Sauvagines de Gabrielle Filteau-Chiba

personne en large chemise jaune lisant Sauvagines de Gabrielle Filteau-Chiba dans le coin d'un bâtiment en planches de bois

Le roman canadien Sauvagines de Gabrielle Filteau-Chiba m’a été conseillé lors d’un club de lecture, présenté comme une sorte de thriller doux portant sur la course-poursuite entre un braconnier et une garde-chasse. Je lis peu de thrillers car je n’aime pas quand les personnages meurent, mais parfois j’en teste pour changer.

En récupérant le livre, j’ai constaté que l’autrice avait écrit d’autres romans avec un air similaire : des femmes isolées dans la forêt boréale, qui cherchent à protéger la nature.

Non seulement le concept est proche, mais en fait, les histoires sont connectées : Raphaëlle, la narratrice de Sauvagines, lit le journal intime d’Anouk, l’héroïne de Encabanée, et finit par la rencontrer. Cependant, on peut tout à fait lire Sauvagines sans avoir lu Encabanée, ce que j’ai fait.

Raphaëlle est très attachante, j’ai tout de suite été plongée dans son point de vue. De manière générale, j’adore les livres de survie en pleine nature – j’ai longtemps été fascinée par Deux ans de Vacances. Cet aspect était finalement assez sommaire : Raphaëlle décrit son habitation et son quotidien, mais pas sa manière de s’approvisionner. Alors que d’habitude j’adore l’action et je râle contre les romans contemplatifs – je lisais en parallèle Le Chant des Cavalières dont les descriptions étaient si longues que j’ai sauté beaucoup de pages – là, j’aurai aimé avoir plus de moment « ambiance ».

Assez vite, Coyote, la chienne de Raphaëlle, est piégée dans un collet de braconnier et manque de mourir. Raphaëlle découvre alors un véritable charnier, et brûlante de rage, elle saccage les pièges.

Seulement, cette action signifie qu’elle ne peut plus se tourner vers des canaux officiels : il est illégal de détruire les pièges d’un chasseur, même si celui-ci n’avait pas le droit de les poser. Raphaëlle se trouve alors seule face au braconnier qui la prend pour cible, cambriolant son refuge, dérobant ses vêtements, plaçant des caméras pour l’espionner sous la douche, lui envoyant des messages de menaces. Le stress monte vite, et franchement, j’avais juste envie que Raphaëlle l’assassine et qu’on repasse aux balades en forêt.

Sauvagines s’attarde beaucoup sur les aberrations et injustices et lois sur la protection de la faune et de la flore. Le chasseur est roi, et les gardes-chasse comme Raphaëlle sont en sous-effectif et n’ont que peu de moyens. Les retards administratifs font qu’au lieu de déplacer des castors dont le barrage inonde un village, elle est obligée de les faire tuer.

Raphaëlle s’est engagée dans ce métier pour protéger la nature, et se retrouve à n’être qu’un pion, sans pouvoir réellement contrer le braconnage. Le braconnier qui s’acharne contre elle et la terrifie n’est qu’une goutte d’eau dans un vase bien rempli. On ressent vraiment sa colère et son impuissance, et un de mes amis, qui a exercé le même métier qu’elle, m’a expliqué que c’était très dur à lire car il se reconnaissait totalement dans le personnage et avait démissionné pour les mêmes raisons. N’ayant pas cette expérience, j’avais surtout l’espoir que les arguments logiques combinés à cette écriture qui prend aux tripes permettraient de toucher un public moins informé.

A la fin, l’autrice dédie le livre au braconnier qui a pris sa chienne dans un piège, inspirant ce livre, que je vois comme une manière de se réconforter et de se venger, ce qu’elle n’a probablement pas pu faire. Les sentiments étant vraiment bien écrits et très communicatifs, je ne suis pas étonnée que ce soit basé sur sa vie.

L’autrice avait un style bien à elle. Par exemple, parfois, la narratrice écrit en « tu », et ça ne s’adresse pas toujours à la même personne… en théorie, ça devrait sembler chaotique, mais c’est parfaitement intégré à la narration. De plus, c’était vraiment agréable de lire un livre canadien, avec d’autres expressions et mots ! Déjà, ça me change, mais surtout, ces expressions créent des images que je trouve toujours très intéressantes.

Sauvagines est très descriptif lorsqu’il s’agit de violences commises envers les animaux, et c’était vraiment révoltant, et parfois un peu trop gore pour moi. Par contre, j’ai beaucoup aimé qu’on voie à peine le braconnier : ce n’est pas lui l’ennemi, mais plutôt un système entier dont il est le représentant.

Heureusement, Raphaëlle peut compter sur quelques alliés, Anouk et Lionel. Je les ai beaucoup aimés, et ça m’a donné envie de découvrir le récit d’Anouk ! La romance entre Raphaëlle et elle m’a cependant parue un peu rapide, elles ont à peine le temps d’apprendre à se connaître et la relation repose beaucoup sur la connexion immédiate entre deux âmes solitaires. Je n’étais d’ailleurs pas très satisfaite, à la fin, que Raphaëlle et Anouk remettent en question ce besoin de solitude qui paraissait essentiel à la vie d’Anouk.

Sauvagines est un roman prenant qui change de mes lectures habituelles. Il trouve un très bon équilibre entre la contemplation de la nature et le stress montant du scénario, et nous offre des personnages très agréables à suivre. Je ne pense pas lire Encabanée tout de suite, mais j’ai tout à fait l’intention de me le procurer et de m’y mettre quand j’aurai envie d’un peu de changement. Mes excursions hors de ma zone de confort sont rarement couronnées de succès, et Sauvagines en était d’autant plus satisfaisant.

Radar à diversité : pp lesbienne, couple f/f

Avertissements : meurtre, cruauté envers les animaux, stalking, violence générale

 

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