Diversité En Litté

2019 - Partie 1

C’est avec plaisir que j’ai découvert ce challenge organisé par Planète Diversité, qui consiste à lire des ouvrages dont les personnages principaux correspondent aux cases de la grille bingo suivante :


grille bingo avec les cases : Lecture Graphique, personnage principal avec un handicap, romance M/M, intersectionnalité, personnage principal trans, asexualité/aromantisme, lecture commune, personnage principal gros, livre avec un personnage racisé sur la couverture, romance F/F, roman #ownvoice, roman SFFF, livre publié il y a plus de deux ans, Au Choix, personnage principal racisé, livre avec moins de 10k notes sur Goodreads

En me lançant dans le challenge, je l’ai pris à la légère, considérant que je lisais déjà des romans avec des personnes LGBTI+, handi, grosses, racisées… J’ai décidé de ne pas changer mes habitudes de lecture – à part pour la lecture commune – et de voir ce que ça donnerait.


Du début à la fin de ce challenge – c’est-à-dire du 1er octobre au 31 décembre – j’ai lu 90 romans 1, et je me suis amusée à faire une petite statistique dessus. J’ai eu des surprises…


personne lisant Qualia
Qualia under the Snow de Kii Kanna

J’ai commencé le challenge avec Qualia Under the Snow. Je l’ai entamé alors que j’imprimais mon CV, puis quand je photocopiais ma carte d’étudiante. Je n’étais donc pas tout à fait dans l’histoire, et en même temps, être interrompue me donnait envie de lire la suite.

On suit le quotidien d’Aki et de son voisin Umi – oui, il n’y a que peu d’histoire et ce n’est pas trop mon genre de lecture, mais c’est un manga en un seul tome. J’ai eu un peu de mal avec la froideur d’Aki, et n’ai commencé à l’apprécier que lorsqu’il s’attache à Umi. Pareil, son attitude par rapport aux coups d’un soir d’Umi m’a agacée au début. Certes, je savais qu’il était ace, et que lui-même l’ignorait, et c’est cohérent qu’il rejette les personnes ayant de multiples relations sexuelles.


Au Japon, on ne distingue pas attirance romantique et sexuelle, et je trouve ça très intéressant de voir cette manière d’aborder l’asexualité. Bien qu’étant moi-même aroace, je ne m’y reconnais cependant pas beaucoup…


J’étais assez mitigée en première lecture. Il y a des flashbacks et j’avais du mal à suivre les transitions entre passé et présent, et même les ellipses. De plus, la relation des personnages est très ambiguë, et elle ne sera jamais explicitée. Alors que j’aime ce qui est net, clair et précis !

Mais je lis vite, et c’est après avoir refermé le manga que j’ai laissé mes pensées vagabonder, que je me suis imprégnée de l’atmosphère très douce de cette œuvre. J’ai repensé à certains passages qui m’ont vraiment plu. Et en fait, je suis très contente du flou qui entoure leur relation. Parce que certaines de mes relations sont comme ça aussi, c’est juste la vie. Difficile de savoir ce qu’est la romance, quand on n’est pas dans la tête des autres. Et la seule autre option claire que la société nous offre est l’amitié. Alors tout ce qui n’est ni l’un ni l’autre est forcément trouble, et ce trouble est très bien retransmis par le manga.


Cases cochées : Aro/ace, couple m/m, lecture graphique


TW : tentative de viol, victim-blaming


Autres romans aro/ace lus – 4/90 seulement ! :

  • Comment se Comporter comme une Personne Normale de T.J. Klune (chronique ici)
  • Nous qui n’Existons pas de Mélanie Fazi (chronique à venir car j’ai adoré)
  • Boo de Neil Smith, dont la représentation tombe dans le stéréotype « Sherlock » du personnage qui ne comprend pas les relations humaines

Autres romans m/m lus :

  • Le Chant d'Achille de Madeline Miller (Chronique à venir, un des plus beaux romans lus cette année)
  • Comment se Comporter comme une Personne Normale de T.J. Klune (ma chronique ici)
  • Swift et le chien Noir de Ginn Hale (Chronique à venir !)
  • Will et Will de John Green et David Levithan (ma chronique ici)
  • Rock d’Anyta Sunday
  • Dear de Jae Akahone
  • Nimona de Noëlle Stevenson (ma chronique ici)
  • Et ils meurent tous les deux à la Fin d’Adam Silvera (ma chronique ici)
  • Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson
  • Breizh of the Dead de Julien Morgan
  • Cinder de Marie Sexton (ma chronique ici)

  • femme en débardeur rouge lisant A l'abordage devant des rochers
    A l’abordage ! de Kadyan

    J’ai rapporté Qualia Under the Snow à la bibli, et j’ai parcouru les rayonnages… Ça fait sept ans que je travaille le manuscrit d’une histoire de pirates, on pourrait croire que j’ai lu beaucoup de romans sur le sujet ! Mais pas du tout, alors en voyant celui-ci dans les étagères de ma bibliothèque LGBTI+, je n’ai pas hésité avant de l’emprunter, et me suis élancée à l’abordage de ses pages.

    J’ai tout de suite adoré le capitaine Théo, personnage principal du roman. Son meilleur ami, Maluk, est génial aussi, sa présence avait le don de m’apaiser et me faire sourire. L’histoire commence vite : Théo découvre des papiers confidentiels et décide de les vendre aux Français, même si les Anglais feront tout pour les récupérer… et tuer celleux qui les ont interceptés.


    Dans les premiers chapitres, on nous présente un personnage qui a attiré mon attention : l’otage Elisabeth, dame de compagnie courageuse et observatrice. Sa présence trouble beaucoup Théo, et j’ai été perplexe lorsqu’elle a été débarquée. Ne reverrait-on plus le personnage, alors qu’un début de romance se dessinait ?

    Je sais, c’est mal : j’ai lu la fin. Du coup, non, on ne reverra jamais Elisabeth, et je me suis spoilé l’identité de l’intérêt amoureux de Théo. J’étais d’autant plus impatiente d’assister à leur rencontre !

    Et au début, elle était parfaite : les deux personnages discutent, on voit que leurs personnalités s’assemblent bien. Et puis pouf ! C’est la passion dévorante, irrépressible, et les personnages échangent plus de sourires que de paroles durant le reste du roman.

    A part ça, l’histoire est géniale, remplie d’action, d’aventure, exactement ce qu’on attend d’un roman de pirates. Abordages, courses-poursuites, trahisons… Le suspense est toujours présent.


    J’ai dit que j’aimais ce qui était clair, net et précis. Eh bien, le genre de Théo est pour le moins trouble, et je suis mal placée pour le décortiquer. La transphobie intériorisée se mêle à la lesbophobie, Théo enchaine une affirmation et son contraire. Lorsque ses matelots couchent ensemble, aucun problème, lorsqu’une de ses amies lui dit avoir couché avec une femme, pas de soucis… sauf quand elle-même est concernée. Théo pense qu’aimer une femme la rend homme, l’instant d’après, elle se sent homme, se veut homme… La lesbophobie intériorisée est très bien faite, j’espère qu’il en est de même pour le reste. Le seul point que j’ai trouvé dérangeant est que les personnages sont souvent ramenés à leurs parties génitales.


    Cases cochées : Théo pirate les cases ! Alors je le compte pour la case « Au choix », pratique, hein ?


    TW : mentions de viol, description de mammectomie artisanale, transphobie et lesbophobie intériorisées


    Autres romans avec des personnes trans : En tout, j’en ai lu neuf ! Mais il y a ceux où c’est pas très clair (A l’abordage ! ), ceux où c’est très court (Le Fleuve, Culottées, Love is Love, Révolution avec une Vampire, 3 œuvres de Sophie Labelle), et finalement, les chiffres sont peu représentatifs de la quantité réelle de personnages trans que j’ai croisés.


    femme en gilet bleu lisant sauveur et fils devant un fleuve
    Sauveur & Fils tome 5 de Marie-Aude Murail

    J’étais en plein suspense de la lecture participe queer d’Halloween de Meredith Katz, mais quand ma bibliothécaire m’a annoncé qu’elle avait Sauveur & Fils tome 5… je devais le lire, maintenant, tout de suite ! Comment dire ? Cette série est la première que j’ai lue à aborder des thèmes LGBTI+ de front. Alors que je ne m’intéressais qu’à la fantasy, j’ai tout de suite accroché aux personnages, le psychologue Sauveur et son fils Lazare, mais surtout toustes les patient·es qui gravitent autour d’eux. L’ambiance est douce, on passe d’un personnage à l’autre, suivant leurs vies semaine par semaine.


    Du coup, deux ans plus tard, c’est dur d’être objective sur ce tome 5... j’étais tellement heureuse de retrouver l’ambiance douce et les personnages que j’aimais. Mon préféré, Eliott l’écrivain en herbe, a transitionné, ce qui m’a fait très plaisir. Mais justement : pourquoi la narration l’appelle-t-elle Ella-Elliott ? A la limite, il s’agit du point de vue biaisé de Sauveur…

    Au fil de ma lecture, je notais plein de petits détails contrariants. Samuel est entrainé dans un groupe masculiniste, et la problématique est réglée en deux lignes : le père intervient et le sépare de l’influence néfaste. Ça m’a paru artificiel, et caricatural dans l’ensemble...


    Mais le vrai problème, c’est l’histoire de Louise. Elle écrit une œuvre à destination des jeunes ados, pour leur donner les outils dont elle a manqué : informations sur les poils, les règles, les amourettes avec les garçons… Sur les réseaux sociaux, les critiques se déchainent : c’est une œuvre stéréotypée, et surtout, qui présente uniquement la perspective des filles blanches cishétéros.

    C’était intéressant de montrer le point de vue de Louise, qui n’avait pas voulu mal faire, et s’était simplement inspirée de sa vie et de ses deux meilleures amies, espérant aider d’autres jeunes filles.

    En revanche, les critiques n’ont pas bénéficié d’un portrait aussi nuancé. Celles qui critiquent le sexisme de l’œuvre de Louise la traitent de « salope », montrant bien là qu’elles sont elles-mêmes sexistes. L’éditrice fait remarquer que si Louise avait mis des personnages racisés, on lui aurait reproché de prendre une voix qui n’est pas la sienne, et la conclusion, c’est qu’elle ne doit rien changer, et écrire un tome 2.

    Les critiques adressées à Louise sont fondées. La représentation n’est pas une exigence, une lesbienne peut s’identifier à une hétéro, mais on a besoin de personnages qui nous ressemblent, parce qu’à force de se voir nulle part, on finit par se dire qu’on est anormal·e. Si Louise avait écrit un témoignage, il n’y aurait rien eu à reprocher, mais elle adresse son œuvre « à toutes les filles », alors comment doivent se sentir celles qui n’y sont pas représentées ? Inexistantes ?

    Comme Marie-Aude Murail inclut des personnes noires, gay, trans, j’étais convaincue que Louise se remettrait en question dans le tome 6… Espoir brisé lorsque j’ai lu sa tribune : Murail semble convaincue de n’avoir aucun biais et de proposer une représentation parfaite, quoi que les personnes concernées lui disent. Symphonie l’explique mieux que moi dans cet article qui présente l’utilité des Sensivity Readers : une autrice hétéro a le droit de représenter une lesbienne, mais c’est normal de demander à ce qu’elle le fasse bien.


    Plus le temps passe, plus je suis déçue. Est-ce que toute la série était comme ça, et je ne l’ai pas vu ? Ou est-ce juste le tome 5 qui est à côté de la plaque ?


    Cases : personnage racisé, moins de 10k vues sur Goodreads


    Autres lectures avec des personnages racisés :

    • Notre-Dame du nil de Scholastique Mukasonga
    • Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier
    • La Tête dans les Étoiles de Jen Wang (ma chronique ici)
    • Le carnet rouge d’Annelise Heurtier (ma chronique ici)
    • Talitha Running Horse d’Antje Babendererde (ma chronique ici)
    • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (ma chronique ici)
    • Fleur du Désert de Waris Dirie (ma chronique ici)
    • La Fille qui n'Existait pas de Natalie C. Anderson (ma chronique ici)
    • Pas tout à fait des hommes de Lizzie Crowdagger : techniquement, il n’y a pas de personnages asiatiques ou noirs, c’est un roman avec des elfes, des nain-es, des démon-es… et c’est une métaphore du racisme en France, qui questionne notamment les pratiques de la police. Bref, je le compte dans cette catégorie.
    • Et ils meurent tous les deux à la fin d’Adam Silvera (ma chronique ici)
    • Citrus de Saburo Uta (ma chronique ici)
    • La Terre Fracturée de N.K. Jemisin
    • Sauvages de Nathalie Bernard
    • Le Secret de l’Amitié de Kawahara Kazune (ma chronique ici)
    • Les Belles de Dhonielle Clayton(ma chronique ici)

      • personne en chemise rose lisant La Belle Eprise devant une haie d'automne
        La Belle Éprise de Karin Kallmaker

        Alors que la salle allait bientôt fermer, j’ai pris ce roman à la va-vite en voyant qu’il contenait un couple lesbien. Mais la couverture et le résumé ne m’inspiraient pas plus que ça, et il a traîné dans ma chambre jusqu’à ce qu’arrive l’heure de le rendre. Je me suis donc empressée de le commencer.


        On était fin novembre, et alors que je m’étais promis d’attendre pour calculer mes stats – histoire de ne pas les influencer – et j’ai été choquée de constater que la catégorie la moins remplie était « perso principal gros », avec 3 livres sur 45. On nous parle si peu de grossophobie que je n’avais pas envisagé que cette catégorie finisse dernière… c’est justement ça, l’invisibilisation.

        J’étais donc très agréablement surprise de découvrir que Marissa, la narratrice, était grosse.


        Cependant, je n’ai pas accroché au style d’écriture. On sent que le roman essaie d’être drôle et léger, et certains passages ont réussi à me faire sourire – les lettres mentales écrites par Marissa – mais le reste est répétitif et plat. Et comme c’est une pure romance, sans le style pour la soutenir, c’est assez dur pour moi…

        J’hésitais à abandonner – ç’aurait été la 3e fois en deux semaines, et ça m’aurait déçue – et là, le roman a changé de point de vue. Jusqu’alors on avait eu celui de Marissa, informaticienne mal dans sa peau, qui survit à un naufrage en compagnie de la belle et drôle Linda.

        En deuxième partie, on alterne entre le point de vue de Linda et Marissa, et comme Linda a un secret, mon envie de lire la suite s’est réveillée. Linda est beaucoup plus intéressante que Marissa, mais tout aussi répétitive…

        J’ai jeté un coup d’œil à la fin pour me remotiver, et si une partie m’a donné envie d’arrêter le roman immédiatement – il semblait que Marissa ait maigri et que ça lui ait permis de trouver l’amour – une autre a réveillé ma curiosité : la relation entre Marissa et sa mère semblait changer drastiquement.

        J’ai donc repris ma lecture… le régime de Marissa occupe la quasi-totalité de ses narrations, mais comme celle de Linda est une critique de l’injonction sociale à la minceur et la beauté, j’avais de l’espoir.

        Espoir déçu. L’histoire de Linda accuse finalement la « folie » de sa mère, Marissa apprend à s’aimer… mais l’épilogue nous la montre quand même enfin mince. C’est parce qu’elle veut s’améliorer en sport, et c’est tout à fait légitime, mais il n’y a aucun contre-exemple – tous les personnages de ce livre sont soit minces sans effort, soit font attention à leur ligne – on a l’impression que le roman est un guide du parfait régime !


        Cases cochées : perso gros, couple f/f


        TW : mutilation non-consentie, grossophobie, psychophobie


        Autres lectures avec des personnages gros :

        • La tête dans les étoiles de Jen Wang (ma chronique ici)
        • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres : seulement dans l’enfance de la narratrice (ma chronique ici)
        • Will et Will de John Green et David Levithan (ma chronique ici)
        • Nimona de Noëlle Stevenson (ma chronique ici)

         

        Ce challenge s’étale sur trois mois et c’est à la fois bien pour avoir le temps de beaucoup lire, mais aussi long, car au bout d’un moment, j’ai oublié de partagé mes lectures, de chercher des conseils auprès des autres participant·es… je me suis ressaisie au dernier moment, comme vous le verrez dans la deuxième partie du bilan !

        En avant-première, voici le graphique de la représentation. Je n’ai pas mis toutes les catégories pour qu’il reste lisible, et je vous donnerai plus de détails demain.


        f/f:25; racisé:22; handi:20; m/m:18; rien:18; trans/inter:9; gros:6; aro/ace:4  

        1 En comptant BD, mangas, albums, romans, même ceux que je n’ai pas terminés, et sans compter les fanfictions

         

    Challenge Winter is Reading

    2019 - Partie 2

    La suite de mes aventures pour le Winter is Reading, challenge sur le thème de Game of Thrones où il faut lire le plus possible pour sa famille – pour ma part, les points que je gagne vont aux Tyrell. Après deux semaines mouvementées – vous pouvez lire la première partie de mon bilan ici – j’ai eu un étrange cauchemar : mon identité sur le groupe Facebook du Challenge Winter is Reading était usurpée, et on m’ostracisait ! Le lendemain, j’ai découvert que le vent avait détruit le barnum de mon campus. L’hiver vient…

    Je ne suis pas la corneille à trois yeux, mais ces évènements étaient-ils des présages ? Annonçait-il mes échecs culinaires de cuisson d’œuf au micro-ondes, ou la venue des partiels qui ralentiraient mon rythme de lecture ?


    femme en chemise rose ouverte lisant Le Secret de l'Amitié devant un drap avec des coquelicots
    Le Secret de l’Amitié de Kawahara Kazune

    Malgré mes révisions, j’ai pu lire entre autres Le Secret de l’Amitié, un manga en un tome sur deux amies, l’une belle et populaire (Moe), l’autre exclue (Eiko). Moe dit à tous ceux qui veulent sortir avec elle qu’ils doivent faire passer sa meilleure amie avant elle, car c’est la personne qui compte le plus à ses yeux.

    J’aimais beaucoup l’idée derrière ce scénario, c’est-à-dire que l’amitié est plus importante que la romance, car c’est un sentiment que je partage et qui est trop rarement défendu. Cependant, au fil de l’histoire, cette amitié est si forte que j’avais envie que les deux filles finissent en couple. Je suis aro et j’adore lire de belles amitiés, mais j’aime aussi les couples de filles… lorsque Eiko disait « si j’avais été un garçon, j’aurais été amoureux de Moe », j’étais d’autant plus embêtée, car elle n’a pas besoin d’être un garçon pour ça…

    C’est une histoire d’amitié, une amitié très forte, et mis à part ces quelques passages homo-ignorants, elle est très bien décrite. La romance n’est pour ces filles qu’un à-côté, c’est leur relation amicale qui est centrale à leur vie, et j’ai trouvé ça chouette. Et d’autant plus important que plusieurs personnes m’ont dit, lorsque j’ai parlé de cette histoire : « Une romance où l’amie est plus importante que l’intérêt amoureux ? Ça n’a pas l’air enthousiasmant. »


    photo surexposée d'une personne en débardeur et chemise lisant un livre méconnaissable (la passe-miroir tome 2) devant une haie automnale
    Les Disparus du Clairdelune (La Passe-Miroir T2) de Christelle Dabos

    J’avais dévoré le tome 1 au début du challenge. J’ai emprunté le tome 2 juste après, mais j’avais tant à lire que je l’ai négligé… et mon départ pour les fêtes de Noël approchait, approchait… mon train partait le lendemain, je n’avais pas la place de l’emporter, mais je me suis dit « commençons-le maintenant. J’ai lu le tome 1 en une après-midi, je peux faire pareil. »

    L’histoire reprend là où elle s’était arrêtée dans Les Fiancés de l’Hiver : Ophélie, jeune passe-miroir et lectrice d’objets forcée de quitter son île pour épouser l’odieux Thorn, fait son entrée à la cour, où elle est présentée à Farouk, l’esprit de famille. J’avais trouvé l’héroïne trop isolée dans le tome 1 : même s’il y a des personnages sympathiques, il n’y a personne à qui elle se confie. J’avais espéré que le tome 2 développerait ces personnages auxquels je m’étais attachée – Renard, Gaëlle, la tante Roseline, et même Berenilde ! – mais au contraire, ce sont Thorn, l’ambassadeur Archibald et Farouk, certes intéressants mais moins attachants, qui sont creusés.

    Cependant, Ophélie a trouvé ses repères, et c’est très plaisant de la voir évoluer dans un environnement qu’elle maîtrise mieux. On en apprend aussi beaucoup sur l’univers ! J’avais totalement oublié le prologue du tome 1, où il est expliqué que Dieu a tout cassé, et où on peut deviner que ces îles rocheuses qui flottent – dans quoi ? – sont les débris. Ici, le même prologue est rappelé, et l’identité de ce Dieu ainsi que les origines et conséquences de sa colère sont un peu approfondies.

    J’ai dû m’interrompre pour regarder une série avec un ami – et à cause de ma lecture, j’ai oublié de faire le ménage avant qu’il n’arrive… un faux pas diplomatique peu digne des Tyrell – mais j’ai repris le soir. Des invités disparaissent, et Ophélie découvre que sa terre d’origine n’est pas aussi exempte de complots qu’elle n’y parait…

    J’ai tendance à trouver les tomes de moins en moins bien, mais ça n’a pas été le cas ici : Les Disparus du Clairdelune m’a tout autant plu que Les Fiancés de l’Hiver. Et j’ai emporté le tome 3 dans ma valise !


    femme en bonnet rouge et haut de Noël brandissant sa liseuse avec la couverture de Un Noël au Poil, devant un sapin et un calendrier de l'Avent Licorne
    Un Noël au Poil de Cha Raev

    J’avais cette nouvelle sur mon ordinateur, mais je ne savais plus pourquoi ni comment je me l’étais procurée. N’ayant aucun contexte, je n’étais donc pas particulièrement motivée pour la lire, mais il y avait Noël dans le titre, alors j’ai songé que ça me mettrait dans l’ambiance avant de rentrer pour les fêtes.

    Une semaine auparavant, j’avais discuté avec un ami des déductions qu’on fait en lisant un roman, en particulier les déductions romantiques. Qu’est-ce qui fait qu’on devine qui va être l’intérêt amoureux, alors qu’on ne se doute de rien ? Comment pressent-on lequel des deux membres du triangle amoureux va être choisi ? Je suis d’ordinaire très douée à ce jeu-là…

    J’ai lu le premier chapitre d’Un Noël au Poil, où les personnages sont mis en place. Puis j’ai voulu ajouter l’œuvre à ma liste Goodreads, et j’ai vu le résumé. J’étais totalement à côté de la plaque ! Et c’est vraiment dommage que le résumé me l’ait spoilé, j’aurais préféré avoir la surprise en lisant le chapitre deux, car elle est vraiment intéressante. Je vous laisse la découvrir ! Et je me suis souvenue pourquoi j’avais voulu lire cette histoire.

    C’est une petite romance mignonne, assez clichée – l’un des personnages est aveugle et trébuche sur les cartons de déménagement de l’autre, s’ensuit une dispute, qui dégénère en « haine » tenace, jusqu’à ce qu’ils finissent par communiquer et découvrir qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Très mignon et vaguement ridicule, avec une narration originale qui m’a beaucoup plu – même si, par moments, ça franchissait la frontière entre original et bizarre. Une bonne histoire de Noël !


    Femme en chemise rose lisant les Belles dans des catacombes
    Les Belles de Dhonielle Clayton

    J’avais entendu parler de ce roman avec la parution de Tiny Pretty Things, de la même autrice, mais j’avais toujours d’autres priorités... J’ai commencé Les Belles sur ma liseuse dans le bus, pour me changer d’une autre lecture, puis j’ai découvert qu’il était à ma bibliothèque, je l’ai réservé et j’ai arrêté le temps de l’avoir en papier. Je préfère le papier, car j’arrive mieux à situer où j’en suis dans l’histoire.

    Les 6% que j’avais lus m’avaient permis de cerner l’histoire : c’est une sorte de dystopie de fantasy, dans un univers où tout le monde est laid, sauf les Belles, qui ont le pouvoir de modifier l’apparence des autres. Elles sont élevées dans un pensionnat à part avant de faire leur entrée à la cour, où la narratrice, Camille, convoite le poste de favorite. J’étais assez prudente avec mes émotions en lisant ce roman : j’avais lu des critiques qui dénonçaient la représentation gay dans ce roman. Je ne me souvenais plus si c’était parce que tous les personnages gays étaient méchants, ou si c’était qu’ils mourraient…

    Les relations entre femmes sont évoquées de manière très naturelle : les journaux traitent leurs liaisons de la même manière que les autres, de nombreux personnages secondaires – entre autre la reine – ont des amantes sans que ce soit considéré comme un problème. L’homosexualité masculine n’est pas du tout abordée, peut-être parce qu’il y a peu de personnages masculins.

    La société présentée est assez paradoxale : les femmes semblent avoir beaucoup de pouvoir politique, en revanche, le patriarcat est toujours présent sous la forme de double standards de beauté. D’ailleurs, ces standards m’ont laissée perplexe, puisqu’au début Camille déclare que les Belles peuvent avoir toutes les corpulences, qu’on peut être gros-se et magnifique… et tous les personnages souhaitent être minces.

    A part ces quelques points qui m’ont déroutée, l’histoire était sympathique. Elle m’a fait penser à La Sélection – peut-être aussi à cause de la couverture – mais avec une narratrice plus déterminée. Dommage, cependant, qu’elle ne tire pas des conclusions plus vite : elle voit des indices très tôt et semble les oublier.

    C’est finalement la trope Bury Your Gays qui est à l’œuvre ici, mais ça ne m’a pas du tout dérangée. C’est un de ces cas où analyse rationnelle et sentiments sont en désaccord : les deux seuls personnages lesbiens meurent, et aucun-e hétéro, pourtant je n’ai pas eu l’impression d’être visée et j’ai beaucoup aimé ce roman.

     

    J’ai un peu paniqué sur la fin du challenge, en constatant que je n’avais toujours pas lu de romans de guerre et de Nature Writing. J’ai expédié Into The Wild qui ne m’a pas passionnée, puis j’ai relu Thirrin, Princesse des Glaces – le roman ultime pour ce challenge : de la fantasy centrée sur une guerre, qui se passe en hiver, avec des morts-vivants donc des zombies, et un grand voyage dans le nord. J’ai adoré et j’en parlerai plus en détail dans un futur article !


    Tout au long du challenge, j’ai posté mes lectures sur le groupe Facebook – c’était l’occasion d’épier les familles concurrentes, de discuter avec elles, diplomatie Tyrell oblige, et de soutenir les membres de ma propre famille. Plus sérieusement, l’esprit du groupe est très détendu, les familles sont plus là pour donner une direction et on échange sur nos lectures, c’est très plaisant. J'avais lancé ce blog justement parce que je voulais discuter de ce que je lisais !


    J’ai terminé le challenge avec 30 livres, en validant tous les menus et tous les paliers, pour un total de – attention, roulement de tambour – 1060 points ! Si avec ça, les Tyrell ne gagnent pas… je prendrai ma revanche l’année prochaine, car c’est mon challenge préféré.


    TW Les Belles : mort violente des personnages lesbiens

     

    Semaine à Lire – bilan décembre 2019

    J’ai déjà participé à plusieurs Week-ends à 1000 – voici mes chroniques d’octobre et de novembre – et c’est un challenge que j’aime beaucoup. Durant la semaine de Noël avait lieu la semaine à lire, variante plus libre de ce challenge, où il s’agit simplement de lire.


    J’étais très confiante au début, le vendredi, refusant de considérer qu’avec les fêtes de Noël et la présence de ma grand-mère, j’aurais sans doute peu de temps pour lire. J’ai mis sept romans sur ma pile à lire, des romans que j’avais achetés puis laissés chez mes parents. Il y avait pas mal de biographies dans cette pile : j’avais commencé à lire des (auto)biographies en février 2019, avec En nous Beaucoup d’Hommes Respirent de Manie-Aude Murail. Comme je m’y attendais, c’était « intéressant » : j’avais appris beaucoup, j’avais passé un moment agréable, mais je n’étais pas passionnée et j’avais mis du temps à la finir. Toutefois, je me suis dit que je pouvais étendre mes lectures à ce genre, et sur une brocante, j’ai acheté six ou sept (auto)biographies.


    femme en costume beige lisant Manderley Forever devant une rivière et une forêt sauvages
    Manderley Forever de Tatiana de Rosnay

    J’ai commencé avec Une Soupe aux Herbes Sauvages, dont j’ai finalement décroché à cause du style qui ne m’attrayait pas du tout. Sans me décourager, j’ai enchaîné avec Manderley Forever de Tatiana de Rosney. La biographie d’une autrice, comme pour Marie-Aude Murail !

    J’avais aimé le film Rebecca d’Alfred Hitchcock : le début était certes lent, il fallait s’accrocher, mais la tension montait, montait, et la fin était bien trouvée. C’est Daphné du Maurier qui a écrit le roman à l’origine de ce film – ainsi que celui qui a inspiré le culte Les Oiseaux – et j’étais curieuse de découvrir la vie de l’autrice.

    Le style d’écriture n’a rien pour me plaire. C’est descriptif, on ne ressent jamais le point de vue de Daphné, ses émotions sont énoncées comme des faits. Je dis souvent que pour me plaire, une biographie ne doit pas perdre de son attrait quand on lui retire l’aspect « c’est réel ». Ici, ce n’est pas le cas : Si Daphné du Maurier n’avait pas existé, j’aurais trouvé cet ouvrage sans intérêt. Je n’étais pas prise par le récit, et pourtant… je m’asseyais régulièrement pour avancer, jour après jour, après le repas de fête, après la promenade en famille... Daphné est une personne fascinante, envoûtante, même.

    Bien sûr, son processus d’écriture me parle : son inspiration, sa frénésie, son absence dans les conversations lorsqu’elle songe à un nouveau roman, ses recherches… son besoin d’écrire, aussi, mal compris par son entourage. Virginia Woolf explique que pour créer, une femme a besoin d’une chambre à soi et de 500 livres de rente, et que c’est la raison pour laquelle il y a si peu d’autrices : les femmes sont censées s’occuper de leur mari et de leurs enfants, elles n’ont ni le temps ni l’indépendance financière. Daphné a de l’argent, mais le temps ? Personne ne sourcille lorsque son mari part travailler à l’étranger pendant six ans, mais lorsqu’elle veut se prendre deux mois pour écrire – elle a déjà écrit plusieurs romans à succès, Rebecca s’est vendu à un million d’exemplaires – on la traite d’égoïste, on l’accuse d’abandonner ses enfants.


    Daphné parait solitaire, elle néglige ses enfants, redoute le retour de son mari, qu’elle aime pourtant, se déclare amoureuse de sa maison, « Mena », qu’elle préfère aux personnes. D’un autre côté, elle entretien de longues amitiés, téléphone tous les jours à sa sœur… On entre peu dans ses pensées, elle reste distante, mystérieuse, garçonne peu sociable, joyeuse en surface mais qui rédige des nouvelles morbides, terrifiantes. Elle parait presque froide, mais lorsqu’elle s’éprend de Fernande ou d’Ellen, elle déborde de passion, elle en est malade lorsqu’elles sont séparées.

    Les deux sœurs de Daphné sont également attirées par les femmes, cependant, contrairement à elle, elles l’assument : Jeanne vit avec la poétesse Noël Welsch, Angela met en scène des couples de femmes dans ses romans – je suis d’ailleurs curieuse de les lire.

    Les écrits de Daphné sont personnels, mais elle s’identifie aux hommes dans ses récits. Elle a toujours voulu être un garçon, et elle a une part masculine qu’elle nomme Eric Avon. Elle ne s’identifie jamais comme lesbienne ou bi, a cette idée en horreur : pour elle, son attirance pour les femmes s’explique par sa masculinité. Au début, elle est déçue par ses filles, qui ne sont que des filles, et adule son fils. Cet entrecroisement entre identité de genre et identité sexuelle, nourri par les biais homophobes et sexistes de la société, est rendu avec justesse.


    Tout au long du récit écrit dans un style succinct, Daphné reste insaisissable et pourtant saisissante, fascinante et entourée de mystère. Sa personnalité fascine, les brefs résumés de ses œuvres font envie. Et même si elle a toujours voulu se détacher de Rebecca qui lui a accolé l’étiquette romantique et populaire dont elle ne voulait pas – elle qui écrivait des histoires si terrifiantes – c’est sans doute ce roman-là que je lirai en premier.


    femme en costume rouge tenant un parapluie à papillons multicolores, un totebag arc-en-ciel, lisant Contes et Histoires Arc-en-ciel devant une haie
    Contes et Histoires Arc-en-Ciel

    J’avais découvert ce recueil lorsque je m’étais renseignée sur toutes les maisons d’édition de Rennes et que j’avais trouvé Goater, résolument féministe. Il a été réalisé en partenariat avec le CLGBT de Rennes – et je me suis d’ailleurs rendue compte que j’avais déjà rencontré une des personnes qui y écrit. Bref, je l’ai acheté en soutien.

    Ce sont des nouvelles, et, de façon générale, je n’aime pas les nouvelles. J’ai commencé vendredi soir et j’en ai lu une ou deux par jour, avançant lentement… comme d’habitude, ça m’a manqué de ne pas avoir le temps de m’attacher aux personnages. Certaines idées sont sympa, d’autres m’ont laissée perplexe, voir m’ont rebutée. Le recueil se lit bien, mais quand les personnages ne sont pas là pour m’enthousiasmer, j’attends une idée philosophique marquante, une chute originale, et dans la plupart des nouvelles, ça n’a pas été le cas.

    L’univers de Soleil et Lune m’a plu, j’aurais aimé une histoire plus longue… Pareil pour Rétrolution, qui parle de voyages dans le temps. Embobinée propose une chute que j’ai eu du mal à apprécier car j’ai été perdue par la narration. Aydan, la plus courte, a la longueur parfaite et c’est celle qui porte le message le plus clair.

    L’ambiance est généralement douce, sauf dans Si Perrault était entré dans un Sex-Club, qui m’a choquée dans le mauvais sens du terme, et de même pour Conte de Fées sous Prozac 50mg, qui m’a laissée très perturbée…

    Comme la fin de Diversité en Litté arrive, je prête aussi plus attention à la répartition des représentations, aussi parmi les auteurices. J’ai trouvé les nouvelles bien partagées entre lesbiennes et gays, en revanche, peu de place pour les autres identités. J’étais heureuse de voir de la représentation poly dans la première nouvelle – et bi ! – mais sa mise en scène me laisse mitigée, puisque la relation commence sur un mensonge.

    Comme souvent avec les recueils, c’était une lecture mitigée. Elle m’a accompagnée tout au long de cette semaine.


    Finalement, en une semaine, j’aurais lu moins que dans un week-end à 1000. Mais les biographies me prennent toujours plus de temps, et Daphné du Maurier était fascinante. Et j’ai passé d’excellentes fêtes de Noël !


    TW Manderley Forever : lesbophobie intériorisée, suicide

    TW Contes et Histoires Arc-en-Ciel : viol, psychophobie, homophobie

     

    Nimona

    de Noëlle Stevenson


    femme en manteau et t-shirt à flammes lisant la BD Nimona devant un mur de ronces

    J’avais passé l’après-midi à chercher des romans avec des personnages gros pour le challenge Diversité en Litté, et j’étais déprimée d’en trouver si peu… Alors quand j’ai vu cette BD sur un piédestal de ma bibli, et les formes rondes de Nimona sur la couverture, je l’ai pris sans hésiter.

    Comme j’avais déjà atteint la limite des livres que je pouvais emprunter, j’ai commencé à le lire sur place. Dans un univers de fantasy de type « contes du moyen-âge », la métamorphe Nimona devient l’acolyte du méchant Lord Blackheart, et l’aide à combattre l’Institut pour le Maintien de l’Ordre Héroïque et son champion, Sire Goldenloin.

    C’était rigolo, mais j’avais du mal avec les dessins et avec le caractère incontrôlable de Nimona, qui détruit tout sur son passage. J’ai continué parce que j’aime les histoires dont les « méchant·es » sont les personnages principaux, pour montrer que les « gentil·les » ne sont pas si bienveillant·es…

    Je me suis vite investie dans la « rivalité » entre Blackheart et Goldenloin – oui, il y aura beaucoup de guillemets dans cette chronique. Dès la page 9, mon instinct gay s’est réveillé, et j’ai eu peur d’être queerbaitée – le queerbaiting, c’est lorsqu’une œuvre cherche à attirer un public LGBTI+ en faisant croire qu’elle a du contenu queer, alors qu’en fait ce n’est pas le cas. J’ai jeté un coup d’œil à la fin : pas de queerbaiting en vue, mes instincts étaient bons, et j’ai repris ma lecture avec une motivation redoublée – si j’avais vu que l’autrice était celle de Lumberjanes, je n’aurais pas eu de doutes, mais j’avais pris cette BD sans y faire attention…


    Cette lecture était finalement excellente, une aventure fun qui parle d’altérité et de monstruosité, avec une romance complexe, et surtout, en arrière-plan ! Le cœur de la BD est la relation père-fille entre Blackheart et Nimona, qui m’a beaucoup touchée. Lord Blackheart est adorable, Nimona à la fois énervante et attachante, et ensemble, iels nous offrent un bon cocktail d’émotions. Du début à la fin, c’est à ces deux personnages qu’on s’intéresse en priorité. Bien que l’épilogue ait aussi pour but d’éclaircir la situation entre Blackheart et Goldenloin, Nimona reste au cœur de l’histoire, et on souhaite surtout savoir ce qu’elle est devenue.

    J’ai relu la BD dès le lendemain matin. Puis le lendemain après-midi. Puis j’ai cherché des dessins bonus sur internet. Elle a un gros défaut, en fait : malgré ses 272 pages, elle est trop courte !


    J’avais désespérément envie de partager cette lecture, de voir si d’autres avaient, comme moi, perçu la romance dès la page 9, et si on pouvait m’expliquer ce qui m’avait donné cette sensation. J’avais beau relire, je ne voyais vraiment pas sur quels indices se basait ma certitude que Blackheart et Goldenloin n’étaient pas exactement amis…

    Finalement, une personne de mon entourage l’a lue lors d’un week-end chez moi – j’avais gardé la BD exprès – et a partagé mon opinion et mon instinct. Notre analyse : il y a contact physique entre les deux hommes sur trois cases de suite. Ce que je trouve assez triste : ça veut dire qu’hors couple, on ne voit jamais des hommes se toucher…

    Il va bien falloir que je rende cette BD un jour, mais en attendant, je ne peux résister à la tentation de la relire encore une fois…


    TW : mort, expérimentations sur personne non-consentante


     

    Challenge Winter Is Reading

    2019 - Partie 1

    personne en manteau lisant sur liseuse dans la neige

    Un nouveau type de challenge pour moi… cette fois-ci, ça fonctionne par équipes ! L’hiver vient, et, comme Littlefinger le disait : « La connaissance, c’est le pouvoir », alors les six grandes familles de Westeros lisent le plus possible pour s’emparer de la bibliothèque de fer. Chaque lecture rapporte des points, et il y a des bonus en accord avec l'ambiance à Westeros : mort violente, inceste... Ma famille, les Tyrell, l’emportera-t-elle ? Quelqu’un se rendra-t-il compte que je n’ai jamais réussi à terminer le Trône de Fer ? Passerai-je la soirée de Noël le nez dans un bouquin ?


    femme lisant Vernis à ongle entourée de sa couverture et d'un plaid
    Vernis A Ongles, Super Spécial Méga Poulet en caoutchouc & Mon Père me prend pour un garçon de Sophie Labelle

    Ma stratégie de départ était redoutable : j’avais invité des ami·es à passer le week-end chez moi, pour qu’on croie que je n’aurais pas le temps de lire. Mais ces personnes étant fan de lecture aussi, nous avons beaucoup lu côte à côte :

    Durant une après-midi jeu de société, je me suis isolée et j’ai lu trois courtes œuvres de Sophie Labelle − et quand je dis courtes, je veux dire 20 pages chacune. J’ai commencé par Vernis à Ongles, et j’ai eu la surprise de découvrir qu’il s’agit d’une des premières histoires avec Ciel ! (j’ai chroniqué deux romans avec ce personnage ici). C’était super mignon, j’adore l’amitié entre Ciel et Stephie, et ces scènes douces d’un après-midi ensemble m’ont réchauffé le cœur. Super Spécial Méga Poulet en Caoutchouc, lu juste après, n’a pas du tout la même ambiance, puisque c’est une longue blague bizarroïde qui m’a bien fait sourire. J’ai terminé cette séance de lecture avec Mon Père me prend pour un Garçon, un album sympathique quoiqu’un peu redondant si on a lu la quasi-intégralité de l’œuvre de Sophie Labelle – je plaide coupable…


    femme en manteau lisant Ask Me about polyamory devant un tag multicolore
    Ask Me About Polyamory de Tikva Wolf

    Le soir même, j’ai lu côte à côte avec mes invité·es une BD que j’avais emprunté pour elleux – quand je disais que leur présence était bonne pour mes lectures ! Hélas, ce ne fut pas suffisant pour endormir la méfiance de mes adversaires : Un·e membre d’une autre famille a dû glisser un poison dans mon verre, car je me suis retrouvée avec de la fièvre et le nez bouché. Dur de dormir et de se concentrer ! La BD en question, Ask me about Polyamory, était intense : après chaque page, j’avais envie de faire une pause pour intégrer le message. Il s’agit de petites scènes autour du polyamour, c’est passionnant et utile, mais j’étais trop fatiguée pour l’apprécier à sa juste valeur et j’ai reporté sa lecture à plus tard.

    Il y a des conseils pour une relation saine, qu’elle soit mono, poly, romantique ou non, et des conseils spécifiques au polyamour… ça m’a vraiment parlé – je suis tout à fait d’accord pour déconstruire l’image de la romance, et veiller en priorité à ce que les personnes qu’on aime et nous-mêmes soient heureuses !

    J’ai mis deux semaines à la terminer, et, pour la première fois de ma vie, j’ai songé « je compte rendre ce livre ce soir et il me reste 8 pages à lire, vais-je réussir à le finir ? ». J’ai réussi, et maintenant, tout le Tumblr de Tikva Wolf me tend les bras !


    femme lisant Frangine devant une étagère, les épaules recouvertes d'un plaid multicolore
    Frangine de Marion Brunet

    Durant la première semaine, j’ai dû partir sur la côte ouest visiter un château fort en vue de l’hiver. Le trajet en calèche fut long, mais propice à la lecture. Le matin, il faisait trop sombre et j’ai lu sur ma liseuse, mais sur le retour, c’est à Frangine que je me suis attaquée. Le style m’a rebutée sur le premier chapitre – les phrases sont très courtes – mais je suis peu à peu rentrée dans l’histoire de cette famille de quatre, narrée par l’aîné, dont la sœur se fait harceler à son entrée en seconde parce qu’elle a deux mères.

    Avoir les vies entremêlées de cette famille est très agréable à lire, leurs liens sont bien représentés – et à Westeros, nous savons combien la famille est importante ! L’écriture était de plus en plus belle, vraiment poétique par moments.

    Si on me demandait quoi faire en cas de harcèlement, je ne saurais pas quoi répondre… c’est bien montré ici : le narrateur est totalement impuissant. Mais sa sœur ne lui demande pas de régler ses problèmes, au contraire. Elle veut juste qu’il la soutienne. Et c’est bien, de lui laisser ce contrôle…


    femme en haut dissymétrique lisant sur sa liseuse devant un mur couvert de mousse en forme de lierre

    Citrus Tome 1 de Saburo Uta


    En parallèle, je devais me confronter à un problème ardu : les romans avec inceste rapportent 20 points de bonus, mais, si je n’ai rien contre si les personnages le vivent bien, je n’ai encore rien lu de tel et les situations où l’aspect torturé et malsain est romancé me déplaisent. Toutefois, la victoire des Tyrell passe avant mon confort personnel, je le sais bien. J’ai donc cherché un compromis : récits historiques et témoignages, histoire que l’inceste ne soit pas idéalisé ou érotisé… sans grand succès. Je suis finalement tombée sur un manga avec une famille recomposée : les deux filles ont un lien familial de fait, mais aucun lien de parenté. Yuzu est une fille débordante de vie qui arrive dans le lycée de Mei, la présidente du conseil des élèves, froide et sévère, dont les règles strictes interdisent toute forme d’amusement.


    J’avais paré côté inceste, mais je ne m’attendais pas à tomber sur une autre trope qui ne me plait guère pour l'aspect abus de mineur·e : les relations prof-élève ! Mais cette relation est dénoncée par la suite, et elle prend fin. L’aspect qui m’a le plus gêné sont les agressions sexuelles constantes de Mei envers Yuzu – même si elles « ne vont pas loin ». Ça commence lorsque Yuzu interroge Mei à propos de sa relation avec le professeur, et pour « une démonstration », Mei l’embrasse de force. Chacune de leurs interactions se fait sur ce mode…

    Je n’étais pas enthousiasmée en terminant le tome 1, mais j’ai lu un article d’explications sur le comportement de Mei vis-à-vis du consentement, car elle-même est victime de viol. Je suis donc assez intriguée de lire la suite, et de voir comment ça sera traité…


    personne en chemise violette lisant Les Fiancés de l'Hiver devant un mur de roche rouge

    Les Fiancés de l'Hiver de Christelle Dabos


    Moment flash-back : ce livre est entré dans ma vie en août. Je discutais lectures avec une femme dans le bus, et elle m’a conseillé Les Fiancés de l’Hiver. Puis, début septembre, je parlais livres avec une voisine et elle m’a recommandé La Passe-Miroir. Je croyais qu’il s’agissait de deux romans différents ! Puis j’ai vu la couverture et je me suis rendue compte que je l’avais souvent vu en librairie et bibliothèque… Une bibliothécaire me l’a d’ailleurs conseillé dès ma première visite en septembre.

    Je me suis intégrée dans la sphère lecture sur internet, et là, la passion de La Passe-Miroir s’est déchainée : tout le monde ne semblait parler que de ça ! Devais-je le lire aussi ?

    Il ne sera pas dit que les Tyrell sont des moutons ! Si j’ai fini par céder, c’est uniquement car il est important d’en savoir autant que ses adversaires…


    En le commençant, j’avais peur d’être déçue, et j’ai passé les premiers chapitres à le sur-analyser, à me demander sans cesse si c’était bien ou pas… puis je me suis laissée emporter. Ophélie, jeune passe-miroir ayant la capacité de lire le passé des objets et de traverser les miroirs, est extrêmement attachante, avec son écharpe vivante, sa maladresse et ses lunettes. Elle doit épouser Thorn, membre d’une famille nordique que j’ai détesté dès son arrivée dans l’histoire. Arrachée à sa famille, elle se retrouve au cœur d’intrigues de cour…

    Sans être une stratège machiavélique, Ophélie est intelligente et raisonnable, ce qui la rend agréable à suivre. Le roman ne tombe pas non plus dans les clichés de la cour vénéneuse où l’héroïne se préoccupe surtout de ses robes et du prince : Ophélie s’y présente en tant que serviteur. Je redoutais qu’une romance se développe entre elle et l’odieux Thorn – vu qu’il est le seul personnage masculin développé et qu’il y a généralement une romance dans ce genre d’histoire – mais victoire, Ophélie ne s’éprend de personne et me laisse savourer son aventure.

    Mon seul regret est qu’elle manque un peu d’allié·es dans cet univers plein de traître·sses. Il y a des personnes gentilles, certes, mais Ophélie reste isolée... J’espère qu’elle se fera plus d’ami·es dans la suite !


    femme lisant Cinder dans son lit
    Cinder de Marie Sexton

    Au cours de ce challenge, j’ai demandé de nombreux conseils de romans à un ami, et nous en avons lu plusieurs ensemble, notamment Arrête avec tes Mensonges de Philippe Besson – un bon conseil pour les Lannister – Breizh of the Dead de Julian Morgan – publié par une édition juste à côté de chez moi – et finalement Cinder de Marie Sexton, qu’il m’a conseillé pour la catégorie contes.

    Il reprend – on s’en doute – Cendrillon, avec Eldon Cinder dans le rôle du serviteur exploité par sa famille. Il rencontre le prince durant une balade en forêt… J’ai eu un peu peur au début, car je suis arrivée au quart très rapidement, et j’avais l’impression de ne pas connaître les personnages. Mais c’est un conte, après tout, c’est normal que ça ne soit pas interminable !

    A partir du bal, ça devient vraiment mignon. C’est une histoire qui est là pour faire du bien et faire plaisir : même si le royaume et ses lois sont homophobes, les personnages ne s’en préoccupent pas et n’ont pas d’ennuis à ce sujet. On profite juste d’une romance douce !


    Au total, j’ai lu 17 livres, et avec les bonus je comptabilise 540 points !

    Pour les menus, je n’en ai validé aucun, mais j’ai bien progressé ! Voici toutes mes autres lectures (j’ai mis les liens pour mes avis sur Goodreads et je chroniquerai les autres bientôt) :



    Ce Challenge m’amuse énormément, ça me plait d’imaginer mes lectures comme des aventures épiques pour remporter la bibliothèque de fer !


    TW Frangine : Harcèlement, homophobie

    TW Citrus : non-consentement

     

    Carry On

    De Rainbow Rowell


    femme en débardeur doré lisant Carry On de Rainbow Rowell, allongée sur un lit rouge avec des tomes de Harry Potter et un pyjama Harry Pottes à côté

    J’avais lu le roman Fangirl, de Rainbow Rowell, quelques mois auparavant, qui raconte l’histoire de Cath, une jeune écrivaine de fanfictions Simon Snow. Alors que l’autrice va publier le huitième tome, Cath en rédige une version alternative intitulée Carry On. La série Simon Snow n’existe que dans Fangirl et non dans la réalité, mais elle fait référence à Harry Potter : Simon Snow, orphelin, découvre la magie et le Mage le conduit à l’école de magie qu’il dirige. Son coloc est Baz, l’unique héritier d’une famille d’aristocrates élitistes, qui devient son rival.

    Dans Carry On, Baz et Simon tombent amoureux. En effet, de nombreuxses fans pensent qu’il y a beaucoup de sous-texte gay, même si l’autrice de Simon Snow le nie.

    Je savais que Rainbow Rowell avait publié Carry On par la suite. Je n’avais pas aimé Fangirl au point de le chercher, mais lorsque je suis tombée dessus à la bibliothèque, je me suis dit « pourquoi pas ? ».


    J’ai dû m’accrocher, car le début m’a semblé interminable : les premiers chapitres résument les sept tomes inexistants. Simon est un héros banal, et je n’attendais que l’arrivée de Baz ! J’ai trouvé le personnage d’Agathe insipide – même si certainces de ses réflexions m’ont paru très aromantiques, et que c’est le personnage que je comprends le mieux – en revanche Pénélope, la meilleure amie de Simon, est absolument géniale.

    La romance entre Baz et Simon, que j’attendais avec tant d’impatience, ne m’a pas autant enthousiasmée que prévu. Je crois que ce qui me plait, c’est plutôt l’idée derrière cette romance : deux rivaux dans un univers à la Harry Potter. Mais je n’ai tout simplement pas compris ce qu’ils pouvaient se trouver – et certaines phrases « romantiques » du style C’est comme ça que je le veux. Sous ma coupe. ou encore Je te tiens maintenant. m’ont mise mal à l’aise. De plus, le traitement du suicide m’a paru maladroit.

    La fin est sympathique et les retournements de situation sont à la fois bons en eux-mêmes, et excellents lorsqu’on les met en perspective avec la série Harry Potter. Malheureusement, Fangirl me les avait spoilé…


    Ce que j’ai préféré dans ce roman a été de retourner dans l’univers Harry Potter, mais avec une histoire qui faisait écho à mon évolution. Je n’étais plus la petite fille naïve qui plaçait Dumbledore sur un piédestal et haïssait Drago sans réfléchir à son contexte familial. Dans Carry On, l’attitude de « Dumbledore » est critiquée, tout comme la vacuité de la romance entre Ginny et Harry – désolée pour les fans. Et bien sûr, la relation Baz/Simon est celle de Drago et Harry, et c’était agréable qu’un livre publié légitime toutes les fantaisies que j’ai pu entretenir à leur sujet.

    Si ce roman m’est cher, c’est pour tout ce qu’il implique, et aussi parce qu’il a ravivé ma passion pour Harry Potter : suite à cette lecture, j’ai découvert plein de fanfictions, entre autres la chaîne Youtube The Mischief Managers dont la série S.Q.U.A.D. m’a fait pleurer de bonheur.

    Ça me fait très plaisir que cette œuvre culte soit réutilisée par des personnes LGBTI+. Malgré ses défauts, je pense que Carry On parlera à beaucoup de fans !


    TW : pensées suicidaires, tentative de suicide

     

    Pumpkin Autumn Challenge 2019 – Bilan – Partie 1

    Mon tout premier challenge à thème se termine ! Il s’agit du Pumpkin Autumn Challenge, créé par Guimause, durant lequel 4 menus comptant plusieurs catégories sont proposés.

    J’avais peur de ne pas le réussir, puisque je n’arrive pas à me forcer à lire des romans. J’ai donc lu les livres que je voulais, en espérant qu’ils entrent dans les thèmes, et je vais vous présenter une lecture pour chaque catégorie.

    Menu Automne Frissonnant

    Tu n’en reviendras pas ! Révolution avec une Vampire de Lizzie Crowdagger

    femme lisant sa liseuse en contrejour devant une fenêtre

    J’ai eu du mal à remplir cette catégorie, n’étant fan ni d’horreur ni de vampires… mais comme j’aime la fantasy, j’ai bien fini par tomber sur des vampires, et parmi tous ces romans-là, mon préféré est Révolution avec une Vampire de Lizzie Crowdagger, que j’ai commencé dans le métro. Ce n’étaient pas les meilleures conditions de lecture, surtout que je ne suis pas très portée sur les nouvelles : elles ne font que gratter la surface des personnages et ne me transmettent aucune émotion.

    Celle-ci m’a souvent évoqué un résumé : on découvre la vie de la révolutionnaire vampire et trans Léna à travers son interview avec un journaliste, qui pose les bases de cet univers futuriste où vampires et humains se déchirent. C’est un univers très prometteur, avec de nombreux points évoqués sans être éclaircis, propice à une longue série plus qu’à une histoire de 26 pages.

    La chute est bien trouvée et j’ai passé un bon moment… mais c’est trop court !

    Les Os/Eaux de Davy Jones : La Sirène et la Licorne d’Erin Mosta

    Entre des rochers, dans la brume, femme en sarouel coloré lisant La Sirène & La Licorne d'Erin Mosta

    J’ai eu envie de lire ce roman dès que j’ai vu sa couverture. Je ne savais même pas de quoi ça parlait ! Le temps que je le trouve, j’ai eu de plus en plus d’échos qui m’ont motivée à le lire.

    Dès le début, le mystère plane sur l’intrigue. La narratrice, Lili, a un style très direct, voir brusque, elle nous dévide toutes les informations à son sujet en un paragraphe… mais elle garde sous silence la raison pour laquelle elle doit quitter sa maison.

    Lorsqu’elle arrive chez sa tante, l’ambiance mystérieuse s’épaissit. Elle habite dans une vieille maison en ruines, et la nuit, Lili entend d’étranges bruits… A cela s’ajoute l’atmosphère mystique de la côte océanique, avec ses îles abandonnées et ses légendes de fantômes. Pour être allée dans cette région, je peux dire que les descriptions sont réussies !

    Le roman a aussi un côté très joyeux et mignon : j’adore le fait que Lili soit fan de maquillage sans pour autant être décrite comme superficielle. Sa relation avec Cris est douce, et, alors qu’elles s’attachent très vite l’une à l’autre, je n’ai étrangement pas trouvé que c’était trop rapide. Sans doute parce que leur romance est basée avant tout sur l’amitié.

    C’est toutefois le côté mystérieux de toute l’histoire qui m’a le plus charmée : le secret de Lili, le secret de Cris, le secret de la tante… ma curiosité était titillée tout au long du roman !

    Les Freaks, c’est chic : Wonder de R.J. Palacio

    Dans un lit avec une couverture orange, femme lisant Auggie & moi de RJ Palacio

    La première fois que j’ai commencé à lire ce roman, je me suis arrêtée au bout d’une page, car ça commençait par " Je ne suis pas un garçon de dix ans ordinaire, c’est certain ", et que je trouve ce genre d’accroches trop… accrocheuses, justement.

    Puis j’ai emprunté un livre spin-off de Wonder et j’ai songé que peut-être, il serait utile de lire l’original avant de me lancer dans celui-là.

    On suit le jeune Auggie, défiguré, qui entre pour la première fois à l’école. Il se fait des amis tant bien que mal… c’est lui qui raconte l’histoire, et son style narratif est très attachant. Puis… on change de narration : on a le point de vue de sa grande sœur.

    J’ai eu peur durant les premiers chapitres : je ne voulais pas que les deux situations soient comparées. Mais ce n’est pas du tout la direction prise par le roman. D’autres personnages prennent aussi la parole – même si c’est Auggie qui a le plus de narration – et on nous montre leurs problèmes, pour les comprendre et non pour les plaindre.

    C’était une lecture agréable, avec un personnage principal prenant et drôle, et d’autres qui ont gagné mon affection.

    Menu Automne Enchanteur

    Down By the Sally Garden : Will et Will de John Green et David Levithan

    femme en robe tricotée à rayures bleues lisant Will et Will de John Green et David Levithan devant un mur de crépit

    Même si l’édition tente de nous le faire croire – la 4e de couverture n’évoque que John Green et sa biographie est bien plus longue – ce roman n’a pas été écrit que par John Green : c’est une collaboration avec David Levithan. Il y a deux personnages qui narrent chacun leur tour, et ils portent le même nom : Will Grayson et will grayson.

    Malheureusement, ce n’était pas du tout mon style d’histoire. Certes, la romance est peu présente – quoi qu’il y en ait deux – ce qui n’est pas pour me déplaire, mais l’ambiance était trop mélancolique à mon goût. De plus, ça alternait trop entre des passages que je trouvais géniaux et d’autres qui m’agaçaient.

    Le meilleur ami de Will, Tiny, « très très gros et très très gay », réalise la comédie musicale de sa vie. J’ai adoré le spectacle final, et Tiny est mon personnage préféré – même si j’aurais aimé qu’il ne force pas Will à être en couple.

    J’ai aimé la relation entre sa mère et will, et les passages avec son « amie » maura, quoique douloureux, étaient bien faits. En parallèle, je lisais un autre roman avec des remarques telles que « t’es trop stressé, tu devrais tirer un coup », alors j’ai particulièrement apprécié que will dénonce la stupidité de ce genre de commentaires.

    Mais la romance entre Will et Jane m’a déplu. Je sais qu’il y a des ados qui s’identifieront à l’hésitation de Will et se réjouiront de le voir la surmonter, mais moi, je me suis plus identifiée au message de « quand ton ami se met en couple, il va t’abandonner alors il faut que tu sois en couple aussi » et je n’ai pas trouvé ça franchement réjouissant…

    Mon voisin le Kodama : Lumberjanes tome 1 de Shannon Watters, Grace Ellis, Brooklyn A. Allen et Noelle Stevenson

    femme en débardeur, chemise et casquette lisant la BD Lumberjanes

    J'ai eu du mal à rentrer dans cette BD, je trouvais les personnages caricaturaux – la survoltée, la sérieuse, la sportive, la féminine, etc – et les dessins très différents de ceux de la couverture, ce qui m'a prise au dépourvu.

    Mais c'est une histoire fun, qui repose surtout sur l'amitié, ce qui me change agréablement des romances omniprésentes. J’ai hâte de lire les tomes suivants !

    Misty Day : The Wicked + The Divine de Kieron Gillen et Jamie McKelvie

    personne en chemise rose lisant The Wicked + The divine de Kieron Gillen et Jamie McKelvie devant un tag coloré

    On m’avait beaucoup recommandé cette BD, et comme la couverture en jette, j’étais motivée en commençant ma lecture. J’ai toutefois eu du mal à rentrer dedans : j’aime les histoires claires, et celle-ci, avec tout son mysticisme et son mystère, était à la limite de ce que je peux apprécier. Ça se passe dans notre univers, avec des chanteurses considéré·es comme des divinités, et qui ont des pouvoirs magiques. On suit l’histoire d’une fan qui rencontre la génialissime Luci. Et heureusement que Luci était là pour m’enthousiasmer ! C’est d’ailleurs pour ça que j’ai moins accroché à la suite, où elle est moins présente, et que j’ai arrêté au tome 2… L’histoire est cool mais un peu trop floue pour moi !

    Prenez Garde aux Souliers Pointus : Fleur du désert de Waris Dirie et Cathleen Miller

    femme en robe à fleurs lisant Fleur Du Désert devant une route

    Enfin, j’ai lu un des romans laissés chez mes parents – c’est la malédiction des bouquins que je laisse là-bas : comme je n’y vais qu’occasionnellement, je n’ai pas le temps de les lire. Une autobiographie, ce qui me remplit rarement d’excitation à l’idée de commencer ma lecture, ayant toujours eu une préférence pour la fiction.

    Le début ressemblait plus à une liste d’évènements. Puis je me suis attachée à la narratrice, Waris Dirie, une jeune Somalienne fuyant sa famille nomade pour échapper à son mariage. J’aimais beaucoup sa force placide, sa manière de se lancer et d’aborder un problème après l’autre, sans s’inquiéter de l’avenir.

    On suit son parcours de domestique à mannequin, la présentation de son travail est bien loin des clichés glamour et superficiels. La chronologie fait des allers-retours qui, une fois n’est pas coutume, ne m’ont pas perdue. J’avais cependant souvent envie de lire la suite, et étais frustrée de repartir en arrière.

    La dernière partie rejoint le présent et la lutte de Waris Dirie contre la FGM (Female Genital Mutilation). Plusieurs chapitres, au cours du roman, étaient consacrés au récit de son excision et de ses conséquences. C’est très graphique et je comprends l’intention d’horrifier, mais j’ai lu en diagonale le passage de la mutilation.

    J’ai été très surprise, à la fin, de me rendre compte que ce roman date de 1998 : la narration, les sujets abordés et les revendications féministes me paraissent très modernes ! Et hélas toujours d’actualité…

     

    J'ai l'impression que certaines de ces lectures remontent à une éternité ! En même temps, le challenge dure trois mois... La suite de mes lectures dans la partie 2 !

     

    TW Wonder : harcèlement, agression

    TW Will et Will : Dépression, pensées suicidaires

    The Wicked + The Divine : violence

    TW Fleur du Désert : tentatives de viol, mutilation génitale graphique

     

    Aux Petites Heures de la Nuit et Marathon Men

    de Flo Renard

    femme en tailleur démodé lisant Aux Petites Heures de la nuit dans une cave mal éclairée, une loupe à la main

    La première fois que je me suis inscrite sur Twitter, j’ai découvert Flo Renard, qui illuminait mon fil avec ses salutations matinales. Je n’avais jamais lu de roman auto-édité avant, et j’ai commencé par Aux Petites Heures de la Nuit : le titre m’avait séduite. Je n’avais pas encore de liseuse à l’époque, alors c’était sur ordi, dans les transports. Malgré ce support peu optimal, j’ai vite accroché à l’histoire, aux personnages surtout.

    On suit Benjamin, un jeune paraplégique qui fait d’étranges rêves dans son centre de réadaptation fonctionnelle. Il y rencontre Léo et Elise – elle donne beaucoup de dynamisme aux dialogues, je l’adore ! C’est une enquête policière avec des éléments paranormaux, un soupçon de romance et pas mal de scènes de vie. Quand ça concerne la fantasy, j’ai toujours du mal avec les romans qui se contentent d’un tout petit peu de magie : on m’a mis l’eau à la bouche, je veux plus ! Du coup, même si j’ai aimé Aux Petites Heures de la Nuit, j’ai préféré Marathon Men que j’ai lu juste après. Une fois n’est pas coutume, j’ai adoré les titres de chapitre, à la fois leur format régulier, mais aussi leur légère ironie, comme dans « de l’art de faire un coming out », car le coming out du chapitre en question, n’est… pas vraiment réussi.

    Le scénario de Marathon Men ne comporte pas d’éléments paranormaux : on suit la vie de Vic et Gwen à Marseille, tandis qu’ils s’entrainent pour le Marathon, et affrontent leur terrible malchance. Cette malchance était un excellent ressort comique : des situations qui m’auraient frustrée me paraissaient drôles du fait de leur répétition. Et ça n’empêche pas de voir les aspects problématiques des obstacles auxquels font face les personnes handicapées ! Je me suis vraiment attachée aux personnages, on les comprend, on a l’impression de les connaître. La fin m’a paru sortie de nulle part, mais j’étais tellement contente pour eux que ça m’était un peu égal.


    femme en t-shirt Le Château Ambulant lisant Marathon Men allongée dans l'herbe

    Un an plus tard, j’ai acheté les livres en version papier pour les relire – à cette occasion, j’ai découvert que la marque d’auto-édition inventée par Flo, MM&I, ne signifie pas M/M et Imaginaire comme je l’avais imaginé, mais Me, Myself and I, ce que je trouve absolument génial. J’ai aussi remarqué que toutes les références culturelles étaient expliquées dans les notes de bas de page. Eh oui, il n’y a pas de honte à ne pas connaître tel ou telle artiste, n’est-ce pas merveilleux ?

    J’ai commencé par Marathon Men. Comme la dernière fois, je n’ai pas accroché à l’aspect sexuel de leur relation – sans surprise : toutes les rhétoriques de type « aller jusqu’au bout » ou de « passion sexuelle débordante » me laissent perplexe. Je me suis également imaginé une échelle de temps plus étendue pour que leur relation progresse moins vite : les « je t’aime » arrivent tôt, tout comme les plans d’emménagement.

    Même si j’aime les coming out qui se déroulent dans la joie et la bonne humeur, j’ai apprécié la demi-teinte, très réaliste, présente dans ce roman, notamment à travers les personnages « homophobes mais pas trop », qui sont en mode « moi ça ne dérange pas du tout que tu sois gay, t’es mon ami, mais si ç’avait été mon frère, là j’aurais été furieux ». Je n’ai pas trouvé ça frustrant, juste réaliste…

     

    J’ai ensuite relu Aux Petites Heures de la Nuit, et, surprise, surprise… cette fois-ci, je l’ai préféré à Marathon Men. Je pense que c’est parce que je me souvenais de l’histoire de Marathon Men, alors que les détails de l’enquête policière dans Aux Petites Heures de la Nuit sont plus compliqués à retenir. Et pour être honnête, je ne me souvenais même plus que Ben jouait du violon ! J’ai donc vraiment redécouvert l’histoire, Ben qui arrive aux Épicéas, sa rencontre avec Elise et Léo, les cauchemars qui commencent, le mystère qui s’épaissit au compte-goutte. On est sur tous les fronts : on veut comprendre l’origine des cauchemars, on veut que Ben retrouve son autonomie, on veut assister à la progression de sa relation avec Léo…

    J’ai seulement trouvé dérangeant le vocabulaire utilisé à plusieurs reprises par les personnages : « quel connard, faut qu’il se fasse soigner » ou encore « non mais il est cinglé » alors que Ben s’interroge justement sur sa santé mentale… c’est logique : les personnages ne sont pas handicapés de naissance et découvrent tout juste le validisme de la société. Mais ça me faisait grincer des dents…


    Les deux romans sont agréables à lire, et tout autant à relire, avec des personnages attachants, des scénarios différents et prenants ! Des situations difficiles sont présentées mais l’humour est aussi au rendez-vous.


    TW : phrases psychophobes, violences homophobes

     

    Comment se Comporter comme une Personne Normale

    De T.J. Klune    
     

    Je suis tombée sur T.J. Klune en recherchant des romans m/m n’ayant pas été écrits par des femmes hétéros, et parmi tous ses livres, Comment se Comporter comme une Personne Normale a attiré mon attention parce que j’adore les titres longs. Je l’ai entamé alors qu’un ami insistait pour démarrer une lecture commune. Chance pour lui : ce roman m’a tellement plu que je l’ai terminé dans la journée !

     

    Quand je lis des conseils d’écriture, tout le monde semble se concentrer sur la première page. Il faut qu’elle soit passionnante, qu’elle happe les lecteurices comme si la couverture était enduite de colle. On ne connait pas le nom du personnage que déjà il saute par la fenêtre pour échapper à des assassins, apprend la mort de ses parents ou découvre un passage secret vers un monde merveilleux.

    Lorsque j’ai commencé Comment se Comporter comme une Personne Normale, j’ai été surprise de constater que le personnage principal, Gus, vivait une journée banale. Puis une autre. Il tient son vidéoclub, il rencontre des amies.

    Moi qui suis prompte à m’ennuyer sans action, pourquoi ne me suis-je pas endormie sur ce roman ? Déjà, il était sur ma liseuse, elle n’est pas confortable comme oreiller. Ensuite, le style m’a tout de suite charmée. C’était différent, bizarre, loufoque, mais dans le bon sens du terme. Chaque phrase me faisait sourire tout en me connectant un peu plus au personnage.

    Lorsque l’élément perturbateur est arrivé sous la forme de Casey, écrivain hipster, je connaissais bien Gus, et je l’aimais. Alors que les coups de foudre m’agacent parce que je ne les comprends pas, je me suis surprise à fondre pour celui-ci. Sans doute parce qu’il a lieu durant une conversation, et que les paroles échangées permettent de cerner instantanément Casey.

    La romance est fun et adorable, alors quelle importance s’il n’y a pas d’adversaire, si les non-conflits s’enchainent ? D’ailleurs, ces non-conflits sont en partie ce qui m’a charmée. L’auteur amène l’histoire dans une situation où il « devrait » y avoir un conflit, avant de nous montrer que non, parfois, les gens peuvent aussi être gentils – concept incroyable, je sais. Par exemple, lorsque l’ex de Casey ressurgit, je suis partie du principe que ça poserait problème… Et certes, il y a quelques moments de tension, mais dans l’ensemble tout se passe bien. Pareil pour l’asexualité de Casey, qui n’est jamais présentée comme un problème.

     

    Un an plus tard, je l’ai relu, et entretemps j’avais découvert ma propre asexualité. Je me demandais si je l’apprécierais de la même manière…

    Dès le préambule, j’étais de nouveau émue par ce roman. C’était un plaisir de retrouver tous ces personnages excentriques, de voir tous ces stéréotypes assumés librement.

    La traduction aurait cependant gagnée à être contextualisée : lorsque Gus se renseigne sur l’asexualité, il tombe sur des informations botaniques. En effet, « asexual » signifie aussi « asexué», c’est-à-dire sans parties génitales. La traductrice a mis « asexuel » à la place de « asexué » pour justifier ces résultats, mais ça n’a pas beaucoup de sens.

    De même, certaines expressions idiomatiques ont été traduites littéralement pour conserver les jeux de mots, mais ces expressions n’ont aucun sens en français… ça s’intègre cependant bien dans l’atmosphère excentrique du roman.

    J’ai encore passé un excellent moment avec ce roman tranquille et drôle, dont les personnages s’amusent des stéréotypes. Je n’ai pas encore lu le tome 2, qui suit un autre personnage, mais ça ne saurait tarder !

     

      TW : marijuana

    La Lune est à nous de Cindy van Wilder

    Un énorme coup de cœur pour ce roman ! Eh oui, je vous donne mon opinion dès la première ligne, comme ça vous pouvez arrêter de lire mon article pour vous ruer sur ce livre.

    Il était sur ma liseuse depuis un bon moment. Puis j’ai entendu qu’un des personnages était aromantique et ma motivation pour le lire a redoublé. Mais je n’avais pas de temps, et j’ai oublié…

    Il était mal barré : depuis quelques semaines, ma mission était de lire tous mes livres papier pour les ramener chez mes parents. Je ne touchais donc pas à ma liseuse. Puis, un samedi, pour aller à Paris, j’ai emporté un livre papier à lire dans les transports. J’ai eu beau m’acharner, je n’ai pas accroché, et je me suis retrouvée dans une situation dramatique : il me restait une heure de trajet, ainsi que le retour, et je n’avais aucun livre papier à lire !

    Heureusement, il y avait ma liseuse, et en top priorité : La Lune est à Nous de Cindy van Wilder, que j’ai donc commencé à lire. Je n’avais pas lu le résumé avant, j’ai donc découvert les personnages avec les premiers chapitres.

     

    Max vient de déménager en Belgique avec sa mère suite au divorce de ses parents, Olivia est instagrammeuse beauté et se lance sur Youtube. Iels se croisent près du Dépôt, un centre culturel et artistique inclusif, Olivia en est membre et Max a envie de participer. Les deux se partagent la narration, au début iels se voient peu, puis leurs histoires s’entremêlent de plus en plus.

    C’était tellement génial que je l’ai terminé le soir même. Il y a des moments durs qui m’ont noué l’estomac : Olivia se fait harceler car elle est grosse, racisée et qu’elle fait du body-positivisme en ligne. Les coming out de Max ne se déroulent pas au mieux. Mais dans l’adversité, la solidarité entre les personnages m’a d’autant plus réconfortée. La créatrice du Dépôt et toustes ses membres, les deux youtubeuses qui entourent Olivia, et les deux narrateurices qui s’entraident malgré leurs propres difficultés. C’est un roman très humain, et, s’il montre les horreurs de notre société, montre aussi que grâce au soutien de ses ami·es, on peut s’en sortir. Ça fait chaud au cœur… et la fin est tellement enthousiasmante ! La présence d’un personnage aro n’est qu’une petite cerise sur ce magnifique gâteau.

     

    Alors qu’avec cette lecture je pensais réduire ma pile à lire, elle s’est au contraire rallongée puisque j’y ai rajouté les autres romans de Cindy van Wilder…

     

    TW: harcèlement (grossophopie, racisme, homophobie)