Le Nouvel An Lunaire Readathon 2021 − Partie 1

Cette année encore, Delphine organise le NAL Readathon, le readathon du nouvel an lunaire, pour lequel il s’agit de lire des auteurices asiatiques. L’année dernière avait été l’occasion de découvrir plein d’auteurices et de séries – voici mon bilan − et une fois qu’on se lance, c’est beaucoup plus facile de continuer à trouver des livres écrits par des asiatiques par le biais des suggestions et des blogs que j’ai découverts.

Le fait que j’ai appris l’existence de cette deuxième session du NAL Readathon au dernier moment n’a donc pas été un problème : j’avais déjà emprunté plusieurs romans qui correspondaient, j’en avais achetés d’autres que je n’avais pas encore lus, et ma pile de livres à lire en comportait plein, je n’avais que l’embarras du choix. Le principal obstacle serait la panne de lecture dans laquelle je m’embourbais depuis début novembre, et je sentais que je devrais me forcer à lire chaque livre. Mais peut-être qu’au contraire, ça raviverait ma motivation ?

personne en débardeur rouge lisant Nos Horizons Infinis de Tahereh Mafi devant un amandier en fleurs
Nos Horizons Infinis de Tahereh Mafi

Le choix du livre par lequel je commencerais n’a pas été très compliqué : Nos Horizons Infinis de Tahereh Mafi se désolait dans mes étagères depuis trois mois et demi et il fallait quand même que je le rende un jour à la bibliothèque !

La première fois que j’avais entendu parler de Nos Horizons Infinis, c’est lorsque l’utilisation du n-word dans la traduction française a été dénoncée. Ensuite, j’avais lu l’avis mitigé d’Imane, je n’avais donc pas un aperçu très positif du livre. Et en même temps, ce n’est pas comme si j’avais lu beaucoup de romans avec une héroïne en hijab, écrits par une personne concernée. La traduction française, quoique critiquable – il y a d’autres coquilles, mais plus au niveau justesse de la langue qu’au niveau insulte oppressive – me permettrait de mieux apprécier l’histoire. Et je voulais découvrir par moi-même de quoi il s’agissait, pour mieux comprendre les reproches qui lui sont adressés.

couverture de Nos Horizons Infinis de Tahereh Mafi

Un an après l’attentat du 11 septembre − il y a donc une montée de l’islamophobie − on suit Shirin qui vient de déménager une fois de plus et peine à s’ajuster alors qu’elle est entourée d’inconnu·es. J’ai tout de suite accroché à son style d’écriture, très fluide et facile à suivre. Shirin a un sacré caractère ! J’aimais beaucoup les dialogues, que ce soit avec les personnes qu’elle n’aime pas ou encore ses proches, comme son frère qui l’invite à faire du breakdance. J’ai beaucoup aimé leur relation ! Il y a également son partenaire de biologie, Océan, qui s’intéresse à elle. Shirin tente de résister aux sentiments qui naissent entre eux : elle est la cible de harcèlement raciste et islamophobe constant, et sait que ce serait un obstacle à leur relation.

J’ai du mal avec les livres centrés autour d’une romance, et il m’arrivait d’éprouver un poil de lassitude… et à chaque fois, la situation évoluait, ravivant mon intérêt. J’ai atteint la moitié d’une traite ! Après un repas, un tour à la bibliothèque et la rapide lecture de Mes Ruptures avec Laura Dean, je me suis replongée dans Nos Horizons Infinis que j’ai fini sans voir le temps passer.

J’ai trouvé que la fin sonnait juste et donnait de l’importance à tout ce qui s’est passé. Oui, c’est une romance entre adolescents… et les personnages en sont conscients. Le livre en est conscient. Ce n’est pas parce qu’ils sont jeunes et que leurs sentiments peuvent changer qu’ils n’ont aucune importance.

« J’essayais de lui expliquer que les sectaires et les racistes avaient toujours existé, et lui me répondait que, sincèrement, il n’en avait jamais vu, qu’il n’aurait jamais pensé qu’ils pouvaient être comme ça, et je lui disais « oui, je sais. » Je lui disais qu’il avait un regard de privilégié.

Il n’en revenait pas. »

L’une des raisons pour lesquelles je tenais à lire Nos Horizons Infinis est que j’ai lu très peu de représentation musulmane ownvoice. Un seul livre n’est bien sûr pas suffisant pour ça, et c’est quelque chose qui ressort dans les commentaires des personnes concernées à son sujet : on trouve des avis très positifs et d’autres moins. Je pense en particulier à celui-ci qui m’a fait penser à mon propre article sur la représentation asexuelle : au sein d’une identité particulière, il y a de nombreuses personnes, toutes différentes. Un seul livre, ou même dix, ne peut pas représenter cette diversité. J’espère qu’il y aura de plus en plus de romans écrits par des musulmanes, et que les éditions françaises les traduiront.

personne en tenue rouge et orange lisant Mes ruptures avec Laura Dean de Mariko Tamaki devant un arbre en fleurs roses
Mes ruptures avec Laura Dean de Mariko Tamaki & Rosemary Valero-O’Connell

Je veux lire la bande-dessinée Mes Ruptures avec Laura Dean depuis sa sortie, et hélas, hélas, elle est toujours empruntée ! D’un côté, ça veut dire qu’il a du succès, c’est super ; d’un autre j’avais vraiment envie de la lire : ça parle d’une relation amoureuse toxique entre deux filles et j’étais vraiment intriguée par ce thème. Je savais que ça ne serait pas forcément agréable à lire, mais j’apprécie qu’il y ait de plus en plus de variété dans les romances entre filles, et en particulier dans le négatif. C’est logique que dès qu’on sort des normes, les auteurices veillent à montrer une image heureuse et positive. Non seulement les personnes concernées en ont besoin – on en a un peu assez que nos vies soient montrées comme des tragédies – mais en plus, on ne veut pas qu’une personne non concernée se dise « non mais regardez, cette relation lesbienne est toxique », et en tire ensuite une conclusion sur toutes les relations lesbiennes.

Mais la conséquence, c’est qu’on a beaucoup d’histoires que je trouve très lisses. Or, les ruptures, les drames, les situations toxiques, ce sont des choses qui arrivent aux personnes LGBTI+ aussi, et c’est important d’en parler.

Alors que je vérifiais une énième fois si la bande-dessinée était enfin disponible, j’ai découvert que ma bibliothèque prêtait aussi des livres numériques, dont Mes Ruptures avec Laura Dean ! Je l’ai emprunté, et après avoir galéré sur l’ouverture du fichier dans un format étrange qui m’empêche de le lire au-delà de la date de prêt, j’ai pu commencer.

couverture de Mes ruptures avec Laura Dean de Mariko Tamaki

J’ai lu cette bande-dessinée le 13 février, et par un hasard amusant, l’histoire commence lors d’un bal de la Saint-Valentin où, pour la 3e fois, Laura Dean rompt avec la narratrice, Freddy. Freddy nous explique leur passé à travers un mail qu’elle écrit à une conseillère relationnelle, et en parallèle, on découvre son quotidien, son groupe d’ami·es au lycée, son job dans un restaurant queer, sa famille… et sa relation avec Laura.

J’ai trouvé très intéressant de voir que Freddy cherche de l’aide, que ce soit auprès de cette conseillère en ligne, d’une voyante, ou de ses ami·es, qu’elle semble avoir une compréhension pertinente de la situation – sa petite amie la largue souvent, et la trompe – mais qu’elle n’arrive pourtant pas à se détacher de Laura. La complexité des pensées de Freddy est bien rendue, dans ce qui est montré mais qui n’est pas dit.

Malgré ça, j’avoue que j’ai eu du mal à comprendre ce qui, initialement, a attiré Freddy, et ce qui l’a fait rester. Je sais que dans une relation toxique amicale, ce qui rend la séparation difficile, c’est que les périodes « basses » sont entrecoupées de moments heureux, qui font en quelque sorte oublier que l’autre personne nous fait du mal. Je n’ai pas retrouvé ce cycle ici et j’ai l’impression que l’attirance explique tout… et du coup, je ne comprends pas. L’avis de Zizouuuille que j’ai découvert par la suite m’a un peu éclairée, et offert une analyse de dessin qui m’avait totalement échappée ! J’avais juste trouvé le style saisissant, en noir, blanc et rose, avec des espaces très aérés.

page de Mes ruptures avec Laura Dean de Mariko Tamakipage de Mes ruptures avec Laura Dean de Mariko Tamaki

Si j’ai beaucoup aimé la façon dont Mes Ruptures avec Laura Dean a traité le sujet complexe des relations toxiques, j’ai du mal à estimer mon appréciation émotionnelle, car malheureusement, le lecteur de fichiers empruntés était peu adapté au format bande-dessinée, et ma lecture était saccadée. Je devais parfois faire des allers-retours pour avoir le texte et l’image ! Frustrant. Et du coup, j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, à m’investir émotionnellement.

J’ai rapidement lu De L’autre Côté du Pont avant de devoir partir : je rentrais chez mes parents pour une semaine, et du coup, je n’avais plus que les livres sur ma liseuse ! Dans le train, j’ai lu L’esquisse du Bonheur que j’ai beaucoup aimé et qui a en quelque sorte servi de déclic : ça a réveillé mon envie de découvrir des livres. Afin de continuer dans cette lancée, j’ai décidé de taper dans ma passion du moment, la série Avatar The Last Airbender, et j’ai commencé The Rise of Kyoshi. Même si je souhaitais lire une majorité de livres en français, le lire en anglais était une évidence puisque je ne connais la série – et donc son vocabulaire magique – qu’en anglais. J’ai adoré, dévorant le tome 2 à la suite, sortant enfin de ma panne de lecture. J’ai enchainé avec The Kiss Quotient d’Helen Hoang – en français, malgré le titre. Même si je n’ai pas aimé et que j’ai abandonné ma lecture – vous pouvez retrouver mon avis sur Goodreads – ça ne m’a pas découragée.

Ce début de challenge m’aura donc permis de vaincre ma panne de lecture, et j’en suis ravie ! Reste à entretenir cette motivation retrouvée…

Bingo du NAL Readathon

Avertissements Nos Horizons Infinis : racisme, islamophobie, harcèlement, chantage

Avertissements Mes Ruptures avec Laura Dean : relation toxique (tromperie, manipulation, gaslighting, abus émotionnel), racisme, grossesse non voulue, avortement, relation adulte-mineure, alcool

 

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