En quête d’albums avec de la représentation

Je crois que ma mère a un souvenir plus ému que moi des albums de mon enfance, mais il y en a quand même deux ou trois que je me souviens avoir beaucoup appréciés. Mais ça fait longtemps…

Si je m’y remets aujourd’hui, ce n’est pas parce que je veux conseiller des livres à des enfants : Un* ami* m’a confié que je lui avais redonné le goût de la lecture, ce qui m’a beaucoup touchée. Comme les albums lui plaisent, j’ai ai cherché plein pour les lui conseiller !

En plus, j’ai adoré Julian est une Sirène que j’ai lu chez lui, tout comme Le Fleuve, alors je savais que je ne lirais pas des albums uniquement pour les conseiller, mais aussi pour mon plaisir personnel. C’est aussi lui qui m’a prêté Buffalo Belle !

J’avais noté plusieurs titres conseillés par Sita tout Court et Mistikrak, et je me suis aussi tournée vers le blog Mon Fils en Rose qui a été de très bon conseil !

D’ailleurs le premier album que j’ai lu dans cette démarche était conseillé par celui-ci :

personne en plaid lisant My Footprints devant un four
My Footprints de Bao Phi

J’étais un peu dubitative en lisant la chronique de My Footprints, qui expliquait qu’il parle d’une petite fille qui se fait harceler parce qu’elle est asiatique et qu’elle a deux mères. Les albums que je lis, je les veux doux, mignons et enthousiasmants. C’est tout l’intérêt des albums à mes yeux : réconforter et ne pas blesser. Alors le harcèlement, vraiment… en plus, il est en anglais…

Couverture de My Footprints de Bao Phi

Finalement, c’est un album super tendre : le harcèlement est évoqué et non représenté. On voit Thuy se chercher à travers les empreintes qu’elle laisse dans la neige, imitant les animaux qu’elle croise.

Les dessins sont vraiment jolis, les mamans très affectueuses, et c’est une histoire réconfortante. J’espère qu’elle sera un jour traduite…

personne en jupe à fleurs lisant dans un tunnel de verdure
Le Chemin de Jada de Laura Nsafou

J’avais beaucoup entendu parler de cet album, alors quand j’ai commencé à écumer les bibliothèques à la recherche d’ouvrages jeunesse à conseiller à mes ami·es, l’emprunter était une évidence.

Finalement, je pense que c’est dommage que j’aie su à quoi m’attendre avant de le lire, car ça m’a empêché de vraiment m’y plonger. J’étais trop dans la réflexion et l’analyse, pas assez dans l’émotion. Du coup, je ne sais pas à quel point je veux vous en dire…

C’est un album qui raconte l’histoire de deux sœurs, l’une à la peau brune et l’autre à la peau très sombre, et il traite du colorisme : le fait de discriminer les personnes selon que leur peau est sombre ou claire. J’avais lu avant l’article de l’autrice qui l’explique mieux que moi, et je vous invite à le consulter aussi. Il permet de mieux comprendre les expressions du racisme, et comment il s’applique différemment aux personnes noires lightskin et darkskin.

D’ailleurs, dans le milieu littéraire, j’ai pu constater à plusieurs reprises que même quand la version française gardait le personnage racisé sur la couverture, sa peau était éclaircie – c’est le cas de La Guerre du Pavot et Trône de Cendre, par exemple.

Couverture de Le Chemin de Jada de Laura Nsafou

Les dessins de Le Chemin de Jada sont vraiment jolis, et j’ai beaucoup aimé la poésie de l’histoire, avec le soleil, la lune et les étoiles qui prennent la parole pour parler aux deux sœurs. Je m’attendais à ce qu’il soit plus explicatif, mais non, c’est une histoire.

Je l’ai relu avec les ami·es pour lesquel·les je me renseignais, et j’ai de nouveau passé un bon moment. On était près d’un lac, le soleil se couchait et on voyait mal les dessins, mais c’est une expérience de lecture très différente quand quelqu’un nous lit une histoire à voix haute, et j’aime beaucoup. Comme en plus le voyage de Jada se passe de nuit, nous étions dans l’ambiance ! Je suis ravie d’avoir pu le partager, et je l’ai préféré en deuxième lecture.

album dans mon ombre aux cheveux courts
Histoire de Julie qui avait une Ombre de Garçon de Christian Bruel & Anne Bozellec

Je suis allé à la bibliothèque avec la côte de ce livre en main, et, pensais-je, toutes les infos nécessaires pour le trouver. Je suis monté au bon étage, au rayon album et… il n’était nulle part. J’ai un peu fouillé, puis je me suis résignée à demander à une bibliothécaire. En fait, l’album était ostracisé dans une autre pièce, dans une étagère spéciale, avec une étiquette « différence ». Aucune chance qu’un·e enfant – ou un parent, d’ailleurs – tombe dessus par hasard…

Certes, cette étagère est bien pratique pour moi, quand je cherche des albums qui sortent des normes. Mais je peux aussi me renseigner sur internet, trouver des recommandations, ce qu’un·e enfant ne peut pas faire. Je pense vraiment que ces albums engagés devraient se trouver avec les autres… Quitte à coller une liste « albums sur la différence » sur l’étagère !

Julie est une petite fille indisciplinée que ses parents ne cessent de gronder. Il faut qu’elle peigne mieux ses cheveux. Qu’elle porte des vêtements plus jolis. Et au fil des dessins, son apparence se lisse, son sourire s’éteint, jusqu’à ce qu’elle ait l’air vide à l’intérieur et que sa mère se réjouisse enfin qu’elle ait l’air d’être « elle-même ».

Ses parents lui reprochent souvent d’être un garçon manqué, et, à force qu’on lui dise d’être ce qu’elle n’est pas, Julie se réveille avec une ombre de garçon. Dont elle va chercher à se débarrasser… Il y a des passages en vers, des jeux de mots, c’est plutôt sympa !

Couverture de Histoire de Julie qui avait une ombre de Garçon

Je savais que cet album parlerait de genre, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit de cette façon-là. Je pensais que l’ombre reflèterait la véritable identité de Julie, mais la métaphore est moins directe. Julie n’en peut plus des injonctions à la féminité, qu’on lui demande d’être ce qu’elle n’est pas, et en même temps, l’ombre de garçon ne lui correspond pas non plus. Elle tombe finalement sur un enfant dans une situation similaire, et conclut qu’il ne faudrait pas autant normaliser et cloisonner le genre. Qu’être ni garçon ni fille, ou les deux, est parfaitement normal.

Lorsque je l’ai prêté à mes ami·es, iels ont remarqué qu’en fait, il avait été écrit en 1976 ! Ça donne une perspective très différente sur son contenu ! Les maladresses et confusions, que j’expliquais par le fait que Julie est jeune et perdue, peuvent aussi venir du fait qu’à l’époque, le contexte était différent… et comme toujours, ça me touche beaucoup de découvrir une trace d’identités LGBTI+ dans le passé.

Il y aura une suite à cet article, c’est déjà certain, car je continue de découvrir plein d’albums…

 

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