Des Livres Jeunesse avec des Personnages Malentendants

Nouvel article à thème ! J’ai déjà chroniqué Tu crois tout savoir, Jilly P ! dans un autre article : c’est un roman qui traite de la surdité du point de vue d’une alliée, et qui fait de la pédagogie d’une manière douce et accessible. Cette fois-ci, je me suis plutôt intéressée à des personnages principaux malentendants.

personne en noir lisant Ballade pour une Baleine de Lynne Kelly devant un lac
Ballade pour une Baleine de Lynne Kelly

Pomme_rock m’avait fait très envie lorsqu’elle avait parlé de Ballade pour une Baleine de Lyne Kelly comme une histoire touchante, et je l’ai emprunté à ma bibliothèque. Cependant, j’avais récemment eu des expériences décevantes avec les romans jeunesse, incapable de connecter avec des personnages au style si éloigné du mien, et je redoutais que ce soit la même chose ici.

J’étais en train de relire l’intégrale de Percy Jackson, un tome par jour, mais j’avais fini le tome de la journée plus tôt que d’habitude : il restait encore un peu de soleil dehors dont je voulais profiter, et je suis ressortie dans le parc de mon école avec Ballade pour une Baleine.

L’histoire m’a entrainée très vite. Le style est simple mais poétique, rempli d’émotions, et j’ai tout de suite apprécié Iris, la narratrice. Elle se sent séparée de son entourage : à la maison, elle est à distance de son père qui maîtrise peu la langue des signes, et de sa mère qui veut absolument qu’elle s’intègre dans une école pour parlant·es ; à l’école, personne ne la comprend, et elle est punie pour avoir repoussé une élève ignorante ; et depuis la mort de son grand-père, Iris n’arrive plus à interagir avec sa grand-mère, sourde également.

En cours d’SVT, elle entend parler de Blue 55, une baleine qui ne peut communiquer avec ses semblables car elle chante sur une fréquence différente. Iris s’identifie tout de suite à la solitude de Blue 55 et comme elle est douée en électronique, elle décide de réaliser un chant que Blue pourra comprendre, et de le lui diffuser.

couverture de Ballade pour une Baleine de Lynne Kelly

Iris est jeune, un peu naïve et impulsive, mais ses émotions sont tout à fait compréhensibles. Elle se sent seule, elle s’identifie à une baleine et investit alors tout pour l’aider. Elle est frustrée par l’incompréhension des autres.

J’ai adoré sa relation avec sa grand-mère, peut-être parce qu’au moment de ma lecture, je me posais beaucoup de questions par rapport à la mienne. Iris comme sa grand-mère se voient privées de leur autonomie, Iris parce qu’elle est jeune, sa grand-mère parce qu’elle est âgée. Les adultes pensent savoir mieux qu’elles ce qu’il faut pour leur bonheur. Ensemble, elles se soutiennent pour poursuivre leurs rêves.

J’ai beaucoup aimé la mise en avant de la communauté comme quelque chose de positif. Quand on est différent·e, on nous reproche souvent de nous regrouper. « Ne vous isolez pas » « N’excluez pas les autres ». Ici, le roman met en valeur les raisons pour lesquels Iris préfèrerait aller dans une école pour sourd·es, et c’est uniquement montré comme quelque chose de positif. La communauté est un soutien précieux !

Ballade pour une Baleine était une lecture très agréable que je ne peux que recommander, quel que soit votre âge !

personne allongée dans des fleurs jaunes lisant Les Oiseaux d’Adel de Sara Sánchez et Fatima Sharafeddine
Les Oiseaux d’Adel de Sara Sánchez & Fatima Sharafeddine

J’ai emprunté l’album Les Oiseaux d’Adel sans me renseigner au sujet de la représentation, et au tout début, j’ai cru que le personnage était neurodivergent, car montré comme étant dans son monde, absorbé par ses passions. Sa surdité est arrivée comme un plot twist, ce qui ne m’enthousiasme pas forcément, mais j’ai aimé que ce soit une représentation quotidienne du handicap : on suit une journée d’Adel alors qu’il plie des oiseaux en origami.

A la fin, on a même un guide pour faire soi-même des origamis, ce que je trouve très chouette : au-delà de son histoire, c’est un album qui cherche à faire naître chez les lecteurices un intérêt pour cette activité. J’aime quand les livres s’étendent plus loin que leurs pages…

personne lisant l'album Le Zoo de Minuit dehors de nuit
Le Zoo de Minuit de Maudie Powell-Tuck & Karl James Mountford

J’ai vu cet album sur le piédestal de la bibliothèque, et ce sont les trous dans la couverture qui ont attiré mon attention. J’ai feuilleté pour vérifier : les pages sont bel et bien découpées, de sorte à ce que les dessins se complètent d’une page à l’autre. J’adore ce genre d’album, et comme les dessins hauts en couleurs étaient également magnifiques, je l’ai emprunté.

Je l’ai lu le soir même, et c’était approprié : l’histoire se déroule en effet de nuit. Eva n’arrive pas à dormir car sa chatte Luna a disparu, et, sous son lit, elle découvre un passage secret. Il mène au Zoo de Minuit, un lieu qui accueille les animaux perdus ! Avec l’aide d’un loup, Eva part à la recherche de Luna…

Les illustrations jouent finalement assez peu avec les trous – à mon goût en tout cas. Les pages dans le zoo sont découpées différemment, un peu comme des nuages, ce qui évoque en effet un autre monde, mais à part ça, les creux n’en révèlent pas tant.

Cependant, les dessins sont tout simplement époustouflants. Le trait est original, les couleurs rose-violet lumineuses, créant une atmosphère magique, et les pages regorgent de détails. C’est tellement amusant de remarquer, en deuxième lecture, qu’un ours est en train de lécher un cornet de glace au poisson !

C’est en arrivant à la dernière page que j’ai remarqué qu’Eva portait un appareil auditif. Ce n’est pas souligné dans l’histoire, c’est juste dans le dessin du personnage, et je trouve ce genre de représentation désinvolte très chouette ! Surtout dans un livre pour enfants.

Le Zoo de Minuit est une très belle découverte, parfaite à lire avant d’aller se coucher.

personne portant un t-shirt de l'évolution se terminant sur un homme assis à un ordinateur, lisant Virus LIV3 ou la Mort des Livres de Christian Grenier devant des étagères remplies de livres
Virus LIV3 ou la Mort des Livres de Christian Grenier

On a commencé par un roman et on finit par un roman : cette fois-ci, il s’agit d’une aventure de science-fiction ! J’ai découvert ce roman en 4e, grâce à ma prof de Français. Eh oui, toutes ne forcent pas à lire Jean Giono ! Depuis, j’ai lu Virus LIV3 au moins une quinzaine de fois.

Dans un futur proche, la France est devenue la République des Lettres : les écrans et jeux vidéo ont été bannis au profil des livres. Allis est une jeune écrivaine qui vient d’être nommée à l’académie des lettres qui dirige le pays. Comme sa surdité l’exclut des cercles de parole littéraires, elle s’intéresse également au numérique et dialogue tous les soirs en ligne avec Mondaye.

Lorsqu’elle rejoint l’académie, elle découvre que les Zappeurs, qui résistent au régime des Lettres, ont inventé un virus qui s’attaque aux livres. Allis doit alors enquêter pour trouver l’origine du virus, et, si possible, l’antidote.

Le livre ne se prend pas au sérieux et est truffé d’incohérences, à la fois au niveau du scénario – un personnage voit dans le sac d’Allis un objet qu’elle n’y met que plus tard – et au niveau de l’univers – un virus qui efface les lettres, sérieusement ?

Mais j’ai adoré me plonger dans cet univers de lecture, en découvrir les différentes facettes. Les jeux de mots sont au rendez-vous, tout comme les références littéraires ! Les noms de tous les personnages sont des clins d’œil à des romans, les initiales du milieu étant celles des auteurs : Allis L.C. Wonder pour Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll, par exemple… à chaque lecture, j’en comprends un peu plus, ma dernière découverte étant que Colin B.V. Chloé est une référence à L’Ecume des Jours. Et il m’en manque encore beaucoup ! Il faut sans doute que je le relise…

couverture de Virus LIV3 de Christian Grenier

L’aventure est prenante, avec plein de plots twists – tous plus prévisibles les uns que les autres, semblerait-il, mais à 14 ans, plusieurs m’ont surprise. La romance est mignonne mais surtout hilarante – ce qui ne m’empêchait pas de soutenir les personnages.

J’ai beaucoup aimé le fait que l’histoire ne soit pas révolutionnaire. La plupart des dystopies mettent en scène des rebelles qui renversent le régime, ça devient banal – et pas toujours très crédible. Ici, le régime était déjà en train de changer, et ce n’est pas le cœur de l’histoire.

Virus LIV3 est un petit roman que je relis toujours avec passion. Drôle, prenant, original, un vrai bonheur !

 

Ces quatre œuvres abordent la surdité avec des approches différentes : pédagogie pour l’un, émotions détaillées pour un autre, ou normalisation. Ça montre bien à quel point c’est important de multiplier les représentations ! Et puis ainsi, il y a des histoires pour tous les goûts…

Avertissements Ballade pour une Baleine : Deuil

 

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