Bandes-Dessinées Inspirées de Faits Réels : Tout va Bien de Charlie Genmor et Les Indésirables de Kiku Hughes

Voici un nouvel article avec des bandes-dessinées autobiographiques aux ambiances différentes, mais toutes deux très chargées en émotions : Tout va Bien de Charlie Genmor et Les Indésirables de Kiku Hughes. Des œuvres que j’ai aimées au-delà de l’intérêt autobiographique : si elles avaient été totalement inventées, je les aurais appréciées aussi ! D’ailleurs, dans les deux cas, je croyais qu’elles étaient fictives avant de les lire.

 

personne en pyjama bleu lisant Tout va bien de Charlie Genmor dans un lit superposé avec une échelle bloquant la vue
Tout va bien de Charlie Genmor

 

J’ai attendu longtemps, longtemps pour lire la bande-dessinée Tout va bien de Charlie Genmor, car malgré le titre, elle n’avait pas l’air très joyeuse. On me l’avait initialement conseillée pour sa discussion de l’asexualité, et lorsque j’ai découvert que ça parlait aussi de non-binarité, ma motivation a redoublé. Un ami m’a proposé de me la prêter… puis ça n’a pas été possible, il ne l’avait plus. J’ai vu que le réseau de bibliothèques le possédait, mais c’était à l’autre bout de la ville. Lorsque j’ai obtenu un travail juste à côté de cette bibliothèque… la bande-dessinée était sans cesse empruntée.

J’ai fini par me procurer la version numérique, et je l’ai commencée un soir, sur mon ordi, alors que je venais d’abandonner un livre et que je n’avais pas le courage de me lancer dans un roman.

 

Le style de dessin de Tout va Bien est saisissant. Au début, j’ai trouvé le trait banal, et les couleurs sont ternes, ce que je n’apprécie généralement pas. Ça crée une ambiance pesante, alors après les quelques pages d’introduction, j’ai fait une pause pour m’en remettre. On découvrait la narratrice, Ellie, et toutes les questions qu’elle se pose sur la vie et la sexualité. Ça faisait beaucoup d’un coup : à 20 ans, elle n’a jamais été en couple, elle n’a jamais désiré qui que ce soit, et elle se sent si anormale… son besoin d’entrer dans les normes la pousse à accepter de sortir avec la prochaine personne qui le lui demandera.

Et cette sensation, je l’ai ressentie. C’est douloureux, et associé à cette atmosphère sinistre, presque glauque, des pages noyées dans une couleur bleutée ? Oui, j’avais vraiment besoin d’une pause.

 

couverture de Tout va bien de Charlie Genmor

 

Lorsque j’ai repris ma lecture, ça allait un peu mieux… mais pas toujours. On entre dans le quotidien d’Ellie, ses conversations avec sa meilleure amie, ses problèmes familiaux. Les remarques de sa mère me lacéraient, et si son père est d’un abord plus sympathique, son indifférence a fini par me révolter. Ellie souffre beaucoup, elle est dépressive chronique et personne ne semble accepter sa douleur. Tous les dessins touchant au refoulement de sa souffrance ou à ses crises de paniques sont très graphiques et presque insoutenables. On la voit littéralement se fissurer ou se changer en monstre.

Elle commence à sortir avec Archimède, et leurs discussions sont un soulagement, tout en étant également très chargées émotionnellement. Ellie est dégoutée par le contact physique et s’en veut beaucoup. L’asexualité est évoquée comme une piste légitime, ça fait toujours plaisir ! J’aime voir un personnage se questionner, peu importe si la conclusion à laquelle il arrive n’est pas « je suis asexuel ».

J’ai dû refaire une pause pour regarder des vidéos relaxantes, mais j’ai repris la bande-dessinée avant de me coucher.

La fin de Tout va Bien indique que c’est une œuvre autobiographique, et je suis très soulagée qu’Ellie aille mieux, j’avais vraiment besoin d’une touche finale de bonheur.

 

Tout va bien est une bande-dessinée intéressante et remplie d’émotions : j’étais plongée dans le personnage d’Ellie, je ressentais ce qu’elle vivait, et… ce n’était pas très agréable. Est-ce que cette bande-dessinée est excellente ? Oui ! Est-ce que j’avais envie de la relire ? Pas tellement… d’une part, j’avais envie de retrouver les réflexions d’Ellie et son parcours, d’autre part c’est très douloureux. Est-ce que je la conseille ? Bien sûr, et d’ailleurs, c’est en la prêtant à des ami·es que j’ai finalement eu l’occasion de la relire. C’était beaucoup plus agréable en deuxième lecture ! Je savais ce qui allait bien et ce qui allait mal, et j’ai pu suivre Ellie avec beaucoup plus de tranquillité. Je peux donc d’autant plus en conseiller la lecture !

 

personne en robe bleue lisant Les Indésirables de Kiku Hughes devant une barrière de terrasse
Les Indésirables de Kiku Hughes

 

Cette BD m’avait été conseillée par Planète Diversité et j’avais tout de suite regardé si elle se trouvait à la bibliothèque de ma ville. Elle était malheureusement empruntée et déjà réservée – un thème récurrent de cet article, semblerai-il. Mais coup de chance : en rentrant dans le village où vivent mes parents, il était dans les rayonnages de cette bibliothèque-là !

Les dessins m’ont plu et rapidement entrainée dans l’histoire. Je me souvenais du sujet – les camps d’enfermement des Japonais aux Etats-Unis durant la Seconde Guerre Mondiale – mais je ne savais pas du tout comment ce serait traité, et j’ai trouvé l’idée très originale : la héroïne, Kiku, voyage dans le passé sans contrôler ses bonds dans le temps et se retrouve enfermée aux côtés de sa grand-mère. Ça m’a un peu rappelé Kindred ! Ce concept permet de mettre en scène la mémoire collective, et d’expliquer visuellement en quoi le traumatisme d’une génération impacte les suivantes.

 

J’avais entendu parler pour la première fois de ces camps d’enfermement dans le roman Résistance de Samira Ahmed. Ça rend cette bande-dessinée très importante à mes yeux : c’est scandaleux que je n’en aie pas entendu parler avant, en cours d’Histoire. C’est un élément qui est souligné dans Les Indésirables : après la fin de la guerre, le gouvernement américain n’a pas présenté d’excuses ou de réparations, et a plutôt tenté de cacher ce passage de son Histoire. Dans les scènes du présent de Kiku, on suit quelques discours de Trump, et on voit les Etats-Unis sur le point de reproduire les mêmes horreurs envers les musulmans.

 

Au-delà de son thème important, Les Indésirables est une bande-dessinée prenante où on est plongé dans la vie de Kiku au camp, les amitiés qu’elle noue, sa peur, son espoir, son envie de révolte. Même dans ses moments horribles, elle trouve du soutien, du réconfort, ce qui nous révolte encore plus contre l’injustice de la situation. J’adore voir des groupes d’ami·es se former au cœur d’une situation tendue, c’est un tel soulagement !

 

couverture de Les Indésirables de Kiku Hughes

 

Comme on le voit au prénom de la narratrice, le même que celui de l’autrice, il s’agit d’une autofiction, une histoire inspirée de la vie et du ressenti de Kiku Hughes. Les éléments surnaturels sont d’autant plus marquants à mes yeux qu’ils deviennent une métaphore de ce qu’elle ressent, en tant que descendante japonaise, en découvrant le passé de sa famille, et les raisons pour lesquelles elle est si déconnectée de son héritage. Toutes ses émotions sont amplifiées par le scénario, histoire et message sont solidement entremêlés.

 

Je n’ai pas encore eu l’occasion de relire cette BD-ci, mais j’ai hâte de le faire, car je sens qu’en deuxième lecture, je pourrai davantage apprécier l’histoire, en étant moins bouleversée. Et comme les dessins m’ont beaucoup plu, j’ai hâte de découvrir les prochaines publications de l’autrice !

 

Malgré leurs histoires et contexte très différents, ce sont deux bandes-dessinées que je relie par la force des émotions qu’elles m’ont fait ressentir. Elles sont centrées sur leur personnage principal et ses sentiments, nous aspirant dans son point de vue, avant de nous proposer des pistes de réflexion. Ce furent d’excellentes découvertes !

 

Avertissements Tout Va Bien : validisme, violence physique, dépression, dissociation

Avertissements Les Indésirables : Racisme et insultes racistes, colorisme, sexisme, crimes haineux, cancer, mort, deuil, emprisonnement, thème de guerre

 

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