Tant qu’il le Faudra

de Cordélia

personne en débardeur rose et jupe rouge lisant Tant qu'il le faudra dans la rue

C’est un roman feuilleton disponible en ligne dont j’entends parler depuis des années – depuis qu’il a commencé à sortir, en fait – mais comme je déteste lire des histoires en cours, j’ai attendu, attendu… et maintenant c’est bon, c’est terminé ! Entretemps, j’ai lu Coming-out en Deux Mouvements, un spin-of sur Galahad et Min-Jae, j’ai vu tous les dessins, les Tik Tok avec plein d’inside jokes… donc j’avais déjà une idée préconçue des personnages que j’allais rencontrer.

On commence avec Prudence, une étudiante qui rejoint un journal LGBTI+ parisien, le HoMag, et rencontre les autres membres : Gwen, David, Min-Jae, Ina, Jade, Sen, Harry… De point de vue en point de vue, on suit leur vie et leur quotidien de groupe.

C’est une histoire qui fait très vraie et quotidienne : les soucis avec les autres assos, les projets, les relations amoureuses ou sexuelles qui divisent ou unissent le groupe, les rivalités, les soirées, les discussions, les drames familiaux, et autres défis… Je retrouvais beaucoup de conversations que j’ai eues dans la vraie vie ! C’était juste dommage qu’elles manquent un peu d’humour…

Cependant, je suis restée très spectatrice, sans doute parce que les préoccupations centrales des personnages ne me parlaient pas du tout. Eh oui, je suis aromantique, moi, alors les inquiétudes de « est-ce que mon ex acceptera que je sorte avec une autre personne ? », je ne les ai jamais comprises. Si c’était un ou deux personnages, pourquoi pas, mais là c’est chacun d’entre eux.

D’un côté, c’est intéressant, un peu comme un documentaire « voilà ce que pensent les personnes zedromantiques. Voilà comment ça influe sur leur façon d’être queer. » Et pour moi qui m’interroge sans pouvoir me fier aux romances qui paraissent exagérées, c’était parfait ! Comme tout le reste est très réaliste, je peux me dire « oooh, c’est donc comme ça, la romance en vrai… »

Mais à force, ça me détachait de l’histoire.

Je pense aussi que le plus frustrant là-dedans, c’est qu’on sent que tout est fait pour qu’un maximum de personnes se reconnaissent dans ce récit. Tout le monde avait vanté l’inclusivité de cette histoire – il y a même un personnage secondaire intersexe, ce qui est extrêmement rare. Dans un roman de fantasy, je ne m’attends pas ce que ça me parle, mais là, c’est un récit quotidien, reflet de la vie et du réel, alors comment dois-je prendre en constatant que je n’y ai pas ma place ?

L’absence de personnage aro m’embête, mais au fond, j’ai l’habitude. Ce qui m’a éloignée de ce livre, c’est plus le fait que la vie de tous les personnages – tous ! – s’articule autour de la romance. Même lorsqu’ils sont célibataires ! Même lorsqu’ils ont d’autres soucis ! S’il y avait eu un ou deux personnages célibataires, ou en couple sans que ce soit central, ç’aurait été différent – c’est d’ailleurs pour ça que le tome 2 passe mieux : Gwen et Priam ont une relation sans drame. Et puis, je m’étais résignée.

J’en ai discuté avec d’autres personnes aro qui regrettaient que ce soit la seule représentation absente du livre mais qui n’étaient pas du tout aussi déçues et aliénées que moi. Et côté asexualité, les discussions entre Léo, Harry et d’autres personnages étaient franchement chouettes !

J’ai eu un peu d’espoir par rapport au polyamour : je suis poly aussi et c’est une identité que je n’arrive pas à distinguer de l’aromantisme – même si je sais que pour beaucoup de personnes, c’est différent. Mais ici j’avais l’impression que les multiples partenaires, c’est quand un personnage ne veux pas s’engager, et qu’une relation « sérieuse » est forcément exclusive. Les sentiments de Léo m’ont un petit peu parlé, mais comme son approche du polyamour est un échec total, ben… ça ne m’a pas vraiment réconfortée.

Malgré ses défauts, c’est un tome qui se lit tout seul : il se passe toujours quelque chose et ça devient vite addictif.

personne en sarouel multicolore lisant Tant qu'il le faudra dans la rue
dessin de @darksonshake

Le tome 2 m’a bien plus emportée : on connait déjà les personnages, ils sont approfondis, et je m’attachais de plus en plus à eux. Grâce à Max, tout à fait odieux, même David me paraissait appréciable !

Car à part lui, aucun personnage n’est totalement bon ou mauvais. Leur complexité et leur profondeur sont mises en valeur par le jeu des points de vue. Harry, par exemple, est très différent selon qu’on le découvre à travers les yeux de Jade ou de Priam !

L’écriture s’améliore au fur et à mesure : finies les phrases courtes du tout début, il y a des passages magnifiques – notamment du point de vue de Galahad, dont le ton guindé m’a aussi bien fait rire.

Mine de rien, ce feuilleton est devenu une faille temporelle ! Il était 22h38 et je me suis dit que j’allais lire 5 minutes avant de me coucher… lorsqu’un instant plus tard, je me suis arrachée à ma lecture, il était 23h26 ! Mais que s’est-il passé ? J’avais envie de me remettre à lire directement, en plus, mais heureusement pour mon réveil le lendemain, j’ai résisté à la tentation. Vraiment, je ne sais pas comment ont fait les personnes qui lisaient au fur et à mesure de la publication, ça devait être tellement frustrant de ne pas avoir la suite !


personne en chemise et jabot lisant Tant qu'il le faudra dans la rue
dessin de @darksonshake

Le tome 3 continue de développer les personnages, et j’ai enfin commencé à apprécier Galahad ! Au début, on sent que Cordélia l’adore et j’avais l’impression qu’on essayait de me forcer à l’apprécier alors que… bon, je ne lui voyais pas beaucoup de qualités. Mais il fait beaucoup d’efforts, et découvrir sa version m’a permis de l’aimer.

Léo est aussi un personnage que j’ai appris à aimer au fur et à mesure, parce qu’il change et progresse beaucoup ! Du coup je redoutais vraiment sa relation avec David, parce que désolée, même si je reconnais que David n’est pas aussi odieux qu’il en a l’air, je n’arrive juste pas à l’apprécier. Il faut dire aussi que je n’avais pas beaucoup de patience pour leur incapacité à communiquer tous les deux dans le tome 1 et que toute leur intrigue m’a parue très artificielle. Ma seule pensée dans le tome 3 c’était « ç’aurait été plus facile si vous aviez été honnêtes ! ».

Mon personnage préféré est sans conteste Priam. J’ai mis du temps à accrocher à son point de vue à cause de son ignorance initiale, mais finalement, elle est adorable. Ses scènes me parlaient beaucoup – son choix de sidecut, par exemple – et dans le tome 2 c’est encore pire. Parce que ça m’a mis face à des questions que je repoussais depuis à peu près un an… j’ai vraiment eu peur que ça fasse tout remonter – surtout que j’étais déjà angoissée, en pleine insomnie et que je lisais pour me distraire de mes problèmes – mais finalement c’est très bien passé et ça m’a fait du bien dans l’ensemble. Je l’adore !

Au bout de trois tomes, on connait les personnages comme si c’était nos ami·es. On a passé un an à leur côté, à suivre leur quotidien ! Bon, comme j’ai dévoré ce feuilleton en trois jours, ça m’a paru moins long… Je pourrais discuter encore longtemps de chaque personnage, de chaque scène, même, mais c’est impossible sans tout dévoiler. Alors je vous laisse découvrir !

Avertissements : donnés au fil des chapitres, il y a notamment : LGBT+phobie, racisme, antisémitisme, validisme, grossophobie, TOC, agression, relations parentales abusives, consommation d’alcool, mentions d’actes sexuels, dépression, mention d’une tentative de suicide, description d’une crise d’angoisse, consommation d’alcool, jeux d’alcool, mention de harcèlement scolaire, mention de violences policières, thérapie de conversion, deuil

 

2 réflexions sur « Tant qu’il le Faudra »

  1. En ce qui concerne l’aromantisme, Cordélia n’en parle jamais sur ses réseaux sauf quand iel (?) présente un livre dans lequel un personnage pourrait l’être, et iel ne s’attarde pas longtemps dessus, même quand c’est un élément important. C’est assez louche comme attitude… Alors que c’est clairement un.e allié.e des asexuel.les romantiques. Personnellement je lae soupçonne de ne pas croire réellement à l’aromantisme (et à l’asexualité en dehors du modèle des attirances séparées) ; le fait que son roman se targue d’être ultra-inclusif alors qu’il n’y a qu’un seul personnage asexuel et que comme par hasard ce soit un romantique, ce qui permet de le faire rentrer dans les dynamiques de couples classiques est très révélateur… (à moins qu’il y en aie eu un autre après Harry, je ne sais pas je ne ai pas terminé le roman, mais visiblement non)

    1. Oui, je l’ai remarqué aussi… et puis, même si sa passion est la romance, mettre un personnage secondaire aro n’est pas si compliqué, il « suffit » de donner le terme et je serais déjà franchement ravie.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *