Bilan Asian Readathon

Durant tout le mois de mai avait lieu le Asian Readathon organisé par ReadWithCindy, durant lequel il s’agit de lire des auteurices asiatiques – un peu comme le NALReadathon auquel j’avais participé pour le nouvel an chinois. Au début, je me suis attaquée aux piles de livres qui s’entassent chez moi depuis des années, et j’ai surtout lu les biographies – bizarrement, c’est le genre de livres que je ne lis pas dès l’achat. Mais ensuite j’ai eu l’occasion de me tourner vers les livres de ma liseuse ou de la bibliothèque, et j’ai fait de sympathique découvertes de SF, fantasy et fantastique.

personne en chemise noire lisant La Rivière et son Secret devant des fagots
La Rivière et son Secret de Xiao-Mei Zhu

Ça faisait des années que ma mère me conseillait de lire cette autobiographie, qu’elle avait reçue à son anniversaire et qu’elle avait adorée.

C’est le récit de la vie de Xiao-Mei Zhu, qui est apparemment une pianiste très connue – je ne connais pas grand-chose à la musique classique donc je n’avais jamais entendu parler d’elle. C’est difficile de résumer une vie aussi variée et mouvementée sans tomber dans des simplifications grossières : après avoir soutenu la révolution culturelle en Chine, elle est incarcérée dans un camp car ses parents étaient petits-bourgeois. Elle parvient à quitter le pays et à rejoindre les Etats-Unis, où elle fait des ménages pour subsister. Elle se rend ensuite en France, où elle finira par habiter et rencontrer le succès…

Xiao-Mei Zhu écrit vraiment bien – ce n’est pas une traduction, l’original est en français – et le livre se lisait tout seul. Il est découpé en 30 chapitres correspondant aux trente variations Goldenberg de Bach, le morceau qui la définit. Bien sûr, elle parle de politique : de la révolution culturelle, de l’émigration… mais c’est à travers la musique qu’elle en parle.

Notamment, de nombreux caucasiens critiquent sa manière de jouer, ainsi que celle de tous les Chinois, et lui enseignent la « bonne » manière d’interpréter les compositions classiques européennes. Ces passages m’avaient agacée, car typiques de l’européocentrisme : bien sûr que la musique et son interprétation diffèrent d’une culture à l’autre, mais ce n’est pas parce que c’est différent que c’est moins bien !

J’étais donc ravie lorsque Xiao-Mei s’en est rendue compte elle aussi, et mêle les leçons de ses professeurs chinois à ceux de ses enseignants européens pour interpréter les morceaux à sa façon.

Ce qui réchauffe le cœur, c’est aussi l’entraide et la solidarité qui ont permis à Xiao-Mei de réussir. En Chine, ses ami·es font transporter son piano jusque dans son camp. Aux États-Unis, le chef du restaurant pour lequel elle travaille l’épouse à l’expiration de son visa pour qu’elle puisse rester. Lorsqu’elle oublie le nom de son arrêt parce qu’elle comprend mal l’anglais, un chauffeur de bus refait tout le trajet avec elle pour la ramener chez elle. En France, alors que l’administration fait tout pour la mettre dehors, elle loge chez des gens qui ne la connaissent pas, qui lui prêtent leur piano.

C’est beau, certes. Mais je trouve ça vraiment injuste qu’en émigrant, il faille compter sur la chance pour survivre. Je pense à toutes les personnes qui n’avaient pas son talent et sa persévérance. Qui n’avaient pas sa chance. Et puis, devrait-on prouver son utilité pour avoir droit à vivre dans des conditions décentes ? A aucun moment elle n’a pu compter sur ses pays d’accueil, et c’est bien dommage…

La biographie suivante, celle de Gayatri Devi, n’a pas été aussi facile à lire et agréable : j’avais l’impression de lire une page Wikipédia, et j’ai abandonné. Pourtant, sa vie avait l’air intéressante ! Mais 300 pages d’énumération des faits, ce n’est pas pour moi…

personne en débardeur rouge et jupe noir lisant La Reine des Bandits devant des roses
La Reine des Bandits de Mala Sen

Avertissement : mention de viol

La biographie de Phoolan Devi, écrite par Mala Sen, m’a déjà plus convaincue. Je connaissais sa vie grâce au chapitre des Culottées tome 2 qui lui était consacré. Jeune Indienne de la caste des Sudra, elle est mariée de force, violée, capturée par des bandits, violée, puis elle finit par diriger ces mêmes bandits. Lorsqu’elle est de nouveau capturée et subit un viol collectif, elle se venge en faisant tuer 22 membres de la caste supérieure, ce qui provoque un tollé dans le pays.

Dans sa biographie, on a une double histoire : celle de Phoolan Devi, mais aussi celle de la journaliste Mala Sen et de son parcours pour découvrir la vérité. Elle rencontre la bandit en prison, et lorsqu’on lui interdit de la revoir, elle demande à la prisonnière de dicter son récit à des complices – Phoolan Devi est illettrée – et pendant ce temps, elle voyage pour interviewer toutes les personnes qui l’ont fréquentée.

C’était très intéressant, mais dépourvu d’émotions. J’ai commencé à décrocher vers la moitié, lorsqu’on avait moins le récit de Mala Sen et plus celui de la « Reine des Bandits ». Le style narratif tuait tout suspense dans les combats… ce n’est pas le but de l’ouvrage, après tout.

Ce qui est intéressant d’un point de vue historique, c’est que Mala Sen confronte les différentes versions de l’Histoire : celle des politicien·nes, celle de Phoolan Devi, celle de la police, celle des villageois·es, celle des castes supérieures… On se rend compte de la propagande du gouvernement, mais aussi des changements d’opinion publique, puisque même des personnes qui autrefois redoutaient Phoolan l’érigent par la suite en héroïne !

C’est loin d’être un coup de cœur et j’ai dû me forcer à lire sur le dernier quart, mais c’était néanmoins très intéressant.

personne en chemise jaune lisant Monstress devant une étendue de terre
Monstress de Marjorie M. Liu et Sana Takeda

Heureusement, je n’ai pas lu que des biographies pendant ce readathon ! J’ai retrouvé mon genre de prédilection avec la bande-dessinée Monstress… Ça faisait longtemps qu’on me la conseillait et j’ai fini par me lancer. Je l’ai regretté dès le premier dessin de l’héroïne nue, mais je n’allais pas la refermer au bout d’une page, alors j’ai continué un peu.

Maika, une Arcanique à l’apparence humaine, s’est volontairement laissée capturée par les sorcières qui tuent les Arcaniques pour aspirer l’énergie dans leurs os. Elle dispose en effet d’un pouvoir très puissant, mais incontrôlable, et espère s’en servir pour interroger la sorcière qui a trahi sa mère.

Au fil de l’intrigue, on découvre l’univers et les dynamiques de pouvoirs. Arcaniques et humain·es sont ennemi·es, certes, mais il y a aussi des peuples humains alliés aux Arcaniques – les Edenites – et différents peuples Arcaniques qui ne s’aiment pas entre eux. Tout ça rend l’aventure de Maika et de la jeune Arcanique qui l’accompagne très complexe ! Mais tout est fait pour que ça soit clair.

Il n’y a pas que sa magie, ses peuples et ses dieux qui rendent l’univers intéressant. Je ne m’y connais pas en dessin, mais je crois qu’on parle d’univers graphique pour désigner l’ambiance retranscrite par les dessins. Celle-ci est originale : il y a beaucoup de tons de jaune, de trais accentués dans les scènes violentes, et c’est plutôt sombre. Ça donne à l’univers un côté inquiétant et trompeur qui renforçait subtilement ma curiosité : tout avait l’air dangereux et traître dans cette étrange lumière.

Toutefois, ce qui m’importe généralement le plus, ce sont les personnages, et sur ce plan-là, j’ai été déçue. Le chat Ren et la petite fille-renarde sont attachant·es, mais Maika ne m’a pas emballée. C’est une héroïne tourmentée par un pouvoir qu’elle ne contrôle pas, mais ça n’a rien de très original ou prenant… Je n’arrivais pas à être avec elle ou à m’impliquer dans ses problèmes.

C’est une BD avec un univers complexe et intéressant, et pour les personnes qui recherchent ce genre de lecture, elle me parait bien. Mais je suis plutôt orientée personnages, et je ne pense pas que je lirai la suite.

personne en chemise bleue lisant Sept Larmes devant un champ
Sept Larmes au Creux de la Mer de C.B. Lee

Ça m’a fait beaucoup rire quand un ami me l’a conseillé : ça fait un an que je veux lire une autre série de cette autrice, Not your Sidekick, et du coup, je commence par un autre de ses romans.

Suite à une rupture douloureuse, le jeune Kevin Luong fait le Vœu d’être aimé au moins le temps d’un été. Or, lorsqu’on fait un Vœu correctement, la Mer envoie une Selkie pour l’exaucer, et c’est Morgan qui répond à l’appel de Kevin, prenant forme humaine pour passer deux mois à ses côtés.

C’est assez bizarre à chroniquer car comme cet ami m’avait envoyé son avis au fur et mesure de sa lecture, j’avais une idée préconçue très forte en le lisant, et je n’arrive pas à savoir si c’est mon avis ou le sien que je vais donner ici… bon, j’espère quand même que je sais réfléchir de manière indépendante, alors c’est sûrement le mien !

Le roman avait beaucoup de potentiel : à la fois un aspect « conte » avec la magie, les Selkies, les Vœux, à la fois celui d’une romance mignonne, et aussi celui d’une aventure puisqu’on apprend l’existence de chasseur·esses de Selkies. Le scénario mêle très bien ces trois aspects, et y ajoute de quoi approfondir l’histoire en détournant pas mal de clichés.

Par exemple, si le début s’apparente à un coup de foudre – Morgan « lit » l’âme de Kevin et tombe amoureux – derrière, la nature de cet amour est questionné : Morgan comprend qu’il ne peut pas attendre que ce soit réciproque, et que ce n’est pas pareil d’apprendre à connaître une personne en la fréquentant. Il y a aussi un début de réflexion sur l’éthique scientifique, et sur le consentement, notamment lorsque la mère de Morgan explique qu’elle a quitté son amoureux parce qu’il la forçait à rester. Et Kevin est confronté au même choix !

Un autre cliché que je n’aime pas a été très bien travaillé : le fait que Morgan puisse se retrouver dépendant de Kevin. Après tout, quand Morgan vit sur terre, il n’a pas de famille, pas d’amis, pas d’argent. Il doit tout à Kevin, et une telle situation de redevabilité n’est pas très propice à une relation saine… Même si ce n’est pas beaucoup questionné, la situation va vite évoluer, Morgan va se faire des ami·es – même si c’est un peu rapide – et se débrouiller seul. Du côté de Kevin, j’étais au départ gênée par le fait qu’il ait peu d’estime de soi et tombe amoureux de la première personne à le traiter correctement, mais il se fait lui aussi d’autres ami·es au cours du récit, et n’est donc pas dépendant affectivement de Morgan.

Vraiment, l’autrice part d’une situation qui a alerté ma méfiance et réussit à créer une relation très saine !

Le problème, c’est que l’exécution est moins réussie.

Déjà, parce que ce n’est pas toujours très bien amené. Lorsque Morgan découvre une information qui bouleverse son existence entière, sa réaction est équivalente à un « ah bon ». De façon générale, il y a trop peu de dialogues entre les personnages au début, les actions s’enchaînent sans émotions.

Et le « combat final » est beaucoup trop facile…

J’ai aussi eu du mal avec le style d’écriture. Le présent à la 3e personne passe mal – et pourtant, il y a des romans écrits comme ça que j’ai aimés – il y a des traductions mot à mot d’anglicismes, et certaines expressions me paraissaient carrément fausses : « il habitait après le phare », par exemple.

Pourtant, il y a aussi de belles descriptions de la mer et des décors…

Mon jugement a aussi pu être influencé par le fait que je lisais Warcross de Marie Lu en parallèle, un roman qui, pour le coup, est parfaitement écrit, et qui remplit toutes ses promesses.

Finalement, je n’arrive pas à savoir si j’ai aimé ce roman ou si j’ai aimé ce qu’il me promettait ou l’idée que je m’en faisais. Il est mignon et doux, mais j’ai le sentiment qu’il aurait pu être beaucoup mieux…

Je suis vraiment satisfaite de ce challenge qui m’a permis de lire des livres très variés : romans et BDs, biographies, SF, fantasy, fantastique… il y avait de tout !

Avertissements La Rivière et son secret : emprisonnement en camp de travail, racisme

Avertissements Phoolan Devi : viols répétés (non graphiques), morts

Avertissements Monstress : violence, nudité, menace de viol, esclavage

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Lu pour le Challenge de l’imaginaire

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