Nous qui n’Existons Pas

de Mélanie Fazi

personne au corps transparent lisant Nous qui n'existons pas dans l'herbe

Rien que le titre me parlait déjà. Parce que c’est souvent mon sentiment… Alors je n’ai pas trop hésité avant de me lancer, surtout qu’il est disponible gratuitement et légalement ici.

Je lis peu de non-fiction. Les biographies me laissent un sentiment un peu vide, mêmes lorsqu’elles sont intéressantes. Ce que je veux, c’est être passionnée, prise par l’histoire ! Ce qui m’arrive rarement à la lecture d’une biographie…

Mais les mots de Mélanie Fazi me touchaient. Elle n’emploie pas de formulations pompeuses pour se rendre intéressante : elle nous parle directement. Elle explique sa vie, son ressenti. Et, même si nous sommes deux personnes différentes et que notre expérience diverge sur de nombreux points, je me suis reconnue dans son texte.
C’est une œuvre courte, une centaine de pages à peine, où Mélanie Fazi explique son décalage avec la société, et comment l’absence de représentation l’a faite se sentir anormale pendant plus de trente ans. Trente ans ! Moi qui trouvais que 22 ans, c’était long…

C’est incroyablement fort de lire un texte qui vous dit « je suis comme toi », lorsque ça n’est quasiment jamais arrivé avant. Certes, j’ai rencontré d’autres personnes aromantiques, mais ce sont des personnes jeunes, en construction, comme moi. Cette femme de quarante ans, autrice publiée, qui parle des difficultés qu’elle a rencontrées – les mêmes que les miennes – du sentiment d’illégitimité – bien familier – c’est encore différent des discussions que j’ai eues.

J’ai envie de citer de nombreux passages. Mélanie Fazi est concise elle ne s’étale pas, et chaque paragraphe est un mini-essai en soi.

Cet ouvrage m’a permis de mieux interpréter certaines émotions. Mélanie Fazi parle avec plus de perspective, et j’ai compris pourquoi ça m’avait dérangée qu’on me demande de ne pas me réduire à mon étiquette. En détaillant son expérience, elle a légitimé mon besoin de me définir comme aroace, elle a légitimé ma proximité avec la communauté LGBTI – je me rappelle ma mère qui me disait « tu peux aussi avoir des ami·es hétéros », et moi, j’étais d’accord, mais je ne voyais pas comment lui expliquer que c’était différent. Que les conversations sur les sujets qui me touchent seraient des explications et non des échanges.

J’ai aussi apprécié la postface, qui parle de l’implication politique de l’aromantisme. Ça me correspond bien, car je ne suis pas du genre à me dire « Je suis aro, cool, ne changeons rien ». Non ! La société doit changer, je veux tuer ce mal-être à la source, je ne veux pas que d’autres, comme Mélanie Fazi ou moi, passent des années à se croire anormal·aux. Et la postface dénonce très précisément le problème.

C’est donc un livre qui m’a fait beaucoup de bien, et que je conseille vivement à tout le monde, que le sujet vous parle ou non. Il est court, l’écriture est belle, et c’est l’occasion de découvrir une perspective qui change de ce qu’on voit le plus souvent dans la littérature.

 

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