En quête d’albums avec de la représentation – partie 4

J’avais dit dans la partie précédente que mes recherches s’enfonçaient dans une impasse. J’avais momentanément fait d’autres découvertes grâce à mes ami·es et leur bibliothèque, mais malgré tout, j’avais quand même trouvé peu de représentation trans et/ou intersexe, alors que c’était mon but initial. Le Fleuve, Buffalo Belle, Julian est une Sirène… et c’est tout ? Pas le moindre album avec un personnage intersexe ?

En désespoir de cause, je me suis tournée vers l’international. Je sais, les enfants ne sont pas toujours bilingues, mais initialement, je ne souhaitais pas trouver des albums en langue étrangère : j’espérais trouver d’autres conseils, et tomber sur des albums traduits.

personne vêtue de noir et d'un poncho à rayure multicolores lisant L'enfant de fourrure, de plumes, d'écailles, de feuilles et de paillettes de Kai Cheng Thom devant une rivière avec une petite cascade
L’enfant de fourrure, de plumes, d’écailles, de feuilles et de paillettes de Kai Cheng Thom & Wai-Yant Li & Kai Yun Ching

Et en effet, victoire, j’ai découvert From the Stars in the Sky to the Fish in the Sea, un album avec un·e enfant non-binaire et/ou intersexe, traduit en français et surtout, présenté comme utilisant le pronom iel dans sa traduction française. Forcément, j’étais intéressée, surtout que les dessins avaient l’air très jolis. Puis j’ai découvert qu’il avait été traduit par une maison d’édition québécoise, et qu’il n’était donc pas distribué en France ! Et les frais de port depuis les librairies canadiennes s’élevaient à 25 €.

J’envisageais déjà de contacter des ami·es d’amie à Québec pour voir si quelqu’un voudrait bien me l’apporter pour son prochain voyage en France, mais finalement, Laetitia du blog La Pomme qui fait du Rock m’a conseillé la Librairie du Québec. L’album n’était pas sur leur catalogue et je ne sais pas ce qui m’a pris : j’ai contacté la librairie par mail – oui, incroyable, moi qui déteste contacter des inconnu·es… En tout cas, j’ai bien fait, puisqu’elle a commandé l’album et que je l’ai reçu quelques semaines plus tard.

Comme souvent, c’était difficile de ne pas laisser mes attentes gâcher ma lecture. Surtout que je ne peux pas du tout juger de la pertinence de la représentation ! En effet, les personnages sont des Premières Nations, et je ne connais pas grand-chose à leur culture, à part que la vision du genre est différente – il me semble notamment que la non-binarité est liée à la spiritualité ? Forcément, la manière dont le personnage est présenté ne correspond pas du tout à ce qui est considéré comme une représentation positive en occident. Les éléments surnaturels s’entremêlent à des évènements plus quotidiens.

couverture de L'enfant de fourrure, de plumes, d'écailles, de feuilles et de paillettes

J’adore les dessins des décors. J’aime beaucoup l’aquarelle, les couleurs vives et le léger flou qu’elle implique. Par contre, les visages paraissent insérés après coup sur les dessins, c’est un peu dommage. Miu Lan, né·e ni garçon ni fille – on peut le·a lire non-binaire comme intersexe – est très aimé·e de sa mère qui lui répète qu’iel peut être tout ce qu’iel veut. Mais à l’école, les autres élèves l’excluent en raison de sa différence…

La chanson qui revient régulièrement comme une ritournelle donne un rythme très sympathique aux pages. Ça rajoute au côté conte poétique de l’histoire. J’ai trouvé la fin un peu facile, mais sinon, c’est un joli album, mignon et réconfortant.

Cette trouvaille m’avait remplie d’espoir, mais les autres albums anglais dont j’entendais parler n’étaient pas traduits en français… et ce, même quand ils avaient eu assez de succès pour être traduits en allemand ou en italien ! C’était tellement frustrant…

Mais j’ai la chance d’être trilingue, et d’avoir pu passer outre l’absence de traduction. Mon but dans cette recherche n’était pas d’alimenter mon blog, c’était de conseiller des livres à mes ami·es, et je peux très bien leur lire à voix haute en traduisant au fur et à mesure.

personne en noir et rouge brandissant une liseuse avec la couverture de Jill is Different de Ursula Rosen, suspendue à un agrès d'aire de jeu
Jill is Different de Ursula Rosen

Dès que je suis passée à l’allemand, j’ai eu l’impression de tomber sur une mine d’or. Les listes d’albums étaient longues, détaillées, et surtout, avec des identités pas du tout représentées en France. Suivre la paternité d’un homme trans, un·e enfant intersexe, ou le récit d’une femme trans adapté en pièce de théâtre…

En ce qui concerne la représentation intersexe, j’ai trouvé deux albums, dont Jill ist Anders qui a été traduit en anglais sous le titre Jill is Different. L’autrice de cet ouvrage explicatif à l’intention des enfants est membre de l’association Intersexuelle Menschen, qui a aussi créée le deuxième album, Lila oder was ist Intersexualität. Tous deux sont accessibles en ligne ! (ici et ici respectivement)

couverture de Jill is Differentcouverture de Lila oder was ist Intersexualität

J’ai passé un an en Allemagne : c’est assez pour savoir que le rapport au corps et à la nudité y est différent, et que les enjeux LGBTI+ ne sont pas les mêmes qu’en France – il existe un 3e sexe légal, par exemple. Je n’aurais peut-être pas dû m’étonner en constatant que dans les deux albums, les organes génitaux sont dessinés. Lola invite même les lecteurices à dessiner les leurs dans un encadré !

La couverture est très mignonne mais au-delà de ça, je ne suis pas particulièrement fan des dessins, et c’est un peu dommage. Le ton pédagogique passe assez bien car on suit un personnage spécifique, Jill, qui arrive dans une nouvelle école et intrigue les élèves, ce qui donne l’occasion d’expliquer ce qu’est l’intersexuation. Même si ce genre d’histoire n’est pas ma lecture préférée, je suis vraiment contente d’avoir trouvé ces deux albums et de pouvoir les conseiller.

personne en chemise et foulard lisant Prinz_essin ? de Rabea Jasmin Usling & Linette Weiß devant un lac et un ponton
Prinz_essin ? de Rabea Jasmin Usling & Linette Weiß

Le problème, quand je trouvais des titres d’albums, c’est que je connais beaucoup moins de blogs ou de sites de chroniques allemands et que c’est dur de se faire un avis avec le résumé. Est-ce que ça parle de présentation ou d’identité de genre ? Est-ce que c’est une histoire pédagogique à l’intention des personnes cisgenres ou est-ce que c’est écrit pour les enfants trans ?

Le résumé de Prinz_essin ? était très prometteur, car il présente la situation en commençant par le genre correct du personnage − au lieu des éternels « c’est une petite fille qui se sent garçon » :

« Il était une fois un prince merveilleux, qui était si heureux qu’il visait la lune… Il n’avait qu’un seul problème : tout le monde pensait qu’il était une princesse ! »

Le titre – Prince·sse ? − était en revanche plus gênant, mais j’ai décidé de tenter ma chance et j’ai demandé à ma mère de l’acheter pendant ses vacances à Berlin… sauf qu’il est arrivé en librairie juste après son départ ! Finalement, c’est ma grand-mère qui me l’a envoyé pour mon anniversaire.

En le recevant, j’ai constaté que le marketing était réussi : les dessins étaient bien plus beaux en ligne que dans l’album papier, où ils paraissent un peu simples.

couverture de l'album Prinzessin

C’est toujours difficile de juger une œuvre quand c’est la toute première représentation qu’on lit. J’en attendais beaucoup, et le livre ne peut pas, avec un seul personnage, représenter toutes les nuances de la transidentité… ce que j’attendais de lui ! J’ai donc été déçue en première lecture, surtout parce que les arguments avancés pour légitimer l’identité du prince paraissent sexistes. Il est un garçon parce qu’il préfère la chasse à la couture !

Je l’ai relu avec moins d’a priori, et finalement, les choix de l’autrice me satisfont. C’est un livre à destination d’enfants. Ç’aurait été peut-être mieux si le prince avait eu une amie fan de chasse, mais en attendant, à côté de tous les albums qui répètent qu’une fille peut aimer le sport sans que ça fasse d’elle un garçon, c’est sympa d’avoir un album qui donne une autre réponse. De toute façon, on vit dans une société sexiste, les normes de genre existent et ça fait sens de l’évoquer.

J’ai beaucoup aimé la scène où le prince rencontre un·e sorcièr·e qui l’aide à transitionner. Parce qu’au début, j’ai eu très peur qu’on ait droit à une « transition magique », et à la place, ce cliché est détourné, ce qui est toujours sympathique. C’est cependant dommage que derrière, on ait que peu d’illustrations du prince avec ses nouveaux vêtements.

Cet album est loin d’être extraordinaire, mais il apporte vraiment quelque chose et ça me fait plaisir qu’il existe.

Cette partie sera-t-elle la dernière de ma quête ? Au moment où j’ai lu ces albums, je pensais que oui. Je me disais bien que ma bibliothèque se procurerait d’autres albums, qu’il y aurait de nouvelles sorties, mais ce seraient des lectures occasionnelles, dont je vous parlerais en passant. Finis les emprunts de cinq albums la même journée !

Mais depuis, j’ai finalement fait d’autres découvertes, que ce soit à travers mes ami·es ou parce que mes réservations à la bibliothèque sont enfin arrivées – après 7 mois d’attente… il en faut, de la patience !

Il semblerait donc que la quête continue, et je vous retrouverai pour d’autres présentations d’albums !

Avertissements L’enfant de fourrure : harcèlement

 

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