
Tout a commencé avec un fanzine intitulé « Si vous êtes aro ace et que vous n’avez pas vu Koisenu Futari… qu’est-ce que vous faites de votre vie ? ». Ce titre a piqué au vif mon ami·e, qui s’est empressé·e de voir cette série, de l’adorer, et de la recommander à tout le monde.
Alors qu’on fuyait la chaleur et qu’on n’avait rien à faire à part bouger le moins possible, iel m’a proposé qu’on la regarde ensemble (énième revisionnage pour ellui).
L’histoire commence dans un magasin. Sakuko, la designer d’un nouveau produit destinés aux couples regarde la mise en rayon, et son collègue la félicite car le public-cible est large : les personnes qui ne tombent pas amoureuses, ça n’existe pas. Sakuko est prise au dépourvu, ne sait pas quoi répondre, et l’employé qui rangeait les choux proteste que lui, il pense que les gens qui ne tombent pas amoureux existent.
Dans ce premier épisode, on suit le quotidien de Sakuko alors que sa vie prend un tournant dramatique. Un collègue lui déclare sa flamme et, lorsqu’elle le rejette, complètement perplexe, il change de département. Elle décide d’emménager avec une amie d’enfance, choisis un appartement qui la fait rêver… et son amie la laisse tomber pour se remettre avec son ex.
Le cœur brisé, Sakuko se rappelle des paroles de l’employé et cherche des gens qui comme elle, ne tombent pas amoureux. Elle tombe sur un blog qui parle d’asexualité et d’aromantisme, et les articles éclairent son vécu. Un peu plus tard, elle découvre que celui qui tient le blog est en fait l’employé de la supérette, Takahashi, lui aussi aro ace. Elle lui propose d’essayer de fonder une famille sans romance, et les ajustements et essais qu’iels font dans ce but sont le cœur de cette série.

J’ai beaucoup aimé les premiers épisodes, qui parlent notamment du sentiment de solitude. Il y a cette image que les personnes aro ace aiment être seules, mais pas forcément ! Et ça pèse beaucoup à Sakuko et Takahashi, de n’avoir personne de stable, personne sur qui compter. Après avoir confronté la famille de Sakuko (qui veut absolument qu’elle se marie), Takahashi définit leur relation comme « allié·es » (iels utilisent le terme « famille (terme à redéfinir) » avec les parenthèses prononcées à l’oral, ce qui est hilarant).
Avec deux personnes aro ace, ça permet de voir des différences : Sakuko, qui est une femme plus jeune, essaie de faire semblant, de s’intégrer. Takahashi est autiste, et rejette en bloc la norme, il n’arrive même pas à comprendre certaines actions des autres. J’ai été très émue par ce personnage, son regard fuyant lorsque quelqu’un lui parle sans but, son décalage sur les photos… et un épisode en particulier m’a fait fondre. Tous les matins, il piétine de la pâte à udon, car après une longue comparaison de toutes les options (riz, pain, ramen…) il a conclu que c’était ce qu’il y avait de mieux comme petit déjeuner. Jusque-là, il n’avait jamais la motivation d’en faire, mais avec l’emménagement de Sakuko, il peut enfin en cuisiner tous les matins. C’est pareil pour moi : je n’ai jamais aussi bien mangé que lorsque j’avais une coloc’ à chouchouter avec mes plats !
Et puis un matin, au lien de sautiller en piétinant, il semble tout abattu… pourquoi ? Pendant longtemps, il a collectionné les tampons de fidélité de divers magasins. Et quand il a rempli ses cartes, il a pris le temps de comparer les différentes récompenses proposées… si longtemps que ses cartes expirent le jour-même ! Avec son travail qui se termine peu avant la fermeture des magasins, il n’aura jamais le temps d’aller récupérer les lots auxquels il a droit !
Et ça, c’est si… typique. Moi aussi, je prends tellement de temps à comparer chaque paramètre de mes options d’achat qu’elles expirent, et le résultat, c’est que je n’ai toujours pas les objets que j’ai décidé d’acheter il y a plusieurs années (en 2020, j’ai voulu m’acheter un lecteur mp3 parce que le mien a un faux contact. Et ce n’est toujours pas fait. J’utilise toujours celui qui grésille horriblement).
J’ai été très touchée de me reconnaître ainsi, et c’était adorable de le voir se remettre à sautiller lorsque Sakuko propose de l’aider.

Il y a cependant aussi des passages qui m’ont mis très mal à l’aise, ou rendu triste, notamment avec les personnages secondaires apportés pour offrir de la perspective.
Un collègue et ex de Sakuko est convaincu qu’elle lui appartient, au point de la stalker. Mon ami·e essayait de me rassurer quand on le voyait s’insérer dans sa vie : il va évoluer. Et c’est vrai ! Je trouve ça intéressant de montrer un homme hétéro en train de se déconstruire, avec des sursauts de décence entrecoupés de remarques horripilantes. Mais même si c’est bien qu’une série montre ça (et inspire peut-être quelques spectateurs), j’ai juste été crispé à chaque fois qu’il ouvrait la bouche, et ça m’a gâché les épisodes du milieu.
J’espérais qu’une amie de Sakuko soit l’occasion de parler des femmes hétéro qui choisissent de ne pas se mettre en couple. Les femmes aro sont souvent assimilées à ces situations, et c’est dommage, car les deux ont des enjeux assez différents. Mais finalement, ce n’est pas le cas.
Il y a aussi un personnage secondaire qui nous montre une amitié qui se termine parce qu’une des deux éprouve des sentiments non réciproques envers l’autre. C’est hélas très réel, et ça m’a juste fait mal. Une bonne représentation, hein ! Mais pas agréable à voir.
Cependant, j’ai apprécié ce qui a été fait avec la sœur, mariée et enceinte de son 2e enfant, qui découvre que son mari la trompe. Elle veut le quitter, mais l’idée d’être une mère seule la terrifie… et on ne saura jamais ce qu’elle choisit, ce qui est une manière de montrer que chaque choix est légitime.
C’est aussi l’occasion de voir que les difficultés des personnes aro sortent du cadre du couple. Sakuko n’arrive pas à comprendre, et donc à soutenir sa sœur comme celle-ci le voudrait. Globalement, cette série fait du très bon travail en ce qui concerne l’arophobie. Certaines personnes semblent penser que le problème d’être aro, c’est quand on l’ignore et qu’on se force à être en couple. Et ça arrêterait une fois qu’on trouve son bonheur seul.
Mais non. Les fêtes, les commentaires des collègues, les porte-à-faux permanents, les conversations dont on est exclu, l’anxiété de l’avenir, les difficultés de logement… c’est partout ! Et j’ai retrouvé tous ces éléments dans Koisenu Futari.

La fin était vraiment très émouvante, et clôt parfaitement cette série (en huit épisodes de vingt minutes, une seule saison). Je la recommande vraiment, mais pour les personnes aro ace, je pense que c’est mieux de ne pas la regarder seul·e.
Radar à diversité : pp aro ace, pp aro ace autiste, relation queerplatonique, psi saphique
Avertissements : stalking, sexisme, accident, scène de sexe non consentie, hétéronormativité, ace- et arophobie, adultère

