En Quête de Romances Ace

Clichés et Catégories de Représentation Asexuelle

Je crois que même quand j’aurais lu tous les romans avec des personnages asexuels, je ne me sentirai pas légitime à écrire une analyse de la représentation asexuelle : je n’aime pas faire des stats sur peu de données. Mais en même temps, je n’aurai jamais beaucoup de données ! Et puis je sais à peu près quels clichés existent dans les têtes des zedsexuel·les.

Si je parle ici de romances, c’est parce que je cherchais des livres qui discutent en détail d’asexualité, et où le personnage ace est principal. Et… ça n’arrive presque que dans les romances. Dans les aventures de fantasy/SF, l’asexualité du personnage est tout juste évoquée…

couvertures des 3 livres avec de la représentation asexuelle que j’ai chroniqués

Je vous ai déjà parlé de cette quête au fur et à mesure, dans les chroniques des livres qui m’ont plu :

Parler de mes coups de cœur est bien sûr satisfaisant, mais je me disais que ça pourrait aussi être utile de vous parler de mes difficultés. Si quelqu’un se lance dans la même recherche, j’espère que cet article vous aidera !

Je me suis rendu compte au fur et à mesure que la représentation que je rencontrais tombait dans des catégories limitées. Pour la plupart, ce ne sont pas des clichés négatifs, c’est plutôt leur récurrence qui m’agace.

Les couples m/m

Dans les espaces ace, les hommes cis sont très rares. Parce que la pression sexuelle sur les hommes est différente ? J’en connais pas mal, mais la plupart ne souhaitent surtout pas se mêler à la communauté ace.

C’est donc assez frustrant de constater que la représentation ace largement majoritaire – plus de 50% – est celle des mecs cis gay, et qu’elles n’abordent jamais cet aspect. Dans Upside Down, les deux narrateurs sont membres d’un groupe de parole en relative parité, et sans la moindre personne trans, pareil dans Tout aimer de toi

Ce qui augmente mon agacement est que c’est toujours la même chose. Les personnages principaux masculins sont plus nombreux que les personnages principaux féminins. La littérature m/m a bien plus de succès que la littérature f/f.

Alors pour trouver une femme trans lesbienne ace… bonjour la galère.

La souffrance ace

Les premières fois que j’ai lu des romances où le personnage ace est convaincu que personne ne pourra jamais l’aimer parce qu’il est ace, j’ai trouvé ça réaliste. Je vois beaucoup de témoignages comme ça sur les forums et les espaces de discussions.

Mais au fur et à mesure que cette représentation revenait, je me sentais de plus en plus mal à l’aise. Je dirais que le problème n’est pas de montrer l’acephobie intériorisée : c’est la manière dont c’est fait.

J’ai cette nette impression que mon identité est utilisée pour faire « pleurer dans les chaumières ». Pour que les zedsexuel·les se sentent bien d’éprouver de la compassion envers nous, tout en se réjouissant de ne pas être ace. C’est difficile à articuler car c’est un sentiment plus qu’un raisonnement, mais vraiment, je ne veux pas de votre pitié.

Surtout que cette représentation s’accompagne rarement d’une dénonciation de l’acephobie de la société. Les personnages ne s’insurgent pas qu’en grandissant, notre monde ait poussé le personnage ace à douter de sa valeur. Non, le problème, c’est lui, qui refuse de voir que son asexualité n’est pas un problème.

Et bien sûr à la fin, le personnage apprend à s’accepter et à s’aimer grâce à la bienveillance de son amoureux·se zed. Nous n’avons pas besoin que vous nous sauviez de nous-mêmes, merci.

Le seul critère pour un·e bon·ne partenaire : iel n’est pas acephobe !

Il existe une variante de l’acephobie intériorisée : le perso ace qui n’arrive pas à trouver l’amour. Le livre commence sur la scène où il se fait larguer, ou encore sur un flashback de toutes ses relations ratées, pour expliquer qu’il a perdu espoir. C’est un peu mieux que l’acephobie intériorisée, parce que ça montre que ça vient de l’extérieur et non de nous-mêmes, mais on garde le cliché du zed qui arrive à la rescousse.

Et puis, c’est lassant, à force, de lire toujours la même chose, et je trouve aussi que ça entretient l’idée qu’il n’y a qu’un seul critère pour un·e bon·ne partenaire : qu’iel accepte notre asexualité. Ça me fait penser aux romances m/m où le héros tombe amoureux du seul mec gay qu’il a vu de toute sa vie… il faut un peu plus que la compatibilité sexuelle pour qu’un couple marche !

Bien sûr, c’est un grand classique de la romance, de montrer que læ partenaire trouvé·e au cours du récit est le vrai, la seule, l’unique, mieux que toustes les autres. Mais ce ressort scénaristique pourrait exister sans que les précédent·es partenaires soient acephobes : il y a d’autres raisons pour qu’une relation ne fonctionne pas…

Ce cliché est présent dans la moitié des romances ace que j’ai lu. Un peu d’originalité, c’est possible ?

couvertures de 10 romances asexuelles

La représentation douteuse des zedsexuel·les

[avertissement : culture et mention de viol]

Est-ce que j’ai le droit de dire qu’une représentation zed est fausse alors que je ne le suis pas ? Disons que j’espère qu’elle est fausse.

Ce qui me choque le plus c’est quand les zed sont représenté·es comme des prédateurices. Quand en plus c’est écrit par une personne zed, c’est vraiment flippant. Le dernier en date, c’est The Alpha and His Ace, avec le narrateur qui songe que si son partenaire ne fait pas de compromis, il va finir par le violer contre un mur.

Eh oui.

Une autre représentation zed qui me laisse perplexe, c’est le personnage qui pense que tout le monde est attiré par lui. C’est comme ça qu’il détecte l’asexualité de son crush : ça le laisse absolument perplexe qu’iel ne mate pas ses fesses ou son décolleté.

Ce genre de personnage me met toujours un doute : est-ce que les zedsexuel·les sont attiré·es par toutes les personnes qu’iels croisent ? Pourtant, toutes les vidéos sur les identités bi rappellent que non, les gays ne sont pas attirés par tous les mecs qu’ils voient, non, les pans ne veulent pas sortir avec toutes les personnes qu’iels voient.

Donc pourquoi ça étonne le personnage que quelqu’un ne soit pas attiré par lui ?

D’un côté ça le fait passer pour hyper-arrogant, d’un autre ce n’est pas réaliste : ça ne peut pas être la première fois qu’il tombe sur quelqu’un qui ne le trouve pas sexy…

Il n’y a pas tant de représentation zed douteuse, mais pour le coup, c’est vraiment gênant.

Les compromis

Les compromis, c’est bien, non ? Sauf que généralement, c’est LE moment où je vais relever les biais de l’auteurice. En gros, quand arrive le moment où le couple zed/ace doit décider du compromis sur lequel va s’appuyer leur relation, je suis très attentive à regarder ce qui est considéré comme acquis.

Et devinez quoi ? Ce qui est considéré comme acquis, c’est que la personne zed a besoin de sexe. Ce qui est considéré comme acquis, c’est que les relations ouvertes, c’est mal. Ce qui est considéré comme acquis, c’est que c’est le personnage ace qui doit « faire des efforts », la question c’est juste à quel point.

Je n’ai rien contre un couple ace/zed qui a des relations sexuelles. A partir du moment où toutes les options sont considérées sérieusement, peu m’importe quelle sera la décision finale. Mais quand ça commence par le personnage ace qui dit « rassure-toi, toutes les personnes ace ne sont pas horrifiées par le sexe, personnellement, je peux [liste] », pour moi ce sont de mauvaises bases.

Je n’ai que très rarement lu des personnages ace que le sexe dégoute et pour lesquels c’est hors de question, et j’ai encore moins lu de personnages ace qui sont indifférents et pour qui c’est hors de question. C’est mon cas : ça ne fait vraiment ni chaud ni froid, alors pourquoi je m’y forcerais ?

Mais généralement, si ça ne te fait ni chaud ni froid, ben t’es censé le faire, parce que c’est ça la norme sociétale. Et ça m’agace…

couvertures de 10 livres avec de la représentation asexuelle

En conclusion

Je pense personnellement qu’il est impossible d’écrire de la bonne représentation sur un seul personnage. Si le personnage finit célibataire, cela signifierait que les ace ne peuvent pas trouver l’amour. S’il finit en couple libre, qu’une personne ace ne suffit pas à un·e partenaire zed. S’il finit en couple exclusif avec un personnage zed, que sa légitimité viendrait de cette relation…

Notre chance, c’est qu’il y a plusieurs livres, et dans un monde parfait, chaque histoire présenterait un modèle différent, montrant toutes les facettes de l’asexualité. Aucun élément ne serait un stéréotype, ce serait juste une différence.

Mais ce n’est pas le cas. Tout ce que je lis rentre dans au moins une des catégories que j’ai citées.

C’est d’autant plus pénible que ce ne sont pas les éléments qui reviennent qui me parlent. Rejeté·e par un·e partenaire acephobe ? Ça y est partout, ça ne me parle pas. S’interroger sur son genre car on est ace ? Je l’ai vu une fois, et ça me parle.

Par leur répétition, toutes ces représentations créent une sorte de standard ace, et je ne corresponds pas du tout à ce standard. Dommage, non ?

Je me suis entretemps détournée des romances, quitte à ce que l’identité du personnage soit mentionnée sans être développée, et j’ai trouvé des livres avec un bon compromis entre les deux, comme Every Heart a Dorway. Et vous, est-ce que vous avez repéré d’autres motifs ? Est-ce que vous avez des romances ace un peu originales à me conseiller ? N’hésitez pas à aller faire un tour sur les blogs Idées à Lire ou Imanewreader pour avoir d’autres recommandations !

 

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