace – la fille de la déesse de l’amour, pour prouver métaphoriquement qu’amour et sexe n’avaient rien à voir – je me suis donc renseignée en lisant des témoignages.

Et j’ai eu l’impression de lire mes pensées. Je ne m’étais jamais interrogée sur mon asexualité : tout le monde était dégoûté par le sexe à voix haute – les blagues sont qualifiées de “sales”, et, pour les femmes, coucher est honteux – et à voix basse tout le monde en voulait. Ça n’avait aucun sens, alors j’ai pensé que tout le monde, comme moi, était indifférent et faisait semblant. De plus, je suis aegosexuelle : tant que les rapports sexuels restent fictifs, je peux apprécier – par exemple dans les romans. Tout comme j’apprécie un combat épique, sans avoir envie d’y prendre part pour de vrai.

Je n’ai pas été surprise par mon asexualité : la découvrir, c’était surtout découvrir que les autres étaient zedsexuel·les.

 

Ce qui m’a le plus troublée : quelle était donc mon orientation romantique ? Lorsque mon amitié avec une fille sortait de la définition classique de l’amitié, pour « tester » si j’étais lesbienne ou bi, je me demandais si j’avais envie de coucher avec elle. La réponse était non – et bien sûr, j’évitais de me poser la question au sujet des garçons…

Mon test volait en éclat avec cette découverte, et je me suis rendue compte que je n’avais aucune idée de qui m’attirait. Tout le monde ? Personne ? Ma relation à la romance avait toujours été complexe. J’ai écrit des romans où, lorsque l’héroïne doit choisir entre l’amour de sa vie et sa meilleure amie, elle choisit cette dernière, car je voulais prouver, par ce ressort scénaristique, que l’amitié était bien plus importante que la romance. Beaucoup de livres m’agaçaient, justement, lorsque les personnages faisaient l’autre choix. Je ne comprenais pas comment on pouvait faire passer un amoureux avant ses ami·es.

Et puis, la romance, je l’avais désirée : à 17 ans, je n’avais aucune confiance en moi, je pensais que seul un copain pouvait me donner de la valeur. J’ai éprouvé des sentiments qui s’approchaient des romances que je lisais. J’étais obsédée par un garçon de ma classe, je recherchais sa présence, je modifiais ma personnalité quand il était là afin de lui plaire. Lorsqu’il m’a dit que mes sentiments n’étaient pas réciproques, j’étais triste : une occasion manquée d’atteindre ce bonheur promis par les médias. Mais j’étais aussi très soulagée. J’allais pouvoir être moi-même à nouveau !

Peu à peu, j’ai changé, j’ai reconnu mon propre mérite, mais je désirais quand même cette romance, seule source de bonheur d’après tous les romans que je lisais. Car je voulais être heureuse !

A 20 ans, je m’étais rendue compte que j’étais déjà heureuse, et j’ai défini la romance comme « un bonus sympa mais pas nécessaire ». Parfois, quand toustes mes ami·es rêvaient romance, je me surprenais à les imiter, mais je voyais bien que mes sentiments venaient uniquement de la pression sociale et disparaissaient si personne n’était au courant. Un désir mimétique, qui nous pousse à vouloir ce que les autres veulent, sur lequel s’appuient les pubs et les effets de mode. Et il y a de la pub pour la romance à chaque seconde de notre vie !

Dans tout ce fatras, à la lumière de mon asexualité et de l’existence de l’aromantisme, j’étais totalement perdue… Mais je discutais de plus en plus avec des personnes aromantiques, et leurs paroles remportaient toujours mon adhésion totale… sans que je ne me sente autorisée à me dire aro puisque j’avais été amoureuse.

J’ai réfléchi à la fluidité, au greyromantisme, au quoiromantisme, parce que franchement, comment savoir ce qu’est la romance ? Je ne suis pas dans la tête des zedromantiques, je ne peux pas comparer !

Puis on m’a prêté Les Sentiments du Prince Charles, une BD qui  ne parle pas d’aromantisme, mais présente la romance hétéro comme une construction sociale. Ce que j’appelais le désir mimétique était décortiqué. Je me reconnaissais dans les descriptions. Oui, j’ai éprouvé des sentiments romantiques, mais ce n’était pas agréable, c’était pour m’intégrer, pour atteindre le bonheur promis. Ils n’avaient pas à me définir.

Je me suis sentie autorisée à me dire aro, ou arospec (sur le spectre aro). Quand je doute, je lis les témoignages de mauvais genre-s et je m’y reconnais.

 

Et je suis tellement heureuse d’être aro ! Je me sens libérée d’un poids que je ne remarquais plus, à force, celui de devoir me mettre en couple romantique si je voulais être heureuse. Alors que je le suis déjà. Ce n’est pas parce que je rejette la romance que je n’aime pas.

Outre l’amitié, j’éprouve aussi ce que j’appelle de l’attirance affectueuse – je ne suis pas très confortable avec les termes officiels « quasi-platonique » ou « queer-platonique ». Certaines personnes me donnent envie d’avoir une relation spéciale avec elles, mais qui n’implique aucun droit de propriété : elles peuvent avoir autant de personnes spéciales qu’elles veulent, elles n’ont pas l’obligation de me voir régulièrement… rien de ce que la romance implique. Si c’est confortable, on peut se faire des câlins, s’embrasser, se tenir la main, mais ce n’est pas nécessaire. Il n’y a pas d’échelle de progression, si nous emménageons ensemble mais, finalement, préférons vivre séparé·es, ce n’est pas un échec. C’est une évolution.

 

J’adore cette manière de relationner. Ni le sexe ni la romance ne me manquent, au contraire, si je devais choisir, je serais aroace. J’ai des ami·es, j’ai ma famille, j’ai des personnes qui me sont précieuses, et c’est juste parfait.

 

La Lune est à nous de Cindy van Wilder

Un énorme coup de cœur pour ce roman ! Eh oui, je vous donne mon opinion dès la première ligne, comme ça vous pouvez arrêter de lire mon article pour vous ruer sur ce livre.

Il était sur ma liseuse depuis un bon moment. Puis j’ai entendu qu’un des personnages était aromantique et ma motivation pour le lire a redoublé. Mais je n’avais pas de temps, et j’ai oublié…

Il était mal barré : depuis quelques semaines, ma mission était de lire tous mes livres papier pour les ramener chez mes parents. Je ne touchais donc pas à ma liseuse. Puis, un samedi, pour aller à Paris, j’ai emporté un livre papier à lire dans les transports. J’ai eu beau m’acharner, je n’ai pas accroché, et je me suis retrouvée dans une situation dramatique : il me restait une heure de trajet, ainsi que le retour, et je n’avais aucun livre papier à lire !

Heureusement, il y avait ma liseuse, et en top priorité : La Lune est à Nous de Cindy van Wilder, que j’ai donc commencé à lire. Je n’avais pas lu le résumé avant, j’ai donc découvert les personnages avec les premiers chapitres.

 

Max vient de déménager en Belgique avec sa mère suite au divorce de ses parents, Olivia est instagrammeuse beauté et se lance sur Youtube. Iels se croisent près du Dépôt, un centre culturel et artistique inclusif, Olivia en est membre et Max a envie de participer. Les deux se partagent la narration, au début iels se voient peu, puis leurs histoires s’entremêlent de plus en plus.

C’était tellement génial que je l’ai terminé le soir même. Il y a des moments durs qui m’ont noué l’estomac : Olivia se fait harceler car elle est grosse, racisée et qu’elle fait du body-positivisme en ligne. Les coming out de Max ne se déroulent pas au mieux. Mais dans l’adversité, la solidarité entre les personnages m’a d’autant plus réconfortée. La créatrice du Dépôt et toustes ses membres, les deux youtubeuses qui entourent Olivia, et les deux narrateurices qui s’entraident malgré leurs propres difficultés. C’est un roman très humain, et, s’il montre les horreurs de notre société, montre aussi que grâce au soutien de ses ami·es, on peut s’en sortir. Ça fait chaud au cœur… et la fin est tellement enthousiasmante ! La présence d’un personnage aro n’est qu’une petite cerise sur ce magnifique gâteau.

 

Alors qu’avec cette lecture je pensais réduire ma pile à lire, elle s’est au contraire rallongée puisque j’y ai rajouté les autres romans de Cindy van Wilder…

 

TW: harcèlement (grossophopie, racisme, homophobie)