Poppy et les Métamorphoses

De Laurie Frankel

femme lisant Poppy et les métamorphoses devant une cheminée

J’ai pris un risque avec ce roman : sans l’avoir lu, je l’ai conseillé à une relation pour qu’elle le fasse lire à sa mère : c’est une histoire écrite du point de vue de parents élevant cinq enfants, dont une petite fille trans. On suit le chaos quotidien de leur vie, de sa naissance à ses 10 ans. Ça me paraissait un bon moyen d’aborder le sujet avec la fiction, et on m’en avait dit du bien, mais quand même, conseiller un livre inconnu ? Je n’étais pas tout à fait prête à assumer la responsabilité, alors je me le suis procuré pour le lire aussi.

Pendant les vacances d’été, lorsque je suis allée en camping avec ma famille – sans internet, le drame ! – j’ai eu l’occasion de me lancer, tranquillement posée sur un banc au soleil.

La narration originale m’a tout de suite captivée. Les pensées des personnages sont décrites en toute sincérité, avec une brutalité comique « Penn s’était fixé une règle à l’époque : ne jamais se détourner de quoi que ce soit d’un peu nouveau et potentiellement original, au cas où cela puisse lui servir pour ses écrits futurs. Le fait de sortir avec un docteur qui avait un faible pour les poètes, sous prétexte qu’une parfaite inconnue s’était mis dans la tête qu’entre elle et lui, ça pourrait coller, tout ça cadrait plutôt pas mal avec sa règle. » – soit dit en passant, en tant qu’écrivaine, j’ai une règle semblable, ce qui m’a fait sourire. Et je souriais à toutes les autres phrases aussi, c’était rythmé – je pense par exemple à la scène de l’accouchement tout au début, qui nous propulse dans la vie de cette famille.

La famille nombreuse donne beaucoup d’énergie au récit, les enfants grandissent, ont des soucis tour à tour, et parfois en même temps, même si c’est un récit de quotidien le rythme est toujours présent. Chaque personnage est développé, on a l’impression de vraiment les connaître.

La bienveillance des parents était agréable à lire, tout comme le portrait complexe de la transidentité. A l’époque, je n’avais pas lu tant de romans avec des personnages trans – et je n’en ai toujours pas lu énormément – mais c’est Poppy que j’avais trouvée la plus riche, on se concentre vraiment sur sa personne, ses émotions, et ce sont plutôt ses parents qui réfléchissent au sujet de la transidentité et de sa place dans la société. Il est d’ailleurs clairement montré que c’est la société et non la transidentité qui pose problème. Les parents considèrent les soucis de Poppy de la même manière qu’ils considèrent les difficultés de leurs autres enfants.

Ce récit paisible quoique mouvementé a été interrompu par le commentaire violent d’un passant. Plus tard – ça m’a d’ailleurs moins choquée mais je suis généralement insensible aux décès – la mort d’une femme trans inconnue est décrite.

A part ces deux passages, le roman est très optimiste. J’ai particulièrement aimé le voyage en Thaïlande, qui permet aux personnages de rencontrer d’autres personnes trans, ainsi qu’une culture différente. Sa bonne ambiance générale ne l’empêche pas, en passant, de débattre et de dénoncer – notamment « l’aide » des personnes mal informées, ou l’injonction au passing.

Le mot de l’autrice à la fin explique ses choix, ce que j’ai trouvé utile – et très intéressant de mon point de vue d’écrivaine !

C’est un roman drôle et doux, présentant une famille chouette, dynamique et sincère. J’ai passé un excellent moment, et maintenant je peux le conseiller en toute connaissance de cause !

TW : Transphobie

 

Child Trip

de Jeanne Sélène

fille en robe bustier multicolore lisant Child Trip devant une haie, illuminée par le soleil

En septembre, j’avais commencé Le Sablier des Cendres, de la même autrice, que j’ai abandonné… parce que c’était trop bien écrit ! En effet, c’est un roman à l’ambiance glauque, et la plume m’a tellement transportée qu’il me plombait. Malgré cet abandon, j’avais donc très envie de lire d’autres romans de Jeanne Selene.

Child Trip a attiré mon attention car c’est un roman feel good, donc aux antipodes du Sablier des Cendres. J’ai lu ce roman dans le cadre du challenge Winter is Reading : comme il y a « Trip » dans le titre, je me suis dit que ce serait un excellent roman pour la catégorie voyage. Finalement, le voyage n’est pas au centre de l’intrigue, même si la narratrice, Solange, est nomade : elle vit dans un camion et va de marché en marché pour vendre les bijoux qu’elle crée.

L’histoire commence dès les premières lignes : Solange découvre qu’elle est enceinte, et décide de garder son enfant sans changer son mode de vie. J’ai directement accroché, la narration de Solange est dynamique et prenante. Elle doute mais ne baisse pas les bras, cherche des astuces durant sa grossesse. Je pensais d’ailleurs que ce serait l’histoire de cette grossesse, et une fois l’enfant née, je ne savais plus où allait l’histoire. Aurait-on leur vie commune jusqu’à ce qu’Ilona, le bébé, ait un an ? Jusqu’à ses dix ans ?

Mais après une petite période de flottement, Solange reprend ses tournées, essaie de supporter sa mère… je ne me demandais plus où allait l’histoire, je la vivais. Tout est amené avec beaucoup de naturel : sa pansexualité, son amour de la solitude et son besoin de se préparer avant de rencontrer quelqu’un…

Une fois n’est pas coutume, j’ai adoré la romance. Souvent, elles se divisent en deux catégories : les coups de foudre, et les romances où le personnage ne sait pas de qui il va tomber amoureux. Mais même dans ces deuxièmes cas, je devine toujours – toujours ! – qui est l’intérêt amoureux, et qu’il y aura une romance entre les deux. Pas ici ! La relation n’est pas sortie de nulle part, mais j’ai vraiment été dans la peau de Solange : comme elle, je ne me doutais pas qu’il y aurait une romance et je voyais juste une personne sympathique qui pouvait devenir une amie.

Solange fait partie de ces personnages de romans qui ne sont pas intéressés par la romance et sont même assez réfractaires à cette idée, mais changent d’avis en rencontrant l’âme sœur. C’est un schéma narratif que je déteste d’habitude : je n’en vois pas l’intérêt, et en plus, il invite à penser que les femmes qui clament fort « je ne veux pas être en couple » sont en fait juste dans l’attente de trouver l’amour. Ici, c’est bien fait, Solange évoque l’aromantisme et le fait qu’elle était sincèrement peu intéressée par la romance. Simplement, les personnes ont le droit de changer, c’est la vie.

J’ai beaucoup aimé ce roman rempli de bonne humeur, avec une narratrice attachante et une histoire certes courte mais prenante.

 

Thirrin, Princesse des Glaces

de Stuart Hill

personne en manteau tricoté multicolore lisant Thirrin, Princesse des glaces devant un feu de cheminée

Pendant les fêtes de fin d’années, je cherchais un roman de guerre pour le challenge Winter is Reading. On m’avait conseillé Le Réseau Corneille de Ken Follett, mais en voyant qu’il faisait 600 pages, je me suis dégonflée et tournée vers un roman que j’avais adoré, plus jeune, et que j’ai acheté récemment : Thirrin, Princesse des Glaces – qui fait 550 pages…

C’est un roman que j’avais lu en cinquième, alors que je n’aimais pas du tout les batailles, durant lesquelles je m’ennuyais. Il y en a beaucoup dans cette histoire, et je les ai adorées. Elles ne se ressemblent pas, la stratégie et la diplomatie jouent un rôle important, et Thirrin est un personnage enflammé. C’était épique et intelligent, je l’avais relu trois fois.

Mon appréciation pour la guerre dans la fiction n’a pas évolué : je suis toujours assez dubitative, surtout quand la violence est glorifiée, mais j’adore les stratégies militaires. J’éprouvais donc un peu d’appréhension à l’idée de relire ce roman : est-ce que je l’apprécierais autant ?

En reprenant Thirrin, Princesse des Glaces, j’ai de nouveau accroché à l’histoire. Dès le premier chapitre, Thirrin est attaquée par un loup-garou, et ses préjugés sur leur monstruosité est remise en question. Son père, le roi de Haute-Froidurie, les a combattus, elle décide de s’allier à eux. Et elle fait bien ! Scipio Bellorum, général de l’empire du Polypont, lance l’invasion de la Haute-Froidurie. Le roi se précipite pour défendre ses terres, laissant le royaume entre les mains de Thirrin, et la première bataille du roman commence. Pleine d’émotion, car on sait que c’est perdu d’avance, irréaliste et épique, le roi étant le dernier à mourir. J’en avais des frissons ! Et je me suis rappelée que la duchesse Theowin, qui combat aux côtés du roi, m’avait marquée, puisque j’ai repris certaines de ses caractéristiques dans un roman que j’ai écrit quatre ans plus tard.

L’hiver arrive et la neige bloque les armées polypontaines – j’ai failli dire romaines, l’empire du Polypont étant très inspiré de l’empire romain – laissant à Thirrin le temps de se préparer en vue de l’invasion. Elle organise l’évacuation, aidée par un jeune sorcier qu’elle vient de rencontrer et qu’elle a nommé son conseiller – un peu précipité, mais bon – et affronte quelques troupes qui sont passées malgré la neige. Tout est là pour qu’on soit à fond dans les batailles : rapport de force déséquilibré, glorification de l’honneur – Thirrin se bat avec ses soldat·es alors que les généraux adverses se contentent de regarder le combat – stratégies inventives pour renverser la situation. Souvent, j’ai l’impression que les romans jeunesse préfèrent ellipser l’aspect horrible de la guerre pour ne pas choquer les enfants. Ici cependant, Thirrin souligne à quel point elle est choquée de devoir tuer d’autres personnes, même si c’est pour se défendre.

Malgré les nombreux combats, le roman garde un côté merveilleux : Thirrin part en voyage dans le nord chercher des allié·es, et c’est une partie assez féérique du roman, où elle rencontre des créatures magiques qui font rêver – et d’autres un peu moins.

Je regrette que la cruauté de Bellorum soit présentée comme un résultat de sa « folie », mais à part ça, le personnage est très réussi, on le redoute et il donne de la tension à l’histoire. De façon assez surprenante, les personnages principaux remportent beaucoup de victoires sans que ça enlève de la tension à l’histoire, au contraire. C’est très satisfaisant.

Une lecture épique et enthousiasmante, une héroïne attachante, avec ses qualités et ses défauts, des batailles avec de bonnes stratégies, un monde hivernal peuplé de créatures magiques… de bons ingrédients pour un roman que j’ai dévoré !

TW : psychophobie

 

Star-Crossed

De Barbara Dee (anglais)

femme en t-shirt star Wars lisant Star-Crossed devant un rideau vert

J’ai découvert ce livre grâce à une suggestion Amazon, et j’ai été enthousiasmée par l’idée d’une romance f/f pour enfants. A ma grande joie, il a été livré deux semaines plus tôt que prévu et je l’ai lu d’une traite, le jour même – alors que je devais écrire mon rapport de stage…

C’est en anglais, mais c’est simple à lire, par rapport à d’autres textes anglophones. J’ai eu un peu de mal à aimer la narratrice au début, je ne comprenais pas très bien ce qu’elle voulait. Mais j’ai adoré les premiers chapitres, qui sont une référence au début de Roméo et Juliette. Dans cette pièce, Roméo, amoureux de Rosalinde, se rend masqué à une soirée de la famille ennemie, pour observer la femme qu’il aime. C’est là qu’il rencontre Juliette…

Dans Star-Crossed, les amies de Mattie la persuadent de se rendre à la soirée déguisée d’une fille qui ne l’aime pas et ne l’a pas invitée, pour observer comment Elijah, son crush, se comporte lorsqu’il ne sait pas qu’elle est présente. Déguisée en Dark Vador, Mattie fait la connaissance de Gemma, une nouvelle élève très jolie…

J’adore les modernisations de contes, de légendes, ou de pièces de théâtre ! Et celle-là est bien faite : on n’a pas besoin de connaître Roméo et Juliette pour apprécier, mais c’est satisfaisant de comprendre la référence.

A partir de la rencontre avec Gemma, j’ai accroché à la narratrice. Alors que je trouve souvent que les personnages d’enfants font plus âgés qu’ils ne le sont, je l’ai trouvée assez mature pour son âge, mais pas trop non plus. Le fait qu’elle pense n’être amoureuse d’Elijah uniquement parce que c’est ce qu’on attend d’elle m’a beaucoup parlé.

La suite colle moins à Shakespeare : au collège, le prof de Français de Mattie monte la pièce Roméo et Juliette, et Gemma est choisie pour jouer la héroïne. Et Mattie aide l’acteur de Roméo…

C’est super mignon – non, non, je n’ai pas lâché plusieurs fois des petits gloussements réjouis, quoi qu’en dise ma coloc, c’est un mensonge – et la relation entre Gemma et Mattie est bien décrite. J’ai cependant trouvé dommage que ce soit quelqu’un d’autre qui se rende compte des sentiments de Mattie avant qu’elle-même ne l’ait remarqué : ça me parait peu réaliste. Je suis out, mais on ne me fait aucune remarque quand j’invite une fille chez moi, alors que mon frère se fait taquiner dans la même situation… l’hétéronormativité est forte, et, particulièrement entre deux filles, une affection forte attire rarement l’attention. De plus, je m’identifiais à Mattie et j’ai trouvé ça très violent que son amie vienne lui dire « tu es amoureuse de Gemma » alors qu’elle-même ne s’en était pas aperçue.

Ceci dit, l’ « aide » proposée par cette amie hétéro est très bien traitée : lorsque l’alliée essaie de pousser Mattie au coming-out, affirmant que c’est mieux pour elle, la narration met en valeur le fait qu’elle ne peut pas comprendre Mattie sur ce point et que ses conseils sont déplacés.

La fin était réjouissante et bien amenée. J’ai vraiment passé un bon moment avec ce livre, très joyeux et mignon. C’est une histoire lesbienne classique, le tout début d’un premier amour, et je ne recherche pas particulièrement ce genre de scénario. Mais je pense que c’est un excellent roman pour enfants.

 

Nimona

de Noëlle Stevenson

femme en manteau et t-shirt à flammes lisant la BD Nimona devant un mur de ronces

J’avais passé l’après-midi à chercher des romans avec des personnages gros pour le challenge Diversité en Litté, et j’étais déprimée d’en trouver si peu… Alors quand j’ai vu cette BD sur un piédestal de ma bibli, et les formes rondes de Nimona sur la couverture, je l’ai pris sans hésiter.

Comme j’avais déjà atteint la limite des livres que je pouvais emprunter, j’ai commencé à le lire sur place. Dans un univers de fantasy de type « contes du moyen-âge », la métamorphe Nimona devient l’acolyte du méchant Lord Blackheart, et l’aide à combattre l’Institut pour le Maintien de l’Ordre Héroïque et son champion, Sire Goldenloin.

C’était rigolo, mais j’avais du mal avec les dessins et avec le caractère incontrôlable de Nimona, qui détruit tout sur son passage. J’ai continué parce que j’aime les histoires dont les « méchant·es » sont les personnages principaux, pour montrer que les « gentil·les » ne sont pas si bienveillant·es…

Je me suis vite investie dans la « rivalité » entre Blackheart et Goldenloin – oui, il y aura beaucoup de guillemets dans cette chronique. Dès la page 9, mon instinct gay s’est réveillé, et j’ai eu peur d’être queerbaitée – le queerbaiting, c’est lorsqu’une œuvre cherche à attirer un public LGBTI+ en faisant croire qu’elle a du contenu queer, alors qu’en fait ce n’est pas le cas. J’ai jeté un coup d’œil à la fin : pas de queerbaiting en vue, mes instincts étaient bons, et j’ai repris ma lecture avec une motivation redoublée – si j’avais vu que l’autrice était celle de Lumberjanes, je n’aurais pas eu de doutes, mais j’avais pris cette BD sans y faire attention…

Cette lecture était finalement excellente, une aventure fun qui parle d’altérité et de monstruosité, avec une romance complexe, et surtout, en arrière-plan ! Le cœur de la BD est la relation père-fille entre Blackheart et Nimona, qui m’a beaucoup touchée. Lord Blackheart est adorable, Nimona à la fois énervante et attachante, et ensemble, iels nous offrent un bon cocktail d’émotions. Du début à la fin, c’est à ces deux personnages qu’on s’intéresse en priorité. Bien que l’épilogue ait aussi pour but d’éclaircir la situation entre Blackheart et Goldenloin, Nimona reste au cœur de l’histoire, et on souhaite surtout savoir ce qu’elle est devenue.

J’ai relu la BD dès le lendemain matin. Puis le lendemain après-midi. Puis j’ai cherché des dessins bonus sur internet. Elle a un gros défaut, en fait : malgré ses 272 pages, elle est trop courte !

J’avais désespérément envie de partager cette lecture, de voir si d’autres avaient, comme moi, perçu la romance dès la page 9, et si on pouvait m’expliquer ce qui m’avait donné cette sensation. J’avais beau relire, je ne voyais vraiment pas sur quels indices se basait ma certitude que Blackheart et Goldenloin n’étaient pas exactement amis…

Finalement, une personne de mon entourage l’a lue lors d’un week-end chez moi – j’avais gardé la BD exprès – et a partagé mon opinion et mon instinct. Notre analyse : il y a contact physique entre les deux hommes sur trois cases de suite. Ce que je trouve assez triste : ça veut dire qu’hors couple, on ne voit jamais des hommes se toucher…

Il va bien falloir que je rende cette BD un jour, mais en attendant, je ne peux résister à la tentation de la relire encore une fois…

TW : mort, expérimentations sur personne non-consentante

 

Carry On

De Rainbow Rowell

femme en débardeur doré lisant Carry On de Rainbow Rowell, allongée sur un lit rouge avec des tomes de Harry Potter et un pyjama Harry Pottes à côté

J’avais lu le roman Fangirl, de Rainbow Rowell, quelques mois auparavant, qui raconte l’histoire de Cath, une jeune écrivaine de fanfictions Simon Snow. Alors que l’autrice va publier le huitième tome, Cath en rédige une version alternative intitulée Carry On. La série Simon Snow n’existe que dans Fangirl et non dans la réalité, mais elle fait référence à Harry Potter : Simon Snow, orphelin, découvre la magie et le Mage le conduit à l’école de magie qu’il dirige. Son coloc est Baz, l’unique héritier d’une famille d’aristocrates élitistes, qui devient son rival.

Dans Carry On, Baz et Simon tombent amoureux. En effet, de nombreuxses fans pensent qu’il y a beaucoup de sous-texte gay, même si l’autrice de Simon Snow le nie.

Je savais que Rainbow Rowell avait publié Carry On par la suite. Je n’avais pas aimé Fangirl au point de le chercher, mais lorsque je suis tombée dessus à la bibliothèque, je me suis dit « pourquoi pas ? ».

J’ai dû m’accrocher, car le début m’a semblé interminable : les premiers chapitres résument les sept tomes inexistants. Simon est un héros banal, et je n’attendais que l’arrivée de Baz ! J’ai trouvé le personnage d’Agathe insipide – même si certainces de ses réflexions m’ont paru très aromantiques, et que c’est le personnage que je comprends le mieux – en revanche Pénélope, la meilleure amie de Simon, est absolument géniale.

La romance entre Baz et Simon, que j’attendais avec tant d’impatience, ne m’a pas autant enthousiasmée que prévu. Je crois que ce qui me plait, c’est plutôt l’idée derrière cette romance : deux rivaux dans un univers à la Harry Potter. Mais je n’ai tout simplement pas compris ce qu’ils pouvaient se trouver – et certaines phrases « romantiques » du style C’est comme ça que je le veux. Sous ma coupe. ou encore Je te tiens maintenant. m’ont mise mal à l’aise. De plus, le traitement du suicide m’a paru maladroit.

La fin est sympathique et les retournements de situation sont à la fois bons en eux-mêmes, et excellents lorsqu’on les met en perspective avec la série Harry Potter. Malheureusement, Fangirl me les avait spoilé…

Ce que j’ai préféré dans ce roman a été de retourner dans l’univers Harry Potter, mais avec une histoire qui faisait écho à mon évolution. Je n’étais plus la petite fille naïve qui plaçait Dumbledore sur un piédestal et haïssait Drago sans réfléchir à son contexte familial. Dans Carry On, l’attitude de « Dumbledore » est critiquée, tout comme la vacuité de la romance entre Ginny et Harry – désolée pour les fans. Et bien sûr, la relation Baz/Simon est celle de Drago et Harry, et c’était agréable qu’un livre publié légitime toutes les fantaisies que j’ai pu entretenir à leur sujet.

Si ce roman m’est cher, c’est pour tout ce qu’il implique, et aussi parce qu’il a ravivé ma passion pour Harry Potter : suite à cette lecture, j’ai découvert plein de fanfictions, entre autres la chaîne Youtube The Mischief Managers dont la série S.Q.U.A.D. m’a fait pleurer de bonheur.

Ça me fait très plaisir que cette œuvre culte soit réutilisée par des personnes LGBTI+. Malgré ses défauts, je pense que Carry On parlera à beaucoup de fans !

TW : pensées suicidaires, tentative de suicide

 

Hana no Breath tomes 1&2

de Caly

femme en robe à fleurs multicolores lisant Hana No Breath tome 1 de Caly, au milieu de plein de peluches

Mx Cordélia avait conseillé ce manga dans la catégorie « œuvre avec des lesbiennes ». Comme on pouvait lire quelques pages en ligne, je suis allée voir et… c’était trop chou ! Les personnages passent leur temps à rougir… Et c’était aussi très drôle, avec la narratrice, Azami, qui s’insurge exagérément des relations homosexuelles, car pour elle, la personne idéale c’est « le beau Gwen » ! Sauf qu’en réalité, Gwen est une fille…

La narratrice se rend alors compte que le genre de Gwen ne change rien à ses sentiments, et elles sortent ensemble. Tout ça occupe à peu près les dix premières pages, ce que je trouve bien : le ressort scénaristique du « elle tombe amoureuse d’un garçon qui en fait est une fille » aurait pu être lourd. Là, c’est juste traité comme une introduction, pour qu’après on les voie se faire des bisous tout mignons et se tenir la main en rougissant. Moi qui ai tendance à grimacer devant des « je t’aime » lâchés au bout d’un chapitre, j’ai trouvé ça adorable ici. Sans doute parce que j’ai l’impression qu’elles ont douze ans – alors qu’en réalité, elles sont lycéennes, mais bon.

Je suis allée lire la suite en magasin, je souriais tout du long. Voir la toute douce Azami s’énerver pour défendre Gwen est juste génial ! J’ai acheté le manga et je me suis rendue à un rendez-vous que j’ai passé à faire l’éloge de ce manga, m’empressant de le continuer dès que je suis rentrée chez moi.

Si la première moitié me faisait fondre tout du long, la deuxième m’a laissée plus… mitigée. En effet, c’est là qu’une rivale arrive, elle aussi intéressée par Gwen. Je me suis alors rendue compte qu’en dehors de Gwen, la narratrice n’avait pas vraiment d’ami·es développé·es dans le manga. Et Gwen non plus… à part la rivale qui m’horripile. Elle est intéressante, mais justement, j’aurais préféré qu’il n’y ait aucune rivalité.

 
personne en chemise rose lisant Hana no breath tome 2 de Caly devant un massif de fleurs roses

Je gardais néanmoins l’espoir que ça s’améliore dans le 2e – et dernier – tome. Je suis donc retournée en librairie pour donner une chance à la suite. La jalousie qui s’installe au début m’a fait grincer des dents, mais ça s’améliore et les deux rivales travaillent ensemble, justement. J’étais juste un peu déçue que ce soit pour affronter une autre de leurs camarades – même si cette fois, le sujet du conflit n’est pas la romance, mais l’ambition, ce qui est moins réducteur. J’aurais préféré qu’elles s’unissent toutes pour affronter un personnage extérieur, la directrice peut-être…

Avec un tel scénario, comment ne pas s’interroger sur l’identité de genre de Gwen ? Elle se définit comme une fille, cependant, au début, elle est indifférente par rapport au fait d’être prise pour un garçon, n’aime pas porter de jupe – bon, il y a plein de filles qui n’aiment pas porter de jupe, hein, mais je tenais à le relever – et met sa santé en danger pour qu’on continue de la voir comme un garçon. J’ai été étonnée qu’elle réaffirme finalement être une fille, et s’exerce à être plus conventionnellement féminine…

Cette série est un énorme coup de cœur, ou plutôt, plein de petits battements de cœur effrénés. Elle n’est pas là pour militer ou pour poser des questions, elle est adorable, drôle, de quoi vous recharger en bonne humeur.

TW : évanouissement

 

Le Chœur des Femmes

de Martin Winckler

TW : mention de violences gynécologiques

femme en manteau multicolore lisant Le chœur des Femmes devant un mur rose

On m’avait beaucoup conseillé ce roman, mais je n’avais pas particulièrement envie de le lire : quand on me disait que ça dénonçait les pratiques médicales françaises, j’imaginais un texte froid, avec des phrases compliquées, le genre de bouquins qu’on qualifie d’intéressant mais qu’on n’éprouve aucun plaisir à lire.
Une personne de plus m’a encouragée et j’ai franchi le pas : je l’ai mis sur ma liseuse et je l’ai commencé.

J’ai découvert le docteur Atwood, interne qui ne s’intéresse qu’à la chirurgie, mais se retrouve dans un service proche des patientes et apprend à les respecter. Heureusement, je connaissais le concept, parce que le roman est tout sauf froid ! Le premier chapitre est révoltant, Jean Atwood a des pensées odieuses, et si je n’avais pas su que ça allait changer, j’aurais arrêté ma lecture.

Le style m’a aidée à continuer, il est rempli d’émotions, toute la complexité du personnage de Jean Atwood est mise en valeur, les phrases s’enchainent, s’enfilent, fluides comme des pensées, et avant que je ne m’en rende compte, j’avais dépassé la page 100. D’habitude, je restreins l’utilisation de ma liseuse aux transports, mais là, j’avais trop envie de lire la suite, et j’ai continué à l’intercours, puis chez moi…

Il y a quelques longueurs, notamment le chapitre où on lit les questions du site web d’aide gynécologique : je me suis lassée au bout de la dixième et il y en a bien plus. La romance était sans intérêt, mais occupe peu d’espace, tout comme la relation entre Jean et son père que j’ai trouvée maladroite. L’incident avec la patiente X m’a paru superflu. Mais le reste était tellement bien… j’ai terminé ce pavé en deux jours.

L’histoire et les personnages sont prenants, et, au passage, on en apprend beaucoup. Alors bien sûr, j’étais déjà informée des violences gynécologiques en France, mes ami·es m’avaient résumé leurs rendez-vous, j’étais allée à une conférence, et je savais qu’un·e gyneco correcte envers une femme hétéro et blanche peut être raciste ou homophobe, ce qui rend les visites plus violentes encore pour de nombreuses personnes.

Mais il y a une différence entre savoir et vivre, et Le Chœur des Femmes nous fait ressentir toute cette violence, toute cette oppression exercée par le corps médical – notamment sur les personnes intersexes. C’est une chose de savoir que les gynécos ne nous informent pas et manipulent notre corps sans prévenir, c’en est une autre de ressentir la peur et la douleur d’un personnage.

Le roman n’est pas pour autant un condensé d’horreur propre à alimenter les cauchemars, puisque l’empathie prévaut : Jean travaille dans un cabinet qui condamne les pratiques répandues et propose des consultations respectueuses. Les pensées des différents personnages s’entremêlent pour former un groupe solidaire et uni.
Loin de l’exposé clinique que je redoutais, ou d’un portrait horrifiant, c’est un roman chaleureux rempli d’émotions, dénonçant la barbarie des pratiques gynécologiques ayant encore cours aujourd’hui en France.

TW : violences médicales, mutilation et mort d’une personne intersexe, mention de viol, IVG

 

Non, c’est Non

Petit guide d’autodéfense à l’usage de toutes les femmes qui en ont marre de se faire emmerder sans rien dire

d’Irene Zeilinger

femme en chemisier bordeau aux épaules découvertes lisant Non c'est Non d'Irene Zeilinger dans sa cuisine

Hier, j’ai publié un article à l’occasion de la journée contre les violences faites aux femmes. Les romans que j’y chronique dénoncent la culture du viol et proposent des solutions collectives, militantes, mais je voudrais aussi proposer un ouvrage donnant des solutions individuelles.

Alors que j’étais en Allemagne, on m’avait envoyé le site où cet ouvrage est disponible en ligne et j’avais lu le début. Mais dans l’impossibilité de mettre un marque-page, j’ai abandonné très vite…

Neuf mois plus tard, j’étais en France, alors la même personne a pu me prêter la version papier. J’ai commencé à lire alors que j’allais à un repas entre ami-es, dans le RER C. Qui, comme tous les vendredis soirs où je le prends, a eu des problèmes de circulation : j’ai donc eu le temps de bien avancer.

J’avais peur que cette lecture soit morne ou sèche. C’était mon préjugé sur le militantisme : c’est sérieux, alors on n’a pas droit à l’humour et la fantaisie. Quand on combine ça à un ouvrage non-fictif sur l’autodéfense féminine, on peut s’attendre à une lecture difficile, certes intéressante, mais passionnante ? Pas vraiment.

Sauf que c’était passionnant. Le style est facile à lire, je me reconnaissais dans les descriptions des « femmes » en générales, de l’éducation qu’ont reçue les assignées femme… d’ailleurs, c’est un de mes seuls regrets par rapport à cet ouvrage : je pense qu’il pourrait aussi beaucoup aider les mecs trans et les personnes non-binaires, pas juste les femmes.

Peut-être est-ce l’écrivaine en moi, mais j’adorais voir décortiquée l’éducation genrée et ses conséquences sur nos réflexions et actions.

L’ouvrage est séparé en différentes parties, chacune abordant une forme d’auto-défense différente. Lorsque je suis descendue à mon arrêt, j’avais dépassé le tiers, et, entre autres, les exercices conseillés pour entrainer son mental. J’en ai parlé toute la soirée à l’amie qui m’accueillait pour la nuit, et ai poursuivi ma lecture sur le trajet du retour.

C’est là que je me suis rendue compte d’un problème : c’était trop bien ! Je le dévorais, or, il fallait que je fasse des pauses pour pratiquer les exercices, et aussi pour que le texte rentre, que je m’en imprègne. Je me suis donc forcée à arrêter, à prendre un autre livre.

Pour être honnête, je n’ai pas trop fait mes exercices. Mais au moins, quand je me promenais seule la nuit, je me rappelais la distinction entre peur et angoisse, et ça m’a permis de supprimer cette dernière.

Un mois plus tard, il fallait quand même que je le rende, et j’ai lu la suite d’une traite. Elle est tout aussi passionnante, tout aussi utile. Je sais que je relirai cet ouvrage…

 

Une Fille Facile et Nous les Filles de Nulle Part

de Louise O’Neill et Amy Reed respectivement

femme en nuisette lisant une fille facile allongée sur du goudron

J’ai lu Une Fille Facile d’après les conseils de Sita Tout Court. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne fait pas rêver… J’ai commencé dans le métro, alors que je revenais d’un club de lecture. J’ai eu tout juste le temps de découvrir que la narratrice, Emma, était une peste superficielle, puis ma liseuse a freezé. Impossible de tourner la page. Ce n’était pas dramatique, j’ai réfléchi à mes propres histoires, mais j’étais un peu contrariée.

Ce que j’aime dans les romans, ce sont les personnages. Là, Emma est égoïste, méchante, arrogante… et c’est ce qui rend toute l’histoire intéressante. D’avoir de la compassion pour elle, même si on la déteste. Le titre anglais, Asking for It, représente parfaitement le roman : Emma est violée par quatre de ses camarades de classes, et tout le monde va considérer qu’elle est fautive. La fin est vraiment intéressante, à l’image du roman, et l’autrice explique ses choix en conclusion. C’est loin d’être une lecture agréable, surtout quand on sait que c’est la réalité. Bien que fictive, Emma existe, et la société dans laquelle elle vit, c’est la nôtre…



femme en tenue colorée lisant NOus les Filles de Nulle Part devant des affiches militantes

Nous les Filles de Nulle Part, sur un thème semblable, est beaucoup plus plaisant à lire. La première comparaison qui me vient à l’esprit, c’est La Lune est à Nous : un sujet dur, violent, mais les personnages s’unissent pour lutter et le courage et la solidarité sont au cœur du roman. Grace emménage dans la chambre d’une fille qui a déménagé suite à son viol – car c’est elle qui a été tourmentée, et il n’y a eu aucune conséquence pour le coupable. Grace et ses deux nouvelles amies vont fonder un groupe militant, les Filles de Nulle Part, rassemblant toutes les élèves du lycée pour lutter contre la culture du viol dans leur établissement.

Je l’ai lu en camping avec ma famille, avançant dès que j’avais une seconde de disponible, prise par l’histoire, par les personnages si nombreux et attachants, dont l’histoire personnelle est également explorée.

Cette quantité de personnages permet de présenter des points de vue très variés – là où Une Fille Facile se concentrait sur les filles blanches cishétéro de classe moyenne, on a ici des filles grosse, racisée, lesbienne, autiste asperger dans les personnages principaux. Ça amène de nombreuses confrontations d’opinions. Il n’y a que le débat sur la nature masculine qui m’a déçue : alors que d’habitude j’aime quand les arguments sont présentés par des éléments scénaristiques et non par des discours – c’est plus subtil – dans ce cas-là, j’aurais aimé plus de dialogues. Certaines filles lâchent que « ce sont des hommes, c’est dans leur nature », et pas mal d’hommes affirment la même chose. Il y a peu de contre-arguments, le seul dont je me souvienne est « si tu ne crois pas que les gens puissent changer, pourquoi tu te bats ? ». Le scénario met en évidence que ce n’est pas l’opinion du livre, mais j’aurais aimé que ce soit plus explicite.

Je regrette aussi que la fille trans n’ait que deux paragraphes de présence – les retirer ne change rien à l’intrigue. Il était nécessaire de l’inclure pour rappeler que les filles ne se réduisent pas aux filles cis, mais j’aurais aimé qu’elle ait plus de rôle.

La fin m’a paru irréaliste, mais j’étais surtout contente que ça se termine bien !


J’ai adoré ce roman, bien plus agréable à lire qu’Une Fille Facile, même s’il y a des descriptions de viol. C’est une histoire encourageante, et qui ne se résume pas à ses arguments ! Le mot de la fin m’a rapprochée de l’autrice, qui parle de ses relecteurices, de ses recherches, et liste ses sources. C’est la démarche que je souhaite avoir, et je suis heureuse qu’elle donne un aussi bon résultat.


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