Le Chœur des Femmes

de Martin Winckler

TW : mention de violences gynécologiques

femme en manteau multicolore lisant Le chœur des Femmes devant un mur rose

On m’avait beaucoup conseillé ce roman, mais je n’avais pas particulièrement envie de le lire : quand on me disait que ça dénonçait les pratiques médicales françaises, j’imaginais un texte froid, avec des phrases compliquées, le genre de bouquins qu’on qualifie d’intéressant mais qu’on n’éprouve aucun plaisir à lire.

Une personne de plus m’a encouragée et j’ai franchi le pas : je l’ai mis sur ma liseuse et je l’ai commencé.

J’ai découvert le docteur Atwood, interne qui ne s’intéresse qu’à la chirurgie, mais se retrouve dans un service proche des patientes et apprend à les respecter. Heureusement, je connaissais le concept, parce que le roman est tout sauf froid ! Le premier chapitre est révoltant, Jean Atwood a des pensées odieuses, et si je n’avais pas su que ça allait changer, j’aurais arrêté ma lecture.

Le style m’a aidée à continuer, il est rempli d’émotions, toute la complexité du personnage de Jean Atwood est mise en valeur, les phrases s’enchainent, s’enfilent, fluides comme des pensées, et avant que je ne m’en rende compte, j’avais dépassé la page 100. D’habitude, je restreins l’utilisation de ma liseuse aux transports, mais là, j’avais trop envie de lire la suite, et j’ai continué à l’intercours, puis chez moi…

Il y a quelques longueurs, notamment le chapitre où on lit les questions du site web d’aide gynécologique : je me suis lassée au bout de la dixième et il y en a bien plus. La romance était sans intérêt, mais occupe peu d’espace, tout comme la relation entre Jean et son père que j’ai trouvée maladroite. L’incident avec la patiente X m’a paru superflu. Mais le reste était tellement bien… j’ai terminé ce pavé en deux jours.

L’histoire et les personnages sont prenants, et, au passage, on en apprend beaucoup. Alors bien sûr, j’étais déjà informée des violences gynécologiques en France, mes ami·es m’avaient résumé leurs rendez-vous, j’étais allée à une conférence, et je savais qu’un·e gyneco correcte envers une femme hétéro et blanche peut être raciste ou homophobe, ce qui rend les visites plus violentes encore pour de nombreuses personnes.

Mais il y a une différence entre savoir et vivre, et Le Chœur des Femmes nous fait ressentir toute cette violence, toute cette oppression exercée par le corps médical – notamment sur les personnes intersexes. C’est une chose de savoir que les gynécos ne nous informent pas et manipulent notre corps sans prévenir, c’en est une autre de ressentir la peur et la douleur d’un personnage.

Le roman n’est pas pour autant un condensé d’horreur propre à alimenter les cauchemars, puisque l’empathie prévaut : Jean travaille dans un cabinet qui condamne les pratiques répandues et propose des consultations respectueuses. Les pensées des différents personnages s’entremêlent pour former un groupe solidaire et uni.

Loin de l’exposé clinique que je redoutais, ou d’un portrait horrifiant, c’est un roman chaleureux rempli d’émotions, dénonçant la barbarie des pratiques gynécologiques ayant encore cours aujourd’hui en France.

TW : violences médicales, mutilation et mort d’une personne intersexe, mention de viol, IVG

 

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