
J’ai eu du mal à intégrer correctement le titre de ce roman : La Diseuse de Petites Bonnes Aventures, de Julie Leong. Lorsque je le cherchais, je n’arrêtais pas de dire « La Petite Diseuse de bonneaventure », ou autres mélanges. Cependant, une fois qu’on a lu le livre, on ne peut plus se tromper, car le titre est pour une fois très descriptif du contenu : Tao, notre héroïne voyante, ne prédit spécifiquement que des évènements petits et positifs.
Pendant les premiers chapitres, on la suit de village en village. Elle installe sa roulotte, elle explique son métier et les habitant·es viennent se faire lire les lignes de la main ou voir l’avenir dans des feuilles de thé. On comprend vite que si elle insiste sur le fait qu’elle n’annonce que de petits et bons évènements, c’est qu’elle cache le fait qu’elle peut prédire bien plus… mais qu’elle a eu de très mauvaises expériences avec ses grandes prophéties.
Ce secret que je devinais a créé une tension dans ma lecture, alors qu’elle rencontre un mercenaire à la recherche de sa fille enlevée. Ils décident de faire route ensemble et une amitié se noue : comment réagira-t-il en apprenant que pendant tout ce temps, elle était capable de prédire l’emplacement de sa fille ?
Au fil du livre, les enjeux grimpent, avec un chasseur de mages qui recherche Tao, et la menace d’une guerre qui plane. Malgré tout, La Diseuse de Petites Bonnes Aventures se situe dans le genre de la Cosy Fantasy, et rien de dramatique n’arrivera aux personnages.
Mes expériences avec la Cosy Fantasy sont pour le moins mitigées ! J’ai vraiment adoré le roman qui a lancé ce genre littéraire, Légendes & Lattes, mais je me suis vite rendu compte que ce qui est réconfortant pour certain·es ne l’est pas pour d’autres. Typiquement, beaucoup de romances de fantasy font partie du genre de la cosy fantasy… et personnellement, je trouve la romance plutôt stressante.
Ce qui m’avait plu dans Légendes & Lattés, c’était qu’en suivant le quotidien banal des personnages, on voyait des facettes d’un monde de fantasy qui sont généralement peu explorées. La cuisine, par exemple ! J’appréciais aussi de voir les amitiés se développées, et le confort de ne pas craindre pour la vie des personnages.
Tous ces aspects, je les ai trouvés dans La Diseuse de Petites Bonnes Aventures. En plus de Mash le mercenaire, Tao rencontre la pâtissière Kina et l’ex-voleur Silt, qui se joignent au groupe. C’est l’occasion de voir plein de pâtisseries différentes !


Les moments où Tao dit la bonne aventure à ses client·es sont très variés : une fois, elle « prédit » l’emplacement du bétail perdu en se fiant à des indices trouvés sur la route, sans utiliser son pouvoir. Une autre, elle voit un repas de bœuf au sel et son client en déduit que sa vente se passera bien, car il ne mange ainsi que lorsque c’est le cas. Face à une jeune femme lesbienne qui n’arrive pas à trouver sa place, elle prétend voir un voyage vers le monastère – en réalité, elle sait juste que ce lieu l’accueillera telle qu’elle est.
D’une certaine manière, elle n’est pas que voyante, elle est aussi confidente. C’est ce qui peut lui poser problème : les villageois n’aiment pas toujours qu’une étrangère connaisse leurs secrets. Pour ses plus grandes prédictions, inévitables, Tao se pose la question : sa prédiction provoque-t-elle l’évènement, en poussant les auditeurs à réagir d’une certaine manière ?
La plupart de ces questions sont parfaitement intégrées au récit, il n’y a qu’un seul moment où un débat philosophique sur le déterminisme m’a sortie de ma lecture. Dommage, car sinon, j’appréciais réfléchir aux implications des visions de Tao. Voir un homme offrir un chat à sa fille est certes une « petite » prédiction… sauf si la fille en question est crue morte !
Diverses mauvaises expériences avec ses prédictions, ainsi que le fait que le pays qu’elle arpente est raciste (elle est née dans un autre pays), ont replié Tao sur elle-même. Elle s’est habituée à la solitude, et au début, la compagnie des autres l’insupporte. J’ai apprécié qu’on ne montre pas cette sociabilisation comme facile ; que ça ne soit pas un soulagement immédiat.
Au fur et à mesure, la loyauté de ses compagneons la touche, elle s’autorise à se confier de plus en plus. Mes craintes quant à son secret se sont révélées infondées. Il y a de très belles conversations, des moments de soutien qui m’ont réchauffé le cœur. La famille choisie que fondent les personnages est vraiment chouette !
La Diseuse de Petites Bonnes Aventures est exactement ce que je souhaite lire quand je cherche de la Cosy Fantasy. C’est une aventure avec un peu de tension, mais jamais de crainte profonde pour les personnages. L’atmosphère est chaleureuse, les personnages touchants, et on est amené à s’interroger sur la manière d’aborder l’avenir. Je vais de ce pas chercher d’autres romans avec des boutiques de fantasy !
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