Anger is a Gift de Mark Oshiro

personne en pull gris lisant Anger is a Gift de Mark Oshiro devant un ciel gris, la photo est prise en contreplongée et la personne a l'air menaçante

J’étais en pleine phase « lecture de romans avec des personnages asexuels » et Anger is a Gift de Mark Oshiro a attiré mon attention : il avait l’air très différent de mes autres lectures du moment.

L’histoire commence sur la rencontre entre Moss et Javier, et le début de leur romance. Le narrateur, Moss, est un jeune noir d’Oakland avec de l’anxiété dont le père a été tué quelques années auparavant par la police. L’ambiance est sombre dès le début, et la tension augmente à la rentrée. Alors que son lycée n’a pas assez de fonds pour le matériel, il a néanmoins de quoi engager un policier qui organise des contrôles « aléatoires » de casier. Il finit par attaquer une élève en confondant ses médicaments avec de la drogue, et comme les autres la défendent, le lycée engage d’autres policiers et installe des détecteurs de métaux. On ressent l’escalade des restrictions et agressions policières, et en face, Moss et les autres élèves se défendent comme ils le peuvent.

L’histoire baigne dans un climat irréel. Pas au sujet des actions des policiers – c’est d’ailleurs assez ironique de constater que sur Goodreads, les chroniqueureuses noir·es trouvent le roman réaliste, et ce sont les blanc·hes qui affirment que « jamais une telle chose n’arriverait ». C’est plutôt les réactions des personnages principaux qui me paraissaient décalées, tout comme la réaction publique en général.

Et alors que le détecteur de métaux ne semble poser aucun problème aux boucles d’oreilles et appareils dentaires, il détruit les broches et le genou d’un des personnages. Tout ça n’aide malheureusement pas à créer l’ambiance réaliste nécessaire à ce genre d’histoire.

A mi-parcours, j’ai lu des commentaires Goodreads qui m’ont tout spoilé… et ça a été un soulagement. Avant ça, j’avais du mal à voir où le roman allait. Je m’étonnais que la première agression soit oubliée – à part de temps en temps pour servir d’argument.

Ce spoil a réglé un autre problème : la tension croit au fil des pages, et quand je lisais, je n’arrivais pas à lâcher le roman, je devais savoir ce qui allait se passer ensuite ! Mais quand je n’étais pas en train de lire, j’avais du mal à le reprendre, me doutant que la situation empirerait encore. A quel point ? J’en avais une boule au ventre.

Grâce aux avis, je savais exactement à quel point ce serait horrible, alors je n’avais plus à avoir peur. La lecture n’en est pas moins douloureuse, mais j’avais moins de mal à me motiver.

couverture de Anger is a Gift de Mark Oshiro

Anger is a Gift était cependant frustrant côté personnages. Il y en a beaucoup, et j’adore ça, mais on finit par n’en connaître aucun. Reg ? Handicapé, biromantique, sort avec Raisha. Raisha ? Asexuelle, très présente sur les réseaux sociaux. Njemile ? Fille trans, deux mères, amie d’enfance de Moss. Et ainsi de suite, sans que j’aie la moindre idée de leur personnalité.

C’est logique qu’il y ait de nombreux personnages, car le militantisme nécessite beaucoup d’activistes. Mais j’aurais préféré que certains restent des figurants, ce qui aurait permis de développer ceux qui restent. Car sinon, les seuls personnages qu’on cerne à peu près sont Moss, sa mère, sa meilleure amie Esperanza, et Javier.

Ce qui entretient l’aspect superficiel des personnages est également la manière dont ils se réduisent à des arguments. Leurs tourments, traumatismes et oppression servent à alimenter le discours soutenu par le personnage principal. A plusieurs reprises, Reg remercie Moss de l’avoir défendu, alors que… pas du tout ? De même, lorsque Moss s’énerve contre sa mère, derrière, c’est elle qui s’excuse. L’arc avec Esperanza − où elle remet en question l’attitude de ses parents blancs − bien qu’intéressant, n’en est pas moins maladroit. On nous dit trois ou quatre fois que se faire tabasser lui a servi de leçon, ce qui rend Moss bien moins sympathique car la répétition donne l’impression qu’il s’en réjouit. /span>

L’auteur avait besoin de personnages oppressifs, car comment montrer le racisme si aucun personnage n’est raciste ? Comment montrer le privilège si aucun personnage ne s’en sert pour opprimer ? Et je trouve ça toujours intéressant quand ce sont des personnages qu’on apprécie par ailleurs qui ont ces comportements car ça rappelle que non, une personne homophobe n’est pas forcément maléfique, c’est… une personne. C’est plutôt bien fait dans Tant qu’il le Faudra.

Mais dans Anger is a Gift, j’ai trouvé que leur comportement parfois oppressif rendait les personnages difficiles à suivre. Un homme se fait casser la mâchoire par un policier et derrière, considère que leur violence ne le concerne pas ?

Anger is a Gift est un roman avec beaucoup de bonnes idées, un message fort, et qui nous plonge dans une atmosphère tendue et horrifiante. Ce n’est pas une lecture agréable, bien au contraire, mais je la trouve nécessaire. Cependant, l’exécution était bancale, ce qui nuit à la crédibilité d’une histoire pourtant bien réaliste…

Avertissements : validisme, mort, profilage racial, racisme, violence policière (graphique), attaque de panique

 

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