Mes Vrais Enfants

de Jo Walton

 

En arrivant dans ma nouvelle ville de résidence, une de mes premières visites a été pour la bibliothèque. J'ai emprunté plein de livres, si bien que j'ai fini par me rendre compte que je n'avais que quatre jours avant de devoir les rendre… Et qu'il me restait quatre romans à lire…

J'ai donc commencé Mes Vrais Enfants avec l'objectif de le terminer dans la journée. L'histoire est facile à lire, et, comme je connaissais le concept, je n'ai pas été perdue au début. Patricia est une vieille femme avec des troubles de la mémoire... mais surtout, elle a le souvenir de deux vies parallèles. Lorsque Mark lui a proposé de l'épouser, dans une version, elle a accepté, prenant le surnom de Tricia. Dans une autre réalité, elle a refusé et est restée Patty.

Les chapitres alternent entre chaque réalité, le jeu sur les surnoms permet de les distinguer facilement. Je me suis identifiée aux deux vies de Patricia, et surtout, au parallèle entre les deux, à l'illusion de ses sentiments pour Mark, à sa passion pour Bee...

 

Les deux réalités sont complexes, l’une d’entre elles paraît plus malheureuse au début, mais d’autres éléments viennent altérer ce ressenti. Les personnages sont géniaux, qu’on les aime ou pas, très réalistes et complets. Mes émotions étaient toujours en phase avec celles de Patty ou Tricia, accompagnant ses hauts, ses bas…

Même si c’était passionnant, ce n’est pas un roman qui se dévore, on a envie de prendre son temps, de le savourer : il s’étale sur toute une vie, ce serait bizarre de le lire en une journée ! Je ne l’ai donc pas terminé le jour-même…

On suit la vie de Patricia de son enfance à sa vieillesse, et, surtout pour la réalité de Patty, ça fait du bien de voir un couple de femmes aller au-delà du premier baiser, et d’observer leur vie jusqu’à leur soixante-dix ans. Ça me rappelle qu'on a un avenir, et pas juste des débuts.

 

J'ai été prise au dépourvu par les différences historiques entre les deux réalités : par exemple, il y a plusieurs bombardements nucléaires dans celle de Patty. Un autre aspect qui m’a déconcertée est la progression du temps. C’est logique, mais ma perception de l’époque est restée bloquée à la seconde guerre mondiale, alors j’étais choquée à chaque fois qu’un ordinateur était évoqué.

Et la fin… elle est triste, frustrante, et géniale. Ça n’aurait pas pu être une meilleure fin, elle conclut ce livre à l’ambiance de vie. Les personnages restent complexes jusqu’au bout. A part Patty et Bee, aucun n’est totalement gentil, totalement méchant, ils ont des qualités et les défauts, et ce sont les défauts qui ressortent plus lorsque Patricia vieillit et qu’elle est traitée avec de moins en moins de respect. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ma grand-mère…

 

C’est un roman prenant avec tellement de petits moments qui brisent le cœur, d'autres qui remplissent de joie. C'est la vie, quoi !

 

TW : mention de viol, relation toxique

 

Le renard et la couronne

 
de Yann Fastier

 

TW : discussion de viol

 

Je ne sais pas pourquoi, j’étais convaincue que ce roman était un roman fantasy. Enfin si, je sais pourquoi : vous avez vu la couverture ? J’ai commencé à le lire sur ma liseuse, et le début ne m’a pas détrompée : dans un village au nom aux consonances fantastiques, la petite Ana perd sa grand-mère et, orpheline, doit survivre dans la rue. Sur son lit de mort, la vieille femme avait murmuré une phrase étrange impliquant un renard et une couronne… Ça fait fantasy, non ?

Du coup, quand j’ai voulu acheter la version papier – le début m’avait suffi pour savoir que j’adorerais – j’ai eu beau le chercher dans le rayon fantasy, je ne l’ai pas trouvé. Une vendeuse m’a aidée, je suis repartie avec le roman sans me douter de quoi que ce soit.

L’histoire est variée : Ana lutte pour survivre aux côtés d’un gang de voleurses, puis, alors que sa vie se stabilise, elle est poursuivie par un assassin… Et moi, j’ai donc attendu jusqu’à la fin l’apparition de la magie. Mais c’est la première guerre mondiale qui a pointé son nez – ou plutôt ses prémices.

 

Malgré cette légère déception, qui, soyons honnête, est de ma responsabilité – et beaucoup liée à ma nullité en géographie, ma mère a tout de suite identifié l’endroit où ça se passait – j’ai adoré ce roman. La romance entre la princesse et la voleuse, quoi qu’amusante, ne m’a pas emportée, mais l’intrigue est riche en rebondissements – il y a trois parties, et le scénario de chacune est on ne peut plus différent. Et surtout, il y a beaucoup de clichés retournés contre eux-mêmes. J’adore ça !

Surtout le dernier, que je vais développer au cas où certain·es roulent des yeux en reconnaissant l’éternel cliché de la princesse disparue. Il y a, en effet, une princesse disparue – étrange d’ailleurs que les monarques soient si souvent idéalisés en littérature jeunesse, alors qu’on prône la démocratie… peut-être parce qu’on aime mettre en valeur le pouvoir détenu par une personne unique ? Je m’égare.

Généralement, une fille qui découvre qu’elle est la princesse disparue commence par refuser le pouvoir, affirmer que ça ne l’intéresse pas. Puis elle change d’avis et la morale de l’histoire c’est « les meilleur·es monarques sont celleux qui ne veulent pas du pouvoir ». Eh bien ici ce n’est pas exactement ça la conclusion… En soi, ça n’aurait pas dû être révolutionnaire, mais c’était la première fois que je lisais un tel scénario.

 

(TW) Il y a un viol, mais il n’est pas graphique, et c’est un type de viol souvent minimisé ou romancé – viol conjugal, par une personne dont la narratrice est amoureuse – alors qu’ici il est dénoncé comme étant un viol. J’ai trouvé le traitement réussi, quoique peu approfondi.

En particulier dans la relation entre Ana et son amoureuse. J’ai trouvé la « réalisation » d’Ana un peu étrange, en mode « oh mais je suis amoureuse d’elle et soudain je ne peux plus me contrôler » et ça m’a dérangée qu’elle embrasse l’autre alors qu’elle la croit inconsciente. Le fait que son amoureuse lui donne des surnoms affectueux infantilisants ne m’a pas aidée à apprécier le couple. Pourtant, j’aime les deux personnages, j’aime leurs interactions ! Elles sont fortes, elles sont cool, et elles ne sont pas seules au monde. Elles ont des ami·es, et… à la fin, une scène en particulier m’a fait monter les larmes aux yeux. Je ne pleure quasiment jamais en lisant, et jamais pour des évènements que d’autres trouvent tristes. Quelqu’un meurt ? Rien à faire. La grand-mère de la narratrice lui écrit une lettre pour lui dire qu’elle l’aime ? Me voilà en larmes…

Et voici le paragraphe déclencheur, alors qu’un des adversaires d’Ana rentre chez lui :

« Il me désigna un bel officier d’une trentaine d’années.

— Et puis, vous savez, je crois que nous avons plus en commun que vous le pensez…

Je levai les sourcils, interrogative.

— Je souhaite que vous n’enduriez jamais ce que j’endure, souffla-t-il. Je souhaite que vous soyez heureuse avec votre amie. Et pour ce que j’ai pu savoir de cette étonnante jeune personne, je crois que vous le serez.

Rien qu’en rédigeant cet article, je suis de nouveau en train de larmoyer. J’aime quand les personnages LGBTQI+ ne sont pas isolés…

Ce roman nous embarque dans une aventure passionnante, variée et qui tord le cou aux clichés pour aborder des thèmes importants. Sur ce, j’arrête d’écrire, j’ai besoin d’un mouchoir…

 

TW : viol