Sad Ghost Club de Lize Meddings

personne en débardeur avec une tortue et le sous-titre alone isn't lonely lisant Sad Ghost Club tome 1 de Lize Meddings devant un parc avec un écureuil géant s'appuyant d'un air fatigué contre les arbres
Sad Ghost Club tome 1 de Lize Meddings

Lorsque j’ai lu la bande-dessinée Sad Ghost Club de Lize Meddings pour la première fois, j’ai eu du mal à me faire une opinion. L’histoire est lente, douce, on parle de personnages qui ont des difficultés sociales, et de la solitude pesante qui en découle. Je partageais la fatigue brumeuse des personnages, alors la BD m’a d’abord laissé une impression un peu nébuleuse.

Intellectuellement, j’avais retenu que le sujet était intéressant et bien traité. Les adolescent·es sont représenté·es par des fantômes, métaphore qui me parle beaucoup – j’ai moi-même, dès le collège, utilisé des images similaires pour parler de mon rapport aux autres. Cette impression d’être complètement transparent·e…

On voit également des moments de la journée du fantôme principal, Socks, et sa lutte avec la fatigue, la démotivation, la dépression, l’anxiété sociale et les troubles exécutifs. On a des pages remplies de cases où il ne se passe rien, et à la fin, Socks est épuisé·e… ça me parle hélas beaucoup.

Le tome 2 de Sad Ghost Club a été pour moi l’occasion de redécouvrir l’histoire avec une profondeur supplémentaire. Dans le tome 1, Socks se force à aller à une soirée, et découvre une autre personne qui ne s’y sent pas à sa place : SJ. Les deux discutent et se confient, et pour la première fois, ne se sentent pas seul·e. SJ décide alors de chercher d’autres personnes qui leur ressemble. Le sous-titre de Sad Ghost Club est en effet « trouve ta famille d’âme ! »

C’est peut-être aussi pour ça que la première BD ressemblait à une introduction : les personnages y sont encore isolé·es, avec Socks qui passe une journée entière à redouter l’évènement social qui approche. La nuit passée à discuter avec SJ de leur santé mentale lui fait un bien immense, et SJ pose des affiches pour rencontrer des gens dans leur situation et leur offrir le même réconfort.

personne en gilet avec des poches en forme de pommes lisant Sad Ghost Club tome 2 de Lize Meddings devant un martin pêcheur géant dont les ailes semblent envelopper les épaules avec l'effet de perspective
Sad Ghost Club tome 2 de Lize Meddings

Sad Ghost Club 2 tourne autour de la rencontre avec une troisième personne, et des enjeux lors d’un passage d’une relation à deux vers une relation de groupe. Socks et SJ, bien que partageant des difficultés sociales, n’ont pas le même type de fonctionnement et d’approche, ce qui peut provoquer des malentendus !

J’ai lu relu le tome 2 à voix hautes à mes chéri·es, ce qui était une expérience très intéressante : comment lit-on une BD à voix haute ? Est-ce qu’on décrit les images ? J’ai l’habitude des albums, souvent pensés pour être lus à quelqu’un d’autre, mais je ne pense pas que Lize Meddings ait réfléchi à ça en écrivant Sad Ghost Club… alors même que le thème de la bande-dessinée est de passer d’une expérience en solitaire à une expérience partagée. Quelque part, lire à trois est très en accord avec le message de la BD.

En plus, ça a été l’occasion de bien mieux la comprendre. Pour la première fois, j’ai réussi à distinguer les personnalités de Socks et SJ ! Comme toustes deux ont une apparence de fantôme, et que les cases changent de point de vue (ce qui inverse leur place dans les cases), c’était assez difficile à suivre… mais il fallait bien que je change le ton pour chaque personnage, alors j’ai dû décortiquer les images pour trouver qui parlait. J’ai alors découvert que SJ s’exprimait avec beaucoup d’enthousiasme et d’exclamations ! Son anxiété lui fait donner des tonnes de détails, tandis que Socks est beaucoup plus en retrait, à se questionner. L’enthousiasme d’SJ l’aide à aller vers les gens, mais ça l’épuise vite, fatigue les autres, et iel est souvent abandonné·e… tandis que la retenue de Socks l’empêche de parler à de nouvelles personnes. Dans ces circonstances, se faire un·e autre ami·e réveille les insécurités de part et d’autre : Socks n’arrive pas à gérer et fuit, SJ se retrouve abandonné·e et se dit que c’est de sa faute « comme d’habitude »… une situation que je reconnaissais hélas très bien, et je pense que les résolutions trouvées aideront d’autres personnes que moi.

couverture de Sad Ghost Club tome 1 de Lize Meddingscouverture de Sad Ghost Club tome 2 de Lize Meddings

La fin du tome 2 invite à une suite évidente, et j’ai vu qu’il y avait des tomes 3 et 4. J’ai hâte qu’ils soient traduits ! Le concept est bien présenté dans le tome 1, et explore quelques aspects de la solitude, mais le tome 2 permet de vraiment nuancer les différences personnelles. Voir leur caractère m’a fait ressentir beaucoup d’affection pour chacun·e. Je pense qu’il est important de conseiller Sad Ghost Club à des ados, qu’iels semblent avoir des difficultés sociales ou non : elle ne peut qu’aider à surmonter des incompréhensions, et en plus, l’histoire se lit bien et est très bien racontée.

Radar à diversité : personnages non-genrés et neuroDivergents, avec de l’anxiété sociale et de la dépression

 

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