Bilan du Printemps de l’Imaginaire Francophone

Je vous en ai déjà parlé dans mon article sur les auteurices de l’imaginaire francophone : je lis surtout de la SFFF anglaise… paradoxal, non ? Alors que je compte moi-même écrire des romans de Fantasy ! Alors le printemps de l’imaginaire francophone était l’occasion idéale de soutenir ces auteurices et de promouvoir l’imaginaire français ! Il y a de tout : du fantastique jeunesse (Le Projet Alpha), du thriller futuriste (Memorex), de la gaslamp fantasy (Cuits à Point), du paranormal (Raiden), de l’urban fantasy (Enfants de Mars et de Vénus), des romans futuristes engagés (L’Ecole des Soignantes), des space opéra (Les Nuages de Magellan)…

personne lisant Sirius de Stéphane Servant en plaid dans la forêt
Sirius de Stéphane Servant

Je souhaitais lire Sirius de Stéphane Servant depuis des années : il a été conseillé par Sita tout Court, la seule chaine de conseils littéraires que je suivais à l’époque. C’est marrant, parce que son résumé et les années qui ont passé, le déformant, m’ont donné une vision totalement fausse de l’histoire – ce que Sita citait comme une anecdote est devenu pour moi le scénario central.

Je l’ai commencé après avoir appris que mon école fermait à cause du Coronavirus, et après avoir terminé La Chute de la Maison aux Flèches d’Argent, un roman SF bien plombant. Est-ce que j’avais envie de lire une histoire post-apocalyptique ? Pas du tout. Ma motivation était donc au plus bas en commençant Sirius.

Avril est une jeune fille qui, après qu’un virus ait rendu stériles plantes et animaux – dont les humains – et que la guerre ait ravagé la civilisation, survit dans une cabane avec son petit frère Kid en attendant que le chien Sirius vienne les guider jusqu’à leurs parents. Les personnages étaient attachants, malgré le passé mystérieux d’Avril qui me frustrait, et l’attitude d’incompréhension de Kid : pourquoi est-ce qu’il faut s’habiller ? A quoi ça sert de savoir lire ? Les animaux ne savent pas lire ! Ses arguments sont logiques. Mais de mon point de vue, c’était difficile d’y adhérer…

couverture de Sirius de Stéphane Servant

Puis le chef des Etoiles Noires, Darius, retrouve Avril qu’il pourchasse en raison de son mystérieux passé, et les deux adelphes doivent fuir. Iels tombent alors sur un petit cochon que Kid confond avec le chien Sirius. C’est le début d’un long voyage pour et atteindre la montagne et échapper à Darius…

Alors que l’univers pourrait être déprimant, et qu’il est cruel, c’est surtout beaucoup de poésie qui s’en dégage, à travers Kid et les animaux qui l’aiment. J’étais émue et emportée, j’avais presque envie de vivre dans cet univers !

Au-delà du scénario prenant quoique classique, différents thèmes sont explorés en toile de fond. J’ai remarqué dès le début qu’Avril utilisait souvent l’argument « c’est ce qui distingue les humains des animaux », « tu ressembles à un animal » envers Kid, car elle considère que les animaux sont inférieurs. Et au fur et à mesure que l’histoire avance, elle se rend compte que ce sont les humain·es qui sont cruel·les…

J’ai aussi adoré le traitement de l’amour romantique dans cette histoire. Darius et Avril s’aiment depuis longtemps, et sont comparé·es à Romeo et Juliette tout au long de l’intrigue. Darius est prêt à tout pour Avril, à tous les sacrifices, et c’est quelque chose, qui, d’ordinaire, est valorisé, est présenté comme le vrai amour. Ici, c’est terrorisant. « Tu es la seule personne qui compte pour moi », « Nous contre le reste du monde », cette forme d’amour isole et détruit. Parce qu’Avril tient aussi à sa famille et son frère, et qu’il ne l’accepte pas.

Je pourrais lister les qualités de ce livre pendant des pages et des pages. Pourtant, même si je l’ai lu en une soirée – je me suis même couchée à 1 heure du matin pour le terminer – je ne le considère pas comme un coup de cœur. Il s’en approche, j’ai passé un excellent moment dans son atmosphère douce et poétique, avec pourtant beaucoup de violence et de péripéties.

personne en t-shirt nocturne lisant Raiden d’Enzo Daumier devant des fleurs grimpantes violettes
Raiden – Dormeveille College tome 1 d’Enzo Daumier

J’ai découvert Enzo Daumier sur Twitter, je l’ai trouvé sympathique et je me suis intéressée à ses livres. Il écrit des romans m/m, alors j’ai demandé à un ami qui en lisait beaucoup s’il connaissait… mon but était d’avoir un avis, ou, dans le cas où il ne l’aurait pas lu, de proposer une lecture commune. Sauf que mon ami a démarré au quart de tour et a lu Raiden d’une traite avant que j’aie pu dire quoi que ce soit. Il m’a écrit ses réactions au fur et à mesure, et j’avais hâte de découvrir l’histoire à mon tour.

Louis étudie à Dormeveille College, branche d’Oxford spécialisée dans le paranormal… mais dès le début de l’histoire, il est renvoyé par le principal qui le déteste. Alors qu’il cherche un moyen de rester dans le coin – son petit ami Leigh étudie à Oxford – il est accueilli chez Florie et le mystérieux Raiden.

Ça se lisait bien ! Il y avait quelques passages où les réactions du personnage me laissaient perplexe – lorsque Louis surprend une conversation avec des termes occultes et qu’il n’a aucune réaction, ou lorsqu’il dit qu’il n’est pas attiré par les asiatiques… je n’ai toujours pas compris pourquoi il dit ça – mais dans l’ensemble, on est avec lui, on se laisse porter par l’histoire.

Louis est attiré par Raiden, et, d’habitude, les triangles amoureux m’agacent. Cependant, il est vite clair que Leigh est toxique et que Louis s’accroche par dépendance affective. De plus, je ne prenais pas du tout l’attirance entre Raiden et Louis au sérieux – je « savais » qu’ils finiraient ensemble, et en même temps, je ne voyais aucun intérêt à cette relation, la seule personnalité de Raiden étant d’être froid, arrogant, attiré par Louis et exotique…

Mais le tome 1 était court : je n’arrivais pas à me faire d’opinion sur si peu de pages, et je suis passée au tome 2.

personne en tenue chic lisant Leigh d'Enzo Daumier au bas d'un toboggan
Leigh – Dormeveille College tome 2 d’Enzo Daumier

Au début, j’ai été troublée par les chapitres du point de vue de Leigh. Surtout que j’ai mis du temps à m’en rendre compte, vu que je confondais les prénoms Leigh et Louis !

Ce choix aurait pu m’agacer : dans le tome 1, je trouvais Leigh toxique et j’étais heureuse qu’il disparaisse de l’histoire. Mais le personnage a évolué, il reconnait ses défauts sans les nier, et on découvre aussi ses qualités. C’était très intéressant, et je me suis attachée à lui plus qu’à Louis, qui est un personnage principal somme toute banal. J’aime également beaucoup Roberta, et elle passait plus de temps avec Leigh…

Le personnage de Raiden est lui aussi approfondi : on lui découvre des vulnérabilités, il fait des erreurs… je ne me suis toujours pas attachée à lui, mais j’ai commencé à envisager qu’il puisse finir avec Louis sans que je ne lève les yeux au ciel – même si j’aurais trouvé ça irréaliste, je me serais dit « pourquoi pas ».

Le triangle amoureux n’est cependant pas le cœur du scénario : concrètement, il n’y a même pas d’enjeu amoureux car Leigh est avec James, Louis avec Raiden, et ni Louis ni Leigh n’envisagent de se mettre ensemble, ils essaient juste de se débrouiller avec la colère et l’attirance qui reste entre eux. J’ai d’ailleurs trouvé ces descriptions très réussies : c’est difficile de fréquenter quelqu’un avec qui on sortait, il y a des gestes-réflexes qu’il est dur de réprimer.

L’enjeu central du tome 2 est de libérer Raiden de la malédiction qui l’empêche d’approcher tout ce qui a trait au monde des Rêveurs. Entre les Infanati, Dormeveille, Raiden et les envoyés de l’Empereur, différents camps se dessinent. On en apprend plus sur ce monde et au fur et à mesure que les informations arrivent, on devine ce qui se dessine, l’enjeu final…

Et pourtant, j’étais loin de me douter du dénouement qui m’attendait. Alors que tous les indices étaient là ! Et cette conclusion n’était pas seulement surprenante : elle m’a aussi beaucoup émue… à part la dernière page qui ne m’a pas convaincue.

Si j’étais mitigée à la fin du tome 1, celle du tome 2 m’a remplie d’enthousiasme ! C’est original, bien amené, réaliste et émouvant. Je regrette que ça ne soit pas un livre unique, même si je crois qu’il existe une intégrale.

couverture enceinte 9 d’Ophélie Bruneau
L’enceinte 9 d’Ophélie Bruneau

Je n’ai pas grand-chose à dire sur ce roman, ni en bien, ni en mal. Ça ne m’était jamais arrivé ! Je n’ai rien à lui reprocher… et rien de bien à en dire non plus. Je l’ai lu rapidement sans m’ennuyer, mais aucun élément n’a retenu mon attention. Il est un peu à l’image de la semaine de confinement durant laquelle je l’ai lu : aucune de mes activités n’était déplaisante, mais aucune ne m’enthousiasmait non plus, et quand je devais parler de mes journées à mon entourage, je ne trouvais rien à dire…

Si un avis plus détaillé vous intéresse, en voici un que j’ai trouvé intéressant.

personne en pyjama étoilé lisant Le Projet Alpha d’Yvan Lallemand dans une chaise à bascule
Le Projet Alpha d’Yvan Lallemand

Voilà une relecture que j’attendais avec impatience… et appréhension. J’avais beaucoup aimé ce roman lorsque je l’avais lu en 5e, mais j’ai changé depuis, et l’année dernière, j’avais lu un roman du même auteur dont les descriptions m’avaient mise mal à l’aise : elles sexualisaient une fille de douze ans… et dans Le Projet Alpha, je savais qu’il y avait une excuse scénaristique pour faire de même.

J’avais relu ce roman à plusieurs reprises déjà et je me souvenais bien du scénario : cinq filles aux pouvoirs étranges sont recrutées aux quatre coins de la planète par une organisation qui lutte contre les créatures issues des rêves, les Aberrations. Nakiméra peut charmer avec son sourire et tuer avec son rire, Liliana dessine l’avenir, Yunhua absorbe les capacités des personnes à proximité, Leila parle aux machines et Charo n’entend pas les mensonges.

L’accent est en effet mis sur leur apparence, tout comme sur celle de leur dirigeante Astrid Sappa, décrite comme très laide. C’est lourd, mais c’est surtout au travers du regard des hommes autour, donc je pouvais en faire abstraction.

Au bout de quelques chapitres, je suis tombée sur un post-it avec une analyse féministe de l’œuvre. Les joies des achats d’occasion ! Il n’y avait que quelques mots dessus, hélas… j’aurais aimé qu’il y ait plus de post-it, notamment pour me dire si la surdité et l’ethnie des personnages et bien traitée. Il y a certes deux personnages sourds – Liliana et Sébastien, l’amoureux de Charo − mais les descriptions qui en sont faites sont parfois étranges…

couverture de Le Projet Alpha d’Yvan Lallemand

Le groupe vit plusieurs aventures qui leur permet de souder leur lien, et tout converge vers la menace de l’an 2000 : l’inconscient collectif est rempli de crainte, et les cauchemars sont plus virulents que la normale. Le premier retournement de situation me parait à présent évident − surtout que je m’en souvenais − mais la fin est très bien ficelée.

Il y a six personnages principaux, et donc peu d’espace pour beaucoup les creuser. On cerne toutefois bien la personnalité de chacune, et Astrid est vraiment complexe. J’ai adoré voir leurs relations évoluer : amitié, méfiance, jalousie, entraide, attachement, on a une bonne dynamique de groupe avec des liens différents entre chaque personnage. Et puis, il y a leur lien avec Astrid : despote honnie au début, elle gagne l’affection des cinq filles – et inversement – et leurs échanges à la fin m’ont beaucoup émue…

J’ai une nouvelle fois beaucoup aimé ce roman qui nous offre de l’aventure, du suspens, et un jeu de piste intéressant, mais surtout beaucoup d’émotion.

Ce challenge m’a permis de remarquer à quel point je lisais peu de fantasy et de science-fiction française. Ce qui est dommage, car il y a des romans géniaux ! Et j’en ai découvert beaucoup grâce aux échanges sur le groupe facebook : Cuits à Point et Isulka la Mageresse, chroniqués par Symphonie, que j’ai eu le temps de lire, et d’autres que j’ai ajouté à ma pile d’envies !

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3 réflexions sur « Bilan du Printemps de l’Imaginaire Francophone »

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