Diversité en Litté Partie 2

Le challenge diversité en litté se poursuit – la partie 1 est ici. Je m’intéressais aussi aux lectures des autres, et je me suis vite rendue compte que beaucoup lisaient en anglais. J’aime bien lire en anglais moi aussi, mais souvent, ce sont des livres que je peux moins facilement recommander… et comme j’adore partager mes lectures, je préfère attendre la traduction française.


personne en costume, devant le soleil couchant, brandissant sa liseuse avec la couverture de Passing Strange
Passing Strange et Caligo Lane d'Ellen Klages

Une de ces recommandations, conseillée à répétition par Planète Diversité, qui organise ce challenge, a été Passing Strange, qui vient d’être publié en français.

L’histoire m’a déroutée dès le début, car on ne comprend pas bien où elle va. La vieille Helen Young va vendre le tableau représenté sur la couverture… puis, bond dans le temps, on revient dans les années 1940 et l'héroïne semble être Franny… ou pas, puisque de nombreux personnages font leur entrée : la peintre Haskell, la jeune Emily, Babs, l’amante de Franny, Helen Young…


Un premier élément surnaturel s’immisce alors que le roman est bien entamé : Franny peut créer des raccourcis en pliant les cartes. J’ai adoré le caractère flou et subtil de cette magie, qui est à l’image du roman.

L’histoire se concentre peu à peu sur Haskell et son couple avec Emily, qui chante dans un bar lesbien. La scène du spectacle est d’ailleurs ma préférée : elle m’a fait penser à mes sorties au Cabaret de Poussière. Tout est là, le spectacle queer et révolutionnaire, les salutations « Mesdames, Messieurs, mes non-binaires », la présence des cishétéros qui nous prennent pour une attraction, et bien sûr qu’on se sent insulté·es et qu’on aimerait les chasser, mais en attendant, ils financent la troupe…

Le livre n’a cependant pas de direction précise, ce qui m’a manqué. On enchaine les belles scènes, dans une atmosphère de doux trouble avec de brèves et dures incursions de la réalité. Tout s’agence à la fin, parfaite, qui renoue avec le début de manière inattendue et poétique. Elle était très satisfaisante et m’a permis de terminer sur une belle note, mais la tension aura manqué tout au long du roman.


A ce moment-là, j’étais embarquée dans un long trajet en car, et la lumière encore faible permettait mal de lire les romans papiers que j’avais emportés. J’ai donc enchainé directement avec Caligo Lane, une brève nouvelle qui s’intéresse à Franny et sa magie des cartes : elle cherche à aider sa sœur, menacée par la seconde guerre mondiale.

J’ai beaucoup aimé les descriptions de la magie, et comme je connaissais déjà le personnage, c’était moins gênant que le récit soit court. Cependant, je ne trouve pas qu’il ait beaucoup apporté à l’univers de Passing Strange. J’étais plus intéressée par Helen Young que par Franny…


Cases cochées : Perso racisé, couple f/f, SFFF et intersectionnalité


TW : mention de violences sexuelles policières, violences conjugales


femme en robe bustier noire et rouge, type renaissance, brandissant sa liseuse avec le couverture de Carmilla, devant un drap rouge
Carmilla de Joseph Sheridan Le Fanu

Je n’ai jamais été fan de vampires, ni de romans que je qualifie de « vieux ». Mais, alors que je souhaitais écrire un roman avec des vampires, j’ai découvert en me renseignant que cette créature avait une connotation queer, depuis l’écriture de Carmilla, en 1871, soit bien avant Dracula qui s’en est inspiré.

J’entends beaucoup que les identités LGBTI+ sont une mode. Ou une invention récente. Je pense que la case « date de plus de 2 ans » était surtout là parce qu’il y a de plus en plus de représentation, et que c’est un peu plus compliqué de trouver des romans plus anciens. Mais j’ai décidé de carrément remonter l’histoire, car quoi que certain·es en dise, nous avons toujours été là !


En commençant ma lecture, je ne m’attendais pourtant pas à grand-chose : c’est vieux, donc probablement sexiste et homophobe, non ?

Malgré un style d’écriture on ne peut plus plat, j’ai été agréablement surprise. Dès le début, c’est très très lesbien, avec Carmilla qui appelle la narratrice, Laura, « Chérie » et ce genre de passages est très fréquent :

« Elle me donna un baiser sans mot dire.

– Carmilla, je suis sûre que tu as été amoureuse ; je suis sûre que tu as une affaire de cœur en ce moment même.

– Je n’ai jamais aimé, je n’aimerai jamais personne, si ce n’est toi, murmura t-elle.

Ah ! comme elle était belle sous la clarté lunaire ! »

Laura, elle, ressent de l’attraction et de la répulsion mêlée, et j’ai trouvé ça génial : les esprits homophobes de l’époque pouvaient attribuer ce dégoût à la nature homosexuelle de l’attirance, et approuver l’œuvre, tandis qu’en réalité, ce dégoût vient sûrement du fait que Carmilla est une vampire – les animaux le perçoivent, donc l’instinct de Laura peut-être aussi...

Bien sûr, je savais comment ça se terminait, avec le meurtre de la sulfureuse Carmilla. N’empêche, c’était une lecture intéressante.

Avant de finir ma lecture, j’ai discuté avec quelqu’un qui m’a conseillé la web-série Carmilla. Qu’ai-je donc fait en fermant le livre ? Mon exposé pour le lendemain ? Que nenni ! Après tout, les épisodes sont courts…

J’adore les modernisations, et avoir lu Carmilla me permettait de capter les nombreux clins d’œil. La web-série est vraiment enthousiasmante et me permet de considérer ce roman avec un œil encore plus favorable !


Cases cochées : couple f/f, roman publié il y a plus de 2 ans – c’est le moins qu’on puisse dire !


TW : mort violente d’un personage lesbien, racism, sexisme


Autres romans avec des couples f/f :

  • A l'abordage de Kadyan (chroniqué en partie 1 ici)
  • Mes vrais enfants de Jo Walton (chroniqué ici)
  • The infinite Loop d'Elsa Charretier
  • Lumberjanes de Noëlle Stevenson (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Rouge Tagada de Charlotte Bousquet
  • La sirène et la licorne d'Erin Mosta (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge partie 2)
  • Révolution avec une vampire de Lizzie Crowdagger (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Pas tout à fait des hommes de Lizzie Crowdagger (chronique à venir, c'était génial !)
  • La belle Eprise de Karin Kallmaker (chroniqué en partie 1 ici)
  • Citrus de Saburo Uta (chroniqué ici pour le Winter is Reading)
  • Frangine de Marion Brunet (chroniqué ici pour le Winter is Reading)
  • Ecumes de Ingrid Chabbert
  • Child Trip de Jeanne Sélène (chronique à venir)
  • Manderley Forever de Tatiana de Rosnay (chroniqué ici pour la Semaine à Lire)

femme en gilet patchwork lisant How to be Remy Cameron devant un tag avec écrit Caged et les oiseaux du film Rio
How to Be Remy Cameron de Julian Winters

Si j’ai lu 22 livres avec des personnages racisés, j’ai en revanche vraiment galéré à trouver des romans avec des personnages racisés sur la couverture. Planète Diversité a publié plusieurs exemples de versions françaises qui, en traduisant de l’anglais, remplacent les personnages racisés sur la couverture par des dessins abstraits ou carrément par des visages blancs – oui, je pense à Les Sept maris d’Evelyne Hugo. Durant ce challenge, j’ai pu constater que même quand le personnage est sur la couverture – ce qui est le cas, techniquement, de 16 de ces œuvres – c’est souvent en ombre, ou alors en tout petit, ou alors le visage est coupé… par exemple, la couverture de Et ils meurent tous les deux à la Fin représente les personnages principaux, qui sont racisés :

Je me suis finalement rabattue sur la lecture commune du challenge, How to be Remy Cameron de Julian Winters – j’avais déjà lu Nous les Filles de Nulle Part, chroniqué ici. Je l’avais acheté mais gardé sur mon étagère en attendant de prendre le train pour rentrer chez mes parents, et c’est là que j’ai commencé.


C’est un roman pour ados, alors je m’attendais à une lecture facile, même si c’était en anglais. Pas du tout ! C’est l’histoire de Remy Cameron, noir, gay, adopté, qui pour un essai de littérature, essaie de comprendre qui il est, et de se détacher de ses étiquettes. Le style est oral, jeune, moderne, alors je ne comprenais pas la plupart des expressions et références culturelles. J’avais beaucoup de mal à suivre.

Par exemple, lorsqu’il rencontre sa conseillère d’orientation, elle lui propose des plans d’avenir qui l’agacent, car ce sont des universités qui accueillent à bras ouverts les noirs et les gays. Contrairement à Remy, je ne cherche pas à me détacher de mes étiquettes, je veux qu’on les prenne en compte. Qu’on ne me conseille pas des films homophobes, par exemple. Alors que lui souhaite qu’on les « oublie ». Je pensais que mon incompréhension de sa réaction sur les universités était liée à cette divergence, mais j’ai fini par deviner que non : c’est parce que ces universités n’ont rien à voir avec ses souhaits d’étude – la littérature – et que la conseillère a donc considéré son orientation sexuelle plutôt que ses demandes explicites. Et là je suis d’accord avec Remy.

La divergence entre Remy et moi s’est aussi ressentie lorsqu’il a parlé de la réaction idéale à un coming out : son amie qui lui a répondu « ton t-shirt est à l’envers ». Alors que moi, c’est une réaction que je déteste, car c’est un moment stressant, une part importante de mon identité, et la personne en face semble l’ignorer. Oui, c’est normal d’être gay, mais ce n’est pas dans la norme, et ça implique tout un tas de difficultés que cette amie semble négliger… Et puis, à la place de Remy, je me serais demandé si elle avait bien entendu, ou si elle choisissait, délibérément, de l’ignorer, ce que des personnes de mon entourage ont vécu – la personne ne réagit pas, parce qu’au fond elle pense que ce n’est qu’une phase…

C’est justement ce qui rend Remy intéressant à mes yeux : il est différent de moi. Et, bien qu’il soit plus jeune, l’auteur est plus âgé, et Remy a fait son premier coming out il y a longtemps. Le roman tourne autour de la découverte de soi, mais pas en vue d’un coming out comme c’est le cas dans beaucoup de ces histoires : c’est la découverte de soi au-delà. Ce n’est pas non plus l’histoire d’un premier amour : Remy a déjà eu un copain, ils ont rompu, il essaie de s’en remettre et tombe amoureux de Ian.

Ce genre d’histoire vise plutôt les ados en pleine construction de soi, mais quand j’avais dix-sept ans, je n’aimais pas ces récits que je ne comprenais pas, où je ne me reconnaissais pas. Il n’est certes jamais trop tard pour se construire, mais comme la barrière de la langue est forte, c’est un peu difficile avec ce roman-là.

C’est dommage car il y a un ressort scénaristique que j’adore : plein de personnages. Car si ça arrive de n’avoir qu’un·e seul·e meilleur·e ami·e, c’est quand même beaucoup moins fréquent dans la vraie vie que dans les romans. Là, Remy est bien entouré : ses amies d’enfance Rio et Lucy, le copain de Lucy, Brooke, et son meilleur ami Ian, Sara, une fille qui crush sur Lucy, Chloé et Jayden, Zac et Alex, et j’en ai peut-être même oublié. Et puis il y a sa famille : les parents, la sœur, la tante, l’oncle, le chien… Ç’aurait été génial si je n’avais pas été tellement concentrée sur la compréhension que j’en oubliais sans cesse les personnages et leurs caractéristiques.

J’ai mis presque deux semaines à le lire alors qu’il n’est pas épais. A défaut d’être emportée par le récit, j’ai trouvé Remy très intéressant, et les thèmes abordés aussi.


Cases cochées : lecture commune, personnage racisé sur la couverture !


TW : ils sont indiqués sur la dernière page du roman


femme en débardeur illusion d'optique brandissant sa liseuse avec la couverture de Tortues à l'Infini devant un mur beige
Tortues à l’Infini de John Green

J’ai commencé ce roman suite à une recommandation de Parmi les Récits. Je le lisais dans le bus en me rendant à un goûter de Noël, et j’ai découvert Aza, une adolescente avec des pensées obsessionnelles. Et… je n’ai pas accroché, si bien que j’ai arrêté ma lecture.

Deux semaines plus tard, le challenge était sur le point de se terminer, j’avais un long trajet en train, et j’ai remarqué qu’en fait, j’avais déjà lu 14% du livre. Je me suis dit que je pouvais essayer de finir…

Au début, j’ai eu du mal à me souvenir de certains éléments, mais j’ai vite été plongée dans l’histoire. Daisy, la meilleure amie d’Aza, décide de mener l’enquête sur un milliardaire en fuite, pour empocher la récompense. Aza connait le fils et elles vont l’interroger…

J’étais prise par l’intrigue, mais aussi par la beauté de l’écriture. C’est très poétique, les mots ont de la valeur dans cette histoire. Les personnages en discutent d’ailleurs : la psy d’Aza explique l’importance de nommer une chose pour qu’elle soit réelle – en prenant l’exemple de peuples qui distinguent ou non des couleurs selon le vocabulaire existant. Ici, c’est appliqué à la neurodivergence et au besoin d’avoir un vocabulaire précis, mais ça concerne plein d’identités.

Je lisais dans les transports, et mes correspondances ont été annulées coup sur coup. Un contexte stressant, pas le meilleur pour ce roman : lorsqu’Aza part dans la spirale de ses pensées, l’anxiété du roman est communicative et j’avais l’impression d’étouffer.

L’amitié, la romance et la famille ont cependant la part belle dans ce récit, ce qui aide à composer avec cette anxiété. La romance m’a particulièrement plu, car c’est rare que je la trouve aussi bien faite. Les personnages s’aiment mais c’est simple et respectueux. Une citation l’illustrera au mieux, et elle montrera aussi la belle plume de ce roman.

« Allongée sous cet arbre, je me suis dit que je l’aimerais peut-être toute ma vie. On s’aimait, aucun doute là-dessus – on ne se l’était jamais dit et l’amour n’était pas forcément notre truc, mais c’est quelque chose que je ressentais. Je l’aimais et j’ai pensé que je ne le reverrais sans doute jamais, qu’il me manquerait toujours – n’était-ce pas là une terrible perspective ? »

J’ai adoré ce roman à mon deuxième essai, je suis très contente de lui avoir donné sa chance.


Cases cochées : Au cours de ce challenge, j’ai découvert que mettre ou non un personnage dans la catégorie « handi » était compliqué. Parfois le roman ne donne pas le nom du handicap… J’ai considéré la définition sociale du handicap, c’est-à-dire : le personnage rencontre-t-il des difficultés à cause du validisme ? Dans La Sirène et la Licorne, Cris n’a pas de difficultés motrices suite à son accident, mais son entourage restreint ses activités physiques.

A la fin, j’ai eu la surprise de constater que j’avais lu 20 romans avec des personnes en situation de handicap. J’ai l’impression d’en avoir lu beaucoup moins ! Sans doute parce que les handicaps sont très variés. Je n’ai lu aucun roman avec une personne autiste, par exemple…


TW : self-harm, accident de la route


D’autres romans avec des personnages importants en situation de handicap :

  • On est tous faits de molécules de Susin Nielsen (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge partie 2)
  • Mes vrais enfants de Jo Walton (chroniqué ici)
  • La sirène et la licorne d'Erin Mosta (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Wonder de R.J. Palacio (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Ma vie de monstre d'Anne Pouget (chroniqué ici pour le Week-end à 1000)
  • La tête dans les étoiles de Jen Wang (chroniqué ici pour le Week-end à 1000)
  • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge partie 2)
  • Fleur du désert de Waris Dirie (chroniqué ici pour le Pumpkin Autumn Challenge)
  • Un si petit oiseau de Marie Pavlenko (chroniqué ici pour le Week-end à 1000 de Novembre)
  • Paranoïa de Mélissa Bellevigne (chroniqué ici pour le Week-end à 1000 de Novembre)
  • Eliza et ses monstres de Francesca Zappia (chronique à venir !)
  • Nimona de Noëlle Stevenson (chroniqué ici)
  • Boo de Neil Smith
  • Child Trip de Jeanne Sélène (chronique à venir)
  • Un Noël au Poil de Cha Raev (chroniqué ici pour le Winter is Reading)
  • L’École de la Peur de Gitty Daneshvari
 

Et voici, enfin, la statistique pour un total de 90 livres :

f/f:25; racisé:22; handi:20; m/m:18; rien:18; trans/inter:9; gros:6; aro/ace:4

Et oui, comme vous pouvez le constater, j’ai lu pas mal de romans sans la moindre représentation (18). Je ne sais pas si je suis surprise : d’un côté, je ne cherche pas du tout à lire des romans sans représentation, et quelque part, c’est triste de constater à quel point c’est difficile d’y échapper – pas qu’ils aient été mauvais, mais ça montre à quel point ils sont partout, et que s’il est facile de ne lire aucun roman avec de la représentation, l’inverse n’est pas vrai.

D’un autre côté, j’ai l’impression d’en avoir lu beaucoup plus que ça… Pourquoi ? C’est simple : si j’ai lu 43 livres gays au sens large, cela signifie que j’ai lu une majorité de romances hétéros… si j’ai lu 20 romans avec des personnages handi, cela veut dire que j’ai lu 70 romans avec des personnages valides… j’ai donc toujours l’impression de lire beaucoup de romans hétéros, blancs, valides… alors qu’en fait, je lis peu d’œuvres sans diversité !


Je suis en revanche agréablement surprise d’avoir vu plus de relations f/f que m/m. Sexisme oblige, il est beaucoup plus difficile de se procurer des romans f/f… durant tout le challenge, en fait, j’ai évité les romances m/m… et j’en ai quand même lu beaucoup.


C’est le moment de prendre des résolutions pour la nouvelle année, non ? Alors je vais continuer de ne pas privilégier les romans m/m même si c’est facile de se les procurer, et je vais fouiller partout pour trouver des romans avec des personnes trans, grosses, inter, aro et/ou ace. N’hésitez pas à me conseiller des livres !

Merci à Planète Diversité pour l’organisation du Challenge, et à toutes les autres personnes qui ont participé et m’ont permis de découvrir des livres.

 

1 C’est difficile de faire rentrer des œuvres dans des cases, mais j’ai fait au mieux, en considérant le ou les personnages point de vue, et les personnages secondaires au rôle important – généralement les love interest, mais parfois les meilleur·es ami·es.
J’ai également considéré le contexte, notamment pour les situations de handicap ou les situations de domination de race. Je n’ai pas fait de statistiques sur les #ownvoice car je n’ai pas eu le temps ou la possibilité de me renseigner sur toustes les auteurices.

 

Diversité En Litté

2019 - Partie 1

C’est avec plaisir que j’ai découvert ce challenge organisé par Planète Diversité, qui consiste à lire des ouvrages dont les personnages principaux correspondent aux cases de la grille bingo suivante :


grille bingo avec les cases : Lecture Graphique, personnage principal avec un handicap, romance M/M, intersectionnalité, personnage principal trans, asexualité/aromantisme, lecture commune, personnage principal gros, livre avec un personnage racisé sur la couverture, romance F/F, roman #ownvoice, roman SFFF, livre publié il y a plus de deux ans, Au Choix, personnage principal racisé, livre avec moins de 10k notes sur Goodreads

En me lançant dans le challenge, je l’ai pris à la légère, considérant que je lisais déjà des romans avec des personnes LGBTI+, handi, grosses, racisées… J’ai décidé de ne pas changer mes habitudes de lecture – à part pour la lecture commune – et de voir ce que ça donnerait.


Du début à la fin de ce challenge – c’est-à-dire du 1er octobre au 31 décembre – j’ai lu 90 romans 1, et je me suis amusée à faire une petite statistique dessus. J’ai eu des surprises…


personne lisant Qualia
Qualia under the Snow de Kii Kanna

J’ai commencé le challenge avec Qualia Under the Snow. Je l’ai entamé alors que j’imprimais mon CV, puis quand je photocopiais ma carte d’étudiante. Je n’étais donc pas tout à fait dans l’histoire, et en même temps, être interrompue me donnait envie de lire la suite.

On suit le quotidien d’Aki et de son voisin Umi – oui, il n’y a que peu d’histoire et ce n’est pas trop mon genre de lecture, mais c’est un manga en un seul tome. J’ai eu un peu de mal avec la froideur d’Aki, et n’ai commencé à l’apprécier que lorsqu’il s’attache à Umi. Pareil, son attitude par rapport aux coups d’un soir d’Umi m’a agacée au début. Certes, je savais qu’il était ace, et que lui-même l’ignorait, et c’est cohérent qu’il rejette les personnes ayant de multiples relations sexuelles.


Au Japon, on ne distingue pas attirance romantique et sexuelle, et je trouve ça très intéressant de voir cette manière d’aborder l’asexualité. Bien qu’étant moi-même aroace, je ne m’y reconnais cependant pas beaucoup…


J’étais assez mitigée en première lecture. Il y a des flashbacks et j’avais du mal à suivre les transitions entre passé et présent, et même les ellipses. De plus, la relation des personnages est très ambiguë, et elle ne sera jamais explicitée. Alors que j’aime ce qui est net, clair et précis !

Mais je lis vite, et c’est après avoir refermé le manga que j’ai laissé mes pensées vagabonder, que je me suis imprégnée de l’atmosphère très douce de cette œuvre. J’ai repensé à certains passages qui m’ont vraiment plu. Et en fait, je suis très contente du flou qui entoure leur relation. Parce que certaines de mes relations sont comme ça aussi, c’est juste la vie. Difficile de savoir ce qu’est la romance, quand on n’est pas dans la tête des autres. Et la seule autre option claire que la société nous offre est l’amitié. Alors tout ce qui n’est ni l’un ni l’autre est forcément trouble, et ce trouble est très bien retransmis par le manga.


Cases cochées : Aro/ace, couple m/m, lecture graphique


TW : tentative de viol, victim-blaming


Autres romans aro/ace lus – 4/90 seulement ! :

  • Comment se Comporter comme une Personne Normale de T.J. Klune (chronique ici)
  • Nous qui n’Existons pas de Mélanie Fazi (chronique à venir car j’ai adoré)
  • Boo de Neil Smith, dont la représentation tombe dans le stéréotype « Sherlock » du personnage qui ne comprend pas les relations humaines

Autres romans m/m lus :

  • Le Chant d'Achille de Madeline Miller (Chronique à venir, un des plus beaux romans lus cette année)
  • Comment se Comporter comme une Personne Normale de T.J. Klune (ma chronique ici)
  • Swift et le chien Noir de Ginn Hale (Chronique à venir !)
  • Will et Will de John Green et David Levithan (ma chronique ici)
  • Rock d’Anyta Sunday
  • Dear de Jae Akahone
  • Nimona de Noëlle Stevenson (ma chronique ici)
  • Et ils meurent tous les deux à la Fin d’Adam Silvera (ma chronique ici)
  • Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson
  • Breizh of the Dead de Julien Morgan
  • Cinder de Marie Sexton (ma chronique ici)

  • femme en débardeur rouge lisant A l'abordage devant des rochers
    A l’abordage ! de Kadyan

    J’ai rapporté Qualia Under the Snow à la bibli, et j’ai parcouru les rayonnages… Ça fait sept ans que je travaille le manuscrit d’une histoire de pirates, on pourrait croire que j’ai lu beaucoup de romans sur le sujet ! Mais pas du tout, alors en voyant celui-ci dans les étagères de ma bibliothèque LGBTI+, je n’ai pas hésité avant de l’emprunter, et me suis élancée à l’abordage de ses pages.

    J’ai tout de suite adoré le capitaine Théo, personnage principal du roman. Son meilleur ami, Maluk, est génial aussi, sa présence avait le don de m’apaiser et me faire sourire. L’histoire commence vite : Théo découvre des papiers confidentiels et décide de les vendre aux Français, même si les Anglais feront tout pour les récupérer… et tuer celleux qui les ont interceptés.


    Dans les premiers chapitres, on nous présente un personnage qui a attiré mon attention : l’otage Elisabeth, dame de compagnie courageuse et observatrice. Sa présence trouble beaucoup Théo, et j’ai été perplexe lorsqu’elle a été débarquée. Ne reverrait-on plus le personnage, alors qu’un début de romance se dessinait ?

    Je sais, c’est mal : j’ai lu la fin. Du coup, non, on ne reverra jamais Elisabeth, et je me suis spoilé l’identité de l’intérêt amoureux de Théo. J’étais d’autant plus impatiente d’assister à leur rencontre !

    Et au début, elle était parfaite : les deux personnages discutent, on voit que leurs personnalités s’assemblent bien. Et puis pouf ! C’est la passion dévorante, irrépressible, et les personnages échangent plus de sourires que de paroles durant le reste du roman.

    A part ça, l’histoire est géniale, remplie d’action, d’aventure, exactement ce qu’on attend d’un roman de pirates. Abordages, courses-poursuites, trahisons… Le suspense est toujours présent.


    J’ai dit que j’aimais ce qui était clair, net et précis. Eh bien, le genre de Théo est pour le moins trouble, et je suis mal placée pour le décortiquer. La transphobie intériorisée se mêle à la lesbophobie, Théo enchaine une affirmation et son contraire. Lorsque ses matelots couchent ensemble, aucun problème, lorsqu’une de ses amies lui dit avoir couché avec une femme, pas de soucis… sauf quand elle-même est concernée. Théo pense qu’aimer une femme la rend homme, l’instant d’après, elle se sent homme, se veut homme… La lesbophobie intériorisée est très bien faite, j’espère qu’il en est de même pour le reste. Le seul point que j’ai trouvé dérangeant est que les personnages sont souvent ramenés à leurs parties génitales.


    Cases cochées : Théo pirate les cases ! Alors je le compte pour la case « Au choix », pratique, hein ?


    TW : mentions de viol, description de mammectomie artisanale, transphobie et lesbophobie intériorisées


    Autres romans avec des personnes trans : En tout, j’en ai lu neuf ! Mais il y a ceux où c’est pas très clair (A l’abordage ! ), ceux où c’est très court (Le Fleuve, Culottées, Love is Love, Révolution avec une Vampire, 3 œuvres de Sophie Labelle), et finalement, les chiffres sont peu représentatifs de la quantité réelle de personnages trans que j’ai croisés.


    femme en gilet bleu lisant sauveur et fils devant un fleuve
    Sauveur & Fils tome 5 de Marie-Aude Murail

    J’étais en plein suspense de la lecture participe queer d’Halloween de Meredith Katz, mais quand ma bibliothécaire m’a annoncé qu’elle avait Sauveur & Fils tome 5… je devais le lire, maintenant, tout de suite ! Comment dire ? Cette série est la première que j’ai lue à aborder des thèmes LGBTI+ de front. Alors que je ne m’intéressais qu’à la fantasy, j’ai tout de suite accroché aux personnages, le psychologue Sauveur et son fils Lazare, mais surtout toustes les patient·es qui gravitent autour d’eux. L’ambiance est douce, on passe d’un personnage à l’autre, suivant leurs vies semaine par semaine.


    Du coup, deux ans plus tard, c’est dur d’être objective sur ce tome 5... j’étais tellement heureuse de retrouver l’ambiance douce et les personnages que j’aimais. Mon préféré, Eliott l’écrivain en herbe, a transitionné, ce qui m’a fait très plaisir. Mais justement : pourquoi la narration l’appelle-t-elle Ella-Elliott ? A la limite, il s’agit du point de vue biaisé de Sauveur…

    Au fil de ma lecture, je notais plein de petits détails contrariants. Samuel est entrainé dans un groupe masculiniste, et la problématique est réglée en deux lignes : le père intervient et le sépare de l’influence néfaste. Ça m’a paru artificiel, et caricatural dans l’ensemble...


    Mais le vrai problème, c’est l’histoire de Louise. Elle écrit une œuvre à destination des jeunes ados, pour leur donner les outils dont elle a manqué : informations sur les poils, les règles, les amourettes avec les garçons… Sur les réseaux sociaux, les critiques se déchainent : c’est une œuvre stéréotypée, et surtout, qui présente uniquement la perspective des filles blanches cishétéros.

    C’était intéressant de montrer le point de vue de Louise, qui n’avait pas voulu mal faire, et s’était simplement inspirée de sa vie et de ses deux meilleures amies, espérant aider d’autres jeunes filles.

    En revanche, les critiques n’ont pas bénéficié d’un portrait aussi nuancé. Celles qui critiquent le sexisme de l’œuvre de Louise la traitent de « salope », montrant bien là qu’elles sont elles-mêmes sexistes. L’éditrice fait remarquer que si Louise avait mis des personnages racisés, on lui aurait reproché de prendre une voix qui n’est pas la sienne, et la conclusion, c’est qu’elle ne doit rien changer, et écrire un tome 2.

    Les critiques adressées à Louise sont fondées. La représentation n’est pas une exigence, une lesbienne peut s’identifier à une hétéro, mais on a besoin de personnages qui nous ressemblent, parce qu’à force de se voir nulle part, on finit par se dire qu’on est anormal·e. Si Louise avait écrit un témoignage, il n’y aurait rien eu à reprocher, mais elle adresse son œuvre « à toutes les filles », alors comment doivent se sentir celles qui n’y sont pas représentées ? Inexistantes ?

    Comme Marie-Aude Murail inclut des personnes noires, gay, trans, j’étais convaincue que Louise se remettrait en question dans le tome 6… Espoir brisé lorsque j’ai lu sa tribune : Murail semble convaincue de n’avoir aucun biais et de proposer une représentation parfaite, quoi que les personnes concernées lui disent. Symphonie l’explique mieux que moi dans cet article qui présente l’utilité des Sensivity Readers : une autrice hétéro a le droit de représenter une lesbienne, mais c’est normal de demander à ce qu’elle le fasse bien.


    Plus le temps passe, plus je suis déçue. Est-ce que toute la série était comme ça, et je ne l’ai pas vu ? Ou est-ce juste le tome 5 qui est à côté de la plaque ?


    Cases : personnage racisé, moins de 10k vues sur Goodreads


    Autres lectures avec des personnages racisés :

    • Notre-Dame du nil de Scholastique Mukasonga
    • Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier
    • La Tête dans les Étoiles de Jen Wang (ma chronique ici)
    • Le carnet rouge d’Annelise Heurtier (ma chronique ici)
    • Talitha Running Horse d’Antje Babendererde (ma chronique ici)
    • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (ma chronique ici)
    • Fleur du Désert de Waris Dirie (ma chronique ici)
    • La Fille qui n'Existait pas de Natalie C. Anderson (ma chronique ici)
    • Pas tout à fait des hommes de Lizzie Crowdagger : techniquement, il n’y a pas de personnages asiatiques ou noirs, c’est un roman avec des elfes, des nain-es, des démon-es… et c’est une métaphore du racisme en France, qui questionne notamment les pratiques de la police. Bref, je le compte dans cette catégorie.
    • Et ils meurent tous les deux à la fin d’Adam Silvera (ma chronique ici)
    • Citrus de Saburo Uta (ma chronique ici)
    • La Terre Fracturée de N.K. Jemisin
    • Sauvages de Nathalie Bernard
    • Le Secret de l’Amitié de Kawahara Kazune (ma chronique ici)
    • Les Belles de Dhonielle Clayton(ma chronique ici)

      • personne en chemise rose lisant La Belle Eprise devant une haie d'automne
        La Belle Éprise de Karin Kallmaker

        Alors que la salle allait bientôt fermer, j’ai pris ce roman à la va-vite en voyant qu’il contenait un couple lesbien. Mais la couverture et le résumé ne m’inspiraient pas plus que ça, et il a traîné dans ma chambre jusqu’à ce qu’arrive l’heure de le rendre. Je me suis donc empressée de le commencer.


        On était fin novembre, et alors que je m’étais promis d’attendre pour calculer mes stats – histoire de ne pas les influencer – et j’ai été choquée de constater que la catégorie la moins remplie était « perso principal gros », avec 3 livres sur 45. On nous parle si peu de grossophobie que je n’avais pas envisagé que cette catégorie finisse dernière… c’est justement ça, l’invisibilisation.

        J’étais donc très agréablement surprise de découvrir que Marissa, la narratrice, était grosse.


        Cependant, je n’ai pas accroché au style d’écriture. On sent que le roman essaie d’être drôle et léger, et certains passages ont réussi à me faire sourire – les lettres mentales écrites par Marissa – mais le reste est répétitif et plat. Et comme c’est une pure romance, sans le style pour la soutenir, c’est assez dur pour moi…

        J’hésitais à abandonner – ç’aurait été la 3e fois en deux semaines, et ça m’aurait déçue – et là, le roman a changé de point de vue. Jusqu’alors on avait eu celui de Marissa, informaticienne mal dans sa peau, qui survit à un naufrage en compagnie de la belle et drôle Linda.

        En deuxième partie, on alterne entre le point de vue de Linda et Marissa, et comme Linda a un secret, mon envie de lire la suite s’est réveillée. Linda est beaucoup plus intéressante que Marissa, mais tout aussi répétitive…

        J’ai jeté un coup d’œil à la fin pour me remotiver, et si une partie m’a donné envie d’arrêter le roman immédiatement – il semblait que Marissa ait maigri et que ça lui ait permis de trouver l’amour – une autre a réveillé ma curiosité : la relation entre Marissa et sa mère semblait changer drastiquement.

        J’ai donc repris ma lecture… le régime de Marissa occupe la quasi-totalité de ses narrations, mais comme celle de Linda est une critique de l’injonction sociale à la minceur et la beauté, j’avais de l’espoir.

        Espoir déçu. L’histoire de Linda accuse finalement la « folie » de sa mère, Marissa apprend à s’aimer… mais l’épilogue nous la montre quand même enfin mince. C’est parce qu’elle veut s’améliorer en sport, et c’est tout à fait légitime, mais il n’y a aucun contre-exemple – tous les personnages de ce livre sont soit minces sans effort, soit font attention à leur ligne – on a l’impression que le roman est un guide du parfait régime !


        Cases cochées : perso gros, couple f/f


        TW : mutilation non-consentie, grossophobie, psychophobie


        Autres lectures avec des personnages gros :

        • La tête dans les étoiles de Jen Wang (ma chronique ici)
        • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres : seulement dans l’enfance de la narratrice (ma chronique ici)
        • Will et Will de John Green et David Levithan (ma chronique ici)
        • Nimona de Noëlle Stevenson (ma chronique ici)

         

        Ce challenge s’étale sur trois mois et c’est à la fois bien pour avoir le temps de beaucoup lire, mais aussi long, car au bout d’un moment, j’ai oublié de partagé mes lectures, de chercher des conseils auprès des autres participant·es… je me suis ressaisie au dernier moment, comme vous le verrez dans la deuxième partie du bilan !

        En avant-première, voici le graphique de la représentation. Je n’ai pas mis toutes les catégories pour qu’il reste lisible, et je vous donnerai plus de détails demain.


        f/f:25; racisé:22; handi:20; m/m:18; rien:18; trans/inter:9; gros:6; aro/ace:4  

        1 En comptant BD, mangas, albums, romans, même ceux que je n’ai pas terminés, et sans compter les fanfictions

         

    Challenge Winter is Reading

    2019 - Partie 2

    La suite de mes aventures pour le Winter is Reading, challenge sur le thème de Game of Thrones où il faut lire le plus possible pour sa famille – pour ma part, les points que je gagne vont aux Tyrell. Après deux semaines mouvementées – vous pouvez lire la première partie de mon bilan ici – j’ai eu un étrange cauchemar : mon identité sur le groupe Facebook du Challenge Winter is Reading était usurpée, et on m’ostracisait ! Le lendemain, j’ai découvert que le vent avait détruit le barnum de mon campus. L’hiver vient…

    Je ne suis pas la corneille à trois yeux, mais ces évènements étaient-ils des présages ? Annonçait-il mes échecs culinaires de cuisson d’œuf au micro-ondes, ou la venue des partiels qui ralentiraient mon rythme de lecture ?


    femme en chemise rose ouverte lisant Le Secret de l'Amitié devant un drap avec des coquelicots
    Le Secret de l’Amitié de Kawahara Kazune

    Malgré mes révisions, j’ai pu lire entre autres Le Secret de l’Amitié, un manga en un tome sur deux amies, l’une belle et populaire (Moe), l’autre exclue (Eiko). Moe dit à tous ceux qui veulent sortir avec elle qu’ils doivent faire passer sa meilleure amie avant elle, car c’est la personne qui compte le plus à ses yeux.

    J’aimais beaucoup l’idée derrière ce scénario, c’est-à-dire que l’amitié est plus importante que la romance, car c’est un sentiment que je partage et qui est trop rarement défendu. Cependant, au fil de l’histoire, cette amitié est si forte que j’avais envie que les deux filles finissent en couple. Je suis aro et j’adore lire de belles amitiés, mais j’aime aussi les couples de filles… lorsque Eiko disait « si j’avais été un garçon, j’aurais été amoureux de Moe », j’étais d’autant plus embêtée, car elle n’a pas besoin d’être un garçon pour ça…

    C’est une histoire d’amitié, une amitié très forte, et mis à part ces quelques passages homo-ignorants, elle est très bien décrite. La romance n’est pour ces filles qu’un à-côté, c’est leur relation amicale qui est centrale à leur vie, et j’ai trouvé ça chouette. Et d’autant plus important que plusieurs personnes m’ont dit, lorsque j’ai parlé de cette histoire : « Une romance où l’amie est plus importante que l’intérêt amoureux ? Ça n’a pas l’air enthousiasmant. »


    photo surexposée d'une personne en débardeur et chemise lisant un livre méconnaissable (la passe-miroir tome 2) devant une haie automnale
    Les Disparus du Clairdelune (La Passe-Miroir T2) de Christelle Dabos

    J’avais dévoré le tome 1 au début du challenge. J’ai emprunté le tome 2 juste après, mais j’avais tant à lire que je l’ai négligé… et mon départ pour les fêtes de Noël approchait, approchait… mon train partait le lendemain, je n’avais pas la place de l’emporter, mais je me suis dit « commençons-le maintenant. J’ai lu le tome 1 en une après-midi, je peux faire pareil. »

    L’histoire reprend là où elle s’était arrêtée dans Les Fiancés de l’Hiver : Ophélie, jeune passe-miroir et lectrice d’objets forcée de quitter son île pour épouser l’odieux Thorn, fait son entrée à la cour, où elle est présentée à Farouk, l’esprit de famille. J’avais trouvé l’héroïne trop isolée dans le tome 1 : même s’il y a des personnages sympathiques, il n’y a personne à qui elle se confie. J’avais espéré que le tome 2 développerait ces personnages auxquels je m’étais attachée – Renard, Gaëlle, la tante Roseline, et même Berenilde ! – mais au contraire, ce sont Thorn, l’ambassadeur Archibald et Farouk, certes intéressants mais moins attachants, qui sont creusés.

    Cependant, Ophélie a trouvé ses repères, et c’est très plaisant de la voir évoluer dans un environnement qu’elle maîtrise mieux. On en apprend aussi beaucoup sur l’univers ! J’avais totalement oublié le prologue du tome 1, où il est expliqué que Dieu a tout cassé, et où on peut deviner que ces îles rocheuses qui flottent – dans quoi ? – sont les débris. Ici, le même prologue est rappelé, et l’identité de ce Dieu ainsi que les origines et conséquences de sa colère sont un peu approfondies.

    J’ai dû m’interrompre pour regarder une série avec un ami – et à cause de ma lecture, j’ai oublié de faire le ménage avant qu’il n’arrive… un faux pas diplomatique peu digne des Tyrell – mais j’ai repris le soir. Des invités disparaissent, et Ophélie découvre que sa terre d’origine n’est pas aussi exempte de complots qu’elle n’y parait…

    J’ai tendance à trouver les tomes de moins en moins bien, mais ça n’a pas été le cas ici : Les Disparus du Clairdelune m’a tout autant plu que Les Fiancés de l’Hiver. Et j’ai emporté le tome 3 dans ma valise !


    femme en bonnet rouge et haut de Noël brandissant sa liseuse avec la couverture de Un Noël au Poil, devant un sapin et un calendrier de l'Avent Licorne
    Un Noël au Poil de Cha Raev

    J’avais cette nouvelle sur mon ordinateur, mais je ne savais plus pourquoi ni comment je me l’étais procurée. N’ayant aucun contexte, je n’étais donc pas particulièrement motivée pour la lire, mais il y avait Noël dans le titre, alors j’ai songé que ça me mettrait dans l’ambiance avant de rentrer pour les fêtes.

    Une semaine auparavant, j’avais discuté avec un ami des déductions qu’on fait en lisant un roman, en particulier les déductions romantiques. Qu’est-ce qui fait qu’on devine qui va être l’intérêt amoureux, alors qu’on ne se doute de rien ? Comment pressent-on lequel des deux membres du triangle amoureux va être choisi ? Je suis d’ordinaire très douée à ce jeu-là…

    J’ai lu le premier chapitre d’Un Noël au Poil, où les personnages sont mis en place. Puis j’ai voulu ajouter l’œuvre à ma liste Goodreads, et j’ai vu le résumé. J’étais totalement à côté de la plaque ! Et c’est vraiment dommage que le résumé me l’ait spoilé, j’aurais préféré avoir la surprise en lisant le chapitre deux, car elle est vraiment intéressante. Je vous laisse la découvrir ! Et je me suis souvenue pourquoi j’avais voulu lire cette histoire.

    C’est une petite romance mignonne, assez clichée – l’un des personnages est aveugle et trébuche sur les cartons de déménagement de l’autre, s’ensuit une dispute, qui dégénère en « haine » tenace, jusqu’à ce qu’ils finissent par communiquer et découvrir qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Très mignon et vaguement ridicule, avec une narration originale qui m’a beaucoup plu – même si, par moments, ça franchissait la frontière entre original et bizarre. Une bonne histoire de Noël !


    Femme en chemise rose lisant les Belles dans des catacombes
    Les Belles de Dhonielle Clayton

    J’avais entendu parler de ce roman avec la parution de Tiny Pretty Things, de la même autrice, mais j’avais toujours d’autres priorités... J’ai commencé Les Belles sur ma liseuse dans le bus, pour me changer d’une autre lecture, puis j’ai découvert qu’il était à ma bibliothèque, je l’ai réservé et j’ai arrêté le temps de l’avoir en papier. Je préfère le papier, car j’arrive mieux à situer où j’en suis dans l’histoire.

    Les 6% que j’avais lus m’avaient permis de cerner l’histoire : c’est une sorte de dystopie de fantasy, dans un univers où tout le monde est laid, sauf les Belles, qui ont le pouvoir de modifier l’apparence des autres. Elles sont élevées dans un pensionnat à part avant de faire leur entrée à la cour, où la narratrice, Camille, convoite le poste de favorite. J’étais assez prudente avec mes émotions en lisant ce roman : j’avais lu des critiques qui dénonçaient la représentation gay dans ce roman. Je ne me souvenais plus si c’était parce que tous les personnages gays étaient méchants, ou si c’était qu’ils mourraient…

    Les relations entre femmes sont évoquées de manière très naturelle : les journaux traitent leurs liaisons de la même manière que les autres, de nombreux personnages secondaires – entre autre la reine – ont des amantes sans que ce soit considéré comme un problème. L’homosexualité masculine n’est pas du tout abordée, peut-être parce qu’il y a peu de personnages masculins.

    La société présentée est assez paradoxale : les femmes semblent avoir beaucoup de pouvoir politique, en revanche, le patriarcat est toujours présent sous la forme de double standards de beauté. D’ailleurs, ces standards m’ont laissée perplexe, puisqu’au début Camille déclare que les Belles peuvent avoir toutes les corpulences, qu’on peut être gros-se et magnifique… et tous les personnages souhaitent être minces.

    A part ces quelques points qui m’ont déroutée, l’histoire était sympathique. Elle m’a fait penser à La Sélection – peut-être aussi à cause de la couverture – mais avec une narratrice plus déterminée. Dommage, cependant, qu’elle ne tire pas des conclusions plus vite : elle voit des indices très tôt et semble les oublier.

    C’est finalement la trope Bury Your Gays qui est à l’œuvre ici, mais ça ne m’a pas du tout dérangée. C’est un de ces cas où analyse rationnelle et sentiments sont en désaccord : les deux seuls personnages lesbiens meurent, et aucun-e hétéro, pourtant je n’ai pas eu l’impression d’être visée et j’ai beaucoup aimé ce roman.

     

    J’ai un peu paniqué sur la fin du challenge, en constatant que je n’avais toujours pas lu de romans de guerre et de Nature Writing. J’ai expédié Into The Wild qui ne m’a pas passionnée, puis j’ai relu Thirrin, Princesse des Glaces – le roman ultime pour ce challenge : de la fantasy centrée sur une guerre, qui se passe en hiver, avec des morts-vivants donc des zombies, et un grand voyage dans le nord. J’ai adoré et j’en parlerai plus en détail dans un futur article !


    Tout au long du challenge, j’ai posté mes lectures sur le groupe Facebook – c’était l’occasion d’épier les familles concurrentes, de discuter avec elles, diplomatie Tyrell oblige, et de soutenir les membres de ma propre famille. Plus sérieusement, l’esprit du groupe est très détendu, les familles sont plus là pour donner une direction et on échange sur nos lectures, c’est très plaisant. J'avais lancé ce blog justement parce que je voulais discuter de ce que je lisais !


    J’ai terminé le challenge avec 30 livres, en validant tous les menus et tous les paliers, pour un total de – attention, roulement de tambour – 1060 points ! Si avec ça, les Tyrell ne gagnent pas… je prendrai ma revanche l’année prochaine, car c’est mon challenge préféré.


    TW Les Belles : mort violente des personnages lesbiens

     

    Pumpkin Autumn Challenge 2019 – Bilan – Partie 2

    La suite de mon bilan du Pumpkin Autumn Challenge ! J'avais commenté mes lectures des deux premiers menus en partie 1, et c'est parti pour les ouvrages restants.

    Menu Automne Douceur de Vivre

    Jack-O-Lantern : Emma, sa Cousine et Moi de Lizzy Brynn

    femme en débardeur rayé lisant Emma, sa Cousine et Moi de Lizzy Brynn dans l'herbe

    J’ai eu envie de lire ce roman dès que j’ai vu qu’il était approuvé par le Lobby LGBT – et les commentaires m’ont bien encouragée !

    Je ne vais pas en dire beaucoup sur car il est très court, mais j’ai passé un super moment en le lisant. La narratrice, Chloé, est attachante, et je me suis vite impliquée dans sa relation avec sa meilleure amie Emma, qui lui reproche de privilégier l’équitation. Puis la cousine arrive…

    L’histoire est très douce. La romance est simple, sans exagération, les sentiments sont sincères. J’ai trouvé la discussion autour du consentement très bien faite !

    L’autre mère : Dysfonctionnelle d’Axl Cendres

    femme lisant Dysfonctionnelle d’Axl Cendres dans une bibliothèque vieillotte

    J’ai aimé le livre dès que j’ai commencé ma lecture. Fifi nous présente sa famille dysfonctionnelle, la narration est drôle et prenante. Je me suis sentie chez moi dans cette maison vivante et chaleureuse. Chaque chapitre présente un nouveau personnage, les anecdotes à son sujet, dans un fouillis temporel difficile à expliquer.

    Puis l'histoire devient plus linéaire, et Fifi raconte sa jeunesse puis son adolescence, et sa rencontre avec Sarah, dont elle tombe amoureuse. Et c'est là que ça a dérapé : Sarah fait pression sur Fifi pour qu'elles couchent ensemble, et c'est quelque chose qui m’horripile. Cette relation n’est pas présentée comme particulièrement saine, elle est tout aussi dysfonctionnelle que les autres, mais j’aurais préféré que l’histoire se concentre sur la famille.

    Ça reste une bonne lecture, avec des personnages très attachants !

    Un Cinnamon Roll et un Chaï Latte, à emporter s’il vous plaît ! Love is Love d’un collectif de créateurices

    Femme en noir lisant la BD Love is Love

    Je pensais que ce serait une « lecture vite fait », comme c’est souvent le cas pour les BD. Mais pas ici… Chaque page a été écrite par un·e artiste différent·e, alors avant d’en lire une autre, il faut faire une pause, engranger l’histoire, laisser toutes les émotions se poser. Et des émotions, il y en a ! Le thème est en effet l’attentat d’Orlando, et si les premières pages m’ont laissée indifférente, j’ai commencé à pleurer en lisant l’histoire illustrée sur une petite fille passionnée d’astronomie, ses parents, et leur réaction à l’attentat.

    Comme chaque page a été écrite par une personne différente, mon ressenti ne faisait que changer. Beaucoup de références aux comics m’échappaient, je n’ai pas compris certains des dessins, et politiquement, je trouvais les idées exprimées parfois très plates.

    Mais certaines pages ont été comme un coup de poing. La page où un couple de femmes appellent désespérément toustes leurs ami·es, où les bulles s’enchevêtrent dans leur panique. Le texte décrivant la " porte ouverte " par les personnes LGBTI+. L’image grandiose d’un jeune homme et de sa mère dansant ensemble.

    Certaines étaient plus douces, l’une m’a remplie d’amusement jubilatoire : les présupposés sur des onomatopées s’échappant d’une chambre.

    A la fin de cette BD, j’étais épuisée. Vidée, émotionnellement. Avec du recul, elle n’est pas excellente, les pages qui m’ont touchée ne sont qu’une minorité, et j’aurais aimé plus de représentation trans, inter... Mais sa lecture a été incroyable. Et pour la clore sur une note émotionnelle, je vous conseille d’écouter I know a Place de MUNA. C’est ce que j’ai fait juste après.

    Menu Automne Astral

    You’re just as sane as I am : Saga tomes 1 à 9 de Brian K. Vaughan et Fiona Staples

    femme lisant la BD Saga de Brian K. Vaughan et Fiona Staples devant un buisson de roses

    J’ai commencé à lire cette BD en librairie. Quoique n’étant pas mon style, les dessins sont beaux et correspondent parfaitement à l’ambiance. Alors qu’une guerre intergalactique fait rage, deux soldat·es de camps ennemis tombent amoureuxses et ont une fille, qui raconte leur histoire.

    J’ai repris ma lecture en retrouvant le tome 1 dans ma bibliothèque, et malgré cette relecture, j’ai eu beaucoup de mal à identifier les différents camps, j’oubliais sans cesse les différentes allégeances.

    Les personnages sont complexes, et de race, genre et sexualités variés. Je me suis beaucoup attachée aux chasseurses de prime qui veulent tuer les parents et leur fille et je trouve ça génial de ne pas savoir qui je veux voir gagner ! Les morts – nombreuses – sont également très bien faites, j’étais triste même pour les personnages que je connaissais à peine. Cependant, il y a aussi plusieurs fausses morts qui réduisent le suspense.

    Les romances aussi sont assez inégales : autant j’ai aimée celle entre la grand-mère et l’écrivain, autant j’étais perplexe face à d’autres.

    Cette série n’est malheureusement pas terminée, et j’attends la sortie du tome 10…

    Rêverons-nous de moutons électriques : On est tous faits de Molécules de Susin Nielsen

    femme lisant On est tous faits de Molécules de Susin Nielsen

    Le résumé ne m’avait pas particulièrement motivée : il promet une histoire prévisible de famille recomposée où la « peste » (Ashley) apprend à être gentille et le « nerd » (Stewart) à se faire des ami·es... et c'était exactement ça.

    J'ai toutefois passé un bon moment. Il n'y a pas beaucoup de suspense, et j'ai eu du mal avec le personnage d'Ashley au début. Mais Stewart est cool, et on entre peu à peu dans l'histoire. J'ai trouvé les pensées d'Ashley par rapport à son copain Jared bien écrites, on sent la pression sociale et la présence de la culture du viol.

    Songe d’une Nuit d’Automne : Et ils Meurent tous les deux à la Fin d’Adam Silvera

    femme en noir et blanc lisant Et ils Meurent tous les deux à la Fin d’Adam Silvera, le roman est en couleurs

    Je n’aime pas les histoires qui finissent mal. Je n’avais donc pas particulièrement prévu de lire ce roman, mais je l’ai vu à ma bibliothèque et l’univers m’intéressait : dans notre futur, l’agence Death-Cast est capable de prédire la mort des gens et les prévient à minuit pour qu’ils puissent profiter de leur dernière journée.

    Je m’attendais à ce que Et Ils Meurent tous les Deux à la Fin explore les implications morales de Death-Cast : est-ce que savoir qu’elles vont mourir provoque la mort des personnes, puisqu’elles agissent différemment ? Et si les futurs morts en profitaient pour commettre des crimes ?

    Ces thèmes sont à peine abordés : on se concentre sur la dernière journée de Rufus et Matéo, deux jeunes qui se rencontrent grâce à une appli.

    L’histoire est mélancolique sans tomber dans le drame. J’avais un peu peur que la romance paraisse forcée, puisqu’elle a lieu en vingt-quatre heures, mais j’avais aimé le réalisme de la romance dans Pourquoi Pas Nous ? , et j’ai eu raison de faire confiance à l’auteur : la relation de Rufus et Matéo est avant tout une nouvelle amitié, et la potentialité de plus. J’ai compris leurs sentiments et l’impact de leur mort imminente dessus, et, même si j’aurais pu m’en passer, ça ne m’a pas paru forcé. L’amitié et la famille est au cœur du récit, ce qui m’a beaucoup plu aussi.

    En revanche, le roman manque de tension, et je pouvais le reposer sans difficulté. Le seul suspense concerne la manière dont ils vont mourir, mais on ne s’en préoccupe pas avant le dernier quart. La fin est d’ailleurs brillante, tout était là pour qu’on devine – mais je ne l’avais pas vu venir – et c’est plutôt subtil.

    Je m’attendais à être dévastée, mais il y a beaucoup d’espoir dans le ton, et l’histoire se concentre sur le positif. Les personnages ont surmonté leur peur de la mort, et moi celles des fins tristes !


    Et voilà pour le Pumpkin Autumn Challenge ! Je suis contente de l’avoir réussi, et il me motivait bien pour lire : je me forçais à quitter mon ordi et à avancer dans mes lectures. Je pense que je préfère quand même les week-ends à 1000, qui sont plus courts et plus libres.


    TW Emma, sa Cousine et moi : dans le livre se trouve une adresse mail pour demander des TW détaillés, ce que je trouve génial !

    TW Dysfonctionnelle : traumatisme, internement en hôpital spécialisé, drogue, grossophobie, mégenrage, pression sexuelle

    TW Love is Love : meurtres homophobes et transphobes

    TW Saga : morts

    TW On est tous faits de Molécules : tentative de viol

    TW Et ils meurent tous les deux à la fin : agression


    Pumpkin Autumn Challenge 2019 – Bilan – Partie 1

    Mon tout premier challenge à thème se termine ! Il s’agit du Pumpkin Autumn Challenge, créé par Guimause, durant lequel 4 menus comptant plusieurs catégories sont proposés.

    J’avais peur de ne pas le réussir, puisque je n’arrive pas à me forcer à lire des romans. J’ai donc lu les livres que je voulais, en espérant qu’ils entrent dans les thèmes, et je vais vous présenter une lecture pour chaque catégorie.

    Menu Automne Frissonnant

    Tu n’en reviendras pas ! Révolution avec une Vampire de Lizzie Crowdagger

    femme lisant sa liseuse en contrejour devant une fenêtre

    J’ai eu du mal à remplir cette catégorie, n’étant fan ni d’horreur ni de vampires… mais comme j’aime la fantasy, j’ai bien fini par tomber sur des vampires, et parmi tous ces romans-là, mon préféré est Révolution avec une Vampire de Lizzie Crowdagger, que j’ai commencé dans le métro. Ce n’étaient pas les meilleures conditions de lecture, surtout que je ne suis pas très portée sur les nouvelles : elles ne font que gratter la surface des personnages et ne me transmettent aucune émotion.

    Celle-ci m’a souvent évoqué un résumé : on découvre la vie de la révolutionnaire vampire et trans Léna à travers son interview avec un journaliste, qui pose les bases de cet univers futuriste où vampires et humains se déchirent. C’est un univers très prometteur, avec de nombreux points évoqués sans être éclaircis, propice à une longue série plus qu’à une histoire de 26 pages.

    La chute est bien trouvée et j’ai passé un bon moment… mais c’est trop court !

    Les Os/Eaux de Davy Jones : La Sirène et la Licorne d’Erin Mosta

    Entre des rochers, dans la brume, femme en sarouel coloré lisant La Sirène & La Licorne d'Erin Mosta

    J’ai eu envie de lire ce roman dès que j’ai vu sa couverture. Je ne savais même pas de quoi ça parlait ! Le temps que je le trouve, j’ai eu de plus en plus d’échos qui m’ont motivée à le lire.

    Dès le début, le mystère plane sur l’intrigue. La narratrice, Lili, a un style très direct, voir brusque, elle nous dévide toutes les informations à son sujet en un paragraphe… mais elle garde sous silence la raison pour laquelle elle doit quitter sa maison.

    Lorsqu’elle arrive chez sa tante, l’ambiance mystérieuse s’épaissit. Elle habite dans une vieille maison en ruines, et la nuit, Lili entend d’étranges bruits… A cela s’ajoute l’atmosphère mystique de la côte océanique, avec ses îles abandonnées et ses légendes de fantômes. Pour être allée dans cette région, je peux dire que les descriptions sont réussies !

    Le roman a aussi un côté très joyeux et mignon : j’adore le fait que Lili soit fan de maquillage sans pour autant être décrite comme superficielle. Sa relation avec Cris est douce, et, alors qu’elles s’attachent très vite l’une à l’autre, je n’ai étrangement pas trouvé que c’était trop rapide. Sans doute parce que leur romance est basée avant tout sur l’amitié.

    C’est toutefois le côté mystérieux de toute l’histoire qui m’a le plus charmée : le secret de Lili, le secret de Cris, le secret de la tante… ma curiosité était titillée tout au long du roman !

    Les Freaks, c’est chic : Wonder de R.J. Palacio

    Dans un lit avec une couverture orange, femme lisant Auggie & moi de RJ Palacio

    La première fois que j’ai commencé à lire ce roman, je me suis arrêtée au bout d’une page, car ça commençait par " Je ne suis pas un garçon de dix ans ordinaire, c’est certain ", et que je trouve ce genre d’accroches trop… accrocheuses, justement.

    Puis j’ai emprunté un livre spin-off de Wonder et j’ai songé que peut-être, il serait utile de lire l’original avant de me lancer dans celui-là.

    On suit le jeune Auggie, défiguré, qui entre pour la première fois à l’école. Il se fait des amis tant bien que mal… c’est lui qui raconte l’histoire, et son style narratif est très attachant. Puis… on change de narration : on a le point de vue de sa grande sœur.

    J’ai eu peur durant les premiers chapitres : je ne voulais pas que les deux situations soient comparées. Mais ce n’est pas du tout la direction prise par le roman. D’autres personnages prennent aussi la parole – même si c’est Auggie qui a le plus de narration – et on nous montre leurs problèmes, pour les comprendre et non pour les plaindre.

    C’était une lecture agréable, avec un personnage principal prenant et drôle, et d’autres qui ont gagné mon affection.

    Menu Automne Enchanteur

    Down By the Sally Garden : Will et Will de John Green et David Levithan

    femme en robe tricotée à rayures bleues lisant Will et Will de John Green et David Levithan devant un mur de crépit

    Même si l’édition tente de nous le faire croire – la 4e de couverture n’évoque que John Green et sa biographie est bien plus longue – ce roman n’a pas été écrit que par John Green : c’est une collaboration avec David Levithan. Il y a deux personnages qui narrent chacun leur tour, et ils portent le même nom : Will Grayson et will grayson.

    Malheureusement, ce n’était pas du tout mon style d’histoire. Certes, la romance est peu présente – quoi qu’il y en ait deux – ce qui n’est pas pour me déplaire, mais l’ambiance était trop mélancolique à mon goût. De plus, ça alternait trop entre des passages que je trouvais géniaux et d’autres qui m’agaçaient.

    Le meilleur ami de Will, Tiny, « très très gros et très très gay », réalise la comédie musicale de sa vie. J’ai adoré le spectacle final, et Tiny est mon personnage préféré – même si j’aurais aimé qu’il ne force pas Will à être en couple.

    J’ai aimé la relation entre sa mère et will, et les passages avec son « amie » maura, quoique douloureux, étaient bien faits. En parallèle, je lisais un autre roman avec des remarques telles que « t’es trop stressé, tu devrais tirer un coup », alors j’ai particulièrement apprécié que will dénonce la stupidité de ce genre de commentaires.

    Mais la romance entre Will et Jane m’a déplu. Je sais qu’il y a des ados qui s’identifieront à l’hésitation de Will et se réjouiront de le voir la surmonter, mais moi, je me suis plus identifiée au message de « quand ton ami se met en couple, il va t’abandonner alors il faut que tu sois en couple aussi » et je n’ai pas trouvé ça franchement réjouissant…

    Mon voisin le Kodama : Lumberjanes tome 1 de Shannon Watters, Grace Ellis, Brooklyn A. Allen et Noelle Stevenson

    femme en débardeur, chemise et casquette lisant la BD Lumberjanes

    J'ai eu du mal à rentrer dans cette BD, je trouvais les personnages caricaturaux – la survoltée, la sérieuse, la sportive, la féminine, etc – et les dessins très différents de ceux de la couverture, ce qui m'a prise au dépourvu.

    Mais c'est une histoire fun, qui repose surtout sur l'amitié, ce qui me change agréablement des romances omniprésentes. J’ai hâte de lire les tomes suivants !

    Misty Day : The Wicked + The Divine de Kieron Gillen et Jamie McKelvie

    personne en chemise rose lisant The Wicked + The divine de Kieron Gillen et Jamie McKelvie devant un tag coloré

    On m’avait beaucoup recommandé cette BD, et comme la couverture en jette, j’étais motivée en commençant ma lecture. J’ai toutefois eu du mal à rentrer dedans : j’aime les histoires claires, et celle-ci, avec tout son mysticisme et son mystère, était à la limite de ce que je peux apprécier. Ça se passe dans notre univers, avec des chanteurses considéré·es comme des divinités, et qui ont des pouvoirs magiques. On suit l’histoire d’une fan qui rencontre la génialissime Luci. Et heureusement que Luci était là pour m’enthousiasmer ! C’est d’ailleurs pour ça que j’ai moins accroché à la suite, où elle est moins présente, et que j’ai arrêté au tome 2… L’histoire est cool mais un peu trop floue pour moi !

    Prenez Garde aux Souliers Pointus : Fleur du désert de Waris Dirie et Cathleen Miller

    femme en robe à fleurs lisant Fleur Du Désert devant une route

    Enfin, j’ai lu un des romans laissés chez mes parents – c’est la malédiction des bouquins que je laisse là-bas : comme je n’y vais qu’occasionnellement, je n’ai pas le temps de les lire. Une autobiographie, ce qui me remplit rarement d’excitation à l’idée de commencer ma lecture, ayant toujours eu une préférence pour la fiction.

    Le début ressemblait plus à une liste d’évènements. Puis je me suis attachée à la narratrice, Waris Dirie, une jeune Somalienne fuyant sa famille nomade pour échapper à son mariage. J’aimais beaucoup sa force placide, sa manière de se lancer et d’aborder un problème après l’autre, sans s’inquiéter de l’avenir.

    On suit son parcours de domestique à mannequin, la présentation de son travail est bien loin des clichés glamour et superficiels. La chronologie fait des allers-retours qui, une fois n’est pas coutume, ne m’ont pas perdue. J’avais cependant souvent envie de lire la suite, et étais frustrée de repartir en arrière.

    La dernière partie rejoint le présent et la lutte de Waris Dirie contre la FGM (Female Genital Mutilation). Plusieurs chapitres, au cours du roman, étaient consacrés au récit de son excision et de ses conséquences. C’est très graphique et je comprends l’intention d’horrifier, mais j’ai lu en diagonale le passage de la mutilation.

    J’ai été très surprise, à la fin, de me rendre compte que ce roman date de 1998 : la narration, les sujets abordés et les revendications féministes me paraissent très modernes ! Et hélas toujours d’actualité…

     

    J'ai l'impression que certaines de ces lectures remontent à une éternité ! En même temps, le challenge dure trois mois... La suite de mes lectures dans la partie 2 !

     

    TW Wonder : harcèlement, agression

    TW Will et Will : Dépression, pensées suicidaires

    The Wicked + The Divine : violence

    TW Fleur du Désert : tentatives de viol, mutilation génitale graphique

     

    Une Fille Facile et Nous les Filles de Nulle Part

    de Louise O'Neill et Amy Reed respectivement

    femme en nuisette lisant une fille facile allongée sur du goudron

    J’ai lu Une Fille Facile d’après les conseils de Sita Tout Court. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne fait pas rêver... J’ai commencé dans le métro, alors que je revenais d’un club de lecture. J’ai eu tout juste le temps de découvrir que la narratrice, Emma, était une peste superficielle, puis ma liseuse a freezé. Impossible de tourner la page. Ce n’était pas dramatique, j’ai réfléchi à mes propres histoires, mais j’étais un peu contrariée.

    Ce que j’aime dans les romans, ce sont les personnages. Là, Emma est égoïste, méchante, arrogante… et c’est ce qui rend toute l’histoire intéressante. D’avoir de la compassion pour elle, même si on la déteste. Le titre anglais, Asking for It, représente parfaitement le roman : Emma est violée par quatre de ses camarades de classes, et tout le monde va considérer qu’elle est fautive. La fin est vraiment intéressante, à l’image du roman, et l’autrice explique ses choix en conclusion. C’est loin d’être une lecture agréable, surtout quand on sait que c’est la réalité. Bien que fictive, Emma existe, et la société dans laquelle elle vit, c’est la nôtre…


    femme en tenue colorée lisant NOus les Filles de Nulle Part devant des affiches militantes

    Nous les Filles de Nulle Part, sur un thème semblable, est beaucoup plus plaisant à lire. La première comparaison qui me vient à l’esprit, c’est La Lune est à Nous : un sujet dur, violent, mais les personnages s’unissent pour lutter et le courage et la solidarité sont au cœur du roman. Grace emménage dans la chambre d’une fille qui a déménagé suite à son viol – car c’est elle qui a été tourmentée, et il n’y a eu aucune conséquence pour le coupable. Grace et ses deux nouvelles amies vont fonder un groupe militant, les Filles de Nulle Part, rassemblant toutes les élèves du lycée pour lutter contre la culture du viol dans leur établissement.

    Je l’ai lu en camping avec ma famille, avançant dès que j’avais une seconde de disponible, prise par l’histoire, par les personnages si nombreux et attachants, dont l’histoire personnelle est également explorée.

    Cette quantité de personnages permet de présenter des points de vue très variés – là où Une Fille Facile se concentrait sur les filles blanches cishétéro de classe moyenne, on a ici des filles grosse, racisée, lesbienne, autiste asperger dans les personnages principaux. Ça amène de nombreuses confrontations d’opinions. Il n’y a que le débat sur la nature masculine qui m’a déçue : alors que d’habitude j’aime quand les arguments sont présentés par des éléments scénaristiques et non par des discours – c’est plus subtil – dans ce cas-là, j’aurais aimé plus de dialogues. Certaines filles lâchent que « ce sont des hommes, c’est dans leur nature », et pas mal d’hommes affirment la même chose. Il y a peu de contre-arguments, le seul dont je me souvienne est « si tu ne crois pas que les gens puissent changer, pourquoi tu te bats ? ». Le scénario met en évidence que ce n’est pas l’opinion du livre, mais j’aurais aimé que ce soit plus explicite.

    Je regrette aussi que la fille trans n’ait que deux paragraphes de présence – les retirer ne change rien à l’intrigue. Il était nécessaire de l’inclure pour rappeler que les filles ne se réduisent pas aux filles cis, mais j’aurais aimé qu’elle ait plus de rôle.

    La fin m’a paru irréaliste, mais j’étais surtout contente que ça se termine bien !


    J’ai adoré ce roman, bien plus agréable à lire qu’Une Fille Facile, même s’il y a des descriptions de viol. C’est une histoire encourageante, et qui ne se résume pas à ses arguments ! Le mot de la fin m’a rapprochée de l’autrice, qui parle de ses relecteurices, de ses recherches, et liste ses sources. C’est la démarche que je souhaite avoir, et je suis heureuse qu’elle donne un aussi bon résultat.


    TW : viol

     

    Week-End à 1000 – Bilan Novembre

    Ma deuxième participation au Week-end à 1000 – challenge créé par Lili Bouquine qui consiste à lire 1000 pages en un week-end – était plus organisée que ma première, et pourtant, elle est vite partie en vrille.

    J’avais choisi trois romans à lire, qui me faisaient les 1000 pages de justesse – 1026 en comptant les remerciements des autrices ! – et vendredi soir, j’ai commencé Un si Petit Oiseau de Marie Pavlenko (395 pages).


    femme en gilet bleu lisant Un si Petit Oiseau dans l'herbe

    J’avais lu Tu es Mon Soleil il y a deux ans, et j’avais adoré l’écriture, raison pour laquelle j’ai emprunté Un Si Petit Oiseau. Vu le titre et la couverture, très semblables, je pensais que l’histoire serait similaire et se servirait du succès du roman précédent, sans chercher à innover. Je me suis bien trompée : la seule ressemblance est que le style d’écriture est magnifique, doux et poétique.

    Lorsque je prends un livre au hasard, le personnage principal est toujours blanc, cis, hétéro et valide. C’était donc une surprise agréable que de découvrir que l’héroïne, Abi, est handicapée. Elle a perdu son bras droit dans un accident de voiture, et se révolte de sa perte d’autonomie, du regard des gens. Jusqu’à ce qu’elle reçoive La Main Coupée de Blaise Cendrars, écrivain amputé de sa main droite durant la première guerre mondiale.

    C’est cet évènement qui m’a plongée dans le roman, car je sais ce que c’est que d’avoir l’impression de sortir du lot, et, soudain, de lire un livre écrit par une personne comme soi. Abi va peu à peu renouer avec sa vie, ses rêves, sa famille et des ami·es. C’est doux, calme sans être ennuyeux, et on se sent totalement dans la peau du personnage.

    Je suis valide et je ne sais donc pas si c’est une bonne représentation – il y a un point qui m’a laissée dubitative – mais c’est une belle histoire qui ne tombe pas dans le pathos.


    femme avec un t-shirt asymétrique lisant l'Estrange Malaventure de Mirella devant des sapins

    J’étais tellement passionnée que j’ai terminé Un Si Petit Oiseau le soir même, et j’étais convaincue d’être bien partie dans le challenge. Que nenni !

    Samedi matin, j’ai commencé L’estrange Malaventure de Mirella de Flore Vesco, une réécriture du conte Le Joueur de Flûte de Hamelin. J’adore les réécritures de conte, et les jeux de mots des premiers chapitres étaient prometteurs. Le maire de Hamelin a mis en place l’eau courante dans son village moyenâgeux, et il s’agit donc… d’orphelin·es portant l’eau en courant ! Mirella en fait partie. Peu à peu, on remarque des évènements étranges : les rats sont plus nombreux, Mirella invente des chansons, discute avec des lépreuxses… Mais c’était lent à se mettre en place, et le style exagérément désuet, quoique très rigolo – à grand coups de moult et iceux – m’empêchait de rentrer dans l’histoire. J’ai abandonné à la page 94.


    femme en débardeur noir lisant La fille qui n'existait pas

    Déçue et ne sachant pas ce que j’allais lire à la place, j’ai enchaîné avec La Fille qui n’Existait pas de Natalie C. Anderson (415 pages). La jeune Tina mène avec son meilleur ami et son gang le cambriolage de la propriété la plus protégée de la ville. Son but est de se venger de l’homme qui a tué sa mère…

    J’ai lu en pointillés tout l’après-midi – je le passais avec des ami·es, mais je voulais vraiment savoir la suite – et le soir, je ne l’ai plus lâché. Tina est attachante et j’étais de tout cœur avec elle, les autres personnages sont cool aussi, le scénario est tendu et rempli de suspense. Le contexte politique autour est intéressant, j’ai beaucoup appris sans m’en rendre compte, prise par l’histoire. Tellement prise que je n’ai même pas essayé de deviner la suite, et que j’ai été étonnée par les révélations et retournements de situation !

    Je me suis couchée bien plus tard que prévu pour terminer, je ne pouvais tout simplement pas m’arrêter avant de connaître la fin.


    femme en chemise lisant Paranoïa

    Dimanche, pour combler le manque laissé par L’Estrange Malaventure de Mirella, j’ai choisi Paranoïa tome 1 de Melissa Bellevigne (313 pages), un roman que j’empruntais pour la troisième fois – je n’avais pas eu le temps de le lire les fois précédentes. J’étais intéressée par l’aspect psychiatrique de l’histoire : on a le point de vue d’une psy et de sa patiente, supposée paranoïaque et schizophrène. Mais… et si ses hallucinations n’en étaient pas ?

    J’ai eu des doutes dès les premiers chapitres : on commence par le point de vue de Lisa, la psy, qui m’a paru incompétente. Je ne connais rien à la psychiatrie, mais quand une patiente enceinte veut mourir pour ne pas accoucher, il me parait peu judicieux de la saluer d’un « ne vous êtes-vous pas attachée à votre enfant ? ». Et lorsqu’on découvre que l’enfant est issu d’un viol, on se rend compte que Lisa ne s’était même pas demandé pourquoi Judy n'en voulait pas. Pour elle, c’est inconcevable, et elle ne se remettra pas en question.

    A cause de ce début suspect, je n'ai pas vraiment donné sa chance au roman et je me suis mise à traquer les incohérences. Judy est diagnostiquée paranoïaque mais fait confiance à Lisa au bout de leur troisième conversation. Elle déteste son ami imaginaire, Alwyn, et l’aime le lendemain.

    Moi, j’ai continué de le détester. Il est toujours énervé et cherche à contrôler Judy, ce qui ralentissait pas mal l’intrigue, et j’ai fini par sauter tous les paragraphes de débats de type « non, ne fait pas ça » « si, je vais le faire », débats qui constituent plus de la moitié de leurs conversations.

    Les révélations étant prévisibles, je n’en pouvais plus d’attendre que les personnages comprennent ce que j’avais deviné et je survolais de plus en plus. Disons que sauter des passages ne m’a pas aidée à rentrer dans l’histoire, et je ne faisais presque plus que lister ce qui n’allait pas.

    Le slogan inscrit sur la couverture « L’une est la seule à le voir, l’autre est la seule à la croire » est faux, mais c’est la partie que j’ai aimé du roman. Lisa ne croit pas du tout Judy, et, jusqu’au bout, on ne saura pas laquelle des deux a raison. Cette ambiguïté était très intéressante, et c’est dommage que le reste n’ait pas soutenu cette bonne idée…


    Ce fut donc un week-end à 1000 en grand huit, avec des romans géniaux, un qui ne m’a pas assez intéressée, et un dernier qui m’a énervée… au moins, j’ai lu plus de mille pages, combien exactement, difficile à dire vu que j’en ai sautées dans ma dernière lecture !


    TW L’Estrange Malaventure de Mirella : tentatives de viol

    TW La Fille qui n’Existait pas : viols, tentative de viol

    TW Paranoïa : viol, psychophobie, grossesse et accouchement


    Week-End à 1000 – Bilan

    Pour la première fois, j’ai participé au week-end à mille ! Pour celleux qui ne connaissent pas, c’est un challenge créé par Lili Bouquine, dont le principe est de lire 1000 pages en un week end, du vendredi soir au dimanche soir.

    Je n’avais aucune idée de ce que ça représentait, mille pages… dans le doute, j’ai choisi dans mon étagère les romans avec la police d’écriture la plus grosse. Je ne voulais pas que ma première participation se solde par un échec !

     

    Vendredi soir, j’ai commencé par Le Carnet Rouge d’Annelise Heurtier (192 pages). On suit l’histoire de Marie, une ado à la recherche de ses origines népalaises, qui va découvrir le journal intime de sa grand-mère. Le récit alterne entre le passé et le présent, et parfois, j’avais juste envie de rester dans le passé, d’avoir la suite de l’histoire de la grand-mère !

    J’étais agréablement surprise que ce roman jeunesse aborde le sujet du travail du sexe, je ne suis cependant pas assez renseignée pour savoir s’il était bien traité.

    Comme j’étais très fatiguée par ma semaine, je n’ai fini Le Carnet Rouge que samedi matin, et, pour garder le rythme, j’ai enchainé avec Talitha Running Horse d’Antje Babendererde (397 pages).

     

    L’histoire est racontée par Tally, une jeune métisse amérindienne passionnée d’équitation. Je ne suis pas une spécialiste de littérature amérindienne, donc je ne peux pas affirmer que la représentation était bien faite. Cependant, je n’ai pas retrouvé les éléments critiqués dans d’autres représentations… Les horreurs de la colonisation sont dénoncées, tout comme la stigmatisation et la discrimination qui perdurent de nos jours.

    J’ai beaucoup accroché à la relation entre Tally et Stormy, la jument qu’elle voit grandir.

    Cependant, la romance a tout gâché. Les clichés du coup de foudre et du triangle amoureux ne m’ont pas dérangée plus que ça, le problème vient de Neil, l’intérêt amoureux. Alors qu’il sort avec une autre fille, il se montre jaloux d’un des amis de Tally. Puis, lorsqu’elle se blesse, il l’accuse et l’accable de reproches – cette attitude est dénoncée dans un premier temps… puis excusée, parce qu’il « l’aime » !

    Et à la fin, alors qu’il veut coucher avec elle, Tally se montre réticente car elle ne veut pas tomber enceinte – je précise que Tally a seize ans, et lui a plus de deux ans de plus qu’elle. Neil précise qu’il ne veut pas d’enfants, puis insiste avec une petite dose de chantage émotionnel. Et donc ils couchent ensemble sans se protéger, c’est le bonheur absolu, et fin de l’histoire.

     

    Alors que je lisais Talitha Running Horse, je suis entrée dans une librairie, et je n’ai pas résisté : j’ai acheté la nouvelle BD de Jen Wang, La tête dans les Étoiles (216 pages). Je l’ai lue dans un petit parc, parfait pour cette histoire douce, avec peu de dialogues et de très jolis dessins, qui raconte l’amitié entre Moon et Christine, deux filles de la communauté chinoise aux États-Unis.

        Je le relirai pour savourer tous les dessins, particulièrement ceux de musique et de danse que j’ai trouvés magnifiques.


    Après cette petite incartade à ma pile-à-lire, j’ai saisi un roman jeunesse relatant « l’histoire vraie derrière La Belle et la Bête » : Ma Vie de Monstre d’Anne Pouget (199 pages).

    Durant le règne de Catherine de Médicis, plusieurs personnes à la pilosité très forte – une maladie nommée hypertrichose – étaient exhibées à la cour comme des objets de curiosités. C’est le récit de l’une d’entre eux, Tognina.

    L’autrice a trouvé un bon équilibre entre l’horreur de la situation de Tognina et une narration plus douce. Un petit glossaire à la fin permet d’en savoir plus sur la réalité historique de chaque personnage, et l’histoire s’arrête juste à temps pour qu’on puisse croire qu’elle finit bien...

     

    J’ai lu Ma vie de Monstre bien plus rapidement que prévu et j’ai donc commencé le livre suivant dès samedi soir : Signé Sixtine (321 pages) de Roxane Dambre. Ma bibliothécaire me l’avait recommandé, et j’avais des doutes : ça parle de sciences, et je m’en farcis assez tous les jours pour ne pas vouloir en retrouver dans mes lectures.

    Mais Sixtine m’a charmée dès la première page : elle déborde d’énergie et de bonne humeur, elle est gentille et ouverte, et elle adore les couleurs ! Elle ne pouvait que me plaire. De plus, loin d’être une passionnée de mathématiques, elle n’imagine pas plus barbant, et, lorsque durant son premier jour comme journaliste chez ActuParis, elle est chargée de couvrir une conférence de cosmologie, elle est tout simplement horrifiée. Mais elle ne se laisse pas abattre et cherche un angle pour passionner son lectorat…

    Le roman vire à l’enquête policière avec des soupçons de surnaturel, et le peps de Sixtine m’a propulsée à travers les pages sans la moindre difficulté. J’ai terminé le challenge à 10h30 le dimanche matin sur une note réjouissante, et j’ai hâte de me lancer dans le suivant !


    TW Le Carnet rouge : mention de viol

    TW Talitha Running Horse : tentative de viol


    La Lune est à nous de Cindy van Wilder

    Un énorme coup de cœur pour ce roman ! Eh oui, je vous donne mon opinion dès la première ligne, comme ça vous pouvez arrêter de lire mon article pour vous ruer sur ce livre.

    Il était sur ma liseuse depuis un bon moment. Puis j’ai entendu qu’un des personnages était aromantique et ma motivation pour le lire a redoublé. Mais je n’avais pas de temps, et j’ai oublié…

    Il était mal barré : depuis quelques semaines, ma mission était de lire tous mes livres papier pour les ramener chez mes parents. Je ne touchais donc pas à ma liseuse. Puis, un samedi, pour aller à Paris, j’ai emporté un livre papier à lire dans les transports. J’ai eu beau m’acharner, je n’ai pas accroché, et je me suis retrouvée dans une situation dramatique : il me restait une heure de trajet, ainsi que le retour, et je n’avais aucun livre papier à lire !

    Heureusement, il y avait ma liseuse, et en top priorité : La Lune est à Nous de Cindy van Wilder, que j’ai donc commencé à lire. Je n’avais pas lu le résumé avant, j’ai donc découvert les personnages avec les premiers chapitres.

     

    Max vient de déménager en Belgique avec sa mère suite au divorce de ses parents, Olivia est instagrammeuse beauté et se lance sur Youtube. Iels se croisent près du Dépôt, un centre culturel et artistique inclusif, Olivia en est membre et Max a envie de participer. Les deux se partagent la narration, au début iels se voient peu, puis leurs histoires s’entremêlent de plus en plus.

    C’était tellement génial que je l’ai terminé le soir même. Il y a des moments durs qui m’ont noué l’estomac : Olivia se fait harceler car elle est grosse, racisée et qu’elle fait du body-positivisme en ligne. Les coming out de Max ne se déroulent pas au mieux. Mais dans l’adversité, la solidarité entre les personnages m’a d’autant plus réconfortée. La créatrice du Dépôt et toustes ses membres, les deux youtubeuses qui entourent Olivia, et les deux narrateurices qui s’entraident malgré leurs propres difficultés. C’est un roman très humain, et, s’il montre les horreurs de notre société, montre aussi que grâce au soutien de ses ami·es, on peut s’en sortir. Ça fait chaud au cœur… et la fin est tellement enthousiasmante ! La présence d’un personnage aro n’est qu’une petite cerise sur ce magnifique gâteau.

     

    Alors qu’avec cette lecture je pensais réduire ma pile à lire, elle s’est au contraire rallongée puisque j’y ai rajouté les autres romans de Cindy van Wilder…

     

    TW: harcèlement (grossophopie, racisme, homophobie)

     

    Six of Crows Tomes 1 & 2 de Leigh Bardugo

     

    J’arrive après la guerre – le tome 1 est sorti il y a trois ans et je viens de découvrir qu’une série Netflix était en préparation – mais du coup, j’en profite pour faire une chronique de la duologie complète. Dans mon école, les élèves de deuxième année parrainent un élève de première année. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que j’ai bien choisi mon filleul : c’est lui qui m’a conseillé ce roman génial… Certes, il a commencé par me prêter le tome 1 de Grisha, que j’ai lu sans plus de passion et sans désir de continuer. Mais j’ai quand même ajouté les deux tomes de Six of Crows sur ma liseuse, et, six mois plus tard, bien au chaud sous ma couette, j’ai plongé dans le tome 1.

     

    J’ai eu du mal avec les premiers chapitres, dans lesquels l’univers est présenté – même si le fait qu’il soit d’inspiration slave m’a séduite, étant un peu lasse des univers à la Tolkien. Le mystère est cependant présent dès le début, puis j’ai été entrainée dans une ambiance réaliste plus proche des casses que de celle d’un roman de fantasy : les six personnages forment un groupe d’élite pour s’introduire dans un palais ennemi et libérer un prisonnier dangereux. Chacun·e a une spécialité : mage, cartographe, acrobate, tireur, stratège, espion… Mais il ne faut pas croire que c’est la grande amitié au sein de ce groupe : l’un garde son passé secret, deux sont originaires de nations ennemies…

    J’ai lu de plus en plus vite, captivée par les personnages, entre autres Kaz Brekker, dont les stratégies m’ont impressionnée. Les cinq autres, plus sympathiques, contrebalancent sa froideur, en particulier Wylan que je trouve adorablement gentil et Jesper dont j’ai adoré l’humour et le dynamisme. J’ai besoin d’aimer les personnages pour apprécier un livre, et avec les cinq narrateurices de ce roman, c’était mission accomplie. Cinq ? Alors que le titre c’est Six of Crows ? J’étais surprise aussi : le sixième membre du groupe n’a pas voix au chapitre dans le tome 1…

    On pourrait croire qu’avec des personnages aussi géniaux, ils seraient le point fort du roman. Eh bien même pas : c’est le scénario. Même si parfois, les déplacements et la géographie des lieux sont un peu confus, les stratégies des personnages sont intelligentes et la narration sait les mettre en valeur : en les expliquant à l’avance, ou, au contraire, en les révélant au dernier moment… Comment est-ce possible, alors qu’on a le point de vue de tous les personnages ? Est-ce qu’on n’a pas l’impression que l’autrice triche en nous masquant une partie de leurs pensées, afin de garder leur plan secret ?

    Pas du tout. Ça m’a surprise moi-même : dans la plupart des romans, je trouve artificielles les révélations de ce que les narrateurices savent depuis le début. Ce n’est pas le cas ici.

     

     

    Dès que j’ai fini le tome 1, j’ai enchaîné avec le tome 2 : le cliffhanger est pour le moins insoutenable, et la suite reprend juste après. Difficile donc de les séparer dans mes souvenirs et mon opinion, surtout que le tome 2 s’est montré à la hauteur du tome 1. Le rythme est différent car il se découpe en deux parties, une première pour régler le problème de la fin du tome 1, et une deuxième pour vaincre le méchant. Je simplifie, mais je ne veux surtout pas spoiler le moindre bout de scénario. Le tome 2 conserve en effet les bonnes stratégies, et approfondit les personnages : on suit beaucoup Inej – que j’adore – j’ai beaucoup aimé voir Nina gérer son addiction, et la relation entre Jesper et Wylan qui se développe.

    Mais leur romance est bien la seule dont je suis fan… oui, il y en a d’autres : avec six personnages, on a trois romances pour le prix d’une ! Au milieu d’une intrigue très tendue, c’est un peu trop à mon goût. Je suis restée indifférente à Nina et Matthias, alors que j’aime d’ordinaire les personnes originaires de deux camps ennemis qui s’aiment envers et contre tout. Kaz et Inej étaient déjà plus intéressant·e·s, mais à partir du moment où aucun·e des deux ne voulait se mettre ensemble, je me suis dit que c’était mort et je les ai vu·es comme des ami·es. Même si leur relation n’est pas forcée, j’ai été indifférente à son développement. Le couple auquel j’ai le plus accroché est celui de Jesper et Wylan, ils se complètent bien et leur relation est moins dramatique et tourmentée.

     

    Malgré une certaine lassitude côté romance, j’ai adoré la complexité des personnages. L’univers est original et surtout, le scénario m’a passionnée.

    Ayant développé une admiration sans bornes pour Leigh Bardugo suite à cette série, j’ai enchaîné avec Wonder Woman Warbriger dont je publierai certainement la chronique bientôt…

      TW: Torture