Diversité En Litté

2019 – Partie 1

C’est avec plaisir que j’ai découvert ce challenge organisé par Planète Diversité, qui consiste à lire des ouvrages dont les personnages principaux correspondent aux cases de la grille bingo suivante :

grille bingo avec les cases : Lecture Graphique, personnage principal avec un handicap, romance M/M, intersectionnalité, personnage principal trans, asexualité/aromantisme, lecture commune, personnage principal gros, livre avec un personnage racisé sur la couverture, romance F/F, roman #ownvoice, roman SFFF, livre publié il y a plus de deux ans, Au Choix, personnage principal racisé, livre avec moins de 10k notes sur Goodreads

En me lançant dans le challenge, je l’ai pris à la légère, considérant que je lisais déjà des romans avec des personnes LGBTI+, handi, grosses, racisées… J’ai décidé de ne pas changer mes habitudes de lecture – à part pour la lecture commune – et de voir ce que ça donnerait.

Du début à la fin de ce challenge – c’est-à-dire du 1er octobre au 31 décembre – j’ai lu 90 romans 1, et je me suis amusée à faire une petite statistique dessus. J’ai eu des surprises…

personne lisant Qualia
Qualia under the Snow de Kii Kanna

J’ai commencé le challenge avec Qualia Under the Snow. Je l’ai entamé alors que j’imprimais mon CV, puis quand je photocopiais ma carte d’étudiante. Je n’étais donc pas tout à fait dans l’histoire, et en même temps, être interrompue me donnait envie de lire la suite.

On suit le quotidien d’Aki et de son voisin Umi – oui, il n’y a que peu d’histoire et ce n’est pas trop mon genre de lecture, mais c’est un manga en un seul tome. J’ai eu un peu de mal avec la froideur d’Aki, et n’ai commencé à l’apprécier que lorsqu’il s’attache à Umi. Pareil, son attitude par rapport aux coups d’un soir d’Umi m’a agacée au début. Certes, je savais qu’il était ace, et que lui-même l’ignorait, et c’est cohérent qu’il rejette les personnes ayant de multiples relations sexuelles.

Au Japon, on ne distingue pas attirance romantique et sexuelle, et je trouve ça très intéressant de voir cette manière d’aborder l’asexualité. Bien qu’étant moi-même aroace, je ne m’y reconnais cependant pas beaucoup…

J’étais assez mitigée en première lecture. Il y a des flashbacks et j’avais du mal à suivre les transitions entre passé et présent, et même les ellipses. De plus, la relation des personnages est très ambiguë, et elle ne sera jamais explicitée. Alors que j’aime ce qui est net, clair et précis !

Mais je lis vite, et c’est après avoir refermé le manga que j’ai laissé mes pensées vagabonder, que je me suis imprégnée de l’atmosphère très douce de cette œuvre. J’ai repensé à certains passages qui m’ont vraiment plu. Et en fait, je suis très contente du flou qui entoure leur relation. Parce que certaines de mes relations sont comme ça aussi, c’est juste la vie. Difficile de savoir ce qu’est la romance, quand on n’est pas dans la tête des autres. Et la seule autre option claire que la société nous offre est l’amitié. Alors tout ce qui n’est ni l’un ni l’autre est forcément trouble, et ce trouble est très bien retransmis par le manga.

Cases cochées : Aro/ace, couple m/m, lecture graphique

TW : tentative de viol, victim-blaming

Autres romans aro/ace lus – 4/90 seulement ! :

  • Comment se Comporter comme une Personne Normale de T.J. Klune (chronique ici)
  • Nous qui n’Existons pas de Mélanie Fazi (chronique à venir car j’ai adoré)
  • Boo de Neil Smith, dont la représentation tombe dans le stéréotype « Sherlock » du personnage qui ne comprend pas les relations humaines

Autres romans m/m lus :

  • Le Chant d’Achille de Madeline Miller (Chronique à venir, un des plus beaux romans lus cette année)
  • Comment se Comporter comme une Personne Normale de T.J. Klune (ma chronique ici)
  • Swift et le chien Noir de Ginn Hale (Chronique à venir !)
  • Will et Will de John Green et David Levithan (ma chronique ici)
  • Rock d’Anyta Sunday
  • Dear de Jae Akahone
  • Nimona de Noëlle Stevenson (ma chronique ici)
  • Et ils meurent tous les deux à la Fin d’Adam Silvera (ma chronique ici)
  • Arrête avec tes mensonges de Philippe Besson
  • Breizh of the Dead de Julien Morgan
  • Cinder de Marie Sexton (ma chronique ici)
  • femme en débardeur rouge lisant A l'abordage devant des rochers
    A l’abordage ! de Kadyan

    J’ai rapporté Qualia Under the Snow à la bibli, et j’ai parcouru les rayonnages… Ça fait sept ans que je travaille le manuscrit d’une histoire de pirates, on pourrait croire que j’ai lu beaucoup de romans sur le sujet ! Mais pas du tout, alors en voyant celui-ci dans les étagères de ma bibliothèque LGBTI+, je n’ai pas hésité avant de l’emprunter, et me suis élancée à l’abordage de ses pages.

    J’ai tout de suite adoré le capitaine Théo, personnage principal du roman. Son meilleur ami, Maluk, est génial aussi, sa présence avait le don de m’apaiser et me faire sourire. L’histoire commence vite : Théo découvre des papiers confidentiels et décide de les vendre aux Français, même si les Anglais feront tout pour les récupérer… et tuer celleux qui les ont interceptés.

    Dans les premiers chapitres, on nous présente un personnage qui a attiré mon attention : l’otage Elisabeth, dame de compagnie courageuse et observatrice. Sa présence trouble beaucoup Théo, et j’ai été perplexe lorsqu’elle a été débarquée. Ne reverrait-on plus le personnage, alors qu’un début de romance se dessinait ?

    Je sais, c’est mal : j’ai lu la fin. Du coup, non, on ne reverra jamais Elisabeth, et je me suis spoilé l’identité de l’intérêt amoureux de Théo. J’étais d’autant plus impatiente d’assister à leur rencontre !

    Et au début, elle était parfaite : les deux personnages discutent, on voit que leurs personnalités s’assemblent bien. Et puis pouf ! C’est la passion dévorante, irrépressible, et les personnages échangent plus de sourires que de paroles durant le reste du roman.

    A part ça, l’histoire est géniale, remplie d’action, d’aventure, exactement ce qu’on attend d’un roman de pirates. Abordages, courses-poursuites, trahisons… Le suspense est toujours présent.

    J’ai dit que j’aimais ce qui était clair, net et précis. Eh bien, le genre de Théo est pour le moins trouble, et je suis mal placée pour le décortiquer. La transphobie intériorisée se mêle à la lesbophobie, Théo enchaine une affirmation et son contraire. Lorsque ses matelots couchent ensemble, aucun problème, lorsqu’une de ses amies lui dit avoir couché avec une femme, pas de soucis… sauf quand elle-même est concernée. Théo pense qu’aimer une femme la rend homme, l’instant d’après, elle se sent homme, se veut homme… La lesbophobie intériorisée est très bien faite, j’espère qu’il en est de même pour le reste. Le seul point que j’ai trouvé dérangeant est que les personnages sont souvent ramenés à leurs parties génitales.

    Cases cochées : Théo pirate les cases ! Alors je le compte pour la case « Au choix », pratique, hein ?

    TW : mentions de viol, description de mammectomie artisanale, transphobie et lesbophobie intériorisées

    Autres romans avec des personnes trans : En tout, j’en ai lu neuf ! Mais il y a ceux où c’est pas très clair (A l’abordage ! ), ceux où c’est très court (Le Fleuve, Culottées, Love is Love, Révolution avec une Vampire, 3 œuvres de Sophie Labelle), et finalement, les chiffres sont peu représentatifs de la quantité réelle de personnages trans que j’ai croisés.

    femme en gilet bleu lisant sauveur et fils devant un fleuve
    Sauveur & Fils tome 5 de Marie-Aude Murail

    J’étais en plein suspense de la lecture participe queer d’Halloween de Meredith Katz, mais quand ma bibliothécaire m’a annoncé qu’elle avait Sauveur & Fils tome 5… je devais le lire, maintenant, tout de suite ! Comment dire ? Cette série est la première que j’ai lue à aborder des thèmes LGBTI+ de front. Alors que je ne m’intéressais qu’à la fantasy, j’ai tout de suite accroché aux personnages, le psychologue Sauveur et son fils Lazare, mais surtout toustes les patient·es qui gravitent autour d’eux. L’ambiance est douce, on passe d’un personnage à l’autre, suivant leurs vies semaine par semaine.

    Du coup, deux ans plus tard, c’est dur d’être objective sur ce tome 5… j’étais tellement heureuse de retrouver l’ambiance douce et les personnages que j’aimais. Mon préféré, Eliott l’écrivain en herbe, a transitionné, ce qui m’a fait très plaisir. Mais justement : pourquoi la narration l’appelle-t-elle Ella-Elliott ? A la limite, il s’agit du point de vue biaisé de Sauveur…

    Au fil de ma lecture, je notais plein de petits détails contrariants. Samuel est entrainé dans un groupe masculiniste, et la problématique est réglée en deux lignes : le père intervient et le sépare de l’influence néfaste. Ça m’a paru artificiel, et caricatural dans l’ensemble…

    Mais le vrai problème, c’est l’histoire de Louise. Elle écrit une œuvre à destination des jeunes ados, pour leur donner les outils dont elle a manqué : informations sur les poils, les règles, les amourettes avec les garçons… Sur les réseaux sociaux, les critiques se déchainent : c’est une œuvre stéréotypée, et surtout, qui présente uniquement la perspective des filles blanches cishétéros.

    C’était intéressant de montrer le point de vue de Louise, qui n’avait pas voulu mal faire, et s’était simplement inspirée de sa vie et de ses deux meilleures amies, espérant aider d’autres jeunes filles.

    En revanche, les critiques n’ont pas bénéficié d’un portrait aussi nuancé. Celles qui critiquent le sexisme de l’œuvre de Louise la traitent de « salope », montrant bien là qu’elles sont elles-mêmes sexistes. L’éditrice fait remarquer que si Louise avait mis des personnages racisés, on lui aurait reproché de prendre une voix qui n’est pas la sienne, et la conclusion, c’est qu’elle ne doit rien changer, et écrire un tome 2.

    Les critiques adressées à Louise sont fondées. La représentation n’est pas une exigence, une lesbienne peut s’identifier à une hétéro, mais on a besoin de personnages qui nous ressemblent, parce qu’à force de se voir nulle part, on finit par se dire qu’on est anormal·e. Si Louise avait écrit un témoignage, il n’y aurait rien eu à reprocher, mais elle adresse son œuvre « à toutes les filles », alors comment doivent se sentir celles qui n’y sont pas représentées ? Inexistantes ?

    Comme Marie-Aude Murail inclut des personnes noires, gay, trans, j’étais convaincue que Louise se remettrait en question dans le tome 6… Espoir brisé lorsque j’ai lu sa tribune : Murail semble convaincue de n’avoir aucun biais et de proposer une représentation parfaite, quoi que les personnes concernées lui disent. Symphonie l’explique mieux que moi dans cet article qui présente l’utilité des Sensivity Readers : une autrice hétéro a le droit de représenter une lesbienne, mais c’est normal de demander à ce qu’elle le fasse bien.

    Plus le temps passe, plus je suis déçue. Est-ce que toute la série était comme ça, et je ne l’ai pas vu ? Ou est-ce juste le tome 5 qui est à côté de la plaque ?

    Cases : personnage racisé, moins de 10k vues sur Goodreads

    Autres lectures avec des personnages racisés :

    • Notre-Dame du nil de Scholastique Mukasonga
    • Sweet Sixteen d’Annelise Heurtier
    • La Tête dans les Étoiles de Jen Wang (ma chronique ici)
    • Le carnet rouge d’Annelise Heurtier (ma chronique ici)
    • Talitha Running Horse d’Antje Babendererde (ma chronique ici)
    • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres (ma chronique ici)
    • Fleur du Désert de Waris Dirie (ma chronique ici)
    • La Fille qui n’Existait pas de Natalie C. Anderson (ma chronique ici)
    • Pas tout à fait des hommes de Lizzie Crowdagger : techniquement, il n’y a pas de personnages asiatiques ou noirs, c’est un roman avec des elfes, des nain-es, des démon-es… et c’est une métaphore du racisme en France, qui questionne notamment les pratiques de la police. Bref, je le compte dans cette catégorie.
    • Et ils meurent tous les deux à la fin d’Adam Silvera (ma chronique ici)
    • Citrus de Saburo Uta (ma chronique ici)
    • La Terre Fracturée de N.K. Jemisin
    • Sauvages de Nathalie Bernard
    • Le Secret de l’Amitié de Kawahara Kazune (ma chronique ici)
    • Les Belles de Dhonielle Clayton(ma chronique ici)
      • personne en chemise rose lisant La Belle Eprise devant une haie d'automne
        La Belle Éprise de Karin Kallmaker

        Alors que la salle allait bientôt fermer, j’ai pris ce roman à la va-vite en voyant qu’il contenait un couple lesbien. Mais la couverture et le résumé ne m’inspiraient pas plus que ça, et il a traîné dans ma chambre jusqu’à ce qu’arrive l’heure de le rendre. Je me suis donc empressée de le commencer.

        On était fin novembre, et alors que je m’étais promis d’attendre pour calculer mes stats – histoire de ne pas les influencer – et j’ai été choquée de constater que la catégorie la moins remplie était « perso principal gros », avec 3 livres sur 45. On nous parle si peu de grossophobie que je n’avais pas envisagé que cette catégorie finisse dernière… c’est justement ça, l’invisibilisation.

        J’étais donc très agréablement surprise de découvrir que Marissa, la narratrice, était grosse.

        Cependant, je n’ai pas accroché au style d’écriture. On sent que le roman essaie d’être drôle et léger, et certains passages ont réussi à me faire sourire – les lettres mentales écrites par Marissa – mais le reste est répétitif et plat. Et comme c’est une pure romance, sans le style pour la soutenir, c’est assez dur pour moi…

        J’hésitais à abandonner – ç’aurait été la 3e fois en deux semaines, et ça m’aurait déçue – et là, le roman a changé de point de vue. Jusqu’alors on avait eu celui de Marissa, informaticienne mal dans sa peau, qui survit à un naufrage en compagnie de la belle et drôle Linda.

        En deuxième partie, on alterne entre le point de vue de Linda et Marissa, et comme Linda a un secret, mon envie de lire la suite s’est réveillée. Linda est beaucoup plus intéressante que Marissa, mais tout aussi répétitive…

        J’ai jeté un coup d’œil à la fin pour me remotiver, et si une partie m’a donné envie d’arrêter le roman immédiatement – il semblait que Marissa ait maigri et que ça lui ait permis de trouver l’amour – une autre a réveillé ma curiosité : la relation entre Marissa et sa mère semblait changer drastiquement.

        J’ai donc repris ma lecture… le régime de Marissa occupe la quasi-totalité de ses narrations, mais comme celle de Linda est une critique de l’injonction sociale à la minceur et la beauté, j’avais de l’espoir.

        Espoir déçu. L’histoire de Linda accuse finalement la « folie » de sa mère, Marissa apprend à s’aimer… mais l’épilogue nous la montre quand même enfin mince. C’est parce qu’elle veut s’améliorer en sport, et c’est tout à fait légitime, mais il n’y a aucun contre-exemple – tous les personnages de ce livre sont soit minces sans effort, soit font attention à leur ligne – on a l’impression que le roman est un guide du parfait régime !

        Cases cochées : perso gros, couple f/f

        TW : mutilation non-consentie, grossophobie, psychophobie

        Autres lectures avec des personnages gros :

        • La tête dans les étoiles de Jen Wang (ma chronique ici)
        • Dysfonctionnelle d’Axl Cendres : seulement dans l’enfance de la narratrice (ma chronique ici)
        • Will et Will de John Green et David Levithan (ma chronique ici)
        • Nimona de Noëlle Stevenson (ma chronique ici)

         

        Ce challenge s’étale sur trois mois et c’est à la fois bien pour avoir le temps de beaucoup lire, mais aussi long, car au bout d’un moment, j’ai oublié de partagé mes lectures, de chercher des conseils auprès des autres participant·es… je me suis ressaisie au dernier moment, comme vous le verrez dans la deuxième partie du bilan !

        En avant-première, voici le graphique de la représentation. Je n’ai pas mis toutes les catégories pour qu’il reste lisible, et je vous donnerai plus de détails demain.

        f/f:25; racisé:22; handi:20; m/m:18; rien:18; trans/inter:9; gros:6; aro/ace:4
         


        1 En comptant BD, mangas, albums, romans, même ceux que je n’ai pas terminés, et sans compter les fanfictions

         

    3 réflexions sur « Diversité En Litté »

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