L’invention de la Culture Hétérosexuelle de Louis-Georges Tin

personne en t-shirt littéraire lisant L’invention de la Culture Hétérosexuelle de Louis-Georges Tin devant un pont de briques

En début l’année, Parmi les Récits a proposé deux lectures communes, dont l’essai L’Invention de la Culture Hétérosexuelle. Le résumé m’a tout de suite intéressée, car le livre semblait creuser l’approche que j’avais aimée dans Les Sentiments du Prince Charles : regarder l’évolution de la norme hétérosexuelle à travers l’Histoire, pour se rendre compte que les sociétés occidentales n’ont pas toujours défini l’amour de la même façon, ni donné à l’hétérosexualité une place aussi importante qu’aujourd’hui.

J’ai emprunté l’essai à la bibliothèque LGBTI+ de ma ville, et là, confinement ! Difficile pour tout le monde de se procurer le livre quand les librairies sont fermées, et en septembre, alors que je devais rendre mon exemplaire, j’ai décidé de lire dans mon coin. J’avais compté sur la lecture commune pour m’encourager – les essais sont rarement ma tasse de thé – et je redoutais d’abandonner…

Je n’aurais pas dû m’inquiéter : le livre m’a emballée dès l’introduction. Le style est fluide, les phrases simples à comprendre, et ce malgré l’utilisation du subjonctif en -asse ! Je percevais l’amusement de l’auteur tout au long de l’ouvrage, et parfois il transparait plus fortement à travers quelques remarques sarcastiques. Ça me le rend très sympathique !

« Bref, les médecins disposaient d’éléments clairs pour établir un diagnostic [de l’hétérosexualité]. Pouvaient-ils pour autant soigner cette pathologie ? Dieu merci, la réponse était positive. »

En rédigeant cette chronique, j’ai constaté que soit je vous faisais un résumé succinct et vous encourageais à lire L’Invention de la Culture Hétérosexuelle, et dans ce cas c’était plié en trois lignes, soit j’entrais un peu dans les détails, et j’en avais pour des pages et des pages… difficile de présenter autant d’idées, et Louis-Georges Tin lui-même explique que son ouvrage n’est qu’une introduction.

Le but ici est de questionner l’hétérosexualité : alors que c’est toujours l’homosexualité qui fait débat, qu’on analyse pour sa différence, l’auteur voulait parler de cet empire invisible, omniprésent mais jamais discuté. J’adore la démarche !

En trois parties, on va donc se pencher sur l’Histoire et sur l’apparition de l’hétérosexualité en tant que structure sociale.

C’est le début que j’ai préféré. J’étais scotchée au livre, redoutant l’arrivée de mon bus qui interromprait ma lecture. Ça parle de la lutte des chevaliers contre l’hétérosexualité, car eux ont toujours promu l’homosocialité. De nombreuses œuvres littéraires que je connaissais étaient citées pour mon plus grand bonheur ! Et c’était également passionnant de s’intéresser aux différentes définitions de l’amour, du sexe et de l’amitié, puisqu’à l’époque le mot amour, et la forme d’amour supérieure, désignait les relations amicales entre hommes. J’y retrouvais ce que j’avais déjà aimé dans Les Sentiments du Prince Charles

couverture de L’invention de la Culture Hétérosexuelle de Louis-Georges Tin

Ma motivation a baissé pour la deuxième partie, qui s’intéresse à la résistance du clergé. C’était intéressant, mais ça me parlait moins… Et j’ai commencé à regretter l’absence de chronologie qui aurait permis de synthétiser les échecs et triomphes de la culture hétérosexuelle, car bien sûr, je n’avais pas retenu les dates de la partie 1.

La troisième partie est celle que je relirai sans doute, car c’est la plus complexe : elle porte sur les développements récents. C’est désagréable à lire, parce que les citations sexistes ou homophobes du moyen-âge, ça passe, je ne me sens pas très concernée, mais la clause 28, obligeant les enseignants britanniques à affirmer en classe la supériorité de l’hétérosexualité, promulguée en 1998 ? C’était après ma naissance ! C’est super flippant…

Il y avait de plus en plus de concepts abordés et moins en moins de répétitions, alors j’avoue que je n’ai pas tout intégré. C’était triste de voir que la médecine a toujours pathologisé la différence – le terme hétérosexualité a été inventé pour désigner une maladie – et qu’au lieu de remettre en question la médecine dans son entièreté, on se contente de mettre à jour ce qui est pathologique ou non.

« En 1901, le Dorland’s Medical Dictionnary définissait l’hétérosexualité en ces termes : « Appétit sexuel perverti ou anormal pour l’autre sexe ». De même, en 1923 le New International Dictionnary indiquait : « passion sexuelle morbide pour une personne du sexe opposé ». L’hétérosexualité était donc une maladie grave qu’il faut prendre au sérieux. »

J’ai apprécié que Louis-Georges Tin donne un peu de perspective féministe sur l’ensemble – l’hétérosexualité était-elle une avancée de nos droits ? Pas vraiment, et ça a même été utilisé contre nous. Il explique historiquement une pression que je rencontre encore aujourd’hui : face à l’émancipation des femmes qui commençaient à avoir des métiers rémunérés, la société et l’ordre médical ont promu l’hétérosexualité, expliquant que la romance était dans la nature féminine et la source de notre bonheur. Tout ça pour qu’elles restent sous l’autorité du mari. Au lieu d’enfermer les femmes de force, on leur promet le bonheur à condition d’être soumises…

L’invention de la Culture Hétérosexuelle de Louis-Georges Tin est un ouvrage non seulement important, mais aussi passionnant, et j’espère qu’il a pavé la voie à d’autres livres sur l’hétérosexualité !

Avertissements : sexisme, homophobie

 

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