Rois de Cendres de K. Ancrum

personne lisant Rois de Cendres de K. Ancrum dans la forêt

J’avais souvent vu Rois de Cendres de K. Ancrum en librairie, et à chaque fois, j’avais envie de le lire, tout en redoutant que ce soit du queerbaiting. Finalement, j’ai découvert que l’autrice était bi et qu’il était donc peu probable qu’elle me donne de faux espoirs. Dans ces conditions, je voulais bien lire une amitié intense.

fanart de Rois de Cendre, les deux personnages côte-à-côte

Fanart par Oblivionsdream (tumblr)

L’histoire s’ouvre sur le rapport de police, qui a arrêté August et Jack alors qu’ils mettaient le feu à un bâtiment abandonné. Ils vont être internés dans un hôpital psychiatrique, et on remonte dans le temps pour découvrir comment ils en sont arrivés là.

Tout s’enchaine vite car les chapitres sont courts – une page, généralement – et j’ai plongé dans l’amitié entre Jack et August. Au fur à mesure qu’on découvre des scènes de leur passé, je ressentais l’intensité de leur relation : Jack a sauvé la vie d’August, August s’occupe de lui car ses parents sont absents. Et en même temps, il y a comme un malaise, une faille, dans leur manière d’interagir, avec l’intransigeance de Jack et ses crises de colère. Lorsqu’il commence à voir des choses qui n’existent pas, August le soutient sans hésiter dans sa quête pour réaliser une prophétie.

Les pages sont parsemées de photos, dessins, notes, listes… je n’ai pas trouvé ces insertions très intéressantes, par contre, j’ai beaucoup aimé le fait que les pages s’assombrissent au fur et à mesure que la folie impacte les vies d’August et Jack. J’étais de plus en plus tendue en voyant August se réfugier dans la pyromanie.

Le livre est angoissant, mais moins que ce à quoi je m’attendais : la mise en page comme le style d’écriture rappellent que c’est un roman ado, et je sentais que la fin ne serait pas dramatique. Mes autres craintes concernaient la représentation de la santé mentale – je n’avais pas du tout aimé Paranoïa dont l’idée est proche – et elles avaient été apaisées dès le début, car l’intro présente des ressources.

Le fait que la relation entre August et Jack soit toxique est très clairement écrit. Au-delà du diagnostic de codépendance qu’on leur pose plus tard, August se rend bien compte qu’il est prêt à tout pour Jack, et que ce n’est pas très sain et sûr pour lui.

Alors que les chroniques parlaient d’ambiguïté – romance ou amitié intense – pour moi, il était assez clair qu’August était attiré par Jack et réciproquement. Et grâce à l’interview de K. Ancrum que j’ai lue ensuite, je pense savoir pourquoi : l’autrice a voulu représenter l’attirance polyA qu’elle-même a ressenti, et pour elle, ce n’est donc pas incompatible que Jack comme August soient intéressés par Nina, tout en étant amoureux l’un de l’autre. Je n’avais pas « détecté » la représentation poly, mais je n’avais jamais vu Nina comme un « obstacle », même si je voyais qu’il y avait de l’attirance envers elle aussi.

couverture de Rois de Cendres de K. Ancrum

L’interview était aussi intéressante pour prendre du recul sur mon opinion et celles des autres lecteurices. Petit spoil : à la fin, on découvre que la maladie de Jack n’était pas mentale mais physique, et il guérit. La guérison miraculeuse des maladies mentales est un cliché néfaste car faux, et sous-entend aussi qu’une fin ne peut pas être heureuse si un personnage n’est pas sain. Personnellement, ça ne m’avait pas dérangée car j’avais déjà entendu parler de maladies physiques provoquant des hallucinations – dans la BD autobiographique La Tête dans les Etoiles de Jen Wang – et surtout parce que ça n’empêche pas le livre de parler de santé mentale. En effet, la situation plonge August dans une spirale d’anxiété. Il devient anorexique, fait des crises de paniques qu’il n’arrive à calmer que par des comportements dangereux, la pyromanie. Et ça, ce n’est pas guéri à la fin, loin de là ! C’est d’ailleurs déchirant de voir que la plupart des psychologues qui essaient d’aider August le considèrent comme celui des deux qui devrait être responsable car il est « sain », alors que… pas vraiment, non.

fanart de Rois de Cendres : Augustfanart de Rois de Cendres : Jack

Jack et August, Fanart par melli4uhbees (tumblr)

Rois de Cendres est un roman que j’ai lu en une journée : il est court et très fluide. Mais derrière, on peut y réfléchir longtemps ! K. Ancrum parle de biphobie, du fait que dans une société homophobe, c’est dur de se rendre compte que ses sentiments sont réciproques car c’est une grosse prise de risques. Elle voulait aussi montrer la passivité des adultes, que ce soit à l’école, à la banque, à la police, à la maison : iels reprochent toujours à Jack et August les symptômes de leurs problèmes sans jamais les aider. C’est prenant et je le recommande vivement.

Avertissements : crises de colère et d’angoisse, violence, feu, contenu sexuel, hôpital psychiatrique, négligence parentale

 

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