Diversité en Litté Partie 2

Le challenge diversité en litté se poursuit – la partie 1 est ici. Je m’intéressais aussi aux lectures des autres, et je me suis vite rendue compte que beaucoup lisaient en anglais. J’aime bien lire en anglais moi aussi, mais souvent, ce sont des livres que je peux moins facilement recommander… et comme j’adore partager mes lectures, je préfère attendre la traduction française.

personne en costume, devant le soleil couchant, brandissant sa liseuse avec la couverture de Passing Strange
Passing Strange et Caligo Lane d’Ellen Klages

Une de ces recommandations, conseillée à répétition par Planète Diversité, qui organise ce challenge, a été Passing Strange, qui vient d’être publié en français.

L’histoire m’a déroutée dès le début, car on ne comprend pas bien où elle va. La vieille Helen Young va vendre le tableau représenté sur la couverture… puis, bond dans le temps, on revient dans les années 1940 et l’héroïne semble être Franny… ou pas, puisque de nombreux personnages font leur entrée : la peintre Haskell, la jeune Emily, Babs, l’amante de Franny, Helen Young…

Un premier élément surnaturel s’immisce alors que le roman est bien entamé : Franny peut créer des raccourcis en pliant les cartes. J’ai adoré le caractère flou et subtil de cette magie, qui est à l’image du roman.

L’histoire se concentre peu à peu sur Haskell et son couple avec Emily, qui chante dans un bar lesbien. La scène du spectacle est d’ailleurs ma préférée : elle m’a fait penser à mes sorties au Cabaret de Poussière. Tout est là, le spectacle queer et révolutionnaire, les salutations « Mesdames, Messieurs, mes non-binaires », la présence des cishétéros qui nous prennent pour une attraction, et bien sûr qu’on se sent insulté·es et qu’on aimerait les chasser, mais en attendant, ils financent la troupe…

Le livre n’a cependant pas de direction précise, ce qui m’a manqué. On enchaine les belles scènes, dans une atmosphère de doux trouble avec de brèves et dures incursions de la réalité. Tout s’agence à la fin, parfaite, qui renoue avec le début de manière inattendue et poétique. Elle était très satisfaisante et m’a permis de terminer sur une belle note, mais la tension aura manqué tout au long du roman.

A ce moment-là, j’étais embarquée dans un long trajet en car, et la lumière encore faible permettait mal de lire les romans papiers que j’avais emportés. J’ai donc enchainé directement avec Caligo Lane, une brève nouvelle qui s’intéresse à Franny et sa magie des cartes : elle cherche à aider sa sœur, menacée par la seconde guerre mondiale.

J’ai beaucoup aimé les descriptions de la magie, et comme je connaissais déjà le personnage, c’était moins gênant que le récit soit court. Cependant, je ne trouve pas qu’il ait beaucoup apporté à l’univers de Passing Strange. J’étais plus intéressée par Helen Young que par Franny…

Cases cochées : Perso racisé, couple f/f, SFFF et intersectionnalité

TW : mention de violences sexuelles policières, violences conjugales

femme en robe bustier noire et rouge, type renaissance, brandissant sa liseuse avec le couverture de Carmilla, devant un drap rouge
Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu

Je n’ai jamais été fan de vampires, ni de romans que je qualifie de « vieux ». Mais, alors que je souhaitais écrire un roman avec des vampires, j’ai découvert en me renseignant que cette créature avait une connotation queer, depuis l’écriture de Carmilla, en 1871, soit bien avant Dracula qui s’en est inspiré.

J’entends beaucoup que les identités LGBTI+ sont une mode. Ou une invention récente. Je pense que la case « date de plus de 2 ans » était surtout là parce qu’il y a de plus en plus de représentation, et que c’est un peu plus compliqué de trouver des romans plus anciens. Mais j’ai décidé de carrément remonter l’histoire, car quoi que certain·es en dise, nous avons toujours été là !

En commençant ma lecture, je ne m’attendais pourtant pas à grand-chose : c’est vieux, donc probablement sexiste et homophobe, non ?

Malgré un style d’écriture on ne peut plus plat, j’ai été agréablement surprise. Dès le début, c’est très très lesbien, avec Carmilla qui appelle la narratrice, Laura, « Chérie » et ce genre de passages est très fréquent :

« Elle me donna un baiser sans mot dire.

– Carmilla, je suis sûre que tu as été amoureuse ; je suis sûre que tu as une affaire de cœur en ce moment même.

– Je n’ai jamais aimé, je n’aimerai jamais personne, si ce n’est toi, murmura t-elle.

Ah ! comme elle était belle sous la clarté lunaire ! »

Laura, elle, ressent de l’attraction et de la répulsion mêlée, et j’ai trouvé ça génial : les esprits homophobes de l’époque pouvaient attribuer ce dégoût à la nature homosexuelle de l’attirance, et approuver l’œuvre, tandis qu’en réalité, ce dégoût vient sûrement du fait que Carmilla est une vampire – les animaux le perçoivent, donc l’instinct de Laura peut-être aussi…

Bien sûr, je savais comment ça se terminait, avec le meurtre de la sulfureuse Carmilla. N’empêche, c’était une lecture intéressante.

Avant de finir ma lecture, j’ai discuté avec quelqu’un qui m’a conseillé la web-série Carmilla. Qu’ai-je donc fait en fermant le livre ? Mon exposé pour le lendemain ? Que nenni ! Après tout, les épisodes sont courts…

J’adore les modernisations, et avoir lu Carmilla me permettait de capter les nombreux clins d’œil. La web-série est vraiment enthousiasmante et me permet de considérer ce roman avec un œil encore plus favorable !

Cases cochées : couple f/f, roman publié il y a plus de 2 ans – c’est le moins qu’on puisse dire !

TW : mort violente d’un personage lesbien, racism, sexisme

Autres romans avec des couples f/f :

  • A l’abordage de Kadyan (chroniqué en partie 1 ici)
  • Mes vrais enfants de Jo Walton (chroniqué ici)
  • The infinite Loop d’Elsa Charretier
  • Lumberjanes de Noëlle Stevenson (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Rouge Tagada de Charlotte Bousquet
  • La sirène et la licorne d’Erin Mosta (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge partie 2)
  • Révolution avec une vampire de Lizzie Crowdagger (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Pas tout à fait des hommes de Lizzie Crowdagger (chronique à venir, c’était génial !)
  • La belle Eprise de Karin Kallmaker (chroniqué en partie 1 ici)
  • Citrus de Saburo Uta (chroniqué ici pour le Winter is Reading)
  • Frangine de Marion Brunet (chroniqué ici pour le Winter is Reading)
  • Ecumes de Ingrid Chabbert
  • Child Trip de Jeanne Sélène (chronique à venir)
  • Manderley Forever de Tatiana de Rosnay (chroniqué ici pour la Semaine à Lire)

femme en gilet patchwork lisant How to be Remy Cameron devant un tag avec écrit Caged et les oiseaux du film Rio
How to Be Remy Cameron de Julian Winters

Si j’ai lu 22 livres avec des personnages racisés, j’ai en revanche vraiment galéré à trouver des romans avec des personnages racisés sur la couverture. Planète Diversité a publié plusieurs exemples de versions françaises qui, en traduisant de l’anglais, remplacent les personnages racisés sur la couverture par des dessins abstraits ou carrément par des visages blancs – oui, je pense à Les Sept maris d’Evelyne Hugo. Durant ce challenge, j’ai pu constater que même quand le personnage est sur la couverture – ce qui est le cas, techniquement, de 16 de ces œuvres – c’est souvent en ombre, ou alors en tout petit, ou alors le visage est coupé… par exemple, la couverture de Et ils meurent tous les deux à la Fin représente les personnages principaux, qui sont racisés :

Je me suis finalement rabattue sur la lecture commune du challenge, How to be Remy Cameron de Julian Winters – j’avais déjà lu Nous les Filles de Nulle Part, chroniqué ici. Je l’avais acheté mais gardé sur mon étagère en attendant de prendre le train pour rentrer chez mes parents, et c’est là que j’ai commencé.

C’est un roman pour ados, alors je m’attendais à une lecture facile, même si c’était en anglais. Pas du tout ! C’est l’histoire de Remy Cameron, noir, gay, adopté, qui pour un essai de littérature, essaie de comprendre qui il est, et de se détacher de ses étiquettes. Le style est oral, jeune, moderne, alors je ne comprenais pas la plupart des expressions et références culturelles. J’avais beaucoup de mal à suivre.

Par exemple, lorsqu’il rencontre sa conseillère d’orientation, elle lui propose des plans d’avenir qui l’agacent, car ce sont des universités qui accueillent à bras ouverts les noirs et les gays. Contrairement à Remy, je ne cherche pas à me détacher de mes étiquettes, je veux qu’on les prenne en compte. Qu’on ne me conseille pas des films homophobes, par exemple. Alors que lui souhaite qu’on les « oublie ». Je pensais que mon incompréhension de sa réaction sur les universités était liée à cette divergence, mais j’ai fini par deviner que non : c’est parce que ces universités n’ont rien à voir avec ses souhaits d’étude – la littérature – et que la conseillère a donc considéré son orientation sexuelle plutôt que ses demandes explicites. Et là je suis d’accord avec Remy.

La divergence entre Remy et moi s’est aussi ressentie lorsqu’il a parlé de la réaction idéale à un coming out : son amie qui lui a répondu « ton t-shirt est à l’envers ». Alors que moi, c’est une réaction que je déteste, car c’est un moment stressant, une part importante de mon identité, et la personne en face semble l’ignorer. Oui, c’est normal d’être gay, mais ce n’est pas dans la norme, et ça implique tout un tas de difficultés que cette amie semble négliger… Et puis, à la place de Remy, je me serais demandé si elle avait bien entendu, ou si elle choisissait, délibérément, de l’ignorer, ce que des personnes de mon entourage ont vécu – la personne ne réagit pas, parce qu’au fond elle pense que ce n’est qu’une phase…

C’est justement ce qui rend Remy intéressant à mes yeux : il est différent de moi. Et, bien qu’il soit plus jeune, l’auteur est plus âgé, et Remy a fait son premier coming out il y a longtemps. Le roman tourne autour de la découverte de soi, mais pas en vue d’un coming out comme c’est le cas dans beaucoup de ces histoires : c’est la découverte de soi au-delà. Ce n’est pas non plus l’histoire d’un premier amour : Remy a déjà eu un copain, ils ont rompu, il essaie de s’en remettre et tombe amoureux de Ian.

Ce genre d’histoire vise plutôt les ados en pleine construction de soi, mais quand j’avais dix-sept ans, je n’aimais pas ces récits que je ne comprenais pas, où je ne me reconnaissais pas. Il n’est certes jamais trop tard pour se construire, mais comme la barrière de la langue est forte, c’est un peu difficile avec ce roman-là.

C’est dommage car il y a un ressort scénaristique que j’adore : plein de personnages. Car si ça arrive de n’avoir qu’un·e seul·e meilleur·e ami·e, c’est quand même beaucoup moins fréquent dans la vraie vie que dans les romans. Là, Remy est bien entouré : ses amies d’enfance Rio et Lucy, le copain de Lucy, Brooke, et son meilleur ami Ian, Sara, une fille qui crush sur Lucy, Chloé et Jayden, Zac et Alex, et j’en ai peut-être même oublié. Et puis il y a sa famille : les parents, la sœur, la tante, l’oncle, le chien… Ç’aurait été génial si je n’avais pas été tellement concentrée sur la compréhension que j’en oubliais sans cesse les personnages et leurs caractéristiques.

J’ai mis presque deux semaines à le lire alors qu’il n’est pas épais. A défaut d’être emportée par le récit, j’ai trouvé Remy très intéressant, et les thèmes abordés aussi.

Cases cochées : lecture commune, personnage racisé sur la couverture !

TW : ils sont indiqués sur la dernière page du roman

femme en débardeur illusion d'optique brandissant sa liseuse avec la couverture de Tortues à l'Infini devant un mur beige
Tortues à l’Infini de John Green

J’ai commencé ce roman suite à une recommandation de Parmi les Récits. Je le lisais dans le bus en me rendant à un goûter de Noël, et j’ai découvert Aza, une adolescente avec des pensées obsessionnelles. Et… je n’ai pas accroché, si bien que j’ai arrêté ma lecture.

Deux semaines plus tard, le challenge était sur le point de se terminer, j’avais un long trajet en train, et j’ai remarqué qu’en fait, j’avais déjà lu 14% du livre. Je me suis dit que je pouvais essayer de finir…

Au début, j’ai eu du mal à me souvenir de certains éléments, mais j’ai vite été plongée dans l’histoire. Daisy, la meilleure amie d’Aza, décide de mener l’enquête sur un milliardaire en fuite, pour empocher la récompense. Aza connait le fils et elles vont l’interroger…

J’étais prise par l’intrigue, mais aussi par la beauté de l’écriture. C’est très poétique, les mots ont de la valeur dans cette histoire. Les personnages en discutent d’ailleurs : la psy d’Aza explique l’importance de nommer une chose pour qu’elle soit réelle – en prenant l’exemple de peuples qui distinguent ou non des couleurs selon le vocabulaire existant. Ici, c’est appliqué à la neurodivergence et au besoin d’avoir un vocabulaire précis, mais ça concerne plein d’identités.

Je lisais dans les transports, et mes correspondances ont été annulées coup sur coup. Un contexte stressant, pas le meilleur pour ce roman : lorsqu’Aza part dans la spirale de ses pensées, l’anxiété du roman est communicative et j’avais l’impression d’étouffer.

L’amitié, la romance et la famille ont cependant la part belle dans ce récit, ce qui aide à composer avec cette anxiété. La romance m’a particulièrement plu, car c’est rare que je la trouve aussi bien faite. Les personnages s’aiment mais c’est simple et respectueux. Une citation l’illustrera au mieux, et elle montrera aussi la belle plume de ce roman.

« Allongée sous cet arbre, je me suis dit que je l’aimerais peut-être toute ma vie. On s’aimait, aucun doute là-dessus – on ne se l’était jamais dit et l’amour n’était pas forcément notre truc, mais c’est quelque chose que je ressentais. Je l’aimais et j’ai pensé que je ne le reverrais sans doute jamais, qu’il me manquerait toujours – n’était-ce pas là une terrible perspective ? »

J’ai adoré ce roman à mon deuxième essai, je suis très contente de lui avoir donné sa chance.

Cases cochées : Au cours de ce challenge, j’ai découvert que mettre ou non un personnage dans la catégorie « handi » était compliqué. Parfois le roman ne donne pas le nom du handicap… J’ai considéré la définition sociale du handicap, c’est-à-dire : le personnage rencontre-t-il des difficultés à cause du validisme ? Dans La Sirène et la Licorne, Cris n’a pas de difficultés motrices suite à son accident, mais son entourage restreint ses activités physiques.

A la fin, j’ai eu la surprise de constater que j’avais lu 20 romans avec des personnes en situation de handicap. J’ai l’impression d’en avoir lu beaucoup moins ! Sans doute parce que les handicaps sont très variés. Je n’ai lu aucun roman avec une personne autiste, par exemple…

TW : self-harm, accident de la route

D’autres romans avec des personnages importants en situation de handicap :

  • On est tous faits de molécules de Susin Nielsen (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge partie 2)
  • Mes vrais enfants de Jo Walton (chroniqué ici)
  • La sirène et la licorne d’Erin Mosta (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Wonder de R.J. Palacio (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Ma vie de monstre d’Anne Pouget (chroniqué ici pour le Week-end à 1000)
  • La tête dans les étoiles de Jen Wang (chroniqué ici pour le Week-end à 1000)
  • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge partie 2)
  • Fleur du désert de Waris Dirie (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Un si petit oiseau de Marie Pavlenko (chroniqué ici pour le Week-end à 1000 de Novembre)
  • Paranoïa de Mélissa Bellevigne (chroniqué ici pour le Week-end à 1000 de Novembre)
  • Eliza et ses monstres de Francesca Zappia (chronique à venir !)
  • Nimona de Noëlle Stevenson (chroniqué ici)
  • Boo de Neil Smith
  • Child Trip de Jeanne Sélène (chronique à venir)
  • Un Noël au Poil de Cha Raev (chroniqué ici pour le Winter is Reading)
  • L’École de la Peur de Gitty Daneshvari

 

Et voici, enfin, la statistique pour un total de 90 livres :

f/f:25; racisé:22; handi:20; m/m:18; rien:18; trans/inter:9; gros:6; aro/ace:4

Et oui, comme vous pouvez le constater, j’ai lu pas mal de romans sans la moindre représentation (18). Je ne sais pas si je suis surprise : d’un côté, je ne cherche pas du tout à lire des romans sans représentation, et quelque part, c’est triste de constater à quel point c’est difficile d’y échapper – pas qu’ils aient été mauvais, mais ça montre à quel point ils sont partout, et que s’il est facile de ne lire aucun roman avec de la représentation, l’inverse n’est pas vrai.

D’un autre côté, j’ai l’impression d’en avoir lu beaucoup plus que ça… Pourquoi ? C’est simple : si j’ai lu 43 livres gays au sens large, cela signifie que j’ai lu une majorité de romances hétéros… si j’ai lu 20 romans avec des personnages handi, cela veut dire que j’ai lu 70 romans avec des personnages valides… j’ai donc toujours l’impression de lire beaucoup de romans hétéros, blancs, valides… alors qu’en fait, je lis peu d’œuvres sans diversité !

Je suis en revanche agréablement surprise d’avoir vu plus de relations f/f que m/m. Sexisme oblige, il est beaucoup plus difficile de se procurer des romans f/f… durant tout le challenge, en fait, j’ai évité les romances m/m… et j’en ai quand même lu beaucoup.

C’est le moment de prendre des résolutions pour la nouvelle année, non ? Alors je vais continuer de ne pas privilégier les romans m/m même si c’est facile de se les procurer, et je vais fouiller partout pour trouver des romans avec des personnes trans, grosses, inter, aro et/ou ace. N’hésitez pas à me conseiller des livres !

Merci à Planète Diversité pour l’organisation du Challenge, et à toutes les autres personnes qui ont participé et m’ont permis de découvrir des livres.

 


1 C’est difficile de faire rentrer des œuvres dans des cases, mais j’ai fait au mieux, en considérant le ou les personnages point de vue, et les personnages secondaires au rôle important – généralement les love interest, mais parfois les meilleur·es ami·es.
J’ai également considéré le contexte, notamment pour les situations de handicap ou les situations de domination de race. Je n’ai pas fait de statistiques sur les #ownvoice car je n’ai pas eu le temps ou la possibilité de me renseigner sur toustes les auteurices.

 

Semaine à Lire – bilan décembre 2019

J’ai déjà participé à plusieurs Week-ends à 1000 – voici mes chroniques d’octobre et de novembre – et c’est un challenge que j’aime beaucoup. Durant la semaine de Noël avait lieu la semaine à lire, variante plus libre de ce challenge, où il s’agit simplement de lire.

J’étais très confiante au début, le vendredi, refusant de considérer qu’avec les fêtes de Noël et la présence de ma grand-mère, j’aurais sans doute peu de temps pour lire. J’ai mis sept romans sur ma pile à lire, des romans que j’avais achetés puis laissés chez mes parents. Il y avait pas mal de biographies dans cette pile : j’avais commencé à lire des (auto)biographies en février 2019, avec En nous Beaucoup d’Hommes Respirent de Manie-Aude Murail. Comme je m’y attendais, c’était « intéressant » : j’avais appris beaucoup, j’avais passé un moment agréable, mais je n’étais pas passionnée et j’avais mis du temps à la finir. Toutefois, je me suis dit que je pouvais étendre mes lectures à ce genre, et sur une brocante, j’ai acheté six ou sept (auto)biographies.

femme en costume beige lisant Manderley Forever devant une rivière et une forêt sauvages
Manderley Forever de Tatiana de Rosnay

J’ai commencé avec Une Soupe aux Herbes Sauvages, dont j’ai finalement décroché à cause du style qui ne m’attrayait pas du tout. Sans me décourager, j’ai enchaîné avec Manderley Forever de Tatiana de Rosney. La biographie d’une autrice, comme pour Marie-Aude Murail !

J’avais aimé le film Rebecca d’Alfred Hitchcock : le début était certes lent, il fallait s’accrocher, mais la tension montait, montait, et la fin était bien trouvée. C’est Daphné du Maurier qui a écrit le roman à l’origine de ce film – ainsi que celui qui a inspiré le culte Les Oiseaux – et j’étais curieuse de découvrir la vie de l’autrice.

Le style d’écriture n’a rien pour me plaire. C’est descriptif, on ne ressent jamais le point de vue de Daphné, ses émotions sont énoncées comme des faits. Je dis souvent que pour me plaire, une biographie ne doit pas perdre de son attrait quand on lui retire l’aspect « c’est réel ». Ici, ce n’est pas le cas : Si Daphné du Maurier n’avait pas existé, j’aurais trouvé cet ouvrage sans intérêt. Je n’étais pas prise par le récit, et pourtant… je m’asseyais régulièrement pour avancer, jour après jour, après le repas de fête, après la promenade en famille… Daphné est une personne fascinante, envoûtante, même.

Bien sûr, son processus d’écriture me parle : son inspiration, sa frénésie, son absence dans les conversations lorsqu’elle songe à un nouveau roman, ses recherches… son besoin d’écrire, aussi, mal compris par son entourage. Virginia Woolf explique que pour créer, une femme a besoin d’une chambre à soi et de 500 livres de rente, et que c’est la raison pour laquelle il y a si peu d’autrices : les femmes sont censées s’occuper de leur mari et de leurs enfants, elles n’ont ni le temps ni l’indépendance financière. Daphné a de l’argent, mais le temps ? Personne ne sourcille lorsque son mari part travailler à l’étranger pendant six ans, mais lorsqu’elle veut se prendre deux mois pour écrire – elle a déjà écrit plusieurs romans à succès, Rebecca s’est vendu à un million d’exemplaires – on la traite d’égoïste, on l’accuse d’abandonner ses enfants.

Daphné parait solitaire, elle néglige ses enfants, redoute le retour de son mari, qu’elle aime pourtant, se déclare amoureuse de sa maison, « Mena », qu’elle préfère aux personnes. D’un autre côté, elle entretien de longues amitiés, téléphone tous les jours à sa sœur… On entre peu dans ses pensées, elle reste distante, mystérieuse, garçonne peu sociable, joyeuse en surface mais qui rédige des nouvelles morbides, terrifiantes. Elle parait presque froide, mais lorsqu’elle s’éprend de Fernande ou d’Ellen, elle déborde de passion, elle en est malade lorsqu’elles sont séparées.

Les deux sœurs de Daphné sont également attirées par les femmes, cependant, contrairement à elle, elles l’assument : Jeanne vit avec la poétesse Noël Welsch, Angela met en scène des couples de femmes dans ses romans – je suis d’ailleurs curieuse de les lire.

Les écrits de Daphné sont personnels, mais elle s’identifie aux hommes dans ses récits. Elle a toujours voulu être un garçon, et elle a une part masculine qu’elle nomme Eric Avon. Elle ne s’identifie jamais comme lesbienne ou bi, a cette idée en horreur : pour elle, son attirance pour les femmes s’explique par sa masculinité. Au début, elle est déçue par ses filles, qui ne sont que des filles, et adule son fils. Cet entrecroisement entre identité de genre et identité sexuelle, nourri par les biais homophobes et sexistes de la société, est rendu avec justesse.

Tout au long du récit écrit dans un style succinct, Daphné reste insaisissable et pourtant saisissante, fascinante et entourée de mystère. Sa personnalité fascine, les brefs résumés de ses œuvres font envie. Et même si elle a toujours voulu se détacher de Rebecca qui lui a accolé l’étiquette romantique et populaire dont elle ne voulait pas – elle qui écrivait des histoires si terrifiantes – c’est sans doute ce roman-là que je lirai en premier.

femme en costume rouge tenant un parapluie à papillons multicolores, un totebag arc-en-ciel, lisant Contes et Histoires Arc-en-ciel devant une haie
Contes et Histoires Arc-en-Ciel

J’avais découvert ce recueil lorsque je m’étais renseignée sur toutes les maisons d’édition de Rennes et que j’avais trouvé Goater, résolument féministe. Il a été réalisé en partenariat avec le CLGBT de Rennes – et je me suis d’ailleurs rendue compte que j’avais déjà rencontré une des personnes qui y écrit. Bref, je l’ai acheté en soutien.

Ce sont des nouvelles, et, de façon générale, je n’aime pas les nouvelles. J’ai commencé vendredi soir et j’en ai lu une ou deux par jour, avançant lentement… comme d’habitude, ça m’a manqué de ne pas avoir le temps de m’attacher aux personnages. Certaines idées sont sympa, d’autres m’ont laissée perplexe, voir m’ont rebutée. Le recueil se lit bien, mais quand les personnages ne sont pas là pour m’enthousiasmer, j’attends une idée philosophique marquante, une chute originale, et dans la plupart des nouvelles, ça n’a pas été le cas.

L’univers de Soleil et Lune m’a plu, j’aurais aimé une histoire plus longue… Pareil pour Rétrolution, qui parle de voyages dans le temps. Embobinée propose une chute que j’ai eu du mal à apprécier car j’ai été perdue par la narration. Aydan, la plus courte, a la longueur parfaite et c’est celle qui porte le message le plus clair.

L’ambiance est généralement douce, sauf dans Si Perrault était entré dans un Sex-Club, qui m’a choquée dans le mauvais sens du terme, et de même pour Conte de Fées sous Prozac 50mg, qui m’a laissée très perturbée…

Comme la fin de Diversité en Litté arrive, je prête aussi plus attention à la répartition des représentations, aussi parmi les auteurices. J’ai trouvé les nouvelles bien partagées entre lesbiennes et gays, en revanche, peu de place pour les autres identités. J’étais heureuse de voir de la représentation poly dans la première nouvelle – et bi ! – mais sa mise en scène me laisse mitigée, puisque la relation commence sur un mensonge.

Comme souvent avec les recueils, c’était une lecture mitigée. Elle m’a accompagnée tout au long de cette semaine.

Finalement, en une semaine, j’aurais lu moins que dans un week-end à 1000. Mais les biographies me prennent toujours plus de temps, et Daphné du Maurier était fascinante. Et j’ai passé d’excellentes fêtes de Noël !

TW Manderley Forever : lesbophobie intériorisée, suicide

TW Contes et Histoires Arc-en-Ciel : viol, psychophobie, homophobie

 

Pumpkin Autumn Challenge 2019 – Bilan – Partie 2

La suite de mon bilan du Pumpkin Autumn Challenge ! J’avais commenté mes lectures des deux premiers menus en partie 1, et c’est parti pour les ouvrages restants.

Menu Automne Douceur de Vivre

Jack-O-Lantern : Emma, sa Cousine et Moi de Lizzy Brynn

femme en débardeur rayé lisant Emma, sa Cousine et Moi de Lizzy Brynn dans l'herbe

J’ai eu envie de lire ce roman dès que j’ai vu qu’il était approuvé par le Lobby LGBT – et les commentaires m’ont bien encouragée !

Je ne vais pas en dire beaucoup sur car il est très court, mais j’ai passé un super moment en le lisant. La narratrice, Chloé, est attachante, et je me suis vite impliquée dans sa relation avec sa meilleure amie Emma, qui lui reproche de privilégier l’équitation. Puis la cousine arrive…

L’histoire est très douce. La romance est simple, sans exagération, les sentiments sont sincères. J’ai trouvé la discussion autour du consentement très bien faite !

L’autre mère : Dysfonctionnelle d’Axl Cendres

femme lisant Dysfonctionnelle d’Axl Cendres dans une bibliothèque vieillotte

J’ai aimé le livre dès que j’ai commencé ma lecture. Fifi nous présente sa famille dysfonctionnelle, la narration est drôle et prenante. Je me suis sentie chez moi dans cette maison vivante et chaleureuse. Chaque chapitre présente un nouveau personnage, les anecdotes à son sujet, dans un fouillis temporel difficile à expliquer.

Puis l’histoire devient plus linéaire, et Fifi raconte sa jeunesse puis son adolescence, et sa rencontre avec Sarah, dont elle tombe amoureuse. Et c’est là que ça a dérapé : Sarah fait pression sur Fifi pour qu’elles couchent ensemble, et c’est quelque chose qui m’horripile. Cette relation n’est pas présentée comme particulièrement saine, elle est tout aussi dysfonctionnelle que les autres, mais j’aurais préféré que l’histoire se concentre sur la famille.

Ça reste une bonne lecture, avec des personnages très attachants !

Un Cinnamon Roll et un Chaï Latte, à emporter s’il vous plaît ! Love is Love d’un collectif de créateurices

Femme en noir lisant la BD Love is Love

Je pensais que ce serait une « lecture vite fait », comme c’est souvent le cas pour les BD. Mais pas ici… Chaque page a été écrite par un·e artiste différent·e, alors avant d’en lire une autre, il faut faire une pause, engranger l’histoire, laisser toutes les émotions se poser. Et des émotions, il y en a ! Le thème est en effet l’attentat d’Orlando, et si les premières pages m’ont laissée indifférente, j’ai commencé à pleurer en lisant l’histoire illustrée sur une petite fille passionnée d’astronomie, ses parents, et leur réaction à l’attentat.

Comme chaque page a été écrite par une personne différente, mon ressenti ne faisait que changer. Beaucoup de références aux comics m’échappaient, je n’ai pas compris certains des dessins, et politiquement, je trouvais les idées exprimées parfois très plates.

Mais certaines pages ont été comme un coup de poing. La page où un couple de femmes appellent désespérément toustes leurs ami·es, où les bulles s’enchevêtrent dans leur panique. Le texte décrivant la  » porte ouverte  » par les personnes LGBTI+. L’image grandiose d’un jeune homme et de sa mère dansant ensemble.

Certaines étaient plus douces, l’une m’a remplie d’amusement jubilatoire : les présupposés sur des onomatopées s’échappant d’une chambre.

A la fin de cette BD, j’étais épuisée. Vidée, émotionnellement. Avec du recul, elle n’est pas excellente, les pages qui m’ont touchée ne sont qu’une minorité, et j’aurais aimé plus de représentation trans, inter… Mais sa lecture a été incroyable. Et pour la clore sur une note émotionnelle, je vous conseille d’écouter I know a Place de MUNA. C’est ce que j’ai fait juste après.

Menu Automne Astral

You’re just as sane as I am : Saga tomes 1 à 9 de Brian K. Vaughan et Fiona Staples

femme lisant la BD Saga de Brian K. Vaughan et Fiona Staples devant un buisson de roses

J’ai commencé à lire cette BD en librairie. Quoique n’étant pas mon style, les dessins sont beaux et correspondent parfaitement à l’ambiance. Alors qu’une guerre intergalactique fait rage, deux soldat·es de camps ennemis tombent amoureuxses et ont une fille, qui raconte leur histoire.

J’ai repris ma lecture en retrouvant le tome 1 dans ma bibliothèque, et malgré cette relecture, j’ai eu beaucoup de mal à identifier les différents camps, j’oubliais sans cesse les différentes allégeances.

Les personnages sont complexes, et de race, genre et sexualités variés. Je me suis beaucoup attachée aux chasseurses de prime qui veulent tuer les parents et leur fille et je trouve ça génial de ne pas savoir qui je veux voir gagner ! Les morts – nombreuses – sont également très bien faites, j’étais triste même pour les personnages que je connaissais à peine. Cependant, il y a aussi plusieurs fausses morts qui réduisent le suspense.

Les romances aussi sont assez inégales : autant j’ai aimée celle entre la grand-mère et l’écrivain, autant j’étais perplexe face à d’autres.

Cette série n’est malheureusement pas terminée, et j’attends la sortie du tome 10…

Rêverons-nous de moutons électriques : On est tous faits de Molécules de Susin Nielsen

femme lisant On est tous faits de Molécules de Susin Nielsen

Le résumé ne m’avait pas particulièrement motivée : il promet une histoire prévisible de famille recomposée où la « peste » (Ashley) apprend à être gentille et le « nerd » (Stewart) à se faire des ami·es… et c’était exactement ça.

J’ai toutefois passé un bon moment. Il n’y a pas beaucoup de suspense, et j’ai eu du mal avec le personnage d’Ashley au début. Mais Stewart est cool, et on entre peu à peu dans l’histoire. J’ai trouvé les pensées d’Ashley par rapport à son copain Jared bien écrites, on sent la pression sociale et la présence de la culture du viol.

Songe d’une Nuit d’Automne : Et ils Meurent tous les deux à la Fin d’Adam Silvera

femme en noir et blanc lisant Et ils Meurent tous les deux à la Fin d’Adam Silvera, le roman est en couleurs

Je n’aime pas les histoires qui finissent mal. Je n’avais donc pas particulièrement prévu de lire ce roman, mais je l’ai vu à ma bibliothèque et l’univers m’intéressait : dans notre futur, l’agence Death-Cast est capable de prédire la mort des gens et les prévient à minuit pour qu’ils puissent profiter de leur dernière journée.

Je m’attendais à ce que Et Ils Meurent tous les Deux à la Fin explore les implications morales de Death-Cast : est-ce que savoir qu’elles vont mourir provoque la mort des personnes, puisqu’elles agissent différemment ? Et si les futurs morts en profitaient pour commettre des crimes ?

Ces thèmes sont à peine abordés : on se concentre sur la dernière journée de Rufus et Matéo, deux jeunes qui se rencontrent grâce à une appli.

L’histoire est mélancolique sans tomber dans le drame. J’avais un peu peur que la romance paraisse forcée, puisqu’elle a lieu en vingt-quatre heures, mais j’avais aimé le réalisme de la romance dans Pourquoi Pas Nous ? , et j’ai eu raison de faire confiance à l’auteur : la relation de Rufus et Matéo est avant tout une nouvelle amitié, et la potentialité de plus. J’ai compris leurs sentiments et l’impact de leur mort imminente dessus, et, même si j’aurais pu m’en passer, ça ne m’a pas paru forcé. L’amitié et la famille est au cœur du récit, ce qui m’a beaucoup plu aussi.

En revanche, le roman manque de tension, et je pouvais le reposer sans difficulté. Le seul suspense concerne la manière dont ils vont mourir, mais on ne s’en préoccupe pas avant le dernier quart. La fin est d’ailleurs brillante, tout était là pour qu’on devine – mais je ne l’avais pas vu venir – et c’est plutôt subtil.

Je m’attendais à être dévastée, mais il y a beaucoup d’espoir dans le ton, et l’histoire se concentre sur le positif. Les personnages ont surmonté leur peur de la mort, et moi celles des fins tristes !

Et voilà pour le Pumpkin Autumn Challenge ! Je suis contente de l’avoir réussi, et il me motivait bien pour lire : je me forçais à quitter mon ordi et à avancer dans mes lectures. Je pense que je préfère quand même les week-ends à 1000, qui sont plus courts et plus libres.

TW Emma, sa Cousine et moi : dans le livre se trouve une adresse mail pour demander des TW détaillés, ce que je trouve génial !

TW Dysfonctionnelle : traumatisme, internement en hôpital spécialisé, drogue, grossophobie, mégenrage, pression sexuelle

TW Love is Love : meurtres homophobes et transphobes

TW Saga : morts

TW On est tous faits de Molécules : tentative de viol

TW Et ils meurent tous les deux à la fin : agression

Pumpkin Autumn Challenge 2019 – Bilan – Partie 1

Mon tout premier challenge à thème se termine ! Il s’agit du Pumpkin Autumn Challenge, créé par Guimause, durant lequel 4 menus comptant plusieurs catégories sont proposés.

J’avais peur de ne pas le réussir, puisque je n’arrive pas à me forcer à lire des romans. J’ai donc lu les livres que je voulais, en espérant qu’ils entrent dans les thèmes, et je vais vous présenter une lecture pour chaque catégorie.

Menu Automne Frissonnant

Tu n’en reviendras pas ! Révolution avec une Vampire de Lizzie Crowdagger

femme lisant sa liseuse en contrejour devant une fenêtre

J’ai eu du mal à remplir cette catégorie, n’étant fan ni d’horreur ni de vampires… mais comme j’aime la fantasy, j’ai bien fini par tomber sur des vampires, et parmi tous ces romans-là, mon préféré est Révolution avec une Vampire de Lizzie Crowdagger, que j’ai commencé dans le métro. Ce n’étaient pas les meilleures conditions de lecture, surtout que je ne suis pas très portée sur les nouvelles : elles ne font que gratter la surface des personnages et ne me transmettent aucune émotion.

Celle-ci m’a souvent évoqué un résumé : on découvre la vie de la révolutionnaire vampire et trans Léna à travers son interview avec un journaliste, qui pose les bases de cet univers futuriste où vampires et humains se déchirent. C’est un univers très prometteur, avec de nombreux points évoqués sans être éclaircis, propice à une longue série plus qu’à une histoire de 26 pages.

La chute est bien trouvée et j’ai passé un bon moment… mais c’est trop court !

Les Os/Eaux de Davy Jones : La Sirène et la Licorne d’Erin Mosta

Entre des rochers, dans la brume, femme en sarouel coloré lisant La Sirène & La Licorne d'Erin Mosta

J’ai eu envie de lire ce roman dès que j’ai vu sa couverture. Je ne savais même pas de quoi ça parlait ! Le temps que je le trouve, j’ai eu de plus en plus d’échos qui m’ont motivée à le lire.

Dès le début, le mystère plane sur l’intrigue. La narratrice, Lili, a un style très direct, voir brusque, elle nous dévide toutes les informations à son sujet en un paragraphe… mais elle garde sous silence la raison pour laquelle elle doit quitter sa maison.

Lorsqu’elle arrive chez sa tante, l’ambiance mystérieuse s’épaissit. Elle habite dans une vieille maison en ruines, et la nuit, Lili entend d’étranges bruits… A cela s’ajoute l’atmosphère mystique de la côte océanique, avec ses îles abandonnées et ses légendes de fantômes. Pour être allée dans cette région, je peux dire que les descriptions sont réussies !

Le roman a aussi un côté très joyeux et mignon : j’adore le fait que Lili soit fan de maquillage sans pour autant être décrite comme superficielle. Sa relation avec Cris est douce, et, alors qu’elles s’attachent très vite l’une à l’autre, je n’ai étrangement pas trouvé que c’était trop rapide. Sans doute parce que leur romance est basée avant tout sur l’amitié.

C’est toutefois le côté mystérieux de toute l’histoire qui m’a le plus charmée : le secret de Lili, le secret de Cris, le secret de la tante… ma curiosité était titillée tout au long du roman !

Les Freaks, c’est chic : Wonder de R.J. Palacio

Dans un lit avec une couverture orange, femme lisant Auggie & moi de RJ Palacio

La première fois que j’ai commencé à lire ce roman, je me suis arrêtée au bout d’une page, car ça commençait par  » Je ne suis pas un garçon de dix ans ordinaire, c’est certain « , et que je trouve ce genre d’accroches trop… accrocheuses, justement.

Puis j’ai emprunté un livre spin-off de Wonder et j’ai songé que peut-être, il serait utile de lire l’original avant de me lancer dans celui-là.

On suit le jeune Auggie, défiguré, qui entre pour la première fois à l’école. Il se fait des amis tant bien que mal… c’est lui qui raconte l’histoire, et son style narratif est très attachant. Puis… on change de narration : on a le point de vue de sa grande sœur.

J’ai eu peur durant les premiers chapitres : je ne voulais pas que les deux situations soient comparées. Mais ce n’est pas du tout la direction prise par le roman. D’autres personnages prennent aussi la parole – même si c’est Auggie qui a le plus de narration – et on nous montre leurs problèmes, pour les comprendre et non pour les plaindre.

C’était une lecture agréable, avec un personnage principal prenant et drôle, et d’autres qui ont gagné mon affection.

Menu Automne Enchanteur

Down By the Sally Garden : Will et Will de John Green et David Levithan

femme en robe tricotée à rayures bleues lisant Will et Will de John Green et David Levithan devant un mur de crépit

Même si l’édition tente de nous le faire croire – la 4e de couverture n’évoque que John Green et sa biographie est bien plus longue – ce roman n’a pas été écrit que par John Green : c’est une collaboration avec David Levithan. Il y a deux personnages qui narrent chacun leur tour, et ils portent le même nom : Will Grayson et will grayson.

Malheureusement, ce n’était pas du tout mon style d’histoire. Certes, la romance est peu présente – quoi qu’il y en ait deux – ce qui n’est pas pour me déplaire, mais l’ambiance était trop mélancolique à mon goût. De plus, ça alternait trop entre des passages que je trouvais géniaux et d’autres qui m’agaçaient.

Le meilleur ami de Will, Tiny, « très très gros et très très gay », réalise la comédie musicale de sa vie. J’ai adoré le spectacle final, et Tiny est mon personnage préféré – même si j’aurais aimé qu’il ne force pas Will à être en couple.

J’ai aimé la relation entre sa mère et will, et les passages avec son « amie » maura, quoique douloureux, étaient bien faits. En parallèle, je lisais un autre roman avec des remarques telles que « t’es trop stressé, tu devrais tirer un coup », alors j’ai particulièrement apprécié que will dénonce la stupidité de ce genre de commentaires.

Mais la romance entre Will et Jane m’a déplu. Je sais qu’il y a des ados qui s’identifieront à l’hésitation de Will et se réjouiront de le voir la surmonter, mais moi, je me suis plus identifiée au message de « quand ton ami se met en couple, il va t’abandonner alors il faut que tu sois en couple aussi » et je n’ai pas trouvé ça franchement réjouissant…

Mon voisin le Kodama : Lumberjanes tome 1 de Shannon Watters, Grace Ellis, Brooklyn A. Allen et Noelle Stevenson

femme en débardeur, chemise et casquette lisant la BD Lumberjanes

J’ai eu du mal à rentrer dans cette BD, je trouvais les personnages caricaturaux – la survoltée, la sérieuse, la sportive, la féminine, etc – et les dessins très différents de ceux de la couverture, ce qui m’a prise au dépourvu.

Mais c’est une histoire fun, qui repose surtout sur l’amitié, ce qui me change agréablement des romances omniprésentes. J’ai hâte de lire les tomes suivants !

Misty Day : The Wicked + The Divine de Kieron Gillen et Jamie McKelvie

personne en chemise rose lisant The Wicked + The divine de Kieron Gillen et Jamie McKelvie devant un tag coloré

On m’avait beaucoup recommandé cette BD, et comme la couverture en jette, j’étais motivée en commençant ma lecture. J’ai toutefois eu du mal à rentrer dedans : j’aime les histoires claires, et celle-ci, avec tout son mysticisme et son mystère, était à la limite de ce que je peux apprécier. Ça se passe dans notre univers, avec des chanteurses considéré·es comme des divinités, et qui ont des pouvoirs magiques. On suit l’histoire d’une fan qui rencontre la génialissime Luci. Et heureusement que Luci était là pour m’enthousiasmer ! C’est d’ailleurs pour ça que j’ai moins accroché à la suite, où elle est moins présente, et que j’ai arrêté au tome 2… L’histoire est cool mais un peu trop floue pour moi !

Prenez Garde aux Souliers Pointus : Fleur du désert de Waris Dirie et Cathleen Miller

femme en robe à fleurs lisant Fleur Du Désert devant une route

Enfin, j’ai lu un des romans laissés chez mes parents – c’est la malédiction des bouquins que je laisse là-bas : comme je n’y vais qu’occasionnellement, je n’ai pas le temps de les lire. Une autobiographie, ce qui me remplit rarement d’excitation à l’idée de commencer ma lecture, ayant toujours eu une préférence pour la fiction.

Le début ressemblait plus à une liste d’évènements. Puis je me suis attachée à la narratrice, Waris Dirie, une jeune Somalienne fuyant sa famille nomade pour échapper à son mariage. J’aimais beaucoup sa force placide, sa manière de se lancer et d’aborder un problème après l’autre, sans s’inquiéter de l’avenir.

On suit son parcours de domestique à mannequin, la présentation de son travail est bien loin des clichés glamour et superficiels. La chronologie fait des allers-retours qui, une fois n’est pas coutume, ne m’ont pas perdue. J’avais cependant souvent envie de lire la suite, et étais frustrée de repartir en arrière.

La dernière partie rejoint le présent et la lutte de Waris Dirie contre la FGM (Female Genital Mutilation). Plusieurs chapitres, au cours du roman, étaient consacrés au récit de son excision et de ses conséquences. C’est très graphique et je comprends l’intention d’horrifier, mais j’ai lu en diagonale le passage de la mutilation.

J’ai été très surprise, à la fin, de me rendre compte que ce roman date de 1998 : la narration, les sujets abordés et les revendications féministes me paraissent très modernes ! Et hélas toujours d’actualité…

 

J’ai l’impression que certaines de ces lectures remontent à une éternité ! En même temps, le challenge dure trois mois… La suite de mes lectures dans la partie 2 !

 

TW Wonder : harcèlement, agression

TW Will et Will : Dépression, pensées suicidaires

The Wicked + The Divine : violence

TW Fleur du Désert : tentatives de viol, mutilation génitale graphique

 

Aux Petites Heures de la Nuit et Marathon Men

de Flo Renard

femme en tailleur démodé lisant Aux Petites Heures de la nuit dans une cave mal éclairée, une loupe à la main

La première fois que je me suis inscrite sur Twitter, j’ai découvert Flo Renard, qui illuminait mon fil avec ses salutations matinales. Je n’avais jamais lu de roman auto-édité avant, et j’ai commencé par Aux Petites Heures de la Nuit : le titre m’avait séduite. Je n’avais pas encore de liseuse à l’époque, alors c’était sur ordi, dans les transports. Malgré ce support peu optimal, j’ai vite accroché à l’histoire, aux personnages surtout.

On suit Benjamin, un jeune paraplégique qui fait d’étranges rêves dans son centre de réadaptation fonctionnelle. Il y rencontre Léo et Elise – elle donne beaucoup de dynamisme aux dialogues, je l’adore ! C’est une enquête policière avec des éléments paranormaux, un soupçon de romance et pas mal de scènes de vie. Quand ça concerne la fantasy, j’ai toujours du mal avec les romans qui se contentent d’un tout petit peu de magie : on m’a mis l’eau à la bouche, je veux plus ! Du coup, même si j’ai aimé Aux Petites Heures de la Nuit, j’ai préféré Marathon Men que j’ai lu juste après. Une fois n’est pas coutume, j’ai adoré les titres de chapitre, à la fois leur format régulier, mais aussi leur légère ironie, comme dans « de l’art de faire un coming out », car le coming out du chapitre en question, n’est… pas vraiment réussi.

Le scénario de Marathon Men ne comporte pas d’éléments paranormaux : on suit la vie de Vic et Gwen à Marseille, tandis qu’ils s’entrainent pour le Marathon, et affrontent leur terrible malchance. Cette malchance était un excellent ressort comique : des situations qui m’auraient frustrée me paraissaient drôles du fait de leur répétition. Et ça n’empêche pas de voir les aspects problématiques des obstacles auxquels font face les personnes handicapées ! Je me suis vraiment attachée aux personnages, on les comprend, on a l’impression de les connaître. La fin m’a paru sortie de nulle part, mais j’étais tellement contente pour eux que ça m’était un peu égal.



femme en t-shirt Le Château Ambulant lisant Marathon Men allongée dans l'herbe

Un an plus tard, j’ai acheté les livres en version papier pour les relire – à cette occasion, j’ai découvert que la marque d’auto-édition inventée par Flo, MM&I, ne signifie pas M/M et Imaginaire comme je l’avais imaginé, mais Me, Myself and I, ce que je trouve absolument génial. J’ai aussi remarqué que toutes les références culturelles étaient expliquées dans les notes de bas de page. Eh oui, il n’y a pas de honte à ne pas connaître tel ou telle artiste, n’est-ce pas merveilleux ?

J’ai commencé par Marathon Men. Comme la dernière fois, je n’ai pas accroché à l’aspect sexuel de leur relation – sans surprise : toutes les rhétoriques de type « aller jusqu’au bout » ou de « passion sexuelle débordante » me laissent perplexe. Je me suis également imaginé une échelle de temps plus étendue pour que leur relation progresse moins vite : les « je t’aime » arrivent tôt, tout comme les plans d’emménagement.

Même si j’aime les coming out qui se déroulent dans la joie et la bonne humeur, j’ai apprécié la demi-teinte, très réaliste, présente dans ce roman, notamment à travers les personnages « homophobes mais pas trop », qui sont en mode « moi ça ne dérange pas du tout que tu sois gay, t’es mon ami, mais si ç’avait été mon frère, là j’aurais été furieux ». Je n’ai pas trouvé ça frustrant, juste réaliste…

 

J’ai ensuite relu Aux Petites Heures de la Nuit, et, surprise, surprise… cette fois-ci, je l’ai préféré à Marathon Men. Je pense que c’est parce que je me souvenais de l’histoire de Marathon Men, alors que les détails de l’enquête policière dans Aux Petites Heures de la Nuit sont plus compliqués à retenir. Et pour être honnête, je ne me souvenais même plus que Ben jouait du violon ! J’ai donc vraiment redécouvert l’histoire, Ben qui arrive aux Épicéas, sa rencontre avec Elise et Léo, les cauchemars qui commencent, le mystère qui s’épaissit au compte-goutte. On est sur tous les fronts : on veut comprendre l’origine des cauchemars, on veut que Ben retrouve son autonomie, on veut assister à la progression de sa relation avec Léo…

J’ai seulement trouvé dérangeant le vocabulaire utilisé à plusieurs reprises par les personnages : « quel connard, faut qu’il se fasse soigner » ou encore « non mais il est cinglé » alors que Ben s’interroge justement sur sa santé mentale… c’est logique : les personnages ne sont pas handicapés de naissance et découvrent tout juste le validisme de la société. Mais ça me faisait grincer des dents…


Les deux romans sont agréables à lire, et tout autant à relire, avec des personnages attachants, des scénarios différents et prenants ! Des situations difficiles sont présentées mais l’humour est aussi au rendez-vous.


TW : phrases psychophobes, violences homophobes