
J’ai vraiment galéré à trouver L’Amour de A à Z de S. K. Ali, voici donc le conseil d’une lectrice envers les auteurices : arrêtez avec les doubles initiales, surtout si vous avez un nom de famille en trois lettres, un titre banal, qui en plus contient une apostrophe… et zut. J’ai vraiment mal choisi de m’appeler Elaine V. Ker, hein ?
Le fait est que lorsque je cherchais L’amour de A à Z sur le site de ma bibliothèque, Leboncoin ou les librairies, c’était comme si le livre n’existait pas. Il existe un autre roman avec le même titre, certains moteurs de recherche ne trouvent pas S. K. Ali si on met un espace entre le S. et le K., ou si on oublie un point, ou si on met des points… bref, au bout de quelques années, j’ai plus ou moins laissé tomber l’idée de le lire, alors qu’on m’en avait dit beaucoup de bien.
Ce n’est que lorsqu’il m’est plus ou moins tombé dans les mains que je me suis lancée : je venais de terminer Un Passé Englouti et j’avais besoin d’une lecture drôle, ce qui était exactement ce qu’on me disait de L’Amour de A à Z.
On lit alternativement le journal intime de Zayneb et Adam, avec de temps en temps, des interventions d’une narratrice affirmant avoir trouvé et publié ces journaux. Le ton est drôle, les deux personnages sont bien développés, le style est entrainant sans être simpliste. Notamment, Zayneb et Adam écrivent leur journal en deux parties, d’écrivant un élément étrange et un élément merveilleux de leur journée. Le concept est original, et donne des idées : quand mon* chéri* a lu L’Amour de A à Z à son tour, ul m’a envoyé quelques messages en reprenant ce style !
Zayneb a été renvoyée de son lycée pour une semaine, parce qu’elle s’est opposée à l’islamophobie de son professeur. Elle part chez sa tante au Qatar, et y croise Adam, qui rentre chez son père après avoir arrêté ses études : il a été diagnostiqué d’une sclérose en plaques, maladie dont sa mère est morte. C’était pour cette représentation-là que L’Amour de A à Z m’avait intéressée, car j’ai une proche concernée… mais vu qu’un des personnages meurt, je ne pense pas le lui conseiller !
En termes de romance contemporaine pour ados, ce roman est parfait. Sérieusement. Je n’aime pas le contemporain ado en général, alors il ne fera pas partie de mes livres préférés, mais je comprends qu’on me l’ait conseillé : ça illustre ce que ce genre de romans est censé être. Et puis, pour une fois, les ados ne prennent pas de décisions stupides !
Je n’en reviens pas, mais je vais vous dire qu’un roman avec un coup de foudre était bien. Moi. Apprécier un coup de foudre dans un roman ! Les deux personnages sont en effet attirés au premier regard, passerelle scénaristique qui a tendance à m’irriter… mais là, on prend vraiment le temps de les connaitre, et ils réfléchissent tous deux à ce que leur attirance initiale signifie. Ça m’est arrivé de trouver des gens sympathiques au premier abord ! Mais ça ne veut pas dire qu’on va bien s’entendre, et c’était agréable de suivre leur découverte de l’autre, leurs joies et leurs déconvenues.

Ma partie préférée est, je pense, la colère de Zayneb et la manière dont c’est traité. Zayneb est explosive, ce que ses parents lui reprochent, ne la soutenant pas face aux attaques de son professeur. Elle essaie de devenir plus calme durant son séjour chez sa tante, mais continue de faire face à des micro-agressions : le personnel de la piscine qui l’exclut en raison de sa tenue, une fille du groupe qui s’approprie la culture d’autrui. C’est dur de ne pas exploser.
On pourrait croire qu’elle apprendra à canaliser sa colère, ce qui est généralement la direction de ces histoires : son amie Ayaan plie l’échine devant le prof mais espionne son activité en ligne, sa tante connait bien les règlementations pour pouvoir s’opposer calmement aux abus, et lorsque Zayneb explose devant Adam, son point de vue nous montre qu’il a peur d’elle, condamnant très fermement cette colère.
En fait, c’est plus compliqué que ça : Adam a tort aussi. Bien qu’il ne soit pas lâche comme l’accuse Zayneb, il ne sait pas ce que c’est, les humiliations quotidiennes qu’elle subit. L’équilibre final ne condamne pas la colère de Zayneb, mais fait écho à un slogan bien connu : pas de paix sans justice. Adam veut la paix. Zayneb veut la justice, et elle est prête à se battre pour ça. J’ai trouvé ça vraiment beau, et ça permettait aux personnages de se compléter dans leurs failles. Adam ne devient pas soudainement coléreux et Zayneb ne devient pas soudainement calme. Mais ils apprennent à respecter l’attitude de l’autre.
Cette année, pour la Saint-Valentin, je m’étais mise au défi de trouver dans ma bibliothèque des livres dont j’appréciais la romance, et L’Amour de A à Z faisait partie de cette (très courte) sélection ! Je trouve leur relation vraiment bien écrite. En ajoutant à ça le style d’écriture et le scénario secondaire prenant autour du lycée de Zayneb, ça en fait vraiment un super roman !
Radar à diversité : pp musulmans dont pp hijabi, pp avec sclérose en plaques, pp racisés (Zayneb est Pakistanaise, Guyanais et Trinidadienne ; Adam est Finlandais-Chinois)
Avertissements : islamophobie, racisme, deuil, hôpitaux, appropriation culturelle, mention de décès familial, mention d’attaque de drones

