Pierre-de-vie de Jo Walton

personne en robe colorée lisant Pierre-de-vie de Jo Walton dans l'herbe. On voit en transparence le mouvement de son bras

Alors que je cherchais des romans avec de la représentation polyamoureuse, j’ai vu Pierre-de-Vie de Jo Walton apparaître dans les résultats et j’étais… dubitative. Certes, j’ai mis Mes Vrais enfants, de la même autrice, dans la catégorie polyA de ma masterlist représentation. Et on trouve aussi ce titre dans les listes de Goodreads ! Cependant… c’est une représentation pour le moins ambigüe. Une personne polyA peut s’y reconnaître, mais il est tout aussi possible de considérer la situation des personnages comme monoamoureuse. Et moi, je voulais des personnages officiellement polyA.

 

Bref, je pensais que Pierre-de-Vie ne serait pas du tout ce que je cherchais, mais ce n’est pas comme si j’avais beaucoup de choix…

On m’avait déjà parlé de l’univers très original de ce roman, mais en commençant à lire, j’ai découvert qu’il l’était bien plus que ce qu’on m’avait expliqué. C’est un monde où le temps est relatif : à l’ouest, il passe plus vite, à l’est, plus lentement. Si un voyageur se rend à l’ouest, pour lui, quelques mois s’écoulent, mais pour les personnes restées à l’ouest, plusieurs années. La magie fonctionne elle aussi selon un spectre d’ouest en est, et certaines personnes ont des dons particuliers : le personnage principal, Taveth, perçoit les personnes qui l’entourent à des époques différentes. Lorsqu’elle parle à son fils de 15 ans, elle voit aussi les réactions de son fils à 8 et 30 ans. Les comparaisons en termes de maturité sont plutôt amusantes ! Là où la version jeune boude, la plus âgée est amusée…

L’écriture colle à cet univers : l’histoire se passe sur différentes temporalités, mais elle est intégralement racontée au présent. On change plusieurs fois d’époque au sein d’un même paragraphe, et pourtant, je n’étais jamais perdue.

 

Je me rends bien compte que cette description, quoiqu’intéressante, est celle d’un livre qui ne m’enthousiasmerait pas. Où je serais tellement déroutée par le style que je ne pourrais pas m’investir émotionnellement ; et que je ne pourrais qu’admirer l’originalité du concept, sans pour autant ressentir quoi que ce soit.

Mais c’est vraiment bien fait, et j’ai vite dépassé ma surprise initiale pour me plonger dans l’histoire et connecter avec les personnages. On suit les seigneurs d’un petit village, Applekirk, et leur quotidien bouleversé par le retour d’une ancêtre pourchassée par la déesse du mariage. L’histoire est très mystérieuse, pendant longtemps, on ne comprend pas pourquoi la déesse est furieuse, ni comment elle compte exercer sa vengeance. J’avais hâte de tout comprendre !

Malgré les complots d’une prêtre et l’attaque de soldats de la déesse, on a une atmosphère calme, quotidienne. La pierre-de-vie – vocation ou raison d’être – de Taveth est de s’occuper de la maison, et même au cœur des combats, on la voit cueillir des mûres, s’inquiéter de loger les combattant·es. On sent tout son amour pour sa famille et on est vraiment avec elle, d’un bout à l’autre.

Les personnages sont complexes, et plusieurs d’entre eux, que j’appréciais au premier abord, m’étaient antipathiques à la fin, tandis que l’ancêtre, que j’avais instinctivement détestée, a gagné mon affection. On a l’impression de suivre des personnes réelles, qu’on connait !

 

couverture de pierre-de-vie de Jo Walton

 

Et contrairement à ce que j’avais craint, le polyamour est une part importante du récit. Dans cet univers, il y a les mariages et des concubinages, tout le monde a donc des épouxses, des concubin·es et des amant·es. Taveth est mariée à Ranal, et elle est aussi la concubine du seigneur Ferrand, marié à Chayra, qui a pour concubin Ranal et pour amante Ghislaine, une prêtre incroyablement badass – l’uniforme des prêtres est la nudité, et elle est la meilleure archère du village, donc imaginez-la nue en train de faire pleuvoir des flèches sur ses ennemi·es… la grande classe.

Ce n’est pas une situation polyA exclusive, ni égalitaire. Certaines relations sont plus importantes que d’autres aux yeux des personnages, mais tout allait bien jusqu’à ce qu’un nouveau venu se ramène au village et commence à sortir avec à la fois Taveth et Chayra, mais sans en discuter. Comme le dit très bien Taveth, s’il avait été transparent avec elle, elle se serait réjouie pour Chayra au lieu d’être jalouse, mais ce n’est pas le cas…

Tout ça pousse les personnages à s’interroger sur leurs sentiments et leurs relations, et ce au sein d’une guerre et d’un conflit politique avec une déesse… bref, il se passe plein de choses, et ce dans une atmosphère très tranquille ! J’ai trouvé ça réconfortant d’éprouver des sentiments aussi calmes et positifs au sein de l’action et du drame.

 

Pierre-de-Vie est un roman qui m’a prise au dépourvu sur de nombreux aspects, car il est très original, mais j’ai passé un moment doux et réconfortant en sa compagnie. Et ça ne s’arrête pas une fois le livre refermé : c’est une histoire qui me reste en mémoire, à laquelle je pense encore…

 

Avertissements : mort, violence générale, mort d’enfant, mutilation

 

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