
J’aime beaucoup les romans de T.J. Klune, dont les histoires très variées me parlent souvent. Les Contes de Vérania était une aventure fun et déjantée, Absynthe un roman post-apocalyptique à la psychologie intéressante, Comment se Comporter comme une Personne Normale une romance hilarante, et Le Clan Bennett une ode magique à la communauté. J’avais donc bien l’intention de lire La Maison au milieu de la Mer Céruléenne : le titre magnifique et promettait une histoire à la fois poétique et merveilleuse.
L’univers reste assez flou. On dirait notre monde, mais dans le passé et avec des créatures magiques : il y a des bus, des ordinateurs et des trains, mais pas de téléphones portables. Linus Baker est un employé du Ministère de la Jeunesse Magique, chargé d’enquêter sur les foyers et les créatures magiques qu’ils accueillent. Ce ministère est d’un autoritarisme caricatural.
A vrai dire, j’ai été ambivalente durant le début du récit. Comme La Maison au milieu de la Mer Céruléenne s’inscrit dans le genre de la cosy fantasy, je m’attendais à un monde qui me fasse rêver, et voilà que je tombe sur un ministère abusif qui contrôle la magie. Il y a un livre des règles et règlements que les employés connaissent par cœur et appliquent à la lettre. Lorsqu’il part en mission pour le ministère, on attend de Linus qu’il rattrape les heures de travail qu’il « manque ». Certes, c’était drôle, et il y a un côté très dessin animé : il pleut sans cesse sur la ville, par exemple.
De plus, le début est laborieux. A chaque fois qu’un mystère est établi, et qu’on voit le moyen d’obtenir la solution, il y a plein de détours jusqu’à ce qu’on y arrive enfin. A son travail, Linus reçoit une convocation des Cadres Extrèmement Supérieurs. J’avais hâte d’y être et de savoir ce qu’ils lui voulaient, et je pensais qu’on aurait une ellipse pour vite y être. Mais non. A la place, Linus rentre chez lui. Se dispute avec sa voisine. Nourrit son chat. Stresse beaucoup. Est-ce que, dès le lendemain, je vais enfin lire cette réunion ? Non. On le voit d’abord travailler un peu. Discuter avec la secrétaire qui le conduit à la réunion. Puis, enfin, enfin, on découvre qu’il est envoyé en mission sur une île pour inspecter un orphelinat accueillant des enfants considérés comme dangereux. Ce qu’on savait déjà grâce au résumé.
Et c’est pareil lorsqu’il arrive sur l’île ! Mais, à partir du moment où il s’installe, c’est bon : il n’y a plus tellement de suspense : fini la frustration, juste des moments mignons et doux avec les enfants. Linus gagne leur affection et eux gagnent la sienne, c’est vraiment chou. Good Omens devrait en prendre de la graine : voilà comment on écrit un excellent antéchrist enfant ! Et c’est drôle ! L’aspect parodique du début reste et donne lieu à d’excellentes scènes. Il y a un peu de tension quand Linus confronte les villageois très hostiles à la magie, mais c’est plus émouvant qu’autre chose.

La Maison au milieu de la Mer Céruléenne pèche toutefois par manque de réalisme. Je ne lui reproche pas d’avoir de la magie, hein ! C’est plutôt l’attitude des personnages qui n’est pas toujours cohérente. Certes, c’est humoristique et exagéré, alors ça ne me perturbe pas trop que les enfants rient face à des dangers mortels : ça ne retire rien au suspense.
Au fil du récit, on lit les rapports que Linus envoie. Au début, je pensais que c’étaient ses brouillons qu’on lisait : ils étaient beaucoup trop irrévérrencieux ! Si Linus voulait protéger l’orphelinat, il aurait dû fournir des rapports indiquant que tout allait bien, plutôt que de critiquer le ministère. C’est une entité contrôlante qui veut avoir la mainmise sur toutes les créatures magiques : le ton de Linus aurait dû impliquer un licenciement immédiat.
J’imagine que, pour une scène épique finale, c’est plus stylé d’avoir un héros qui dit aux méchants leurs quatre vérités, mais ça n’aurait jamais dû fonctionner.
La deuxième fin était bien meilleure et plus juste… dommage qu’elle serve d’épilogue et de clin d’œil final, plutôt que d’être mise au premier plan.
Autant la relation entre Linus et les enfants est très bien développée, autant la romance qui s’établit entre Linus et Arthur tombe à plat. Pour les enfants, on voit Linus passer du temps avec chacun d’entre eux, on lit leurs conversations, des moments touchants : les lecteurices apprennent à les connaître en même temps que lui. Mais Arthur ? Alors qu’ils ont à peine discuté, Linus est déjà touché et troublé. Arthur le complimente, mais, pourquoi ? Ils se connaissent à peine ! La plupart de leurs conversations sont résumées ou ellipsées, et à la fin, je n’ai toujours pas la moindre idée de sa personnalité.
A l’époque où j’ai lu ce livre et rédigé cette critique, ma conclusion était celle-ci : La Maison au milieu de la Mer Céruléenne est un livre qui réussit à mêler humour, magie et émotion, surtout au milieu du récit où on voit Linus vivre en compagnie des enfants magiques. J’ai vraiment aimé l’univers, son côté très « dessin animé ». Malgré ses problèmes, il réussit à me faire rêver. Dommage cependant qu’il y ait quelques incohérences, et une romance très superficielle.
Si, depuis, j’ai tant tardé à publier une critique pourtant terminée, c’est que j’ai reçu des informations supplémentaires : l’auteur a été critiqué car il s’est inspiré de la rafle des années 60. Le gouvernement canadien a enlevé et relocalisé des milliers d’enfants autochtones. Utiliser cette décision politique affreuse comme ambiance d’un roman de fantasy réconfortante, c’est en effet inapproprié. J’aurais aimé pouvoir dire quels aspects du roman ça influence, qu’est-ce qu’il faudrait questionner, mais je ne suis pas sûre que mon analyse soit juste. Le gouvernement du roman est effectivement montré comme horrible. Mais est-il correctement dénoncé ? Ma réflexion n’a pas abouti, et finalement, je préfère publier cet article en mettant l’information à disposition, pour que les lecteurices soient éclairé·es dans leur lecture.
Radar à diversité : pp principal gay et gros, ps gros, noir, queer, couple m/m principal, couple f/f secondaire
Avertissements : abus et violences envers des enfants, anxiété, homophobie et queerphobie, micro-agressions, grossophobie, harcèlement

