If it Makes You Happy de Claire Kann

personne en jupe rouge et veste noire lisant If it Makes You Happy assise à une table de picnic devant un lac

Je n’étais pas sûre que lire If it Makes You Happy de Claire Kann soit une bonne idée : j’ai une relation conflictuelle avec le premier roman de l’autrice, Let’s Talk about Love, qui m’a fait beaucoup de bien en étant une de mes premières lectures ace, et qui m’a aussi frustrée sur de multiples aspects, notamment l’immaturité de l’héroïne. Je n’aime pas me retrouver à râler sur un livre avec des personnages ace, et le scénario d’If it Makes You Happy m’invitait à penser qu’il y aura le même problème d’immaturité : c’est l’histoire d’une fille qui vient de terminer le lycée et qui, durant ses vacances, travaille dans le restaurant de sa grand-mère. C’est sa passion et elle souhaite s’inscrire à un concours de cuisine.

Le début m’a remplie de méfiance et d’espoir : j’aimais bien la narratrice, Winnie, qui est très dynamique, et qui ressemble tout à fait à une fille de 18 ans. De façon générale, le livre représente bien la différence entre connaissance intellectuelle et émotionnelle : Winnie sait qu’elle a de la valeur et peut être aimée, elle sait que celleux qui critiquent son poids ont tort, elle s’aime elle-même. Et en même temps, lorsqu’elle est tirée au sort pour être reine du village et que Dallas se propose comme prétendant, elle n’arrive pas à croire qu’il puisse s’intéresser à elle. J’ai connu cette situation où on sait quelque chose intellectuellement, mais notre cœur n’en est pas persuadé.

Il y a de multiples scénarios parallèles : celui du concours de cuisine et celui du festival de reine du village qui est le centre du roman, et ils s’accompagnent de l’exploration de la relation entre Winnie et sa grand-mère, et de sa relation avec Dallas et Kara, et avec son frère et sa cousine. A part pour Dallas que j’ai trouvé trop parfait, le livre est tout en nuances en ce qui concerne les personnages et leurs relations.

Ça parle notamment de relations queerplatoniques et de polyamour : Winnie et Kara sont un couple queerplatonique ouvert, et sur le papier, elles étaient toutes les deux d’accord avec ça. Mais lorsque Winnie commence à se rapprocher de Dallas, on se rend compte qu’en pratique, pour Kara, c’est très difficile : ça lui rappelle qu’en tant que personne aro, on considère toujours qu’elle n’est pas assez – et l’attitude des villageois·es va en ce sens. Ça ne fait pas d’elle une mauvaise personne : elle fait des erreurs, elle a des comportements toxiques et dénoncés comme tels, et elle travaille à faire fonctionner sa relation avec Dallas et Winnie.

De même, la cousine de Winnie, qui est décrite comme neuroatypique même si les mots ne sont pas posés, a tendance à exploiter la gentillesse de Winnie… mais ce n’est pas montré comme étant totalement de sa faute : c’est juste que Winnie minimise souvent et que sa cousine ne comprend pas les sous-entendus. Il faut qu’elles travaillent toutes les deux à mieux communiquer.

J’aime bien ces nuances, à condition bien sûr que les comportements abusifs soient dénoncés. D’ailleurs, la discussion autour des relations abusives est elle aussi très intéressante. Ce que j’ai trouvé cool, c’est que la personne abusive n’est pas vilifiée : à la fin, Winnie l’aime toujours, mais fait le choix de couper les ponts parce que cette personne lui fait du mal. J’entends souvent qu’il faut pardonner par amour, qu’il faut faire des efforts par amour, et c’était bien de lire une histoire qui dit que la question, ce n’est pas l’amour. Peu importe si on aime ou pas la personne : à un moment, il faut poser des limites.

couverture de If it Makes You Happy

Ce n’est cependant pas un livre auquel j’ai accroché. Le festival de la reine du village me paraissait tellement irréaliste – je viens d’un village avec un festival de reine du village – et il y a beaucoup trop de paragraphes sentimentaux sur « à quel point Dallas est mignon et parfait ». Je n’ai rien à reprocher à ce roman, à part qu’à aucun moment il ne m’a emportée. L’ambiance n’était juste pas pour moi !

Mais pour un livre qui ne correspond pas à mes goûts, il est satisfaisant : il présente des situations complexes et nuancées et dit ce qu’il faut comme il faut. Il y a énormément d’identités représentées : la narratrice est noire, grosse, allergique au gluten, poly et queer, dans une relation queerplatonique avec une fille aro, sa cousine est neuroA et son frère asthmatique. Et ça fonctionne tellement bien ! A aucun moment ça ne parait être « trop » d’identités.

J’espère qu’il correspondra davantage à d’autres lecteurices, mais même si ce n’est pas le cas, ça reste une lecture agréable.

Avertissements : grossophobie (familiale, médicale et systémique), remarques homophobes, arophobes, manipulation émotionnelle et relation abusive, personnage qui se fait virer de chez lui à plusieurs reprises, discussion sur : maladies, dépression, stérilité, mort et violences policières; racisme, consommation d’alcool, attaque de panique, attaque d’asthme, masculinité toxique, sexisme, âgisme, feu

 

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