Child Trip

de Jeanne Sélène

fille en robe bustier multicolore lisant Child Trip devant une haie, illuminée par le soleil

En septembre, j’avais commencé Le Sablier des Cendres, de la même autrice, que j’ai abandonné… parce que c’était trop bien écrit ! En effet, c’est un roman à l’ambiance glauque, et la plume m’a tellement transportée qu’il me plombait. Malgré cet abandon, j’avais donc très envie de lire d’autres romans de Jeanne Selene.

Child Trip a attiré mon attention car c’est un roman feel good, donc aux antipodes du Sablier des Cendres. J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge Winter is Reading : comme il y a « Trip » dans le titre, je me suis dit que ce serait un excellent roman pour la catégorie voyage. Finalement, le voyage n’est pas au centre de l’intrigue, même si la narratrice, Solange, est nomade : elle vit dans un camion et va de marché en marché pour vendre les bijoux qu’elle crée.

L’histoire commence dès les premières lignes : Solange découvre qu’elle est enceinte, et décide de garder son enfant sans changer son mode de vie. J’ai directement accroché, la narration de Solange est dynamique et prenante. Elle doute mais ne baisse pas les bras, cherche des astuces durant sa grossesse. Je pensais d’ailleurs que ce serait l’histoire de cette grossesse, et une fois l’enfant née, je ne savais plus où allait l’histoire. Aurait-on leur vie commune jusqu’à ce qu’Ilona, le bébé, ait un an ? Jusqu’à ses dix ans ?

Mais après une petite période de flottement, Solange reprend ses tournées, essaie de supporter sa mère… je ne me demandais plus où allait l’histoire, je la vivais. Tout est amené avec beaucoup de naturel : sa pansexualité, son amour de la solitude et son besoin de se préparer avant de rencontrer quelqu’un…

Une fois n’est pas coutume, j’ai adoré la romance. Souvent, elles se divisent en deux catégories : les coups de foudre, et les romances où le personnage ne sait pas de qui il va tomber amoureux. Mais même dans ces deuxièmes cas, je devine toujours – toujours ! – qui est l’intérêt amoureux, et qu’il y aura une romance entre les deux. Pas ici ! La relation n’est pas sortie de nulle part, mais j’ai vraiment été dans la peau de Solange : comme elle, je ne me doutais pas qu’il y aurait une romance et je voyais juste une personne sympathique qui pouvait devenir une amie.

Solange fait partie de ces personnages de romans qui ne sont pas intéressés par la romance et sont même assez réfractaires à cette idée, mais changent d’avis en rencontrant l’âme sœur. C’est un schéma narratif que je déteste d’habitude : je n’en vois pas l’intérêt, et en plus, il invite à penser que les femmes qui clament fort « je ne veux pas être en couple » sont en fait juste dans l’attente de trouver l’amour. Ici, c’est bien fait, Solange évoque l’aromantisme et le fait qu’elle était sincèrement peu intéressée par la romance. Simplement, les personnes ont le droit de changer, c’est la vie.

J’ai beaucoup aimé ce roman rempli de bonne humeur, avec une narratrice attachante et une histoire certes courte mais prenante.

 

Une Fille Facile et Nous les Filles de Nulle Part

de Louise O’Neill et Amy Reed respectivement

femme en nuisette lisant une fille facile allongée sur du goudron

J’ai lu Une Fille Facile d’après les conseils de Sita Tout Court. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne fait pas rêver… J’ai commencé dans le métro, alors que je revenais d’un club de lecture. J’ai eu tout juste le temps de découvrir que la narratrice, Emma, était une peste superficielle, puis ma liseuse a freezé. Impossible de tourner la page. Ce n’était pas dramatique, j’ai réfléchi à mes propres histoires, mais j’étais un peu contrariée.

Ce que j’aime dans les romans, ce sont les personnages. Là, Emma est égoïste, méchante, arrogante… et c’est ce qui rend toute l’histoire intéressante. D’avoir de la compassion pour elle, même si on la déteste. Le titre anglais, Asking for It, représente parfaitement le roman : Emma est violée par quatre de ses camarades de classes, et tout le monde va considérer qu’elle est fautive. La fin est vraiment intéressante, à l’image du roman, et l’autrice explique ses choix en conclusion. C’est loin d’être une lecture agréable, surtout quand on sait que c’est la réalité. Bien que fictive, Emma existe, et la société dans laquelle elle vit, c’est la nôtre…



femme en tenue colorée lisant NOus les Filles de Nulle Part devant des affiches militantes

Nous les Filles de Nulle Part, sur un thème semblable, est beaucoup plus plaisant à lire. La première comparaison qui me vient à l’esprit, c’est La Lune est à Nous : un sujet dur, violent, mais les personnages s’unissent pour lutter et le courage et la solidarité sont au cœur du roman. Grace emménage dans la chambre d’une fille qui a déménagé suite à son viol – car c’est elle qui a été tourmentée, et il n’y a eu aucune conséquence pour le coupable. Grace et ses deux nouvelles amies vont fonder un groupe militant, les Filles de Nulle Part, rassemblant toutes les élèves du lycée pour lutter contre la culture du viol dans leur établissement.

Je l’ai lu en camping avec ma famille, avançant dès que j’avais une seconde de disponible, prise par l’histoire, par les personnages si nombreux et attachants, dont l’histoire personnelle est également explorée.

Cette quantité de personnages permet de présenter des points de vue très variés – là où Une Fille Facile se concentrait sur les filles blanches cishétéro de classe moyenne, on a ici des filles grosse, racisée, lesbienne, autiste asperger dans les personnages principaux. Ça amène de nombreuses confrontations d’opinions. Il n’y a que le débat sur la nature masculine qui m’a déçue : alors que d’habitude j’aime quand les arguments sont présentés par des éléments scénaristiques et non par des discours – c’est plus subtil – dans ce cas-là, j’aurais aimé plus de dialogues. Certaines filles lâchent que « ce sont des hommes, c’est dans leur nature », et pas mal d’hommes affirment la même chose. Il y a peu de contre-arguments, le seul dont je me souvienne est « si tu ne crois pas que les gens puissent changer, pourquoi tu te bats ? ». Le scénario met en évidence que ce n’est pas l’opinion du livre, mais j’aurais aimé que ce soit plus explicite.

Je regrette aussi que la fille trans n’ait que deux paragraphes de présence – les retirer ne change rien à l’intrigue. Il était nécessaire de l’inclure pour rappeler que les filles ne se réduisent pas aux filles cis, mais j’aurais aimé qu’elle ait plus de rôle.

La fin m’a paru irréaliste, mais j’étais surtout contente que ça se termine bien !


J’ai adoré ce roman, bien plus agréable à lire qu’Une Fille Facile, même s’il y a des descriptions de viol. C’est une histoire encourageante, et qui ne se résume pas à ses arguments ! Le mot de la fin m’a rapprochée de l’autrice, qui parle de ses relecteurices, de ses recherches, et liste ses sources. C’est la démarche que je souhaite avoir, et je suis heureuse qu’elle donne un aussi bon résultat.


TW : viol