Aux Petites Heures de la Nuit et Marathon Men

de Flo Renard

La première fois que je me suis inscrite sur Twitter, j’ai découvert Flo Renard, qui illuminait mon fil avec ses salutations matinales. Je n’avais jamais lu de roman auto-édité avant, et j’ai commencé par Aux Petites Heures de la Nuit : le titre m’avait séduite. Je n’avais pas encore de liseuse à l’époque, alors c’était sur ordi, dans les transports. Malgré ce support peu optimal, j’ai vite accroché à l’histoire, aux personnages surtout.

On suit Benjamin, un jeune paraplégique qui fait d’étranges rêves dans son centre de réadaptation fonctionnelle. Il y rencontre Léo et Elise – elle donne beaucoup de dynamisme aux dialogues, je l’adore ! C’est une enquête policière avec des éléments paranormaux, un soupçon de romance et pas mal de scènes de vie. Quand ça concerne la fantasy, j’ai toujours du mal avec les romans qui se contentent d’un tout petit peu de magie : on m’a mis l’eau à la bouche, je veux plus ! Du coup, même si j’ai aimé Aux Petites Heures de la Nuit, j’ai préféré Marathon Men que j’ai lu juste après. Une fois n’est pas coutume, j’ai adoré les titres de chapitre, à la fois leur format régulier, mais aussi leur légère ironie, comme dans « de l’art de faire un coming out », car le coming out du chapitre en question, n’est… pas vraiment réussi.

Le scénario de Marathon Men ne comporte pas d’éléments paranormaux : on suit la vie de Vic et Gwen à Marseille, tandis qu’ils s’entrainent pour le Marathon, et affrontent leur terrible malchance. Cette malchance était un excellent ressort comique : des situations qui m’auraient frustrée me paraissaient drôles du fait de leur répétition. Et ça n’empêche pas de voir les aspects problématiques des obstacles auxquels font face les personnes handicapées ! Je me suis vraiment attachée aux personnages, on les comprend, on a l’impression de les connaître. La fin m’a paru sortie de nulle part, mais j’étais tellement contente pour eux que ça m’était un peu égal.

 

Un an plus tard, j’ai acheté les livres en version papier pour les relire – à cette occasion, j’ai découvert que la marque d’auto-édition inventée par Flo, MM&I, ne signifie pas M/M et Imaginaire comme je l’avais imaginé, mais Me, Myself and I, ce que je trouve absolument génial. J’ai aussi remarqué que toutes les références culturelles étaient expliquées dans les notes de bas de page. Eh oui, il n’y a pas de honte à ne pas connaître tel ou telle artiste, n’est-ce pas merveilleux ?

J’ai commencé par Marathon Men. Comme la dernière fois, je n’ai pas accroché à l’aspect sexuel de leur relation – sans surprise : toutes les rhétoriques de type « aller jusqu’au bout » ou de « passion sexuelle débordante » me laissent perplexe. Je me suis également imaginé une échelle de temps plus étendue pour que leur relation progresse moins vite : les « je t’aime » arrivent tôt, tout comme les plans d’emménagement.

Même si j’aime les coming out qui se déroulent dans la joie et la bonne humeur, j’ai apprécié la demi-teinte, très réaliste, présente dans ce roman, notamment à travers les personnages « homophobes mais pas trop », qui sont en mode « moi ça ne dérange pas du tout que tu sois gay, t’es mon ami, mais si ç’avait été mon frère, là j’aurais été furieux ». Je n’ai pas trouvé ça frustrant, juste réaliste…

 

J’ai ensuite relu Aux Petites Heures de la Nuit, et, surprise, surprise… cette fois-ci, je l’ai préféré à Marathon Men. Je pense que c’est parce que je me souvenais de l’histoire de Marathon Men, alors que les détails de l’enquête policière dans Aux Petites Heures de la Nuit sont plus compliqués à retenir. Et pour être honnête, je ne me souvenais même plus que Ben jouait du violon ! J’ai donc vraiment redécouvert l’histoire, Ben qui arrive aux Épicéas, sa rencontre avec Elise et Léo, les cauchemars qui commencent, le mystère qui s’épaissit au compte-goutte. On est sur tous les fronts : on veut comprendre l’origine des cauchemars, on veut que Ben retrouve son autonomie, on veut assister à la progression de sa relation avec Léo…

J’ai seulement trouvé dérangeant le vocabulaire utilisé à plusieurs reprises par les personnages : « quel connard, faut qu’il se fasse soigner » ou encore « non mais il est cinglé » alors que Ben s’interroge justement sur sa santé mentale… c’est logique : les personnages ne sont pas handicapés de naissance et découvrent tout juste le validisme de la société. Mais ça me faisait grincer des dents…

 

Les deux romans sont agréables à lire, et tout autant à relire, avec des personnages attachants, des scénarios différents et prenants ! Des situations difficiles sont présentées mais l’humour est aussi au rendez-vous.

 

TW : phrases psychophobes, violences homophobes

 

Comment se Comporter comme une Personne Normale

De T.J. Klune    
 

Je suis tombée sur T.J. Klune en recherchant des romans m/m n’ayant pas été écrits par des femmes hétéros, et parmi tous ses livres, Comment se Comporter comme une Personne Normale a attiré mon attention parce que j’adore les titres longs. Je l’ai entamé alors qu’un ami insistait pour démarrer une lecture commune. Chance pour lui : ce roman m’a tellement plu que je l’ai terminé dans la journée !

 

Quand je lis des conseils d’écriture, tout le monde semble se concentrer sur la première page. Il faut qu’elle soit passionnante, qu’elle happe les lecteurices comme si la couverture était enduite de colle. On ne connait pas le nom du personnage que déjà il saute par la fenêtre pour échapper à des assassins, apprend la mort de ses parents ou découvre un passage secret vers un monde merveilleux.

Lorsque j’ai commencé Comment se Comporter comme une Personne Normale, j’ai été surprise de constater que le personnage principal, Gus, vivait une journée banale. Puis une autre. Il tient son vidéoclub, il rencontre des amies.

Moi qui suis prompte à m’ennuyer sans action, pourquoi ne me suis-je pas endormie sur ce roman ? Déjà, il était sur ma liseuse, elle n’est pas confortable comme oreiller. Ensuite, le style m’a tout de suite charmée. C’était différent, bizarre, loufoque, mais dans le bon sens du terme. Chaque phrase me faisait sourire tout en me connectant un peu plus au personnage.

Lorsque l’élément perturbateur est arrivé sous la forme de Casey, écrivain hipster, je connaissais bien Gus, et je l’aimais. Alors que les coups de foudre m’agacent parce que je ne les comprends pas, je me suis surprise à fondre pour celui-ci. Sans doute parce qu’il a lieu durant une conversation, et que les paroles échangées permettent de cerner instantanément Casey.

La romance est fun et adorable, alors quelle importance s’il n’y a pas d’adversaire, si les non-conflits s’enchainent ? D’ailleurs, ces non-conflits sont en partie ce qui m’a charmée. L’auteur amène l’histoire dans une situation où il « devrait » y avoir un conflit, avant de nous montrer que non, parfois, les gens peuvent aussi être gentils – concept incroyable, je sais. Par exemple, lorsque l’ex de Casey ressurgit, je suis partie du principe que ça poserait problème… Et certes, il y a quelques moments de tension, mais dans l’ensemble tout se passe bien. Pareil pour l’asexualité de Casey, qui n’est jamais présentée comme un problème.

 

Un an plus tard, je l’ai relu, et entretemps j’avais découvert ma propre asexualité. Je me demandais si je l’apprécierais de la même manière…

Dès le préambule, j’étais de nouveau émue par ce roman. C’était un plaisir de retrouver tous ces personnages excentriques, de voir tous ces stéréotypes assumés librement.

La traduction aurait cependant gagnée à être contextualisée : lorsque Gus se renseigne sur l’asexualité, il tombe sur des informations botaniques. En effet, « asexual » signifie aussi « asexué», c’est-à-dire sans parties génitales. La traductrice a mis « asexuel » à la place de « asexué » pour justifier ces résultats, mais ça n’a pas beaucoup de sens.

De même, certaines expressions idiomatiques ont été traduites littéralement pour conserver les jeux de mots, mais ces expressions n’ont aucun sens en français… ça s’intègre cependant bien dans l’atmosphère excentrique du roman.

J’ai encore passé un excellent moment avec ce roman tranquille et drôle, dont les personnages s’amusent des stéréotypes. Je n’ai pas encore lu le tome 2, qui suit un autre personnage, mais ça ne saurait tarder !

 

  TW : marijuana

La Lune est à nous de Cindy van Wilder

Un énorme coup de cœur pour ce roman ! Eh oui, je vous donne mon opinion dès la première ligne, comme ça vous pouvez arrêter de lire mon article pour vous ruer sur ce livre.

Il était sur ma liseuse depuis un bon moment. Puis j’ai entendu qu’un des personnages était aromantique et ma motivation pour le lire a redoublé. Mais je n’avais pas de temps, et j’ai oublié…

Il était mal barré : depuis quelques semaines, ma mission était de lire tous mes livres papier pour les ramener chez mes parents. Je ne touchais donc pas à ma liseuse. Puis, un samedi, pour aller à Paris, j’ai emporté un livre papier à lire dans les transports. J’ai eu beau m’acharner, je n’ai pas accroché, et je me suis retrouvée dans une situation dramatique : il me restait une heure de trajet, ainsi que le retour, et je n’avais aucun livre papier à lire !

Heureusement, il y avait ma liseuse, et en top priorité : La Lune est à Nous de Cindy van Wilder, que j’ai donc commencé à lire. Je n’avais pas lu le résumé avant, j’ai donc découvert les personnages avec les premiers chapitres.

 

Max vient de déménager en Belgique avec sa mère suite au divorce de ses parents, Olivia est instagrammeuse beauté et se lance sur Youtube. Iels se croisent près du Dépôt, un centre culturel et artistique inclusif, Olivia en est membre et Max a envie de participer. Les deux se partagent la narration, au début iels se voient peu, puis leurs histoires s’entremêlent de plus en plus.

C’était tellement génial que je l’ai terminé le soir même. Il y a des moments durs qui m’ont noué l’estomac : Olivia se fait harceler car elle est grosse, racisée et qu’elle fait du body-positivisme en ligne. Les coming out de Max ne se déroulent pas au mieux. Mais dans l’adversité, la solidarité entre les personnages m’a d’autant plus réconfortée. La créatrice du Dépôt et toustes ses membres, les deux youtubeuses qui entourent Olivia, et les deux narrateurices qui s’entraident malgré leurs propres difficultés. C’est un roman très humain, et, s’il montre les horreurs de notre société, montre aussi que grâce au soutien de ses ami·es, on peut s’en sortir. Ça fait chaud au cœur… et la fin est tellement enthousiasmante ! La présence d’un personnage aro n’est qu’une petite cerise sur ce magnifique gâteau.

 

Alors qu’avec cette lecture je pensais réduire ma pile à lire, elle s’est au contraire rallongée puisque j’y ai rajouté les autres romans de Cindy van Wilder…

 

TW: harcèlement (grossophopie, racisme, homophobie)

 

Six of Crows Tomes 1 & 2 de Leigh Bardugo

 

J’arrive après la guerre – le tome 1 est sorti il y a trois ans et je viens de découvrir qu’une série Netflix était en préparation – mais du coup, j’en profite pour faire une chronique de la duologie complète. Dans mon école, les élèves de deuxième année parrainent un élève de première année. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que j’ai bien choisi mon filleul : c’est lui qui m’a conseillé ce roman génial… Certes, il a commencé par me prêter le tome 1 de Grisha, que j’ai lu sans plus de passion et sans désir de continuer. Mais j’ai quand même ajouté les deux tomes de Six of Crows sur ma liseuse, et, six mois plus tard, bien au chaud sous ma couette, j’ai plongé dans le tome 1.

 

J’ai eu du mal avec les premiers chapitres, dans lesquels l’univers est présenté – même si le fait qu’il soit d’inspiration slave m’a séduite, étant un peu lasse des univers à la Tolkien. Le mystère est cependant présent dès le début, puis j’ai été entrainée dans une ambiance réaliste plus proche des casses que de celle d’un roman de fantasy : les six personnages forment un groupe d’élite pour s’introduire dans un palais ennemi et libérer un prisonnier dangereux. Chacun·e a une spécialité : mage, cartographe, acrobate, tireur, stratège, espion… Mais il ne faut pas croire que c’est la grande amitié au sein de ce groupe : l’un garde son passé secret, deux sont originaires de nations ennemies…

J’ai lu de plus en plus vite, captivée par les personnages, entre autres Kaz Brekker, dont les stratégies m’ont impressionnée. Les cinq autres, plus sympathiques, contrebalancent sa froideur, en particulier Wylan que je trouve adorablement gentil et Jesper dont j’ai adoré l’humour et le dynamisme. J’ai besoin d’aimer les personnages pour apprécier un livre, et avec les cinq narrateurices de ce roman, c’était mission accomplie. Cinq ? Alors que le titre c’est Six of Crows ? J’étais surprise aussi : le sixième membre du groupe n’a pas voix au chapitre dans le tome 1…

On pourrait croire qu’avec des personnages aussi géniaux, ils seraient le point fort du roman. Eh bien même pas : c’est le scénario. Même si parfois, les déplacements et la géographie des lieux sont un peu confus, les stratégies des personnages sont intelligentes et la narration sait les mettre en valeur : en les expliquant à l’avance, ou, au contraire, en les révélant au dernier moment… Comment est-ce possible, alors qu’on a le point de vue de tous les personnages ? Est-ce qu’on n’a pas l’impression que l’autrice triche en nous masquant une partie de leurs pensées, afin de garder leur plan secret ?

Pas du tout. Ça m’a surprise moi-même : dans la plupart des romans, je trouve artificielles les révélations de ce que les narrateurices savent depuis le début. Ce n’est pas le cas ici.

 

 

Dès que j’ai fini le tome 1, j’ai enchaîné avec le tome 2 : le cliffhanger est pour le moins insoutenable, et la suite reprend juste après. Difficile donc de les séparer dans mes souvenirs et mon opinion, surtout que le tome 2 s’est montré à la hauteur du tome 1. Le rythme est différent car il se découpe en deux parties, une première pour régler le problème de la fin du tome 1, et une deuxième pour vaincre le méchant. Je simplifie, mais je ne veux surtout pas spoiler le moindre bout de scénario. Le tome 2 conserve en effet les bonnes stratégies, et approfondit les personnages : on suit beaucoup Inej – que j’adore – j’ai beaucoup aimé voir Nina gérer son addiction, et la relation entre Jesper et Wylan qui se développe.

Mais leur romance est bien la seule dont je suis fan… oui, il y en a d’autres : avec six personnages, on a trois romances pour le prix d’une ! Au milieu d’une intrigue très tendue, c’est un peu trop à mon goût. Je suis restée indifférente à Nina et Matthias, alors que j’aime d’ordinaire les personnes originaires de deux camps ennemis qui s’aiment envers et contre tout. Kaz et Inej étaient déjà plus intéressant·e·s, mais à partir du moment où aucun·e des deux ne voulait se mettre ensemble, je me suis dit que c’était mort et je les ai vu·es comme des ami·es. Même si leur relation n’est pas forcée, j’ai été indifférente à son développement. Le couple auquel j’ai le plus accroché est celui de Jesper et Wylan, ils se complètent bien et leur relation est moins dramatique et tourmentée.

 

Malgré une certaine lassitude côté romance, j’ai adoré la complexité des personnages. L’univers est original et surtout, le scénario m’a passionnée.

Ayant développé une admiration sans bornes pour Leigh Bardugo suite à cette série, j’ai enchaîné avec Wonder Woman Warbriger dont je publierai certainement la chronique bientôt…

  TW: Torture