All For The Game de Nora Sakavic

En l’espace de quelques jours, Imanewreader a présenté la trilogie All For The Game de Nora Sakavic, un groupe de cosplay que j’aime a fait de même, je l’ai vu dans la liste Wikipédia très sélective des livres avec de la représentation asexuelle, et un ami très proche m’a révélé que c’était sa série préférée. Mon envie de la lire était brûlante ! Heureusement, j’ai attendu, et ça a donné le temps à mon ami de m’en dire un peu plus. Visiblement, iel me connait très bien et a su trouver exactement quoi me dire pour que je profite au mieux de cette expérience.

personne en pull et écharpe lisant All for the Game tome 1 : The Foxhole Court de Nora Sakavic devant une haie effeuillée
The Foxhole Court

C’est toujours difficile à dire après coup, mais je pense que sans ses paroles, j’aurais abandonné ma lecture au début de The Foxhole Court. J’étais en pleine panne de lecture, et alors que tout le monde, sauf lui, disait que c’était une romance, ce début n’y ressemble en rien – et je n’aime pas trop quand un livre ne répond pas à mes attentes. Neil Josten est le fils d’un seigneur du crime qui fuit son père depuis des années, le mensonge comme la fuite sont ses premiers réflexes. Une seule chose est plus forte que cette terreur : sa passion pour exy, un sport d’équipe à mi-chemin entre le hockey et le lacrosse. On ressent tout ça dès le premier chapitre, où il est recruté par les Fox, une équipe de premier plan composée uniquement de jeunes au passé trouble accumulant les problèmes psychologiques. Il doit choisir entre cette occasion de jouer et sa terreur que la notoriété attire l’attention de son père… sa passion l’emporte, même lorsqu’il comprend que le gang auquel son père est lié possède une équipe qu’il devra affronter.

Je ne suis pas très satisfaite de ce résumé : la réalité du livre est bien plus complexe, mais implique aussi des dizaines de termes et de noms de personnages qui n’apparaissent même pas, et qui m’ont perdue au début. J’ai fait une pause pour fouiller le wiki et obtenir une vision globale de quels personnages seraient importants pour la suite.

Rien dans la façon dont ils sont présentés dans le livre n’invite à penser qu’il y aura une romance : Neil n’a qu’une seule préoccupation, et ne prête attention aux gens autour de lui que s’ils sont des obstacles ou des outils pour ladite passion. C’est un point de vue très biaisé, d’autant plus qu’on se rend compte au fur et à mesure que Neil n’est pas un très bon juge de caractère.

Mais je savais tout ça, et du coup, au lieu d’être rebutée par l’apparent manque d’empathie de Neil et l’antipathie que m’inspiraient ses coéquipier·es, j’ai cherché à lire entre les lignes. C’était prenant d’avoir cette double lecture, de me rendre compte de l’affection qui transparaissait malgré tout, de deviner quand Neil ment aux autres mais surtout à lui-même, et d’essayer de savoir ce que pense réellement son entourage.

personne en gilet patchwork lisant All For The Game 2 : The Raven King de Nora Sakavic devant de la roche trouée
The Raven King

Ma curiosité m’a propulsée à travers le tome 1, somme toute assez court, et c’est à partir du tome 2, The Raven King, que j’ai été incapable de le lâcher. Car je connaissais enfin à peu près les personnages, Neil s’était fait une place quoique bancale dans l’équipe, et la menace représentée par le gang qui le poursuit était clairement établie. Entre le drama sportif qui m’évoque le manga Eyeshield 21 et le gang qui joue à exy, je ne pense pas qu’il faille prendre le scénario très au sérieux : il n’est pas réaliste et il n’essaie même pas. Le cœur du roman, ce sont les personnages.

“I won’t lie and say I didn’t think about it, but I decided to stay. I trusted you more than I was scared of him. So trust me now if you can. I’m not going anywhere.”

C’était beau de les comprendre de mieux en mieux, de voir à travers leur carapace. A chaque pause, je réfléchissais au tome 1 et j’interprétais beaucoup d’évènements sous un autre angle. Neil se révèle prêt à tout pour protéger ses proches, cette loyauté et cette férocité lui sont rendues et ça m’a touchée en plein cœur. Il y a des tensions internes à l’équipe mais certains liens semblent impossibles à briser, malgré toutes les horreurs qui leur arrivent.

C’est une bonne chose qu’on m’ait avertie que cette série était très violente, en particulier The Raven King qui est une lente descente aux enfers au fur et à mesure qu’on explore les traumas passés et présents d’un de ses coéquipiers, et qu’on apprend à voir derrière sa façade. Se souvenir du tome 1 et des a priori de Neil est d’autant plus douloureux.

Je dois dire cependant que même si The Raven King contient des scènes brutales, je les ai trouvées supportables, car le livre ne se roule pas dedans. J’en ai lues, des histoires qui romancent des traumas, qui se complaisent à décrire en détail les évènements pour la jouissance malsaine des lecteurices, ou qui au contraire les approchent de manière à tout laisser à une imagination qui peut aller dans les recoins les plus sombres. Ici, c’est horrible, et montré comme tel.

L’écriture s’améliore grandement dans le tome 2. Le style de The Foxhole Court me laissait indifférente – je suis assez mauvaise juge de style en anglais de toute façon – mais j’ai relevé plusieurs coquilles, notamment un « lose » à la place d’un « win » qui m’agace beaucoup. Dans The Raven King il y en a moins, et le style devient beaucoup plus fluide et émotionnel !

photo prise dans un miroir d'une personne en poncho multicolore lisant All For The Game 3 : The King's Men de Nora Sakavic devant un fleuve aux berges enneigées
The King’s Men

Il était très tard quand j’ai fini The Raven King – et j’avais oublié de manger… − mais je savais que c’était une mauvaise idée de m’arrêter sur cette fin et j’ai enchainé avec The King’s Men. C’est une remontée bienvenue en termes d’ambiance, les personnages sont plus proches que jamais et les dialogues sont tout simplement parfaits. Psychologiquement, ils ont parcouru un long chemin et ça me faisait très bizarre de repenser au Neil du tout début. Lui qui a toujours voulu rester à l’écart des groupes cherche à présent à unifier son équipe pour faire face à son passé qui le rattrape. Il y a aussi beaucoup de scènes comiques !

Personne ne m’avait dit que ça se terminerait mal – et généralement, on m’avertit, les gens ne sont pas si cruels – mais j’ai quand même pas mal stressé et j’ai jeté un coup d’œil à la fin. Ça m’a permis de faire une pause pour dormir… une erreur, car je n’ai pas trouvé le sommeil. J’aurais mieux fait de continuer ma lecture.

Le lendemain, j’ai pu terminer le roman. Malgré son manque de réalisme général, il y a un grand soin apporté à la cohérence des personnages, et au fait de les faire grandir, progresser, sans pour autant magiquement régler tous leurs problèmes, et c’est tellement, tellement satisfaisait.

couverture alternative de The Foxhole Courtcouverture alternative de The Raven Kingcouverture alternative de The King's Men
Couvertures alternatives de All For The Game par art.gent

Ce que j’ai adoré dans cette série, et la raison pour laquelle j’ai commencé à la relire dès que je l’ai finie, ce sont ses multiples couches. Non seulement tous les personnages évoluent au cours de l’histoire, mais la plupart sont peu honnêtes dès le début et on a une fausse vision de leur évolution. Si on rajoute à ça l’interprétation biaisée de Neil, évidemment que c’est passionnant de revenir sur The Foxhole Court et d’essayer de deviner ce que pensait tout le monde à ce moment-là. J’aime les livres avec cette profondeur, et qui jouent avec mes sentiments. Il y a des personnages que j’ai détestés jusqu’au bout, d’autres que j’ai appris à aimer. Pour certains, j’étais tellement à côté de la plaque que c’en est comique. Et c’est si gratifiant de voir ces personnages au-delà de tout ce qu’ils font pour se cacher. Personne ne les comprend, mais après trois tomes, je suis entrée dans leur intimité et j’en suis ravie.

Un des pièges dans lequel il serait facile de tomber, maintenant que j’ai fini, serait de les idéaliser. Je le voyais déjà en découvrant des fanarts qui semblent presque unanimement ignorer certaines descriptions physiques des personnages pour une apparence plus lisse et normative. Il en va de même pour leur personnalité : comme on les apprécie à la fin, on a envie d’oublier toutes les choses qu’ils ont faites avant. Mais ces personnages ne sont pas des anges, et ce serait dommage de rejeter cette complexité. Ça rend le livre désagréable à lire par moments, surtout en ce qui concerne les comportements toxiques ou oppressifs. Oui, certains personnages qu’on apprend à apprécier sont homophobes, psychophobes, acephobes, mais le message du livre n’est pas que ce genre de comportement est correct, c’est au contraire que les personnes que la société rejette pour leur différence méritent une chance de plus – je trouve qu’il est d’ailleurs assez facile de deviner que l’autrice est concernée par la représentation du livre, et son blog le confirme.

La grande richesse de cette série, ce sont ses personnages complexes qui permettent de nombreuses relectures pour les comprendre chaque fois un peu plus. J’ai découvert que l’autrice avait publié certains de ses travaux d’écriture sur son blog, et surprise surprise : il semblerait qu’elle ait réfléchi à l’histoire de tous les points de vue, et même rédigé certains passages du point de vue d’autres personnages. Je ne m’étonne plus de la cohérence de l’ensemble ! Et ce contenu bonus m’a permis de rester dans l’ambiance de All For The Game après avoir refermé le dernier tome, et continuer de rêvasser. Ces personnages resteront longtemps dans mon cœur.

Liste des avertissements, avec et sans spoilers : https://cabeswaterlovesthem.tumblr.com/post/142112202373/detailed-list-of-trigger-warnings-for-tfc-series

 

Une réflexion sur « All For The Game de Nora Sakavic »

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