Résistance de Samira Ahmed

personne en débardeur de l'Attaque des Titans lisant Résistance de Samira Ahmed devant une barrière végétale

J’avais emprunté Résistance de Samira Ahmed pour le NALReadathon et il était dans les starting blocks pour être lus. Sauf que… je savais à peu près de quoi il parlait : d’islamophobie dans une dystopie. Déjà que les histoires sinistres me font rarement envie, un livre aussi proche de notre réalité… Ça m’intéressait, et en même temps, je n’étais pas du tout motivée.

Je l’ai commencé un mois plus tard, alors que je devais bientôt le rendre à la bibliothèque. C’était un dimanche après-midi et entre mon mal de crâne et mon ordinateur qui ramait, j’ai décidé de laisser tomber l’écriture et de lire un peu.

L’écriture, très dynamique, m’a vite happée. On découvre l’univers en quelques lignes : depuis l’élection du Président, l’oppression des musulman·es s’est renforcée, et iels sont à présent fiché·es, viré·es de leur boulot, leurs livres brûlés. Layla tient à sa liberté et n’hésite pas à braver le couvre-feu pour voir son copain David et se raccrocher à un semblant de normalité. Le soir-même, sa famille est déportée dans un camp d’internement pour musulman·es.

Je ne l’ai pas trouvé aussi horrible que ce à quoi je m’attendais. Je me rends bien compte que je suis privilégiée de pouvoir dire ça, et j’ai vu dans l’avis d’Imane notamment que ce roman a été très désagréable à lire pour les lecteurices musulman·es. Je pensais qu’il y aurait des scènes de torture, beaucoup de violence détaillée. Certes, il y en a, mais c’est bref. Et je comprends que certain·es aient trouvé étrange voir irritant que ce soit édulcoré, cet avis l’explique très bien. Mais c’est un roman destiné aux ados et je pense que l’autrice a voulu le rendre lisible par un large public. Et il n’en faut pas plus ! Etre emprisonnée et privée de ses droits, maintenue dans une terreur constante, c’est déjà horrible et révoltant. Si les lecteurices ont besoin de davantage d’horreurs pour se sentir révolté·es, c’est chez elleux que se situe le problème…

L’histoire est très fluide, les actions s’enchainent et je ne pouvais pas lâcher le roman, j’avais trop hâte d’avoir la suite, de voir la situation s’arranger comme je l’espérais. J’étais à fond avec Layla !

Après quelques chapitres, j’ai lu la note de l’autrice, pour m’encourager et me donner une idée de l’intention de l’autrice : effrayer, dénoncer, encourager, déprimer ? Et j’ai adoré cette note, qui porte parfaitement le ton et le message du livre. Elle dénonce les lois islamophobes, ancre le livre dans la situation présente, et appelle à la résistance.

couverture de Résistance de Samira Ahmed

Et en effet, tout au long de l’histoire, la situation est très ancrée dans le réel, avec des références aux lois mises en place par Trump : les camps de détention des migrant·es, où les enfants sont séparés de leurs parents et enfermés dans des cages, le renforcement du contrôle des musulman·es…

Cependant, je ne pense pas que le livre sera reçu de la même façon par des lecteurices lambda. C’est peut-être moi qui sors de la norme à ce sujet, mais quand j’étais ado, je n’étais pas du tout au courant de l’actualité, et en lisant ce roman, je l’aurais pris comme une pure dystopie. Une dystopie servant à dénoncer l’islamophobie, et à nous alerter des comportements fascistes, mais… une fiction ! Je n’aurais pas su que beaucoup des exemples cités sont bien réels. On le voit en France aussi, avec l’islamophobie qui se normalise complètement, et la proposition de loi séparatisme. Mais c’est parce que je suis un peu renseignée que je m’en rends compte, et que tout au long de la lecture, j’avais peur et j’étais en colère, Résistance me donnait envie de tout faire pour lutter contre ces injustices. Est-ce que d’autres personnes liront ce roman comme elles ont lu Hunger Games ?

De plus, l’autrice de cet avis, mieux informée que moi au sujet de l’islamophobie aux États-Unis, regrette qu’alors que les situations décrites ont existé, l’œuvre soit placée dans un cadre fictif, ce qui semble effacer la réalité.

A la fin de ma lecture, je lui mettais cinq étoiles sans hésiter, à la fois pour son thème, mais aussi parce que je l’avais lu en une seule après-midi sans voir le temps passer, prise par l’histoire et ma hâte de connaitre la suite. Mais j’ai constaté que la critique avait été plutôt sévère avec Résistance.

C’est vrai que c’est dommage que comme beaucoup de représentation « mainstream », Layla soit une musulmane non pratiquante, comme si c’était une condition pour accepter un personnage musulman. Mais la plupart des reproches se concentrent sur l’exécution de l’histoire, arguant que Layla est trop impulsive, immature et obsédée par son copain.

J’ai l’impression que parce que ce roman aborde un « sujet de société », on attend de lui que ce soit un roman pour adulte. J’essaie de ne pas trop souvent utiliser l’argument de la jeunesse pour excuser des défauts – j’ai des ami·es de 16 ans bien plus matures que moi – mais en l’occurrence, j’ai beaucoup aimé Layla. Son copain est loin d’être sa priorité, elle répète même qu’elle ne compte pas s’enfuir pour le retrouver : elle veut que le camp soit démantelé. Ses préoccupations quotidiennes l’humanisent, elle n’est pas une machine à justice, et c’était par toutes ces « faiblesses » que j’accrochais à elle. Oui, elle est impulsive, et je me crispais souvent de la voir foncer sans réfléchir aux conséquences… mais les défauts font partie d’un personnage. Je vois des gens encenser des romans pour ados sans le moindre message : ce sont des lectures fun alors on s’enthousiasme sans trop se préoccuper de l’immaturité des personnages. Mais là, ça aborde un sujet grave, alors il faut que le personnage agisse en adulte ?

Résistance est pour moi un excellent roman pour ados, qui a le mérite d’aborder un thème important, et le fait à travers une histoire prenante et un personnage attachant.

Avertissements : camp d’internement, islamophobie, racisme, sexisme, mort, violence, vocabulaire psychophobe

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