Minuscule de Takuto Kashiki

personne en pull rose et short en cuir lisant Minuscule de Takuto Kashiki tome 9 devant un mur peint d'animaux et des sapins

Une personne qui m’est très chère m’a apporté quelques tomes de Minuscule de Takuto Kashiki en arguant que c’était mignon, et ne se doutait peut-être pas d’à quel point j’allais adorer cette série de mangas. Il se trouve que j’étais très fan de Deux Ans de Vacances, et que j’ai moi-même écrit plusieurs récits qui sont essentiellement des listes de nourriture à planter, de conserves à préparer, de meubles à construire.

Je suis encore plus fascinée par les êtres miniatures – comme dans Arthur et les Minimoys − car ça complexifie les calculs : une myrtille apporte certes une grande quantité de nourriture, mais ça se conserve mal. Combien de confitures miniatures peut-on préparer à partir d’une myrtille ?

Minuscule a tapé en plein dans cette passion, car on y suit le quotidien de Hakumei et Mikochi, deux êtres de neuf centimètres de haut vivant dans une forêt japonaise.

On dirait un peu Bride Stories – un autre manga que j’adore – mais dans un univers magique. Les personnages peuvent, par exemple, animer des squelettes grâce à la musique ! Ce détail parait glauque, mais l’univers de Minuscule est doux et adorable. Les détails me passionnaient, par exemple, la coiffeuse habite dans un œuf ! Une autre personne habite dans une carapace de tortue, et pour construire une baignoire, Mikochi découpe un bambou. Ah, j’adore voir réutilisés d’une manière originale des objets que je connais.

En plus de l’univers, la société de Minuscule est super intéressante à découvrir. Il y règne une ambiance si agréable ! L’entraide prime, les métiers relèvent principalement de l’artisanat et de l’art. Il y a beaucoup de scènes en communauté, et on voit les personnages soutenir et être soutenu·es, parfois par des personnes qu’elles ne connaissent pas. Leur vie n’est pas évidente, mais elle semble emplie de beaucoup de sérénité et de confiance dans le fait que si elles ont un problème, elles pourront le surmonter. Notamment parce qu’elles ne seront pas seules.

Bien sûr, je n’ai pas tout adoré. Par exemple, je suis un peu mitigée sur le tome 3, où les personnages se rendent à la Résidence Méliflue. Les règles de location étaient géniales – sur une base communautaire et non de domination du proprio − mais la gestion des conflits est… catastrophique. Ça tourne plus ou moins à la guérilla entre ancien·nes et nouvelleaux locataires ! Le tout est traité avec un peu trop d’humour et de légèreté à mon goût : un kidnapping, ce n’est pas une blague !

Et puis, les personnages passent leur temps à boire avec excès. Dès qu’il y a une occasion de boire jusqu’à rouler sous la table, elle est saisie, et c’est assez malaisant à force.

couverture de minuscule tome 2
couverture de minuscule tome 3
couverture de minuscule tome 6
couverture de minuscule tome 7
couverture de minuscule tome 8
couverture de minuscule tome 10

Ce que j’ai préféré, c’est les moments de cuisine et de bricolage. On a des chapitres entiers consacrés à la cuisine à plusieurs, à la réparation d’un mur par une communauté, par des voisin·es qui s’entraident pendant une crue. Les personnages vont pêcher et font des rencontres agréables en chemin, elles cousent des vêtements, elles se font couper les cheveux. C’est doux, calme, je m’y retrouve dans un cocon bienveillant.

Et ça me passionne de suivre tous les détails de la fabrication d’un meuble, ou de la préparation de cannelés. Comme je le disais, ce genre de récit « de gestion » me plait beaucoup – d’ailleurs, mes jeux préférés sont également des jeux de gestion.

J’ai en particulier apprécié la soirée où Hakumei et Mikochi se construisent une baignoire à partir d’un bambou. A vrai dire, j’aime beaucoup leurs interactions ! Leur relation est très mignonne, remplie de l’affection tranquille de personnes qui vivent ensemble depuis longtemps. Elles sont amies et colocataires, et beaucoup les prennent pour un couple – aussi parce que certain·es croient que la bricoleuse Mikochi est un homme. Ça en fait un modèle très queerplatonique qui me fait beaucoup de bien.

J’ai l’impression d’être injuste en parlant de leur relation en particulier : il y en a tant d’autres qui me plaisent ! J’adore quand elles sont en groupe, notamment parce qu’il y a beaucoup d’entrain et de solidarité qui se dégage des moments en communautés. Je me sens réconfortée et galvanisée par ces passages-là ! Et il y a d’autres duos qui me font fondre : la très bruyante Sonju et l’asociale Sen, qui passent, malgré leurs différences, de bonnes soirées ensemble ; Sonju et sa voisine timide qui lui prépare à manger en rougissant ; Mikochi et Sardine, son mentor en construction, qui a du mal à faire autre chose que travailler. Minuscule dégage tant de chaleur…

Hakumei et Mikochi face à des bassines dans des arbresMikochi confie à Hakumei qu'elle voulait lui permettre d'essayer de nouvelles choses

extrait de Minuscule tome 10

J’ai été émue aux larmes par une scène du tome 7, où Hakumei et Mikochi invitent la coiffeuse à une soirée pyjama. Elles passent un excellent moment ensemble puis s’endorment côte à côte. Allongée au milieu, la coiffeuse songe : « c’est ça, le bonheur. »

Je n’avais pas remarqué à quel point j’avais besoin d’entendre ça. Dans beaucoup de livres que je lis – et ce, alors que je cherche délibérément des livres sortant des normes – le bonheur, c’est d’être en couple, le bonheur, c’est de réussir un projet. C’est ça le but de l’histoire : sauver le monde, organiser une manifestation, sortir avec une personne mignonne.

Mais Minuscule nous montre des scènes de quotidien, et comment les personnages s’y épanouissent. Le bonheur de cette coiffeuse, ce n’est pas se mettre en couple, ou réussir dans sa profession : c’est cette soirée pyjama avec deux amies. C’est quelque chose que moi-même je vis, et je confirme : c’est le bonheur. Je n’avais jamais partagé ça avec un personnage. Mes parents ne m’ont jamais dit « j’espère que quand tu seras grande, tu feras des soirées pyjama avec des ami·es, parce que crois-moi, c’est le bonheur ». On m’a souhaité d’avoir un travail, d’avoir un copain.

Ça m’a fait tellement de bien qu’un livre reconnaisse ce bonheur-là.

Je ne fais d’ordinaire pas de retour sur les séries en cours, parce que j’aime avoir du recul et connaître la fin ! Mais dans le cas de Minuscule – qui compte actuellement dix tomes – je ne pense pas que mon opinion change. J’espère que ce manga continuera longtemps encore, pour que je puisse apprécier, tome après tome, les journées de Hakumei et Mikochi.

Avertissements : consommation régulière d’alcool et d’ivresse, deuil

 

Une réflexion sur « Minuscule de Takuto Kashiki »

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