The Haunting of Hill House

poster de la série The Haunting of Hill House montrant la maison et les cinq personnages debout devant une très grande maison

Après avoir passé un moment incroyable devant le film Jessie (Gerald’s Game), j’en ai discuté avec la seule personne de ma connaissance qui aime l’horreur, et je lui ai demandé des recommandations. Elle m’a conseillé d’autres œuvres de Mike Flanagan : Hush – que je n’ai pas trouvé mais que j’ai très envie de voir – et The Haunting of Hill House.

Comme beaucoup d’autres personnes qui l’ont vu, j’ai trouvé cette série géniale. On y suit trois temporalité : l’enfance des cinq protagonistes, lorsqu’iels emménagent dans une maison que leurs parents doivent rénover… mais quelque chose d’horrible se produira, et leur mère mourra. Leur présent, alors que leur sœur Nelly est morte dans cette maison, et le passé récent, montrant les évènements qui mènent au décès de Nelly.

Le suspense est toujours présent, et c’est une série qui fait peur, mais je la décrirais avant tout comme émotionnelle. Les personnages vous agrippent le cœur, et c’est pour ça qu’on a peur pour eux.

Je l’ai adorée, mais ça fait maintenant plus d’un an que je l’ai vue, alors pourquoi est-ce que j’ai mis autant de temps à commencer cet article ? The Haunting of Hill House m’a tout simplement assommée. Il y avait tellement de choses à dire, des parties que j’aimais, des spoilers que je voulais éviter… ce n’est que récemment que j’ai trouvé un angle par lequel en parler. Je ne vais pas revenir sur l’excellente cinématographie, le jeu d’acteur, le plot twist incroyable du milieu car d’autres l’ont déjà fait. De même, beaucoup ont souligné la représentation nuancée de l’addiction et des programmes gouvernementaux qui gèrent la réhabilitation.

Ce que je voudrais, c’est discuter de la représentation de la santé mentale, parce que j’ai vu des opinions assez variées à ce sujet.

maison dans la nuit avec les fenêtres éclairées

The Haunting of Hill House tourne beaucoup autour de la communication et de l’écoute. Il y a beaucoup de secrets : le père ne dit pas à ses enfants ce qui s’est passé avec leur mère ; Steven, l’aîné, devient célèbre en publiant une ‘fiction’ inspirée de leur traumatisme ; personne n’écoute Nelly ; Theo est « basically a clenched fist with hair », pour citer Steve. J’ai entendu des spectateurs regretter que cette série nous montre autant la non-écoute, mais c’est volontaire, afin de la dénoncer : lorsque Luke dit qu’il a besoin d’argent pour un logement et pas pour de la drogue, personne ne le croit ; lorsqu’il voit un fantôme, Steven lui dit d’arrêter « d’avoir l’air fou » ; lorsque Nelly appelle un à un les membres de sa famille à l’aide, personne ne répond ; lorsqu’elle en parle à son psy, il considère qu’elle exagère, et ainsi de suite.

C’est un cliché des films de fantasy : un personnage voit le surnaturel, et personne ne le croit. C’est une stratégie scénaristique permettant au héros d’être seul pour sauver le monde, et c’est là que j’ai trouvé The Haunting of Hill House différent. En tant que personne non-concernée par le vécu surnaturel, les addictions, l’hyper-empathie, la paralysie du sommeil ou les autres troubles des personnages, cette série était pour moi une injonction à écouter quelqu’un qui vous parle de quelque chose en-dehors de notre réalité.

Lorsque les parents d’Artémis Fowl ne l’écoutent pas au sujet des fées, c’est normal, c’est attendu, c’est pour qu’il vive une aventure, et je ne ressens qu’une vague frustration. Dans The Haunting of Hill House, chaque moment de non-écoute est fait pour nous briser le cœur et nous remplir de colère. La mère meurt. Nelly meurt. Et tout ça aurait pu être évité si on avait écouté les enfants.

C’est d’autant plus flagrant quand on compare ça aux sentiments qu’on ressent lorsque Nelly est écoutée. Lorsque son père la prend au sérieux et veut l’aider… c’est un tel soulagement ! Lorsque son médecin qui ne croit pas aux fantômes l’écoute, on voit le bonheur de Nelly, on voit l’aide concrète que ça apporte. Oui, ce médecin ne voit pas les fantômes, et ne peut donc rien faire contre eux, mais il peut l’aider à gérer sa paralysie du sommeil – et c’est déjà ça. Le seul moment où on voit Nelly heureuse, c’est quand elle est écoutée.

On n’a pas besoin de croire aux fantômes pour agir lorsque ses enfants se réveillent en hurlant toutes les nuits. On n’a pas besoin de croire aux fantômes pour aider quelqu’un face à une attaque de panique. Il faut juste… écouter ce qu’elle dit, au lieu de juste la repousser d’un bref « les fantômes ça n’existe pas ». Je trouve que The Haunting of Hill House nous fait très bien ressentir cette nécessité.

personnage avec un air préoccupé, et en arrière-plan, d'autres personnages assis qui discutent

De plus, tout n’est pas réglé par la magie, la réalité des enjeux de santé mentale est présente. J’ai notamment beaucoup aimé que le père soit accompagné du fantôme de son épouse, et qu’au début, on croie que c’est un « vrai » fantôme. Mais le père explique qu’il en a discuté avec ses thérapeutes, et que sa manière de gérer on deuil est de parler à son épouse comme si elle était là. Le fait de parler seul, que son entourage prend comme un « signe de folie », et représenté comme une manière saine d’avancer dans sa vie. De même, un autre des fantômes présent dans l’intrigue se révèlera ne pas être surnaturel, mais dû à l’état psychique d’une des sœurs.

Ça confirme le message comme quoi même hors d’un contexte magique, il faut écouter et respecter les personnes qui parlent d’évènements surnaturels. Dire au père où à Shirley que leurs fantômes n’étant pas magiques, ils ne sont pas ‘réels’ serait complètement inutile : iels les voient, et ça a un impact sur leur vie.

La question de « est-ce réel » n’est pas importante ! Si je fais un terrible cauchemar, les évènements ne se sont pas « réellement » passés… n’empêche que mes émotions sont là, je peux avoir besoin d’aide pour les gérer, et me dire « c’était juste un rêve » ne sert à rien. J’espère vraiment que cette série encouragera les spectateurices à mettre le côté la question du crédible, et à juste écouter quand on se confie à elleux, peu importe si ça ne correspond pas à leur vision du monde.

Radar à diversité : pp avec paralysie du sommeil, pp addict, pp lesbienne

Avertissements : suicide, addiction et overdoses, deuil, gaslighting, dissociation, meurtre, horreur

 

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