Bandes-Dessinées Jeunesse

Alors que je cherchais avant tout des albums à conseiller à des ami·es – j’en ai parlé dans ces deux articles : partie 1 et partie 2 − je suis tombée sur plusieurs bandes-dessinées et romans graphiques destinés à la jeunesse. De façon générale, je n’aime pas les bandes-dessinées, et d’habitude, je me contente de lire celles que l’on me conseille. Les gens qui me connaissent savent trouver celles qui me feront oublier mon aversion ! Les choisir moi-même était donc une expérience mitigée : parfois, je suis bien tombée et je les ai adorées, comme Les Fleurs de Grand-Frère. Et parfois, elles m’ont juste rappelé pourquoi initialement, c’est un format qui m’enthousiasme peu…

personne en tunique verte lisant Les fleurs de grand-frère de Gaëlle Geniller entourée de plantes grimpantes
Les fleurs de grand-frère de Gaëlle Geniller

J’ai vu cette bande-dessinée sur une étagère de la bibliothèque, au rayon enfant, et la couverture comme le titre m’ont aussitôt charmée. Je l’ai feuilletée pour me faire une idée – non, je ne lis pas le résumé – et le concept me plaisait : un jour de printemps, le grand frère du narrateur si réveille avec des fleurs qui poussent dans ses cheveux. Il commence par vouloir les couper, car c’est « anormal » et ça l’inquiète, mais comme toute sa famille les trouve magnifiques, il les garde et apprend à vivre avec elles, à prendre soin d’elles, à les aimer.

Je l’ai lue le week-end d’après, et wow, mon cœur n’était pas préparé. Je venais de relire mes poèmes favoris de En Apnée, j’avais donc déjà les larmes aux yeux, et Les Fleurs de Grand-Frère ne les ont pas séchées, au contraire.

L’écriture est si poétique, et les dessins ont des traits doux et de belles couleurs, très contrastées. J’aime beaucoup la démarche légère des personnages – on a souvent l’impression qu’ils volent. Il y a des plantes partout, ce qui ajoute beaucoup de calme et de poésie à l’atmosphère des pages.

L’histoire est magnifique. C’est sans doute une métaphore de la différence, mais je n’y ai honnêtement pas beaucoup réfléchi, tellement j’étais emportée. Au fil des saisons, le grand-frère passe par différentes émotions au sujet de ses fleurs, les autres enfants sont intrigué·es, sa famille le soutient. C’est joli, mignon, et la fin est très touchante. Aaaah, rien qu’en écrivant cette chronique j’ai de nouveau les yeux qui s’humidifient !! Cette bande-dessinée est belle, émouvante, magnifique…

illustration de Les Fleurs de Grand-Frère de Gaëlle Geniller avec les émotions qui évoluent au fil des saisons

Quand je l’ai prêtée à mes ami·es, iels se sont étonné·es : je leur avais conseillé une bande-dessinée sans représentation ! J’ai d’abord été surprise que ça ne m’ait pas sauté aux yeux, mais en y réfléchissant, c’est logique : ce qui m’embête dans les œuvres « sans représentation », c’est qu’elles véhiculent souvent un message au mieux normatif et au pire oppressif. Ici, ce n’est pas le cas, alors je n’ai pas particulièrement considéré l’orientation sexuelle ou l’identité de genre des personnages. On nous montre une vision différente de la masculinité, douce, émotive, et ça fait très plaisir.

personne de profil lisant Rouge Tagada de Charlotte Bousquet
Rouge Tagada de Charlotte Bousquet

J’ai une sorte de relation de dépendance-haine avec les livres de Charlotte Bousquet. A chaque fois que je lis un de ses livres, je prends la décision de ne plus jamais en lire d’autre. Mais ensuite, je tombe sur un nouvel ouvrage, je ne peux pas m’empêcher de le lire car il a l’air intéressant, et je reprends finalement la même résolution…

Peu après avoir détesté et abandonné Les Masques d’Azr’khila, j’ai vu le roman graphique Rouge Tagada dans la bibliothèque du centre LGBTI+, et le responsable m’a expliqué à quel point ça avait été dur de se le procurer. Un livre rare ? Voilà qui a exacerbé ma curiosité. Je l’ai donc lu, et j’ai beaucoup aimé ! Rouge Tagada parle de l’attirance d’une collégienne pour sa meilleure amie et… ça se termine mal. Ça m’a brisé le cœur, mais en même temps, c’est réaliste, et c’est agréable que cette réalité soit prise en considération. Ça arrive.

Un an plus tard, mes ami·es voulaient lire des œuvres graphiques pour la jeunesse, alors j’ai réemprunté Rouge Tagada pour le leur prêter. Je l’ai relu avant pour vérifier que ça leur plairait et… peut-être pas, en fait. Le lire en pensant au regard des autres m’a donné une perspective différente sur cette histoire : je suis contente qu’elle existe, mais elle fait mal. En sachant qu’elle est destinée à la jeunesse, je me dis que pour certaines filles lesbiennes ou bi, ce sera peut-être la première histoire f/f qu’elles liront. Une histoire qui se termine par un cœur brisé…

Cette fois, je pense que je suis en bonne voie pour tenir ma résolution !

personne en robe multicolore lisant Bichon de David Gilson devant des constructions géométriques colorées
Bichon de David Gilson

Voir Bichon dans les rayonnages m’a directement rappelé que je n’aimais pas les bandes-dessinées, alors même qu’on me l’avait conseillée. Les dessins ne me disaient vraiment rien qui vaille : ils m’évoquaient les BD type Titeuf ou Boule et Bill, pas du tout mon style de lecture.

Le ton est effectivement similaire : on suit l’année de primaire de Bichon à travers des histoires de deux à trois pages, qui se terminent généralement par une blague ou une chute. Le personnage est cependant très différent : Bichon est très sensible, gay, il aime les robes et les poupées et l’assume complètement. L’histoire n’occulte pas le harcèlement qu’il vit à l’école, ni le jugement des adultes, et en même temps, plein de personnes le soutiennent et c’est très réconfortant. J’adore la mère de Bichon, qui le défend quoi qu’il arrive !

Ça n’empêche pas la BD de tomber dans les clichés sexistes, notamment lorsque Bichon parle de galanterie ; ou racistes, la seule fille asiatique ayant toujours les yeux fermés.

page de Bichon de David Gibson

J’ai ensuite lu le tome 3 − et je reconnais que ce n’est pas très logique, mais voilà, c’était celui qui était disponible à la bibliothèque. Le format a changé : ce ne sont plus de petits sketchs indépendants, mais une histoire continue. C’est toujours mignon, avec un message positif. Et j’ai beaucoup aimé la toute dernière page où on voit Bichon plus âgé.

Le tome 2 est similaire au troisième, et je n’ai honnêtement pas trouvé qu’il apportait grand-chose, même si ça reste une lecture sympathique.

Dans l’ensemble, Bichon est une bonne trilogie, avec un personnage original et attachant, qui m’a réconciliée avec ce format dont j’avais gardé un mauvais souvenir.

personne en chemise blanche lisant Princesse Princesse de Kay O’Neill devant un paysage avec un château fort, tenant une grosse peluche d'éléphant rose dans ses bras
Princesse Princesse de Kay O’Neill

Après avoir adoré Le Cercle du Dragon-Thé, je me suis renseignée sur toutes les autres œuvres de Kay O’Neill. Et il y avait un extrait de Princesse Princesse disponible en ligne ! L’histoire avait l’air amusante, mais les dessins ne m’ont pas enthousiasmée : les cases sont très chargées.

Je n’avais donc pas particulièrement l’intention de le lire, mais à l’occasion de la campagne Ulule pour La Baie de l’Aquicorne, on pouvait le commander aussi et j’ai cédé à la tentation. J’ai dévoré les deux bandes dessinées à la suite.

Je connaissais déjà le début, avec la princesse Sadie emprisonnée dans une tour et la princesse Amira qui vient la sauver avec sa licorne. Tout est très dynamique et rapide, et si la BD est drôle et charmante, elle manque de calme et n’est pas très mignonne.

Je trouve aussi que, pour un conte, la morale est un peu simpliste. J’ai l’impression que le message sur l’acceptation de la différence – à la fois dans le physique et le caractère – est relativement courant. Ça ne le rend pas inutile, mais j’aurais aimé qu’il soit davantage creusé.

Après, c’est peut-être aussi que comme je suis fan de contes, j’en suis devenue très exigeante…

personne en pyjama lisant La Baie de L’Aquicorne de Kay O’Neill dans un fauteuil avec une peluche d'éléphant rose sur les genoux
La Baie de L’Aquicorne de Kay O’Neill

Pour être honnête, je pensais que La Baie de l’Aquicorne se déroulait dans le même univers que Le Cercle du Dragon-Thé, après tout, on voit sur la couverture qu’il y a des créatures fantastiques et mignonnes. Mais pas du tout !

Le récit se passe dans un univers qui ressemble au nôtre, dans un petit village de bord de mer où la jeune Lana visite sa tante Mae suite à une tempête. Elle découvre un petit aquicorne blessé dans une flaque et le recueille pour qu’il se repose. Au fur et à mesure que le village progresse dans ses réparations, Lana découvre l’histoire de la mer et de sa tante. Les aquicornes sont des créatures adorables qui protègent les océans avec l’aide de leur gardienne Aure.

La Baie de l’Aquicorne est un livre qui parle de pollution et de surpêche, et les pages de fin donnent plus d’explications sur les récifs coralliens et comment les protéger. Le message écologiste manque de subtilité mais reste bien intégré à l’histoire, et mon principal reproche reste que le ton moraliste nuit à l’ambiance douce.

page de La Baie de l'Aquicorne de Kay O'Neill

J’avais beaucoup aimé les dessins dans Le Cercle du Dragon-thé, et les traits, similaires ici, m’ont beaucoup plu. C’est doux et mignon ! Dans la première bande-dessinée, des plantes étaient intégrées au décor, ou entre les cases, remplaçant le fond parfois, ce qui conférait beaucoup de fluidité aux pages, et donnait plein de détails à observer à chaque relecture ! J’espérais quelque chose de similaire, mais au contraire, les cases sont très séparées. La dessinatrice joue sur leur taille, insère des espaces vides, et l’atmosphère est calme et aérée.

Tout comme dans les autres bandes-dessinées de Kay O’Neill, j’aime la manière dont les romances sont représentées, sans que les personnages ne s’embrassent jamais. Elle est dans l’intensité des regards, dans les mains qui se tiennent. J’ai davantage détaillé mon ressenti dans mon article sur La représentation d’amitiés et romances LGBTI+, et je trouve que Kay O’Neill trouve un bon équilibre.

C’était une lecture douce et mignonne, avec un message important pour les jeunes lecteurices. Les dessins et les couleurs sont tellement beaux !

 

Les bandes-dessinées font partie des livres que je partage le plus : c’est rapide à lire, alors c’est facile de les apporter à mes ami·es pour les découvrir côte à côte et s’enthousiasmer ensemble. Ça rajoute souvent une autre couche d’appréciation à mes lectures, même quand je lis seule. Je me demande toujours ce que d’autres penseront de cette œuvre, si je peux la conseiller, et ça oriente mon opinion. Parfois, j’en apprécie d’autant plus une bande-dessinée. Et parfois, beaucoup moins ! Heureusement, mes découvertes de ces derniers mois ont été pour la plupart enthousiasmantes.

 

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