Nemesis tomes 1&2

de April Daniels

D’ordinaire, j’attends de lire l’intégralité d’une série avant d’en parler. Mais la fin du tome 2 de Nemesis pourrait tout à fait être définitive, et alors que les deux premiers tomes sont sortis en 2017, il n’y a toujours pas de nouvelles du tome 3, à part qu’il est prévu. Et vu mon impression finale du tome 2, je pense que je ne lirai pas la suite, juste pour éviter de devoir encore concilier mon enthousiasme envers un roman satisfaisant et mon amertume par rapport aux oppressions qu’il perpétue.

personne lisant devant une baie vitrée, le soleil se couche
Dreadnought

J’ai commencé le tome 1 dans une gare, j’avais deux heures de correspondance et pour une fois, j’avais trouvé une place assise. J’étais d’humeur pour une lecture légère et facile, mais je n’avais pas non plus envie de lire une romance ou un livre jeunesse. Une aventure de superhéros, c’était un parfait compromis !

Même si c’est en anglais, je l’ai trouvé facile à lire. Ça se passe dans un univers avec des superpouvoirs, où les plus puissant·es forment la Légion, qui affronte les supervillain·es. Leur dirigeant est Dreadnought, un superhéros à la force et au corps surpuissants – c’est superman mais avec un pouvoir qu’il peut céder.

L’histoire commence tout de suite : Danny, une jeune femme trans, assiste au meurtre de Dreadnought par Utopia. Il lui transmet alors son pouvoir, ce qui transforme son corps en ce qu’elle pense qu’il aurait dû être depuis toujours, et lui permet de transitionner. Avec une force et une vitesse surhumaines par-dessus le marché.

Elle est ravie, mais ses parents et son meilleur ami réagissent mal à sa transition, certain·es superhéro·ïnes refusent qu’elle rejoigne la Légion tandis que d’autres veulent l’y forcer alors qu’elle est mineure. De son côté, Danny veut venger Dreadnought.

Le début est assez long, le temps de présenter les personnages, l’univers, et tout parait parfois irréel. Danny retourne à l’école sans se poser de questions et j’étais sûre que les gens se demanderaient comment elle a pu transitionner physiquement du jour au lendemain, et comprendraient qu’elle est la nouvelle Dreadnought. Mais non, personne ne se doute de rien. Je pensais qu’elle aurait des ennuis parce qu’elle ne lit pas les consignes relatives aux supers, mais pas de problème de ce côté-là non plus.

Si le scénario manquait de cohérence, la nuance apportée aux supers était bienvenue. Les capes blanches ne travaillent pas pour le gouvernement mais ne s’opposent pas à lui non plus, même quand il commet des crimes, pour éviter de prendre le pouvoir et de transformer le pays en dictature. Les capes grises, qui ont décidé de défendre le peuple même s’il faut parfois verser dans l’illégalité, ne sont pas non plus idéalisées.

Utopia n’est pas une méchante très intéressante, et je me suis ennuyée durant le long combat de Danny contre des cyborgs inconnus. La fin était cependant bien trouvée, et pour une fois, l’évolution des capacités de Danny ne m’a pas paru artificielle. Elle découvre ses pouvoirs, on comprend à peu près comment ils fonctionnent, et tout ça reste logique.

J’avais choisi cette lecture pour me mettre de bonne humeur, et voir Danny franchir des obstacles est vraiment satisfaisant… mais il y avait aussi beaucoup de scènes de transphobie très dures à lire. Entre Graywytch qui a un discours typique de TERF – c’est un acronyme signifiant Trans Exclusionary Radical Feminist, et désignant les personnes qui déforment le féminisme pour attaquer les personnes trans −, l’ami de Danny qui allie homophobie et transmisogynie, le père qui exsude la masculinité toxique et l’abus émotionnel, et la mère qui ne comprend rien et l’accuse d’égoïsme, on a toutes les nuances de la transphobie et c’est horrible. Les quelques personnages qui soutiennent Danny sont un réel soulagement.

Cependant, toutes les scènes d’oppression ne sont malheureusement pas contestées. J’ai relevé que Danny cesse de compatir avec l’une de ses victimes lorsqu’il se met à se balancer d’avant en arrière, une description évoquant l’autisme. Il est odieux, mais je trouve ça nul que ce soit cette caractéristique-là qui lui retire le droit à la compassion.

Ce roman est une aventure entrainante, avec une héroïne attachante qui m’a fait passer un super moment. J’étais à 200% avec elle – oui, ce n’est pas très scientifique, mais pour un livre de superhéros, les hyperboles sont de mise !

personne en débardeur rouge lisant devant des rails, le soleil se couche
Sovereign

J’ai enchainé avec le tome 2 qui est beaucoup plus dynamique, notamment parce qu’il n’y a plus besoin de présenter l’univers ou les personnages. Cependant, j’ai été un peu perdue au début : il y a une ellipse entre les deux tomes et les personnages ont beaucoup évolué dans l’intervalle !

Danielle adore se battre et se laisse souvent emporter par sa colère, ce qui est exploré dans Sovereign. C’est le genre d’arc narratif que je n’aime pas lire, car les personnages qui commettent des agressions graves et se voilent la face ensuite ne me plaisent pas trop… Mais c’était vraiment bien fait ! Au début, on a l’impression que Danny est très lucide : elle admet qu’elle aime la violence, et qu’elle serait prête à payer pour défoncer des gens. Et elle sait que c’est un défaut et tente de se maitriser.

Mais ensuite, elle discute avec d’autres personnages, et à travers leurs remontrances, on se rend compte qu’en fait, elle n’a aucun recul sur ses actions. Elle s’énerve contre celles qui lui reprochent ses débordements, elle se justifie maladroitement. J’ai beaucoup aimé me rendre compte que son point de vue était biaisé.

Outre le début dynamique et le développement de Danielle, j’ai adoré le tome 2 pour ses méchant·es. Si l’un d’entre elleux est assez transparent, la méchante principale est une TERF, et désignée comme telle. J’avais donc vraiment hâte que Danielle la défonce, ce qui a rendu la fin passionnante. Ça lui crée aussi un lien personnel avec Danny, contrairement au tome 1 où la méchante était une inconnue. Son objectif m’a quand même paru exagéré, et nuit pour moi au propos du livre.

Je reste contrariée par le plot twist final, que je vais vaguement vous spoiler car il n’est pas important pour l’intrigue : on découvre que la méchante est probablement intersexe, ce qui retourne contre elle sa transphobie.

Ça me déplait parce que je n’aime pas qu’une identité LGBTI+ soit une punition, et que je n’aime pas non plus que l’oppression de la communauté LGBTI+ soit attribuée aux personnes concernées. J’entends régulièrement l’argument « les plus homophobes sont les gays dans le placard », et c’est tellement une manière pour les hétéros de se déculpabiliser… iels croient vraiment que ce sont les personnes concernées qui sont à l’origine de la haine à leur encontre ? Et puis la représentation des personnes intersexes est très rare et souvent ratée – je vous conseille cette liste de chroniques faite par une personne concernée – alors ça me parait vraiment horrible de l’utiliser comme ça.

Sur le moment je pensais pouvoir passer outre car ce n’est qu’une phrase dans un roman qui remonte le moral, qui donne envie de se battre, qui fait rêver de pouvoirs magiques et d’aventures. A travers Danielle, je me sentais remplie de force et de courage ! Mais ce passage m’est finalement resté en travers de la gorge et me laisse un goût amer. A chaque fois que je parle de cette série à quelqu’un, c’est de ce point que je discute en long et en large…

Avertissements Dreadnought : transphobie, violence domestique, abus émotionnel, meutres, violence, langage validiste

Avertissements Sovereign : Transmysogynie, langage validiste, morts, violence, torture, automutilation, référence au suicide idéalisé, référence à des blessures causant des dégâts cérébraux/paraplégie/perte de membre, violence intra-familiale

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Lu pour le Challenge de l’imaginaire

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