Good Omens

poster de la série Good Omens : l'ange Aziraphale et le démon Crowley sont assis côte à côte sur la planète Terre

J’avais beaucoup entendu parler de Good Omens, série inspirée d’un roman du même nom écrit par Terry Pratchett et Neil Gaiman – des auteurs que je connais : j’ai beaucoup aimé les Annales du Disque-Monde et Stardust. Au départ, j’avais prévu de lire le roman, parce que je ne suis pas très portée sur les séries et que je n’ai pas de compte Amazon Prime.

Puis j’ai vu qu’il y avait 3 mois de gratuité avec Amazon Student et j’ai décidé d’en profiter, surtout qu’il n’y a que 6 épisodes d’une heure. On m’avait répété que c’était très drôle et qu’il y avait du sous-texte LGBTI+.

L’histoire commence alors que l’apocalypse s’amorce : l’antéchrist est né, et, selon le plan divin, lorsqu’il aura atteint l’âge de 12 ans, la Terre sera détruite et la guerre entre anges et démons pourra commencer. L’histoire est racontée par Dieu, et on suit le démon Crowley et l’ange Aziraphale qui décident de s’associer pour empêcher l’apocalypse.

Extrait du générique de Good Omens, les personnages dessinés marchent en file

Crowley et Aziraphale sont à la fois drôles et attachants. Crowley est loin d’être aussi maléfique que les autres démons : il souhaite surtout s’amuser, et la fin du monde l’embête. Aziraphale, quant à lui, est très gentil, mais pas parce qu’il est un ange : la plupart des anges sont cruels et souhaitent la destruction de l’humanité car c’est « prévu par Dieu ».

Je reconnaissais la touche de Terry Pratchett dans la narration et les anecdotes décalées, surtout pour les personnages secondaires. Qui d’ailleurs ne m’ont pas du tout intéressée ! Que ce soit la sorcière, les chasseurs de sorcière, l’antéchrist ou ses ami·es, j’avais juste envie de sauter leurs passages – mais ce n’était pas vraiment possible puisqu’iels sont nécessaires à l’intrigue.

Good Omens est vraiment portée par Aziraphale et Crowley, leurs dialogues à la fois émouvants et hilarants. Mon épisode préféré est le troisième, qui consacre trente minutes à traverser l’Histoire au fil de leurs rencontres. Ils se rapprochent un peu plus à chaque fois, s’entraident, se sauvent la vie… La fin de l’épisode est d’autant plus poignante qu’on a enfin eu tout le contexte de leur amitié !

Les deux personnages sont au restaurant et trinquent

Et donc, justement. Leur amitié. J’ai suivi quelques débats houleux à ce sujet sur internet, concernant la nature de leur relation. Est-ce que c’est du queerbaiting ?

J’en ai déjà parlé dans mon article sur les amitiés et les romances, mais c’est l’occasion de creuser le sujet. En fait pour moi, c’est assez simple : je considère que le queerbaiting est une question d’intention. Est-ce que les créateurices voulaient attirer un public LGBTI+ en lui promettant de la représentation, mais sans en faire pour ne pas perdre le public conservateur ?

Dans la série, anges et démons n’ont pas de genre, et n’éprouvent pas de désir sexuel. Les personnages sont montrés dans des corps variés : l’ange Gabriel est joué par une femme, Crowley porte parfois des vêtements féminins sans que ce soit utilisé comme ressort comique… on pourrait dire que c’est de la représentation non-binaire et asexuelle.

Personnellement, c’est un type de représentation qui me met mal à l’aise, au même titre que les aliens ou robots agenres et ace. Les créateurices se disent « je vais faire une espèce d’aliens bizarre, et dire qu’iels ont toustes le même genre, car c’est tellement original ! » Iels ne considèrent pas que les personnes agenres ou ace existent dans la vraie vie. Et ce n’est pas vraiment un pas en avant dans la représentation, car franchement, le cliché des ace qui ne sont pas humain·es, je pourrais m’en passer.

Bien sûr, ça n’empêche pas les personnes concernées de s’identifier ou d’adorer ces personnages. Mais personnellement, je ne vais pas féliciter Neil Gaiman pour son effort d’inclusivité, car je ne pense pas qu’il y en ait eu. S’il y avait eu des humain·es non-binaires ou ace, et des anges et démons qui ne le sont pas, ç’aurait été très différent…

les deux personnages sont assis sur un banc

Mon malaise majeur reste la relation entre Aziraphale et Crowley. Elle peut tout à fait être lue comme romantique : si les personnages avaient été joués par un acteur et une actrice, il n’y aurait d’ailleurs eu aucun doute à ce sujet. Il y a des déclarations passionnées, une certaine gêne autour des aveux sentimentaux, des personnages secondaires qui les prennent pour un couple, des dîners en tête à tête avec de la musique romantique…

Mais alors que la sorcière et le chasseur sont explicitement ensemble, ce n’est pas le cas des deux personnages principaux, qui se qualifient à répétition de « meilleurs amis ». On pourrait voir la relation comme queerplatonique − un couple aromantique − et c’est personnellement comme ça que je choisis de la voir, mais ça m’étonnerait que ça ait été pensé comme ça, et ça m’énerve qu’on utilise mon identité comme argument pour cautionner du queerbaiting. « Vous n’avez pas le droit de dire que c’est du queerbaiting, ce serait arophobe ! ». Euh, non. J’adorerais voir une représentation de relation queerplatonique. Mais si c’était le cas ici, quand on leur pose la question, les créateurices le diraient au lieu d’esquiver. Pareil si c’était romantique, d’ailleurs.

Beaucoup de gens répètent que c’est nul qu’il faille qu’un couple m/m s’embrasse pour être vu comme officiel, alors qu’il suffit qu’un homme et une femme se regardent longuement pour qu’on les voie en couple. Si on applique les mêmes critères à nos personnages, ils sont en couple.

Mais, quand un couple hétéro ne s’embrasse pas à l’écran, les réalisateurices vont dire un truc du genre « oui, bien sûr qu’ils sont amoureux, on voulait juste montrer une autre forme de couple / une autre manière d’exprimer l’amour / il n’y a pas besoin de s’embrasser pour être en couple ». Là, la position des créateurices de Good Omens c’est « nous voulons laisser ça libre à l’interprétation ». En gros, « donnez-nous votre argent, que vous soyez gay ou homophobe ».

Crowley sort d'une voiture en feu

Surtout que ça ne m’empêche pas d’aimer Good Omens. Je peux apprécier une œuvre sans représentation… La série est drôle, elle est entrainante, les idées de mise en scène sont stylées – j’adore les scènes accompagnées par la musique de Queen, particulièrement celle où Crowley roule dans une voiture en feu. Mais je trouve ça bizarre quand on la félicite pour cette représentation, alors qu’elle n’a fait aucun effort en ce sens.

Avertissements : violence, incendie

 

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