Comment se Comporter comme une Personne Normale

De T.J. Klune    
 

Je suis tombée sur T.J. Klune en recherchant des romans m/m n’ayant pas été écrits par des femmes hétéros, et parmi tous ses livres, Comment se Comporter comme une Personne Normale a attiré mon attention parce que j’adore les titres longs. Je l’ai entamé alors qu’un ami insistait pour démarrer une lecture commune. Chance pour lui : ce roman m’a tellement plu que je l’ai terminé dans la journée !

 

Quand je lis des conseils d’écriture, tout le monde semble se concentrer sur la première page. Il faut qu’elle soit passionnante, qu’elle happe les lecteurices comme si la couverture était enduite de colle. On ne connait pas le nom du personnage que déjà il saute par la fenêtre pour échapper à des assassins, apprend la mort de ses parents ou découvre un passage secret vers un monde merveilleux.

Lorsque j’ai commencé Comment se Comporter comme une Personne Normale, j’ai été surprise de constater que le personnage principal, Gus, vivait une journée banale. Puis une autre. Il tient son vidéoclub, il rencontre des amies.

Moi qui suis prompte à m’ennuyer sans action, pourquoi ne me suis-je pas endormie sur ce roman ? Déjà, il était sur ma liseuse, elle n’est pas confortable comme oreiller. Ensuite, le style m’a tout de suite charmée. C’était différent, bizarre, loufoque, mais dans le bon sens du terme. Chaque phrase me faisait sourire tout en me connectant un peu plus au personnage.

Lorsque l’élément perturbateur est arrivé sous la forme de Casey, écrivain hipster, je connaissais bien Gus, et je l’aimais. Alors que les coups de foudre m’agacent parce que je ne les comprends pas, je me suis surprise à fondre pour celui-ci. Sans doute parce qu’il a lieu durant une conversation, et que les paroles échangées permettent de cerner instantanément Casey.

La romance est fun et adorable, alors quelle importance s’il n’y a pas d’adversaire, si les non-conflits s’enchainent ? D’ailleurs, ces non-conflits sont en partie ce qui m’a charmée. L’auteur amène l’histoire dans une situation où il « devrait » y avoir un conflit, avant de nous montrer que non, parfois, les gens peuvent aussi être gentils – concept incroyable, je sais. Par exemple, lorsque l’ex de Casey ressurgit, je suis partie du principe que ça poserait problème… Et certes, il y a quelques moments de tension, mais dans l’ensemble tout se passe bien. Pareil pour l’asexualité de Casey, qui n’est jamais présentée comme un problème.

 

Un an plus tard, je l’ai relu, et entretemps j’avais découvert ma propre asexualité. Je me demandais si je l’apprécierais de la même manière…

Dès le préambule, j’étais de nouveau émue par ce roman. C’était un plaisir de retrouver tous ces personnages excentriques, de voir tous ces stéréotypes assumés librement.

La traduction aurait cependant gagnée à être contextualisée : lorsque Gus se renseigne sur l’asexualité, il tombe sur des informations botaniques. En effet, « asexual » signifie aussi « asexué», c’est-à-dire sans parties génitales. La traductrice a mis « asexuel » à la place de « asexué » pour justifier ces résultats, mais ça n’a pas beaucoup de sens.

De même, certaines expressions idiomatiques ont été traduites littéralement pour conserver les jeux de mots, mais ces expressions n’ont aucun sens en français… ça s’intègre cependant bien dans l’atmosphère excentrique du roman.

J’ai encore passé un excellent moment avec ce roman tranquille et drôle, dont les personnages s’amusent des stéréotypes. Je n’ai pas encore lu le tome 2, qui suit un autre personnage, mais ça ne saurait tarder !

 

  TW : marijuana

La Lune est à nous de Cindy van Wilder

Un énorme coup de cœur pour ce roman ! Eh oui, je vous donne mon opinion dès la première ligne, comme ça vous pouvez arrêter de lire mon article pour vous ruer sur ce livre.

Il était sur ma liseuse depuis un bon moment. Puis j’ai entendu qu’un des personnages était aromantique et ma motivation pour le lire a redoublé. Mais je n’avais pas de temps, et j’ai oublié…

Il était mal barré : depuis quelques semaines, ma mission était de lire tous mes livres papier pour les ramener chez mes parents. Je ne touchais donc pas à ma liseuse. Puis, un samedi, pour aller à Paris, j’ai emporté un livre papier à lire dans les transports. J’ai eu beau m’acharner, je n’ai pas accroché, et je me suis retrouvée dans une situation dramatique : il me restait une heure de trajet, ainsi que le retour, et je n’avais aucun livre papier à lire !

Heureusement, il y avait ma liseuse, et en top priorité : La Lune est à Nous de Cindy van Wilder, que j’ai donc commencé à lire. Je n’avais pas lu le résumé avant, j’ai donc découvert les personnages avec les premiers chapitres.

 

Max vient de déménager en Belgique avec sa mère suite au divorce de ses parents, Olivia est instagrammeuse beauté et se lance sur Youtube. Iels se croisent près du Dépôt, un centre culturel et artistique inclusif, Olivia en est membre et Max a envie de participer. Les deux se partagent la narration, au début iels se voient peu, puis leurs histoires s’entremêlent de plus en plus.

C’était tellement génial que je l’ai terminé le soir même. Il y a des moments durs qui m’ont noué l’estomac : Olivia se fait harceler car elle est grosse, racisée et qu’elle fait du body-positivisme en ligne. Les coming out de Max ne se déroulent pas au mieux. Mais dans l’adversité, la solidarité entre les personnages m’a d’autant plus réconfortée. La créatrice du Dépôt et toustes ses membres, les deux youtubeuses qui entourent Olivia, et les deux narrateurices qui s’entraident malgré leurs propres difficultés. C’est un roman très humain, et, s’il montre les horreurs de notre société, montre aussi que grâce au soutien de ses ami·es, on peut s’en sortir. Ça fait chaud au cœur… et la fin est tellement enthousiasmante ! La présence d’un personnage aro n’est qu’une petite cerise sur ce magnifique gâteau.

 

Alors qu’avec cette lecture je pensais réduire ma pile à lire, elle s’est au contraire rallongée puisque j’y ai rajouté les autres romans de Cindy van Wilder…

 

TW: harcèlement (grossophopie, racisme, homophobie)