Confessions of a Teenage Hermaphrodite et A Proper Young Lady de Lianne Simon

Je ne sais plus exactement comment j’ai découvert l’autrice chrétienne et intersexe Lianne Simon, mais au hasard, je vais dire que c’était sur le blog de Bogi Reads the World, qui recense tous les livres intersexes existants, avec son opinion sur ceux qu’iel a lus. Très utile ! J’avais surtout entendu parler de Confessions of a Teenage Hermaphrodite, mais c’est A Proper Young Lady que j’ai pu me procurer en premier.

personne en manteau rouge ouvert sur une robe noire et rouge lisant A Proper Young Lady de Lianne Simon devant une maison en ruine
A Proper Young Lady

Je ne m’attendais pas à adorer ce livre, car je ne suis pas fan de romance New Adult, et si j’ai tenté l’aventure, c’est surtout par curiosité.

Le début était très troublant : le titre, l’attitude de Dani qui tient à poser correctement les couverts, porte des robes de soie, étudie les bonnes manières et s’apprête à se marier, me donnait l’impression que nous étions dans les années 1910. Mais non, il y a des portables, des motos, des avions. C’est un roman contemporain !

Le point de vue alterne entre Mélanie et Dani, deux amies d’enfance qui se retrouvent après cinq ans de séparation. Dani est intersexe, et elle demande à Mélanie de la soutenir durant l’opération pour « normaliser » son corps. Bien qu’elle-même soit tout à fait à l’aise avec son genre et son corps, elle veut faire plaisir à ses parents et son fiancé Ethan.

Ethan souhaitant avoir des enfants au plus vite, Dani demande à Mélanie de les porter, ce qu’elle accepte aussitôt. Et comme à l’époque on connait mal les personnages – on ignore, par exemple, que Mélanie a toujours rêvé d’avoir des enfants – c’était super perturbant qu’il n’y ait aucune hésitation ou discussion.

Mais ce n’est pas la partie la plus frustrante. Vers la moitié, plot twist ! Le garçon qui a quitté Mélanie alors qu’il avait promis de l’épouser, et dont elle parle depuis le début, c’est Dani ! Jusqu’à la fin – à part le dernier chapitre – Mélanie parle de Daniel et Dani comme de deux personnes séparées. Le point de vue de Dani est pourtant assez clair :

« I smile my tenderness for Melanie. Daniel was never anything more than make-believe — a part I was happy to play for her. Like the Danièle I became for my parents. Or the proper young lady the psychologists counseled. All of these — and none — were me. »

Mélanie passe l’intégralité du livre à adorer Dani, à l’embrasser, mais à répéter que les femmes ne l’intéressent pas, et que Daniel lui manque. C’est horrible, surtout lorsque Dani a besoin d’elle et que Mélanie ne souhaite que le « retour » de Daniel… elle est là, en fait. Certes, Dani apprécie qu’alors que la société la voit uniquement comme une femme, Mélanie prend en compte sa partie masculine. Mais elle s’énerve contre son père lorsqu’il parle d’elle comme de deux personnes différentes, et quand c’est Mélanie qui agit ainsi, c’est ok ?

D’après Dani :

« But my true gender lies somewhere between princess and little boy. In the end, only Melanie accepts that. »

Mais dans les pensées de Mélanie (The girl = Danièle, some boy=Daniel) :

« The girl’s in a coma—maybe dying—and all I can think of is some boy? Well, yeah. I’m messed up, okay? And I need Daniel bad right now. »

couverture de A Proper Young Lady de Lianne Simon

Pourtant, je n’ai rien contre la nuance du genre de Dani, au contraire ! Tout au long de l’histoire, j’ai beaucoup apprécié la subtilité qui se dégage de son point de vue. Mes lectures présentent souvent une vision simplifiée : une personne aro qui n’a jamais été amoureuse, un mec bi qui est attiré tout autant par chaque genre. Du coup, j’aime quand un livre reflète davantage le trouble de la réalité, le fait qu’on a grandi avec des modèles durs à déconstruire, que les identités sont fluides… Ça, c’était vraiment super.

Peut-être que c’est voulu, que A Proper Young Lady est censée être une histoire cruelle et cynique : « Regardez comme la société est horrible, Mélanie est la meilleure option de Dani alors qu’elle ne la respecte pas ! » Et dans ce cas, c’est très réussi, rien qu’en y repensant, je ressens de nouveau toute la révolte que Mélanie avait provoquée en moi !

personne en robe de plage verte lisant devant Confessions of a Teenage Hermaphrodite de Lianne Simon un puits
Confessions of a Teenage Hermaphrodite

J’ai acheté Confessions of a Teenage Hermaphrodite dans la foulée, et, comme d’habitude, ça signifie que je n’avais plus du tout de temps pour le lire : je devais rendre les livres de la bibliothèque ! J’ai fini par me forcer à emprunter moins et ménager du temps pour lui.

Je ne me souvenais plus très bien de A Proper Young Lady, mais assez pour être soulagée de l’avoir lu avant : il donne beaucoup de recul sur ce roman. En effet, c’est une histoire écrite à la première personne, et on est vraiment dans sa tête. Jamie pense que corps et genre sont équivalents car c’est ce qu’on lui a appris, et ça donne l’impression que c’est le message du livre… mais je savais que non, car ça n’avait pas du tout été celui de A Proper Young Lady. J’ai donc serré les dents et supporté l’horrible vague d’intersexophobie, transphobie et homophobie qu’est le premier tiers de ce roman.

Difficile de résumer cette œuvre : ce qui fait son unité, ce n’est pas le scénario, mais l’évolution du personnage, qui s’affirme dans son genre féminin en passant par divers évènements.

L’histoire s’ouvre alors que Jamie, dix-sept ans, se réveille à l’hôpital et découvre que lors de son opération d’appendicite, les médecins ont invité les étudiant·es à observer, ce qui a révélé sa condition d’intersexe à la copine de son colocataire, Sharon. Celle-ci, convaincue que le corps de Jamie, qui vit en tant que garçon, est en fait celui d’une fille, décide de tout faire pour que Jamie puisse vivre en tant que fille. Vous remarquez ce qui manque dans toute cette histoire ? L’opinion de Jamie ! Sharon ne semble pas en avoir grand-chose à faire.

Les parents de Jamie tiennent à ce qu’elle soit un garçon – c’est son genre d’assignation – même si elle leur a toujours dit être une fille. L’intervention de Sharon est l’occasion pour elle d’explorer ce qui aurait pu être, même si c’est également très douloureux, puisqu’elle sait que jamais ses parents n’accepteront qu’elle soit une fille.

Cette partie était très dure à lire car tout le monde gaslight Jamie, affirmant agir pour son bien. Que ce soit son fiancé qui est très explicitement intersexophobe – mais il est le seul à l’aimer « malgré » son intersexuation, alors elle l’idolâtre – Sharon, sa cousine et bien d’autres à qui elle pardonne tout car elles affirment agir pour son bien, les médecins qui décident de son genre selon ce qu’ils pensent de son corps plutôt que selon ce qu’elle veut, ses parents qui la font chanter pour qu’elle prenne de la testostérone, c’est juste horrible. D’autant plus que personne ne proteste, personne ne voit le mal, c’est « pour son bien ». Jamie en remercie même certain·es ! C’est le genre de choses que je trouve insoutenable.

couverture de Confessions of a Teenage Hermaphrodite de Lianne Simon

Le père de Jamie lui ordonne de vivre un an en tant que garçon en suivant une liste qu’il lui donne, et seulement après elle pourra être une fille. On aurait pu penser que ce serait la goutte qui ferait déborder le vase pour moi, mais en fait, c’était tellement absurde que ça m’a détendue. Ce n’est pas irréaliste, et il était très clair que le but était d’enfermer Jamie dans une impasse : prendre de la testostérone aurait des effets irréversibles, et si elle couche avec une fille – c’est dans la liste – elle serait alors homosexuelle, et ses parents la rejetteraient de toute façon.

Ce qui est génial et a rendu le 2e tiers excellent, c’est que Jamie complète la liste… en tant que femme. Elle doit porter les cheveux courts ? Eh bien, ça existe, les coupes courtes et féminines. Elle doit conduire une moto ? Elle est obligée de passer son permis en tant que femme, puisque son acte de naissance est au féminin. C’était vraiment réjouissant !

Elle rencontre également trois autres filles intersexes, et ça m’a fait plaisir de les voir interagir et se soutenir.

A Proper Young Lady m’a aidée à appréhender ce roman, mais l’inverse est vrai aussi. Dès le début, Jamie a des alter ego à qui elle parle. Il y a Jameson, qui est sa persona masculine, rien de plus qu’un costume, et aussi « the faie Princess », qui est elle-même, et dont elle parle à la troisième personne. Quand elle est ravie de porter une robe, elle n’écrit pas « J’étais ravie de mon apparence », mais « la princesse elfique dansait de bonheur ». Comme dans ce livre-ci ça me paraissait une évidence, ça m’a aidé à comprendre pourquoi Daniel et Dani étaient distingué·es dans A Proper Young Lady − même si je persiste à désapprouver, car ça vient de Mélanie et non de Dani.

Je vous conseille vivement de lire également la review de Bogi qui s’est intéressé·e à d’autres aspects du livre que moi, notamment la foi et le réalisme historique.

Pour une introduction gratuite à Confessions of a Teenage Hermaphrodite, vous pouvez lire Changeling, une nouvelle d’une dizaine de pages disponible ici, qui, même si elle n’est pas présentée comme telle, a le ton d’une autobiographie – et puis, le prénom du personnage est « Lianne », celui de l’autrice. Je n’aime pas trop les formats courts en général, et c’est vrai que le récit est un peu abrupt, mais il est néanmoins intéressant. Le personnage principal est quasi-identique à Jamie. C’est assez amusant d’ailleurs de relever les similarités entre les trois œuvres, qui semblent être des variantes du même vécu.

J’ai préféré Confessions of A Teenage Hermaphrodite, car le point de vue dyadique était raté dans A Proper Young Lady, et j’ai détesté Mélanie. Mais peut-être que ça n’est que justice, vu toutes les représentations intersexe ratées qu’ont écrit les dyadiques. Je compte en tout cas poursuivre ma lecture des œuvres de Lianne Simon, surtout qu’elle est en train de sortir une série de fantasy, ce qui correspond davantage à mes goûts.

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