L’Incivilité des Fantômes

De Rivers Solomon

personne en débardeur noir lisant l'incivilité des fantômes devant un lac

Juste avant les vacances de Noël, je l’ai vu sur un piédestal de ma bibliothèque. Je me souvenais en avoir entendu parler, quoique plus en quels termes, et je l’ai emprunté. J’ai commencé ma lecture à mon retour, début janvier.

C’est de la SF, l’humanité a fui la Terre à bord d’un vaisseau, et reproduit le système d’oppression raciste : les noir·es dans les ponts inférieurs travaillent dans des conditions horribles alors que les blanc·hes se la coulent douce dans les ponts du haut. Aster, la héroïne, enquête sur la mort de sa mère, qui semble liée à la maladie du souverain.

C’était moins violent que ce à quoi je m’attendais : bien qu’il y ait de nombreux évènements violents, les descriptions sont courtes – une ligne ou deux – ce qui les a rendus supportables. J’avais toutefois besoin de faire des pauses dans ma lecture, aussi parce que le scénario est difficile à appréhender. J’ai l’habitude des histoires linéaires, où les personnages ont un but clair. Ici, on a plutôt une situation : depuis peu, il y a des problèmes de chauffage dans les bas-ponts. Bien sûr, Aster a l’intention de comprendre la mort de sa mère, mais cette intention existe depuis des années. Et surtout, les ennuis s’enchaînent et elle n’a pas le temps de se consacrer à son enquête. Ce modèle d’histoire changeait vraiment de ce à quoi je suis habituée. Aster est méprisée parce qu’elle est noire, et aussi parce qu’elle est intersexe – et autiste –, et comme elle ne se laisse pas faire, et que sa meilleure amie est tout aussi rebelle, elle a de nombreux accrochages avec la police. Le fait qu’un homme politique l’ait prise en grippe n’aide pas !

Du coup, Aster est décalée par rapport aux héroïnes classiques, qui auraient rejoint la résistance, protesté haut et fort contre le pouvoir en place… mais bien qu’il y ait un groupe résistant, Aster n’a juste pas l’énergie de les rejoindre. Elle ne proteste pas contre le pouvoir avec des stratégies bien rôdées, mais explose de colère lorsque les oppressions deviennent juste trop. Ses actions ne servent pas à grand-chose, mais c’est entre autres ça qui me l’a rendue attachante, ainsi que le fait que je n’approuvais pas toujours ses choix. Le scénario en paraissait brouillon par moments, car différentes trames s’alternent.

Heureusement, elle peut compter sur plusieurs ami·es : Théo, chirurgien métis, et sa figure maternelle que j’ai beaucoup aimée – et pas seulement parce qu’elle est aro ace ! Il y a beaucoup d’identités représentées, et le système des ponts permet de voir que ce sont les hauts-ponts qui sont les plus sexistes, transphobes, et homophobes, ce qui correspond bien à perception de la réalité.

Comme c’est un roman dur, je ne peux pas dire que je débordais d’enthousiasme en le refermant. J’étais impressionnée, satisfaite par la progression de l’intrigue, et j’avais envie de le conseiller à tout mon entourage. D’ailleurs, j’ai pas mal monologué à son sujet tout au long du mois… non, cette lecture ne vous transportera pas dans un univers merveilleux. Mais elle m’a transportée, je me suis attachée aux personnages, et, que je le veuille ou non, j’étais dans l’histoire.

TW : mention de viol, meurtre d’enfant, violences policières

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Lu pour le Challenge de l’imaginaire

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