En Quête d’Albums avec de la Représentation − Partie 2

J’essaie de garder une taille d’article raisonnable, et du coup, je n’ai pu vous présenter que 3 albums dans ma partie 1. Mais j’en ai lu beaucoup plus !

personne en gilet de polaire sombre lisant Le Lapin de Neige de Camille Garoche dans un canapé rouge
Le Lapin de Neige de Camille Garoche

Je l’ai sans doute déjà dit quelque part sur ce blog, mais la première youtubeuse lecture que j’ai suivie, c’est Sita tout Court. Sauf qu’elle, elle est plus orientée lectures graphiques que romans, et à l’époque, je ne lisais ni BDs, ni albums. Mais j’aimais son énergie et son humour, alors je notais ses recommandations sans donner suite.

Trois ans plus tard, je lis des livres graphiques ! J’ai emprunté beaucoup de ses recommandations – l’avantage d’avoir attendu, c’est que maintenant, les albums ne sont plus récents et sont disponibles en bibliothèque.

Le lapin des neiges de Camille Garoche est un album sans texte absolument magnifique. J’ai appris plus tard que c’était un collage, ce qui explique le relief des dessins, le flou des décors mettant en valeur les personnages. Tout brille, tout est lumineux, et doux en même temps. Les paysages enneigés sont splendides, on est transporté dedans. J’ai envie de vous mettre des photos de chaque page, mais bon, allez plutôt l’admirer en vrai…

page de Le lapin des neiges de Camille Garoche, on y voit deux jumelles blondes dans la neige, l'une est en fauteuil roulant et un lapin vient de bondir de ses genoux, elles le regardent avec un air étonné et inquiet

On suit l’histoire de deux sœurs, dont l’une en fauteuil roulant, alors qu’elles jouent avec la neige et se perdent dans la forêt à la poursuite d’un lapin. C’est un livre qui se lit, et se relit, et se relit encore, qui se découpe et qui s’affiche – ok, non, la tentation est grande de vouloir recouvrir mes murs avec les dessins, mais découper un livre, c’est juste impossible pour moi. Sa lecture est un moment doux qui fait rêver.

Personne en short et en chemise rose à jabot lisant Un Jour mon Prince viendra d’Agnès Laroche devant un étang
Un Jour mon Prince viendra d’Agnès Laroche

Un Jour mon Prince viendra d’Agnès Laroche est un joli album, simple et mignon. La grenouille Philémon attend avec impatience de se transformer en prince grâce à un baiser, comme ses parents le lui ont promis… mais aucune des princesses qui l’embrassent le transforment !

C’est un album dont le message est assez clair « les couples de garçons sont normaux », et le ton est beaucoup moins pédagogique que Ça change Tout ! de Cathy Ytak que j’avais lu quelques semaines plus tôt. Un ton pédagogique n’est pas un problème, les œuvres restent utiles, mais je vais souvent moins accrocher à l’histoire si je sens qu’elle n’existe que pour me donner une leçon que j’ai déjà reçue. Ici, j’ai pu me laisser emporter par les dessins.

D’ailleurs, en album pédagogique, j’ai aussi lu J’ai deux Papas qui s’Aiment, et je ne l’ai pas aimé. C’est une tentative louable de normaliser l’homoparentalité, mais il assène beaucoup de soi-disant vérités du style « la naissance est toujours un bonheur » ou « il faut un homme et une femme pour faire un bébé ». Dommage.

De façon générale, même un bon album pédagogique n’est pas ce que je cherche. Ça me met mal à l’aise… on pourrait penser qu’avec les thèmes auxquels je m’intéresse, je ne peux pas échapper à la pédagogie, mais en fait, c’est surtout une question de ton.

« Il était une fois un prince qui souhaitait épouser ami le chevalier. Et c’est parfaitement normal ! Son père s’y opposait, mais il avait tort, car un garçon peut aimer un garçon. »

« Il était une fois un prince qui souhaitait épouser son ami le chevalier. Son père s’y opposait, alors ils s’enfuirent et vécurent heureux loin du royaume. »

Les deux phrases transmettent la même leçon, mais alors que l’une s’adresse à des personnes hétéro voire homophobes, l’autre inclut tout le monde. C’est louable de faire de la pédagogie auprès des homophobes, mais parfois, la manière est juste aliénante.

Personne en jupe rouge et chemise rose lisant La Princesse qui n’aimait pas les Princes d’Alice Brière-Haquet dans un amphithéâtre de verdure
La Princesse qui n’aimait pas les Princes d’Alice Brière-Haquet

Ça faisait un petit bout de temps que j’avais envie de lire le mini-album La Princesse qui n’aimait pas les Princes d’Alice Brière-Haquet, et j’ai fini par le réserver à la bibliothèque. Je l’ai lu sur place, en attendant que la bibliothécaire soit disponible – mais je j’ai quand même emprunté derrière pour le relire.

C’est l’équivalent féminin de Un jour Mon Prince Viendra : le roi décide de marier sa fille et fait venir des prétendants, mais aucun ne lui plait ! Il finit par se résigner à appeler la fée à la rescousse… vous devinez comment ça se termine ?

Les dessins ne sont pas top mais l’histoire est drôle, et j’ai bien aimé le rythme des phrases, comme une chanson, avec des rimes parfois, sans que ce soit pour autant en vers.

Je ne suis pas très à l’aise avec la fin. C’est écrit en 2010, avant la légalisation du mariage gay en France, mais je n’arrive pas à savoir si l’album est pour ou contre. J’ai l’impression que la conclusion c’est « ce n’est pas nécessaire », mais peut-être que c’était une manière maladroite de dire « les lesbiennes arrivent à être heureuses même si vous leur mettez des bâtons dans les roues », et ça, c’est plutôt cool.

personne lisant Heu-Reux de Christian Voltz dans une aire de jeux
Heu-Reux de Christian Voltz

Le thème des princes·ses et des mariages arrangés semble populaire : Heu-Reux de Christian Voltz a un scénario similaire à celui de La Princesse qui n’aimait pas les Princes, mais dans le royaume de la ferme, où le taureau cherche à marier son fils.

Dès que je l’ai ouvert, j’ai senti qu’il aurait du succès auprès des ami·es avec lesquel·les je lis des albums à voix haute. En effet, le texte joue sur la répétition, mais aussi sur la taille et la couleur de la police et l’emplacement : les phrases sont disposées un peu partout sur la page, comme une BD. Je me voyais très bien le lire à voix haute en prenant des voix différentes ! En plus, les personnages sont assemblés à partir d’objets du quotidien, ce qui ajoute au côté ludique de l’album.

Cette mise en page aide aussi à accentuer le côté caricatural, ce qui permet de se moquer du père et de son attitude oppressive. Il insiste pour que son fils soit heureux, mais lui impose sa propre vision du bonheur…

Je l’ai apporté avec moi lorsque j’ai rendu visite à ces ami·es et en effet, il a été très apprécié ! Moi-même, je l’ai trouvé encore mieux à lire ensemble, car c’est toujours plus facile de rire en groupe que seule devant les phrases.

personne lisant Rose Bonbon d'Adela Turin devant un massif de roses
Rose Bonbon d’Adela Turin

Durant ma recherche, j’ai aussi trouvé pas mal d’albums féministes plutôt intéressants. J’aime particulièrement quand ils sont vieux, comme Rose Bonbon d’Adela Turin, parce que ça me donne du courage de voir qu’il y avait des personnes qui luttaient pour mes valeurs avant moi – je sais, c’est aussi assez déprimant de constater que les choses bougent très, très lentement. On essaie souvent de faire croire que les féministes ont des exigences trop élevées qui sortent de nulle part, et c’est rassurant d’avoir des « preuves » du contraire. Et ça rappelle aussi que tout n’est pas à inventer : la voie a déjà été pavée !

Rose Bonbon est une bonne métaphore de l’oppression patriarcale au travers des injonctions de beauté, et j’aime les dessins ! On y découvre un monde où les éléphantes sont rose parce qu’elles mangent certaines fleurs, sauf l’une d’entre elles, qui va essayer de se libérer de cette injonction.

En plus récent, j’ai lu La Dictature des Petites Couettes d’Ilya Green qui parle aussi des normes de beauté et les remet en perspective. Je l’ai trouvé plus maladroit, car il essaie de faire passer plusieurs messages en même temps : d’un côté, que les normes de beauté sont absurdes, et de l’autre, qu’il faut normaliser le droit des garçons à porter des choses « féminines ». Les deux messages sont bons, mais quand on les mélange, ça donne l’impression que ce sont les femmes qui oppressent les hommes avec des normes de beauté qu’elles inventent, alors que c’est plutôt le contraire…

Au cours de ma recherche d’albums, j’ai aussi trouvé quelques BDs jeunesse que je compte bien vous présenter !

 

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