Les Aventures d’un Apprenti Gentleman et The Lady’s Guide to Petticoats and Piracy

de Mackenzi Lee

personne en robe verte lisant The Gentleman's Guide devant un olivier

Les Aventures d’un Apprenti Gentleman était l’un des nombreux ouvrages conseillés par des lecteur·ice·s LGBTQ+ durant la pride. A l’époque, il n’existait qu’en anglais : The Gentleman’s Guide to Vice and Virtue. L’histoire se passe au 18e siècle, autant dire que j’ai galéré avec le vocabulaire… et je ne me suis rendue compte qu’à la fin de ma lecture que ma liseuse donnait la définition des mots lorsque j’appuyais longuement dessus. Passons…

Mes souvenirs encensent ce roman, mais lorsque je retrace cette lecture, je me souviens qu’au début j’avais été agacée par Monty et ses innombrables bêtises, et que le quiproquo était franchement frustrant – il embrasse Percy, son meilleur ami dont il est amoureux, mais suite à trop d’hésitation, chacun croit que l’autre n’était pas sérieux.

Puis l’aventure commence pour de bon : durant son tour d’Europe en compagnie de Percy et sa sœur Felicity, Monty s’embrouille avec les services secrets français et le groupe se retrouve poursuivi. La tension grimpe, j’ai oublié le narrateur et son arrogance, tenue en haleine par les péripéties. Suspense et émotions s’entremêlaient, puisque les situations de crise révélaient les secrets des personnages.

Souvent, quand le narrateur est amoureux de quelqu’un dès le début, j’ai peur de ne pas être en phase avec ses sentiments, puisque moi je ne connais pas cette personne. Ici, l’aventure révèle à Monty des facettes de Percy qu’il ne connaissait pas, notamment sa gentillesse qui tend au sacrifice. Et d’un autre côté, Monty change beaucoup face à l’adversité, les sentiments des deux personnages évoluent et on apprend à les aimer en même temps. La relation entre Monty et sa sœur Felicity est également creusée : les deux se cachaient beaucoup de choses qu’iels sont obligé·es de dévoiler pour survivre.

Durant ma lecture, j’étais prise par l’histoire, mais lorsque je faisais des pauses – il fallait manger, hélas ! – mes pensées restaient dans le roman. D’une part parce que je me demandais comment les personnages allaient s’en sortir, d’autre part parce que je découvrais la complexité des thèmes sous-jacents. Sexisme, racisme, validisme et homophobie sont abordés, et ce sans ton moralisateur. Le fun reste là, et la remise en question des lecteur·ices n’en est que plus profonde – et surtout spontanée ! L’autrice pointe ce qui ne va pas pour nous faire avancer, et non pour qu’on culpabilise. On suit l’évolution de Monty, de plus en plus attentif à son entourage, et on se sent grandir avec lui.

Et ça rappelle à toustes que c’est pas parce que le roman ne comporte que trois personnages et se déroule au 18e siècle qu’on ne peut pas avoir en même temps un personnage racisé, une femme, un personnage handi, un personnage bi, et un personnage aroace – même si le terme n’est pas utilisé.

personne en chemise verte lisant The Lady's Guide devant un étang avec ponton

J’avais acheté le tome 2 en version papier suite à mon coup de cœur. Malgré tout, j’ai attendu six mois avant de le commencer : il était chez moi et j’étais à Paris, et je ne vois pas assez bien pour lire à cette distance. J’avais hâte de découvrir cette histoire : j’avais perçu Felicity comme ace et ici, elle est la narratrice ! D’autres lecteurices m’avaient confirmé son asexualité, et c’est en toute confiance que je me suis lancée.

Je l’ai lu d’une traite. J’avais eu du mal sur le vocabulaire du Gentleman’s Guide, et pareil pour The Lady’s Guide : j’ai bloqué dès la première page. Heureusement, j’avais ma liseuse sur moi et j’ai pu rechercher la traduction du mot * – * qui est d’ailleurs souvent réutilisé par la suite. A part ça, la lecture a été très fluide.

Felicity est même aro ace, et le roman commence lorsqu’elle refuse d’épouser le boulanger qui l’entretient. Je dois avouer que j’ai eu des doutes, au début : Felicity est très froide, et je ne me suis pas attachée à elle tout de suite. Mais son caractère s’inscrit dans la logique de son parcours, elle fait face à beaucoup d’adversité à cause de son genre.

Elle essaie d’entrer dans une école de médecine puisqu’elle rêve de devenir chirurgienne. On se doute qu’elle sera renvoyée – il n’y aurait pas d’aventure sinon – et la scène est à la fois drôle par son absurdité et terriblement frustrante – car hélas réaliste.

Elle décide donc de rejoindre son idole chirurgien pour devenir son assistance, et part avec la pirate Simmaa malgré le désaccord de Monty.

J’ai adoré cette chère pirate ! Et une fois que Félicity n’est plus seule, son personnage devient plus attachant, et j’ai retrouvé ce que j’avais apprécié dans le tome 1 : du suspense et des aventures variées. Après une fuite et un voyage, on se retrouve dans une maison en apparence sûre. Est-ce le moment pour moi de souffler ? Au contraire, j’étais tendue comme un arc, soufflant à Felicity de se méfier – elle ne m’écoutait pas – car je percevais que son hôte était louche… Et ensuite, c’est parti pour une aventure encore différente, avec des pirates, des combats, des abordages… on n’a pas le temps de s’ennuyer.

Dans cette demeure si mystérieuse, on rencontre Johanna, une amie d’enfance de Felicity que j’ai également adorée. J’avais un – léger – cran d’avance sur Félicity, puisque je m’étais questionnée sur la féminité quelques mois auparavant. J’ai eu cette attitude de « je ne suis pas ce genre de fille, je ne porte pas de rose, je ne me maquille pas, je ne parle pas de garçons dans les toilettes ». J’ai fini par comprendre que c’était n’importe quoi, qu’il n’y a rien de mal à être féminine, qu’au contraire, ça peut être de la réappropriation. Je me suis en partie réconciliée avec le rose, et voir Félicity suivre le même parcours m’a fait très plaisir : c’était une manière d’y réfléchir à nouveau, de voir ce que j’avais pu oublier… Les interactions entre les deux amies à la fois différentes et semblables sont très agréables.

Mon personnage préféré reste la pirate – on a d’ailleurs droit à une aventure questionnant la colonisation, très bien menée de ce que j’ai pu en juger. Et puis… comment dire… j’imagine très fort Félicity et la pirate en relation queerplatonique. Après tout, si Felicity n’est pas amoureuse de Simmaa, elle ne rejette pas l’idée d’une relation comme elle l’a fait avec son prétendant du début – elle s’était enfuie sans demander son reste, là, l’idée d’une île où vivre toutes les trois semble la séduire.

Même si Félicity et moi ne sommes pas identiques, je me suis vraiment identifiée à elle, et ça fait plaisir. Après un début un peu froid, l’aventure est prenante, questionne les normes sans perdre son rythme et son côté léger, Simmaa est stylée et Johanna adorable. Comme c’est en anglais, je suis mauvaise juge du style d’écriture, mais j’espère que la traduction française, qui sort en avril, met cette pépite en valeur.

 

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