Vespertine de Margaret Rogerson

personne en chemise sombre lisant Vespertine de Margaret Rogerson dans un cimetière

C’est fascinant comme Margaret Rogerson me donne tout à fait ce que je veux lire… mais pas du tout ce à quoi je m’attendais. J’avais lu Enchantment of Ravens en espérant qu’elle fasse le lien entre fées et neurodivergence : pas du tout, j’y avais trouvé une réflexion passionnante sur la créativité, l’émotion, la mortalité et la nature humaine. J’avais ensuite lu Sorcery of Thorns pour son univers livresque, et je me suis retrouvée à adorer les personnages aro aces et les belles amitiés qui se forment. Vespertine était apparu dans mon radar pour son personnage principal aro ace… et j’y ai trouvé la représentation handie que j’avais cherché dans Enchantment of Ravens. La boucle est bouclée !

Au vu de la couverture et du résumé – un monde où les morts reviennent et leurs spectres attaquent les humains – je m’attendais à un récit sombre, et je reconnais que ça ne me tentait pas beaucoup.

Artémisia est une nonne novice dont le monastère est attaqué par une horde de soldats possédés par des spectres. Elle récupère une relique sacrée lorsque sa défenseuse meurt, et, possédée par le puissant revenant à l’intérieur, réussit à défendre son entourage. Il lui reste à prouver que c’est elle qui contrôle le revenant et non l’inverse, et trouver d’où viennent les attaques…

Comme pour ses autres romans, je suis bluffée par la qualité de l’univers de Vespertine. Il est d’une complexité que je trouve rarement, même dans des pentalogies. Il y a toute une Histoire dont on découvre les bribes : la magie ancestrale qui a brisé les portes de la mort des siècles auparavant ; les Saintes qui ont enfermé les revenants dans leurs reliques ; la déformation de ses évènements jusqu’à ce qu’ils parviennent à Artémisia… la narratrice ne connait que le cloître, mais les aperçus du monde extérieur tiennent la route, et laissent entrevoir une société cohérente. Il y a là de la matière pour des dizaines de romans… mais c’est condensé en un seul tome, lui conférant une densité impressionnante.

couverture de Vespertine de Margaret Rogerson

J’ai dévoré ce roman passionnant en une après-midi, et c’est le soir que toutes les émotions sont remontées. Vespertine est à la fois triste et vraiment, vraiment réconfortant. C’est proche de l’ambiance de famille choisie que j’aime tant, mais ce n’est pas tout à fait comme Légendes & Lattes, où des personnages qui se rencontrent et se soutiennent et se réconfortent. Vespertine ne possède pas ce côté joyeux, et au contraire, il y a beaucoup de douleur, et au cœur de ce récit se trouve une profonde empathie. Je me trouvais tiraillée à chaque scène, et même lorsqu’il s’agissait du méchant, je ne pouvais m’empêcher d’être triste pour lui, car Artémisia est une narratrice pleine de compassion.

On se rend compte que le Revenant, cet esprit « maléfique » a passé des siècles seul, enfermé dans le noir… évidemment qu’il panique complètement à l’idée qu’Artémisia l’enferme à nouveau ! La relation qu’il développe avec Artémisia est juste… belle ? Touchante ? Elle me donne envie de pleurer ? De faire des câlins à mes peluches ? Ce sont des personnages qui connectent par leurs terreurs et leurs traumas, et ça fait à la fois mal et du bien que ce soit là-dessus qu’ils se rejoignent.

Comme dans Sorcery of Thorns, Margaret Rogerson explore dans Vespertine les conséquences d’un mauvais traitement. Les héros ne continuent pas simplement leur aventure après un combat ! Je crois que c’est la première fois que j’ai été autant touchée par la terreur des méchants – et pourtant, des méchants sympathiques, on en voit pas mal !

Artémisia, elle, a été possédée par un spectre durant plusieurs années, et l’ignorance de son entourage les a conduits à la maltraiter. Les conséquences de cette possession ont altéré son comportement, et elle n’arrive plus à se sentir à sa place parmi les humains. On la voit peiner à respirer en traversant une foule, se pétrifier à l’idée de parler à quelqu’un. Son entourage lui reproche son regard fixe et ‘glaçant’, son absence d’expression. J’ai vu que d’autres lecteurices autistes que moi s’étaient vraiment reconnus dans Artémisia et ses difficultés relationnelles, tous les moments où ses intentions sont mal interprétées.

Au début, j’ai cru que sa tendance à s’acharner au-delà de ses limites était tout simplement un « trait d’héroïne ». Les personnages principaux qui se relèvent malgré la fatigue, qui donnent leur repas à quelqu’un d’autre par sens du sacrifice, qui retournent se battre sans se soigner car c’est plus important de sauver des gens… on en voit partout !

Puis on se rend compte qu’en fait, Artémisia ne sais pas identifier les sensations de son corps. Elle ne persévère pas « malgré la fatigue » : elle ne se sent pas fatiguée, jusqu’à ce que son corps n’en puisse plus et s’effondre. Une sorte de relation d’aidance se crée avec son entourage : une amie qui lui rappelle de prendre son traitement à des heures fixes, le Revenant qui lui signale de manger, boire et dormir. Ça m’a beaucoup rappelé des situations que je peux vivre avec mon entourage !

Vespertine est non seulement une représentation concrète du handicap, avec une héroïne avec un PTSD et des mains brûlées, mais c’est aussi une excellente métaphore. On peut voir la possession d’Artémisia dans son enfance comme une maladie pour laquelle elle a été punie du fait de l’ignorance de son entourage. Lorsque finalement les nonnes la trouvent – ce qu’on peut voir comme le fait de trouver un diagnostic – elle est soignée partiellement. Ses séquelles ne sont pas prises en compte et elle reste ostracisée de la société, mais les symptômes directs ont été supprimés par l’exorcisme.

Finalement, aux yeux de la société, elle « rechute » en prenant contact avec une personne comme elle – le Revenant – et en embrassant ses différences. Les nonnes/le monde médical veut qu’elle revienne sous leur contrôle, mais elle trouve ses propres moyens de se débrouiller en communauté avec le Revenant.

Voici la version collector, avec une tranche et un intérieur décorés

Et la représentation aro ace, dans tout ça ? Vespertine était, après tout, un roman listé pour sa narratrice sur le spectre.

Je ne sais pas si je peux parler de « représentation », quelqu’un de non informé décrirait sûrement Vespertine comme « un roman sans romance » plus qu’autre chose. Il n’y a pas de moments où Artémisia se questionne, où elle doit rejeter quelqu’un qui a un crush sur elle, où elle se demande à quoi son avenir ressemblera sans couple, où elle reste perplexe devant les actions romantiques ou sexuelles de son entourage. En fait, la romance et le sexe ne sont juste pas des sujets. C’est extrêmement reposant à lire. Et j’imagine que, pour des adeptes de la fantasy YA, ça a dû faire bizarre qu’il n’y ait même pas un soupçon de sous-entendu de romance alors qu’il y avait des personnes éligibles.

Je craignais que lire Vespertine si rapidement empêche le roman d’avoir un impact aussi fort que si j’avais étalé ma lecture sur une semaine, mais en écrivant cet avis, je me rends compte que je suis encore remuée. J’ai hâte de découvrir les prochaines publications de l’autrice !

Radar à diversité : pp aro ace neuroA avec PTSD et handicap physique (mains), psi avec PTSD

Avertissements : maltraitance d’enfant, emprisonnement, attaques de panique, morts

 

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