Aro Ace : quelle distinction entre aromantisme et asexualité ?

Pour cette semaine de la visibilité du spectre aromantique, je vous proposerais bien mon témoignage de ma découverte de l’aromantisme. Sauf que je l’ai déjà publié… pour la semaine de l’asexualité.

Ça m’avait paru évident à l’époque : aromantisme et asexualité sont souvent associé·es. La terminologie est la même : zedsexuel·le et zedromatique (ce sont les personnes qui ressentent de l’attirance respectivement sexuelle et romantique) demi-sexuel·le et demi-romantique, greysexuel·le et greyromantique, etc. Les explications sont similaires et conjointes.

Certes, le MAS (modèle des attirances séparées) met en valeur qu’on peut être attiré sexuellement sans être attiré romantiquement, et vice-versa. Mais quoique je reconnaisse sa valeur pour argumenter avec des zed, je ne me sens pas concernée par ce modèle, puisque je suis à la fois aromantique et asexuelle. Il m’a paru logique d’en parler en même temps dans mon témoignage.

Mais en fait, ça ne reflète pas mon expérience. Je ne m’étais pas posé de questions, mais… mon asexualité et mon aromantisme n’ont vraiment aucun rapport. Même si j’éprouve à la fois aucune attirance romantique et aucune attirance sexuelle, je distingue les deux « absences ».

L’asexualité est pour moi une évidence. J’ai mis du temps à rencontrer le mot, mais après, c’était clair, je l’étais – à quelques mois de sentiment d’illégitimité près. D’ailleurs, même si techniquement je suis aegosexuelle1 (oui, les aroace ont plein de vocabulaire, c’est un bonheur pour la fan des mots que je suis), je me considère comme « totalement » asexuelle, et non pas sur le spectre. Pourquoi ? Eh bien, oui, j’ai de la libido, et oui, je peux me projeter dans une attirance sexuelle fictive, sauf que voilà, c’est fictif. Dans la vraie vie, je n’ai jamais été attirée sexuellement par qui que ce soit. Mon aegosexualité a eu un impact sur ma découverte de cette identité, mais maintenant l’asexualité me parle beaucoup plus. Sur un spectre ou le A représente l’absence totale d’attirance sexuelle, et le Z la présence considérée comme normale d’attirance sexuelle, on pourrait représenter mon identité comme ça :

cercle entourant la moitié du spectre, avec pour légende attirance fictive. Une flèche Attirance réelle indique l'extrémité A

Si on regarde du côté de mon aromantisme, ça n’a vraiment rien à voir. Je ne me suis pas reconnue dans les définitions de l’aromantisme, tout simplement parce que pour moi, la romance est quelque chose de difficile à appréhender, et il est donc tout aussi difficile de définir qu’on ne ressent pas d’attirance romantique. L’asexualité était pour moi une découverte – j’ai découvert que ce que j’étais depuis toujours avait un nom – tandis que l’aromantisme a été une construction. J’aurais pu me dire que « par défaut », j’étais hétéroromantique, je serais restée célibataire, et voilà. Mais j’ai passé sept mois à déconstruire la romance, à la décortiquer, à essayer de voir ce qui me correspondait, pour finalement conclure que je ne me reconnaissais pas dans l’expérience romantique, et que je me retrouvais dans le vécu aro. Si je devais dessiner ça :

politiquement je me place à l’extrémité A du spectre, mais je suis plutôt un cercle autour de cette extrémité, quoiqu’avec beaucoup de points d’interrogation. Autour du spectre, j’ai écrit Qu’est-ce que la romance ? Comment représenter les attirances ni amicales, ni romantiques, ni sexuelles ?

Bon, je sais que quand on n’est pas dans l’hétéronorme, on ferait mieux d’être sûr·e de soi, parce que sinon on entend vite que ce n’est qu’une phase, ou qu’on est troublé·e et qu’on se trompe. Mais je suis sûre de mon incertitude, et ça compte aussi.

Du coup, je réfléchis à l’aromantisme et à l’asexualité de façon très distincte – pour être honnête, je ne réfléchis pas beaucoup à l’asexualité. Politiquement, mes revendications sont également différentes : en tant qu’asexuelle, j’aimerais qu’une meilleure éducation au consentement soit fournie, notamment qu’on explique le consentement enthousiaste et éclairé (la nuance « éclairé » est la plus importante à mes yeux. J’étais informée du consentement, mais, ne connaissant pas l’asexualité et étant convaincue que tout le monde était comme moi et ne voulait pas de relations sexuelles, je pensais que ce consentement était en fait de la résignation. On aurait dû me parler des autres options… donc consentement « éclairé » dans le sens où on a conscience de toutes les possibilités et alternatives).

L’aromantisme, pour moi, remet en question la structure de notre société. Et je ne saurais même pas où commencer pour améliorer la situation ! L’information, probablement, c’est pour ça que j’écris cet article. Mais tellement de choses reposent sur le couple ! Vous imaginez, un monde où ce ne serait pas la norme ?

 


1 Aegosexualité : le fait d’apprécier les œuvres mettant en scène des relations sexuelles, ou de pouvoir avoir des fantasmes sexuels, mais ne pas se visualiser/ne pas désirer faire partie de la situation.

5 réflexions sur « Aro Ace : quelle distinction entre aromantisme et asexualité ? »

  1. Bonjour,

    je me permets de réagir car c’est plutôt rare de trouver des témoignages sur le sujet dans l’univers francophone. A croire qu’on est un peu en retard avec le concept…

    Moi, j’ai 38 ans. Profil atypique : autiste Asperger, childfree, asexuelle, aromantique, un peu ermite sur les bords (sauf que bon, je ne vis pas toute seule dans une cabane perdue au milieu des bois !)…

    J’ai toujours eu l’intuition que j’étais en décalage par rapport aux autres, surtout sur le plan sexuel/romantique. La romance, je n’y comprends rien. C’est un gros mystère pour moi. Adolescente, je voyais mes copines de lycée tomber en pâmoison devant les garçons du lycée d’en face, et ça me rendait bien perplexe ! Idem pour les films romantiques qui me laissaient de marbre. Titanic ? Bah j’ai versé une larme parce que ce bateau qui coule au milieu de la nuit, c’est triste, mais pas du tout pour l’histoire d’amour !

    J’ai commencé par découvrir mon asexualité, ce qui a été un soulagement car je rentrais enfin dans une case. Mais j’étais embêtée, car j’avais une certaine libido…mais dirigée comme personne ! Je n’ai jamais, jamais, jamais trouvé quelqu’un(e) attirant(e). Je n’ai jamais eu de « coup de foudre » (la formulation en elle-même me semble menaçante ! j’ai pas envie d’être foudroyée, moi !!!)… Je ne trouve aucun homme « beau » ou « moche », pour moi tous les humains se valent, je me fiche complètement de l’aspect physique. Je trouvais ça louche, cette libido qui se promenait là alors même que je n’avais aucune envie de concrétiser avec un homme ! Du coup j’ai été bien contente de croiser le terme « aromantic » sur un forum anglophone : enfin un mot dans lequel je me reconnaissais ! et clairement, je me définis d’abord comme aromantique, et ensuite seulement comme asexuelle. A la limite, mon asexualité, liée à l’aromantisme, me parait plus « logique » et cohérente. J’aurais eu du mal à accepter d’être aromantique sans être asexuelle. Par chance, je suis également childfree, depuis l’enfance, et quelque part ça me facilite la vie, car j’imagine que ça serait atroce de vouloir construire une vie de famille en étant asexuelle ET aromantique.

    Je n’ai jamais eu d’expériences amoureuses, j’ai tenté de m’intéresser à la chose via des sites de rencontre confidentiels pour geeks et même pour asexuels, mais décidément, ce n’est pas mon truc. J’ai donné de faux espoirs à un pauvre homme asexuel avec qui j’ai échangé pendant neuf mois avant de comprendre que ça ne me menait nulle part. J’aime ma solitude, je vénère mon célibat, j’adore ma vie telle qu’elle est. Ce que j’aime moins, évidemment, ce sont les regards en coin et les tentatives de psychanalyse de comptoir…mais bon, les gens aiment bien se mêler de ce qui se passe (ou de ce qui ne se passe pas !) dans la vie des gens…

    En tout cas merci pour tes articles sur le sujet ! 🙂

    1. Bonjour,

      Merci de commenter, ça me fait toujours plaisir de discuter…
      Je suis d’accord, il y a des ressources en anglais mais beaucoup moins en français !
      Je suis childfree aussi, mais à 23 ans, je ne me sens pas très légitime de le revendiquer. Mais pour le coup, je connais des personnes aromantiques et asexuelles en couple épanoui avec des enfants. Il n’y a vraiment pas de façon unique de vivre l’aromantisme… un ami m’a dit : l’important, c’est d’être bien, et je suis d’accord avec ça. A partir de là , on peut construire ça vie comme on l’entend. Le problème, c’est vraiment la société et la pression sociale qui nous dit qu’il faut être amoureuxse, qu’il faut être en couple – mais avec une seule personne attention – que si on veut des enfants il faut être en couple aussi, etc… Les gens peuvent être vraiment pénibles à ce sujet (je ne compte plus les « tu verras quand tu seras plus âgée, quand tu rencontreras l’amouuuur »)

    2. Très intéressant, ton témoignage. Au fond, il y a des tas de façons d’être aro ou ace. Je me sens proche de l’asexualité et de l’aromantisme; or, j’ai toujours voulu des enfants! Et maintenant que j’en ai, je trouve au contraire que ça aide… LOL

      Je pense que beaucoup de couples avec enfants (surtout en bas âge) doivent sacrifier leur sexualité et leur romantisme à leur vie de famille (plus le temps ni l’énergie!) et en souffrent. Moi, au moins, je n’en souffre pas! Je ne le remarque même pas, en fait.

  2. Je me retrouve pas mal dans ton témoignage sur l’asexualité (l’autre article), mais c’est comme si j’avais pris l’autre chemin à la fourche! Mes expériences sexuelles et romantiques ont fait voler en éclats tout ce que je croyais à leur sujet, toute la pression conformiste que je m’étais mise par rapport à ça… Mais, au lieu de les rejeter, je les ai redéfinies. Peut-être parce que j’y ai trouvé une vraie valeur, malgré tout (juste pas celle que je pensais!).

    Pour ce qui est du couple, j’ai souffert de pas mal de problèmes psychologiques pendant des années, et mon couple actuel est ce qui m’a permis de m’en sortir. Ce n’est pas une fonction « romantique » du couple, et je conçois donc que beaucoup de personnes sont capables de trouver cette intimité et cette stabilité émotionnelles dans leur famille ou leurs amis. Malheureusement, j’ai des relations compliquées avec ma famille (qu’on ne choisit pas, alors qu’un partenaire, oui!), et l’amitié conventionnelle est trop limitée par rapport à l’ampleur de mes besoins.

    Je pourrais dire que mon mari est mon meilleur ami et mon colocataire (c’est le cas). Mais je doute que, s’il n’était que mon meilleur ami ou mon colocataire, il ferait tout ce qu’il fait pour moi. Il n’en aurait peut-être pas l’idée, ou ne s’en sentirait pas l’obligation. Je crois que je serais terrifiée, dans une société sans couple, de n’avoir personne sur qui compter dans ma vie. La famille et les amis, pour moi, c’est la loterie. On naît chanceux ou malchanceux à cet égard, et il y a très peu qu’on puisse faire pour changer la donne.

    Se mettre en couple (mais on peut être plus que deux) est au contraire l’action par excellence, et marque toujours une rupture et une innovation par rapport au statu quo : c’est créer un lien familial de toutes pièces, selon nos propres conditions et nos propres désirs. Ce en quoi consiste le couple, comment on décide de le vivre, c’est entièrement libre. Il n’y a ni règle ni norme. La seule communalité, c’est de dire : on le veut. Alors, on le fait.

    Je me pose également la question de savoir si le couple et la romance ont grand rapport, finalement. Presque toutes mes expériences romantiques ont eu lieu hors couple, et mon mariage n’est pas du tout romantique.

    1. C’est vraiment intéressant, vu que j’ai une perspective totalement opposée ! C’est l’amitié que je vois comme libre et le couple comme un ensemble de normes… Ce que tu dis sur tes craintes de « si nous n’étions pas en couple, il ne ferait pas ça », je le vois justement comme une contrainte là où j’aime faire volontairement, pour mes ami·es, des choses « réservées » aux couples… Je comprends que le couple donne une assurance, qui me manque parfois, mais je la vois comme sociale et mes ami·es peuvent me donner les mêmes assurances… avec moins d’attentes et de non-dits, j’ai l’impression. Dans le couple (du moins tel que je le perçois dans mon entourage) il y a beaucoup d' »évidences » : on est en couple, donc forcément on va passer le samedi soir ensemble (exemple très aléatoire, je sais, mais il est 23h et j’ai pas trop d’inspiration ^^ »). Ce que j’aime, c’est définir une relation, demander à une personne ce qu’elle veut, ce qu’elle ne veut pas… mes sentiments restent de l’amitié mais le fait d’en discuter donne cette assurance, cette sécurité, sans qu’il y ait (pour moi) la pression de la romance, cette attente sentimentale que, de l’extérieur, je vois comme une dépendance (mais je me rends bien compte que c’est une vision biaisée de la situation ^^ »)
      Et si le couple a pu t’aider, si tu te sens bien, c’est tout ce qui compte, finalement. C’est vraiment ma ligne directrice : ce qui compte, c’est d’être bien. Avoir des garanties, des assurances, ça aide, c’est sûr.

      Je pense aussi que couple et romance n’ont pas un si grand rapport. C’est juste la société / la compréhension commune qui les associe.
      Je pense que je pourrais peut-être, un jour, définir plusieurs de mes relations amicales « discutées » comme des couples (couples queerplatoniques, du coup), mais pour l’instant je ne ressens cette envie avec personne.
      Ok, j’ai l’impression d’être partie dans tous les sens, je ne sais pas si c’était très clair. En tout cas, je ne souhaite pas une société sans couple, je souhaite juste une société où la pression à ce sujet n’existe pas… qu’on puisse être en couple ou pas en couple sans que personne ne juge.

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