Challenge de l’Imaginaire : Qui a Peur de la Mort ?

de Nnedi Okorafor

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J’ai passé mon enfance à lire uniquement de la fantasy et du fantastique. Uniquement. Les histoires contemporaines reposent en grande partie sur leurs personnages, et comme je ne m’identifiais pas à eux, j’avais du mal à accrocher.

Il y a deux ans, j’ai découvert la « littérature LGBTI+ », et là, oui, le contemporain, aucun problème puisque je me reconnais enfin dans les personnages. La fantasy garde beaucoup d’attraits, mais j’en ai lu tellement que je trouve beaucoup de romans sans intérêt… à moins que les personnages soient autre chose que des hommes blancs cis het valides. Changez une de ces données, et l’histoire prend un tour différent, elle devient moins prévisible. Et si en plus c’est une identité qui me correspond qui est représentée, alors là, mon enthousiasme atteint des niveaux inégalés.

Le challenge de l’Imaginaire, qui s’étale sur toute l’année, était l’occasion parfaite pour moi de renouer avec la fantasy et le fantastique, avec des personnages permettant à l’œuvre de sortir des sentiers battus. Je me suis fixée l’objectif de lire et chroniquer 30 œuvres de l’imaginaire – lire, aucun problème, pour les chroniques, ça s’annonce plus compliqué.

Ma toute première lecture de l’année a été Qui a Peur de la Mort ? de Nnedi Okorafor, un roman se passant dans une Afrique future, probablement post-apocalyptique, où un peuple a réduit un autre en esclavage.

femme en t-shirt Tokyo Ghoul lisant Qui a Peur de la Mort devant un mur de planches

C’est la facilité qui m’a poussée à l’emprunter : il était sur un piédestal dans ma bibliothèque. Puis je ne l’ai pas touché pendant six semaines, je l’avais prolongé pour le garder, mais il commençait tout de même à être en retard. Avec deux autres romans, je l’ai ramené chez mes parents pour Noël, espérant le lire pendant les vacances… et je l’ai commencé la veille de la reprise.

Je m’attendais à un roman dur, et en effet : le père adoptif d’Onye meurt dans le premier chapitre, on assiste au viol détaillé de sa mère… mais le style est fluide, j’ai rapidement atteint la page 100. Onye est attachante malgré ses défauts, et même pour ses défauts. Elle bouillonne de colère et je ne pouvais que la comprendre, face aux injustices répétées dont elle est victime. Enfant d’un viol, née d’un père issu du peuple esclavagiste et d’une mère issue du peuple esclave, elle est considérée comme maudite, et rejetée. Elle est menacée par une entité maléfique et cherche à maîtriser sa magie, mais le sorcier Aro refuse de la lui enseigner car elle est une fille et a été excisée – c’est d’autant plus frustrant qu’il encourage cette pratique.

J’ai une certaine méfiance envers les livres cultes. Plus les autres aiment une œuvres, plus mes attentes grimpent, et je suis souvent déçue. Je suis encore plus méfiante envers les livres où le message est acclamé avant l’histoire. Quand je lis de la fiction, c’est pour l’aventure, pour être transportée. Pas pour apprendre ou analyser, même si c’est un plus bienvenu. Voilà : ça doit rester un bonus.

Lorsqu’on me vantait donc Qui a Peur de la Mort ? car novateur, rempli de thèmes féministes, de l’afrofuturisme, une révolution littéraire, sans me parler de personnages attachants, de scénario, de suspense… je n’étais pas tentée. Le feuilleter aussi vite a donc été une très agréable surprise.

J’ai repris ma lecture dans le train, avide de voir Onye découvrir la magie, et s’opposer aux esclavagistes. Une prophétie, un·e Elu·e, voilà des éléments classiques qui pourraient paraître décalés dans cet univers sombre et futuriste, mais ils ont été détournés, intégrés au point qu’on les reconnait à peine et qu’on ne peut pas les voir comme des clichés. Je considère d’ailleurs ce roman comme « réaliste » malgré la présence de magie, c’est dire à quel point l’ambiance est différente de la SF et de la fantasy qui me sont familières. Tout n’est pas parfait : les parties mystiques se trainaient parfois en longueur, et les plot twists n’étaient pas amenés avec assez d’indices à mon goût. Mais peut-être que c’est l’originalité de ce roman qui fait que je prédis moins bien les retournements de situation…

On apprend à mieux connaître les personnages secondaires alors que l’histoire avance. Ma préférée est Luyu, sans magie mais tellement courageuse – j’ai un faible pour les personnages sans pouvoirs qui se battent malgré tout. Minwa, l’amant d’Onye, est très intéressant : Onye l’aime mais a conscience de son sexisme. Le plus complexe à mes yeux reste Aro, que je détestais et considérais en même temps avec une affection filiale.

Alors oui, les critiques avaient raison de vanter les thèmes : de nombreux messages féministes sont mêlés au récit. Mais justement, ils sont intégrés, indissociables, c’est une histoire et non un essai philosophique, une histoire passionnante qui plus est, et c’est ça qui donne plus d’impact au thème.

C’est un roman difficile avec de longues descriptions de la cruauté humaine, mais il m’a emportée dans une histoire originale qui me restera longtemps en mémoire.

TW : viols et excision décrits en détail, violence générale

 

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