Bandes-Dessinées Saphiques – Histoires Ouvertes : Quand je suis Arrivée au Château et Tout ce qui Reste de Nous

Je suis quelqu’un d’assez carré, qui aime les informations précises, les récits clairs, et les choses que je comprends. Je déteste être dans l’incertitude ou le flou. Pourtant, je suis aussi quelqu’un qui aime rêver, réfléchir, interpréter. J’aime les fins ouvertes, parce que ça me permet d’imaginer de multiples suites ! L’équilibre est donc difficile à trouver, mais j’ai récemment lu deux bandes-dessinées qui m’ont fait forte impression, et qui étaient floues et ouvertes à interprétation… d’une manière que j’aime bien, qui stimule mon imaginaire, qui me fait me souvenir longtemps de ces histoires. Il s’agit de Quand je suis Arrivée au Château d’Emily Carrol et de Tout ce qui Reste de Nous de Rosemary Valero O’Connell.

à travers un cadre entouré d'une main, on voit une personne en chemise violette lisant Tout ce qui Reste de Nous de Rosemary Valero O’Connell devant un chemin entouré d'arbres au soleil couchant
Tout ce qui Reste de Nous de Rosemary Valero O’Connell

Lors d’un club de lecture, une amie a présenté Tout ce qui Reste de Nous de Rosemary Valero O’Connell. J’ai reconnu la dessinatrice de Mes Ruptures avec Laura Dean, que j’avais beaucoup aimée, et la couverture est à la fois belle et intrigante. Mon amie me l’a prêtée, et j’ai pu commencer cette lecture tout de suite.

Cette bande-dessinée rassemble trois histoires : Tout ce qui Reste de Nous, Ce qui Reste, et Con Temor, Con Ternura. La première est un récit fantastique inquiétant à la manière d’un conte – je ne parle pas des versions Disney – et on se doute vite du piège dans lequel tombe l’héroïne, qui erre dans un monde fantastique en cherchant sa copine. Ce piège est un grand classique des légendes, et je trouve l’effet d’autant plus fort qu’on comprend vite ce qui va arriver, ce qui fait grimper la tension.

La fin est ouverte, mais on se doute bien de ce qui suivra ! Alors qu’on pourrait considérer cette histoire comme dramatique, ou triste, je trouve qu’au fond, pas tant que ça… elle est presque réconfortante. Il y a de quoi se poser des questions en tout cas : sont-ce nos souvenirs qui définissent la valeur d’une relation ? Quel est le rôle du destin, de la rencontre au bon moment entre deux personnes ?

La deuxième histoire est un récit de SF : tout l’équipage d’un vaisseau spatial décède dans un accident, à l’exception d’une personne qui se retrouve projetée dans les souvenirs de la fille alimentant le voyage. On découvre sa vie à ses côtés… et ne vaudrait-il pas mieux rester dans cette mémoire, plutôt que de retourner à une réalité dramatique ?

Cette histoire-là était vraiment triste et touchante, mais belle, aussi. C’est terrible, d’apprendre à aimer un personnage qu’on sait mort !

La dernière histoire était la plus particulière. Ce n’est pas vraiment un récit, mais plutôt un poème, adressé d’une personne à une autre. On nous parle d’une géante, endormie sur une côte, et dont la légende dit qu’elle se réveillera demain. Mais va-t-elle se réveiller ? Est-elle morte ? Est-elle bienveillante ? Malveillante ? Pourquoi dort-elle ? Qui parle ? A qui s’adresse-t-on ?

J’ai trouvé vraiment intéressant de me poser toutes ces questions, et d’arriver à la fin, de voir ce qui se passait, sans vraiment trouver de réponse. C’était beau et poétique.

couverture de Tout ce qui Reste de Nous de Rosemary Valero O’Connell

Tout au long de la bande-dessinée, les dessins sont absolument magnifiques. Chaque univers est original et vraiment bien construit, surtout pour des histoires si courtes ! Les dessins contribuent beaucoup à leur atmosphère, à leur cohérence, et à leur complexité. Les images sont très détaillées, et le trait comme les couleurs leur confèrent une ambiance onirique très appropriée.

Une personne du club de lecture a fait remarquer qu’il y avait une quatrième histoire, la plus courte de toutes : la couverture, dont le dessin ne correspond pas au contenu. Je la trouve très belle elle aussi !

Alors que Tout ce qui Reste de Nous m’avait beaucoup plu, et que j’en ai discuté longtemps avec les autres personnes qui l’avaient lue, je n’étais pas sûre de publier cet article. C’est difficile d’en parler sans spoiler ! Je vous ai révélé toute l’intrigue de la deuxième histoire, mais comme elle est principalement émotionnelle, j’ai estimé que ce n’était pas dérangeant. Comment pourrais-je, sinon, discuter du contenu ? Ma partie sur la première histoire me parait bancale, car je ne peux pas débattre du cœur du sujet sans révéler la fin – et pour le coup, je préfère qu’elle reste une surprise.

Tout ce qui reste de Nous est le genre de livre qui me reste longtemps en tête, car les questionnements soulevés et les fins ouvertes sont propices à la réflexion, l’imagination, l’interprétation. J’aime beaucoup ça. Et c’est une œuvre magnifique…

personne avec des ongles rouges pointus, en résille et jupe rouge, tirant un drap rouge pour se recouvrir, lisant Quand je suis Arrivée au Château d’Emily Carroll
Quand je suis Arrivée au Château d’Emily Carroll

Avant de commencer Quand je suis Arrivée au Château, bande-dessinée listée sur le répertoire de Planète Diversité, j’avais déjà lu une BD d’Emily Carroll : Speak, d’après le roman du même nom, et j’avais aimé les dessins. J’étais donc assez confiante dans le fait que Quand je suis Arrivée au Château me plairait, mais je ne m’attendais pas à un tel coup de cœur !

Comment décrire cette bande-dessinée ? Elle change tellement de tout ce que je lis… Dans une sombre atmosphère noir-blanc-rouge, et une narration semblable à celle d’un conte, une fille – ou un chat ? – entre dans un château pour rencontrer la maîtresse des lieux. Elle semble initialement innocente et perdue, alors que la belle hôtesse est clairement un prédateur – vampire ? sorcière ? monstre ? chat ? – dont on ne sait pas très bien si elle veut la dévorer, coucher avec elle, ou les deux.

Les dessins se déforment, et il y a une tension constante dans ce début alors que l’invitée se laisse guider par la maîtresse. Mais… est-ce vraiment l’hôtesse le prédateur, et la visiteuse la proie ? N’est-ce pas la fille-chat qui est venue tuer la comtesse ?

Pourquoi se charmer alors qu’elles pourraient se battre ? Pourquoi jouer au chat et à la souris ? Se connaissent-elles ? J’étais toujours au bord de la compréhension, sans comprendre vraiment, sans toutefois qu’il me soit nécessaire de comprendre.

La fin apporte un éclairage nouveau aux personnages, et m’a donné très envie de relire avec cette nouvelle clef de lecture ! Mais quand je l’ai achetée, et que je l’ai relue… je m’attendais à avoir une réponse claire, mais j’ai finalement deux théories, avec beaucoup d’indices pour chacune d’entre elles – j’ai ensuite trouvé sur Goodreads une personne qui explique la version « l’invitée est le chat, l’hôtesse est le monstre », et une autre qui justifie « l’invitée est la fille, l’hôtesse est le chat » avec encore plus d’indices que moi.

Je l’avais lue pour la première fois en numérique, ce qui était peu lisible. Les dessins m’ont encore plus marquée en format papier ! Ils sont grandioses, terrifiants, et l’écriture va avec, parfois plus grande, parfois plus petite, verticale, ou dans des polices différentes.

couverture de Quand je suis Arrivée au Château d’Emily Carroll

Cette bande-dessinée est listée sur Goodreads comme queer, sur Planète Diversité comme f/f, et je trouve la perception du queer dans cette œuvre assez intéressante. Il y a une tension entre ces deux femmes – quoique sont-ce vraiment des femmes ? – mais je ne saurais affirmer que cette tension est romantique ou sexuelle. Elle est trouble, elle est autre. Quand je suis Arrivée au Château joue sur la monstruosité queer, et c’est une ambiance sur laquelle je suis ambivalente. D’un côté, j’adore l’esthétique, je m’y reconnais, et j’aime cette idée de sortir des normes au point d’en être monstrueux, mais avec un côté glamour, fascinant, classe, mélioratif.

Mais d’un autre, je pense qu’il est assez évident qu’associer monstruosité et queer peut être blessant. Parfois, je suis juste révoltée par une œuvre qui s’y essaie. Parfois, je suis enthousiaste. Parfois, je suis les deux en même temps…

Ici, je suis enthousiaste et fascinée, mais la frontière est proche, et quelqu’un d’autre pourrait détester !

Quand je suis Arrivée au Château est une bande-dessinée courte mais mémorable, à la fois dérangeante et fascinante. Je l’ai déjà relue trois fois, et mon ressenti évolue à chaque relecture, sans que je trouve pour autant des réponses à mes questions…

Ça me fait vraiment plaisir d’avoir trouvé deux œuvres maîtrisant un juste milieu difficile entre « récit auquel je ne comprends rien » et « récit tellement clair qu’il tue toute mon imagination ». J’ai adoré me laisser emporter, et réfléchir, et réfléchir encore, aux histoires de ces bandes-dessinées.

Avertissements Tout ce qui reste de nous : accident, décès, perte de mémoire

Avertissements Quand je suis arrivée au château: sang, gore

 

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