Au 5e de M.P. Boisvert

personne en pull rose et pyjama bleu lisant Au 5e de M.P. Boisvert dans un lit avec des coussins bleus

Lorsque j’ai commencé à rechercher des livres avec de la représentation polyA, une personne qui m’est chère m’a conseillé Au 5e de M.P. Boisvert… qu’elle-même n’avait pas lu : c’était une de ses ami·es qui le lui avait conseillé. Du coup, je n’avais pas d’avis dithyrambique de sa part me vantant le livre, et en plus, au vu du résumé, c’était un roman contemporain relatant le quotidien d’une colocation… c’est bien loin des aventures épiques que j’affectionne !

J’ai donc pas mal traîné avant de le lire, jusqu’à ce qu’il ne reste dans ma « liste polyA » plus que deux romans, dont lui.

L’histoire s’ouvre sur l’emménagement d’Eloi au 5e, dans une colocation comprenant son ex, Alice, qui l’a invité dans ce logement le temps qu’il trouve un emploi. D’un caractère plutôt mou, je n’ai pas éprouvé d’affection pour lui… mais le style d’écriture était entrainant, le chapitre court, et j’arrivais déjà au suivant : le point de vue d’Alice, qui stresse à l’idée que ça se passe mal, que ses colocs, qui sont aussi ses amant·es, n’apprécient pas Eloi. On passe ainsi entre les cinq points de vue des colocataires, dans des chapitres brefs à la 1e personne qui nous présentent chacun·e. J’aimais beaucoup les titres comme « Alice pulvérise un potage à la courge musquée » ! De temps en temps, il y a des scènes de théâtre qui nous retranscrivent une conversation dans une chambre.

C’est vraiment rapide à lire, dynamique, et pourtant, le cœur du livre, ce n’est pas l’action : ce sont les sentiments, qui sont développés pour chacun·e. Les points de vue sont d’ailleurs peu fiables, un personnage affirme être furieux, mais on découvre à travers un autre qu’il était en fait triste, l’un décrit son indifférence, mais ses actions le démentent… ça peut être troublant, et même frustrant lorsqu’on constate qu’un peu plus d’analyse de soi et de communication permettrait à tout le monde de se sentir mieux. En effet, si beaucoup d’affection se dégage de Au 5e, il n’y a pour autant pas beaucoup de joie. Les personnages n’expriment pas leurs besoins et leurs frustrations, restent sur des malentendus qui leur pèseront jusqu’à la fin… mais dans leurs actions, on sent tout leur amour. C’est un livre où il faut regarder au-delà des affirmations des narrateurices, et j’aime quand je dois creuser les diverses couches des personnages, un peu comme dans All for the Game. Ça donne un sentiment de réel, ça m’investit dans leurs émotions. J’ai vraiment accroché, et j’ai lu ce roman d’une traite, enthousiaste.

Quand la personne qui me l’a conseillé a finalement lu ce roman, elle a réfléchi à l’image que ça donnait du polyamour, et ça m’a rappelé que je m’étais posé la question aussi ! Durant toute l’intrigue, je voulais secouer les personnages et les encourager à communiquer, mais je n’avais pas du tout l’impression qu’il fallait qu’ils arrêtent le polyamour, que c’était une mauvaise chose. Mais est-ce que je pense ça car je suis moi-même polyA, ou est-ce que c’est le roman qui donne une vision complexe mais malgré tout positive du polyamour ? Difficile pour moi de trancher, et, honnêtement, je ne pense pas que l’autrice ait particulièrement prévu que Au 5e tombe entre les mains d’autres lecteurices que des personnes polyA et queer. Ça a vraiment l’air d’être une œuvre qui s’adresse à nous.

couverture de Au 5e de M.P. Boisvert, rose vif avec un chat

Au 5e est un roman québécois, et ça se sent dans l’écriture. Anglais et français se mêlent, il y a des mots que je ne connais pas – mais dont on devine le sens – des expressions qui ne me sont pas habituelles… c’est génial. J’adore les langues, et voir comment on peut prendre les mots que je connais et construire des images différentes, c’est top.

Les personnages sont dans une relation polyA ouverte, et différente avec chacun. Alice, Gaëlle et Camille sont ensemble, Alice sort aussi avec Simon et avec Benjamin, qui habite ailleurs. Leurs relations sont amicales, romantiques et sexuelles, et aussi, pour certaines, kinky.

Au tout début, on a une blague kinky qui m’a fait sourire – il y a des personnes dans mon entourage qui font le même genre de plaisanteries : « nous ne voulons pas de colocataire qui a un passé de crachats (non consentis) ». C’était une excellente surprise ! Surtout que ce n’est pas du tout un roman érotique : on n’a aucune scène de sexe ou de BDSM détaillée, juste certaines envies des personnages, et avant tout leur quotidien. Gaëlle qui cuisine quand elle stresse, Camille qui prépare une tarte que personne n’aime manger, et préfère faire le ménage en s’imaginant qu’on lui donne des ordres. C’était vraiment sympa.

Au 5e a été une excellente surprise, un roman entrainant et agréable à lire qui explore des personnages avec plusieurs couches. Le style d’écriture s’accorde à la simplicité de l’histoire, et j’ai passé un très bon moment.

Avertissements : évocations précises de sexe et de kink
 

Une réflexion sur « Au 5e de M.P. Boisvert »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.